“ Eh quoi ! l’on condamne à des mois de prison le filou qui s’empare, dans une foule, du mouchoir ou de la montre d’un badaud, et l’on supporterait que des scélérats vinssent impunément voler les hommes eux-mêmes lorsque la mort les a fauchés ? Est-ce que le citoyen n’a pas la propriété de son corps ? est-ce que le droit d’en disposer peut, à un moment quelconque, appartenir à un autre ? est-ce que l’homme, l’homme honnête, doit être exposé à devenir, après son trépas, la proie du premier coquin venu ? ”
Citations de À bas la calotte (Léo Taxil)
“ Donc, puisque, selon ces bons cléricaux, Monsieur Dieu n’est pas autre chose qu’un marchand de mort subite, je dois avouer que, s’il est un trépas qui ait eu le don de me plonger dans un abîme de réflexions bien amusantes, c’est, à coup sûr, celui de l’évêque Dupanloup. Vous ne l’avez pas oublié. Cet aimable Dupanloup était florissant de santé. Il écrivait des brochures pieuses tous les trois jours ; il débitait de bons petits discours chaque semaine ; et quels formidables coups de poing il administrait ainsi périodiquement à cette coquine de libre-pensée ! ”
“ Tu vois que tes saints et ton Dieu ne valent rien ; ce sont de faux dieux ; nous les avons brisés devant toi, et s’ils n’ont pas manifesté leur puissance en nous foudroyant, c’est que leur puissance n’existe pas. Peuple d’infidèles, apprends que le dieu vrai, c’est Bouddha !... Bouddha qui s’est incarné dans Brahma et dans Vichnou !... Lui seul est grand, lui seul existe, lui seul a créé le monde... Peuple d’infidèles, abandonne ta religion et prends la nôtre... Veux-tu, pour te convaincre, une nouvelle preuve de la fausseté de ton dieu ?... ”
“ Ne peuvent-ils pas laisser les gens tranquilles ? Qu’importe à Dieu — si Dieu existe — qu’on l’adore sous le nom de Jésus, de Jéhovah, de Jupiter ou de Bouddha, pourvu que ceux qui prennent la peine de l’adorer se conduisent sur la terre honnêtement ! Pourquoi vouloir à toute force que les Chinois et les Japonais avalent des hosties au lieu de brûler du papier doré devant leurs statues ? ”
“ Ah ! il aimait son père, le jeune reclus de Mettray, et il l’adore encore, malgré tout ce qu’il a souffert !... Mais il déteste, il exècre, il hait les prêtres et la religion d’où lui sont venus tous ses maux. Il aurait, pu, comme beaucoup d’autres, garder pour lui ses convictions de libre-penseur, son incrédulité de sceptique. Eh bien ! non, sa vie se passera tout entière à lutter contre l’obscurantisme, à faire passer ses convictions dans les intelligences et sa haine dans les cœurs de ses concitoyens. ”
“ Il est évident que ce n’est pas à propos de bottes ; et, étant donné d’une part le caractère éminemment pacifique et tolérant des Chinois, qui sont le peuple le plus doux de la terre, étant données d’autre part les pratiques peu honnêtes qu’emploient quotidiennement, — même chez nous — les jésuites pour ce qu’ils appellent « convertir les gens », il est facile de comprendre que le Ridel et ses complices en propagation de foi se sont livrés à des actes particulièrement vexatoires et à coup sûr répréhensibles. Tout le monde connaît la légende inventée par les missionnaires sur les Chinois. ”
“ Et, que vous soyez juif ou protestant, mahométan ou libre-penseur, il vous faut vous agenouiller dans la boue ou la poussière et courber la tête humblement devant une divinité que vous ne reconnaissez pas. Sans cela, gare aux peines terribles que porte le code militaire contre les soldats indisciplinés. Ah ! Monsieur, combien souffre l’humble pioupiou auquel personne ne songe et qui a cependant comme les autres un cerveau pour penser ! Tenez, c’est ignoble ! on ne devrait pas forcer les pauvres soldats à se faire à contre-cœur les complices des processions. ”
“ Les prêtres, tels que vous les comprenez, c’est-à-dire non pas les ministres d’une religion d’amour et de mansuétude, mais les ministres exécuteurs des assassinats cléricaux, les ivrognes sanguinaires de la Saint-Barthélemy, les égorgeurs atroces dont vous avez fait des saints comme Dominique et que vous évoquez à vos jours de terreur blanche comme Torquemada. Tous ces sicaires en soutane qui sont la honte du genre humain mériteraient, chaque fois qu’ils apparaissent à la surface du globe, d’être exterminés, ainsi qu’on extermine les monstres dangereux. ”
“ Voilà les onze promesses que Jésus-Christ a faites à Marie Alacoque. C’eût été encore bien autre chose si, au lieu d’être Alacoque, Marie avait été Alaneige ou Aumiroir. Mais il faudrait être diantrement difficile pour trouver que le fils de la Vierge n’a pas promis assez. Pensez donc ! Pour un peu de dévotion à son cœur, il vous empêche d’être écrasé par les omnibus, rend souple comme un gant votre femme si elle est hargneuse, vous console de toutes vos peines, et guérit même vos vignes du phylloxéra si vous faites le commerce des vins. Que voulez-vous de plus ? ”
“ Voilà certes qui prouve l’intelligence, le génie de ce peuple méconnu ; et pour attester la civilisation dont jouit la Chine, pour démontrer combien les Chinois sont portés au bien plutôt qu’au mal, il faut dire qu’ils appliquent à l’industrie les découvertes dont nous nous servons, nous, pour perfectionner les engins de destruction créés contre nos semblables : par exemple, la poudre qu’ils emploient exclusivement en feux d’artifice, pour l’embellissement de leurs fêtes ; aucun peuple n’a poussé aussi loin que les Chinois l’art de la pyrotechnie ”
“ Que l’on dise que la foi n’est pas une belle chose ! ENCORE LE SACRÉ CŒUR Quand je vous disais que le Sacré Cœur n’avait plus le sou !... Tenez, vous allez juger s’il faut qu’il soit dans la panne, ce malheureux Cœur Sacré, pour en être réduit aux expédients que voici : L’autre jour, j’achète un numéro de l’Univers. On m’avait dit qu’il contenait un article de Veuillot engueulant de la belle manière le comte de Falloux ; il n’y a rien que j’aime comme de voir deux cléricaux se jeter au visage leurs vérités. ”
“ Guerre où ne seront employées que des armes honnêtes, mais où toutes les armes honnêtes seront employées. Et, entre toutes, l’arme du ridicule ; car c’est la plus redoutable, la plus mortelle ; car il ne suffit pas d’assommer le jésuite avec des arguments, il faut encore le percer au cœur avec le poignard de la satire. Je crée donc aujourd’hui — le reclus de Mettray, c’était moi — une Bibliothèque anti-cléricale. Chaque trimestre, un fascicule ; chaque année, un volume. Ce sera une œuvre populaire. ”
“ Or, la dévote Clairon, en vieille fille au courant des propriétés particulières de chaque saint, avait installé, dans une niche tapissée de papier bleu constellé d’étoiles jaune d’or, une magnifique statue de saint Joseph, fabriquée d’une sorte de pâte graisseuse d’un blanc grisaille, matière dont j’ai complètement oublié le nom (qui finit en ine, comme « stéarine ») et qui contient pour le moins autant de suif de chandelle que de carton mâché. Personne n’ignore que saint Joseph a deux spécialités : faire marcher les affaires et procurer de bons numéros à la conscription. ”
“ Dupanloup supprimé brusquement, comme un simple libre-penseur voué à la colère divine, ayant eu à peine, au moment où il tapait de l’œil, le temps de recevoir sur l’occiput quatre ou cinq chiquenaudes à l’eau bénite, — voyez-vous, ça n’est pas clair, ça n’est pas clair. « La mort subite est le châtiment dont le Tout-Puissant frappe ceux qu’il a l’intention de perdre pour l’éternité. » ”
“ Il est temps que nos représentants aux Assemblées nationales, prenant en main les intérêts des honnêtes gens abandonnés aux rats d’église, déclarent que les volontés suprêmes des défunts doivent être respectées, même contre le gré de leurs parents, — car, dès l’âge de vingt et un ans, l’homme n’appartient plus qu’à lui seul ; — il est indispensable qu’une loi soit promulguée, loi condamnant aux peines les plus sévères tous ceux qui, détournant un cadavre soit par violence, soit à l’aide de ruse, auront fait ou essayé de faire démentir la vie d’un citoyen par son trépas. ”
“ Il jura de consacrer toute sa vie à combattre ces hommes qui lui avaient aliéné le cœur de son père pour une misérable question de dissentiments religieux ; il jura de faire, jusqu’à son dernier jour, jusqu’à sa dernière heure, jusqu’à sa dernière minute, une guerre acharnée, sans trêve ni merci, à cette secte de gens — qu’on a appelés plus tard « les cléricaux » — qui, sous prétexte de croyance et de foi, victiment les enfants et rendent les pères bourreaux. ”
“ Écrivain, il avait passé sa vie à enseigner que nulle divinité n’est nécessaire à la marche de l’univers et que le dieu Jéhovah d’aujourd’hui est d’une authenticité pareille à celle du dieu Jupiter d’autrefois. Hippolyte Babou avait donc donné, toute son existence durant, des preuves indéniables de son matérialisme, c’est-à-dire de son hostilité raisonnée et convaincue à toute croyance religieuse. ”
“ Le gendarme fait passer dans le cabinet l’accusé, qui n’est autre que le curé de l’endroit. Le juge. — Prévenu, asseyez-vous et exposez-moi votre affaire ; car je n’en connais pas le premier mot, puisque ce n’est pas à moi qu’elle devait être confiée. Et surtout, soyez bref. Du moment que M. le procureur vous avait simplement convoqué par lettre, c’est que vous n’êtes pas un grand coupable. Voyons, dites-moi sommairement de quel délit insignifiant vous êtes l’auteur. Le prévenu. — Mon Dieu ! Monsieur le juge, je ne suis pas en effet ici pour une bien grosse affaire. J’ai éventré une femme. ”
“ Un rayon de demi-jour descendait sur la statue. Ô surprise ! saint Joseph bougeait, remuait sur son lit fangeux. — Miracle ! s’exclama Clairon. À ce cri, un léger bruit se fit entendre au milieu des tessons de bouteilles, et la statue retomba dans l’immobilité. Ouvrir la porte et entrer fut pour Clairon l’affaire d’une seconde. Elle se baissa, ramassa saint Joseph, le retourna dans ses mains pour l’examiner de plus près. Horreur ! saint Joseph n’avait plus de tête ; un gros rat la lui avait mangée. ”
“ Les catholiques se frotteraient les mains, et les gens qui ne pratiquent pas diraient eux-mêmes : « C’est bien fait. Tant pis pour les mandarins ! Ils n’avaient qu’à rester chez eux. Personne ne les obigeait à venir en France prêcher aux chrétiens la divinité de leur Bouddha ! » Par conséquent, ce que je dirais des mandarins, je le dis des missionnaires jésuites. Ne peuvent-ils donc pas rester dans leurs couvents ? Qui les force à aller convertir les Chinois à leur Jésus et à sa maman-pucelle ! On les coffre, on les met au bagne, on les pend. Tant mieux ! ”
“ Pour peu que le boniment soit bien fait, pour peu que l’enfant ait été volé jeune et répète convenablement les réponses qu’il a apprises par cœur, les pièces de cent sous pleuvent dans l’escarcelle jésuitique, et les bonnes âmes, s’intéressent au sort des infortunés petits Chinois, ouvrent leurs bourses et leurs caisses, afin que les bons Pères aillent à Pékin en racheter le plus grand nombre possible. ”
“ Mais les anthropophages eux-mêmes sont au-dessus des hommes civilisés de votre espèce. Les anthropophages ont à leurs sanglants sacrifices une excuse : l’appétit ; — vous, vous torturez les gens pour le plaisir, et vous les brûlez vifs pour la plus grande gloire de votre dieu. Ayant à choisir entre le kanack et le prêtre, je n’ai pas d’hésitation, et, si je suis un sauvage, je ne serai jamais, croyez-le bien, de ceux à qui vos missionnaires volent leurs enfants. ”
“ Comprenez-vous dans quel but les infâmes jésuites ont échafaudé légendes sur légendes, mensonges sur mensonges ? Au retour de leurs missions, au bout de toutes leurs calomnies, il y a de belles pièces d’argent ou d’or qui brillent, étincelantes, seule divinité que ces maîtres exploiteurs reconnaissent et devant laquelle ils se jettent à deux genoux. Voilà pourquoi je n’éprouve jamais le moindre sentiment de pitié quand j’apprends que les Chinois ont écharpé quelques missionnaires. ”
“ En s’endormant dans l’éternel sommeil, il a l’assurance qu’aucune manœuvre indécente ne viendra sur son cercueil lui faire un renom immérité d’apostat. Erreur ! À peine des mains dévouées ont-elles fermé les yeux de Babou qu’un parent se présente. C’est un magistrat. Il arrive de province, accompagné d’une vieille tante. Les amis du défunt sont congédiés et le cadavre de l’athée, trimballé de chapelle en église, emporte dans le tombeau la souillure de l’eau bénite. ”
“ Seulement, il y a quelque chose qui me chiffonne : un cœur, ce n’est pas bien gros ; quand celui de Jésus-Christ sera plein de noms, comment fera-t-on pour en inscrire d’autres ?... Enfin espérons qu’à ce moment-là le Sacré Cœur se gonflera comme un ballon à gaz, et de la sorte il y aura place pour tous. Voilà les onze promesses que Jésus-Christ a faites à Marie Alacoque. ”
“ La bonté n’a pas d’opinion politique ou religieuse ; je salue les bienfaiteurs de l’humanité, quelles que soient leurs erreurs mentales ; pour moi, les abbés de l’Épée, les Fénelon, les Vincent-de-Paul sont sur le même piédestal que les Jenner, les Michel de l’Hospital et les Raspail. Les cléricaux qu’il faut étrangler, ce sont les Bazile et les Tartufe, pour ne citer que des noms de comédie ; mais il en est d’autres qui vivent en chair et en os, que vous connaissez, et vous comprendrez que je ne les nomme pas. ”
“ Si oui, c’est-à-dire si les intestins du Seigneur n’ont pas été égarés, eh bien ! je demande qu’on les exhibe, et que l’on inaugure un pèlerinage, et que l’on bâtisse une chapelle, et qu’il pleuve des miracles à faire enrager Fourvières, Lourdes et la Salette. Allez-y donc gaîment, mes très-chers frères, organisez grandement cette dévotion à laquelle vous n’avez pas encore pensé, la dévotion aux Saintes-Tripes. Je vous jure que vous aurez un succès fou. Tenez, je suis tellement certain de la réussite que je m’inscris d’avance pour cent actions. ”
“ Quoi qu’il en soit, malgré une vive et logique opposition aux prétendus droits qu’élevait l’enfant par la chair, l’enfant par le cœur dut, avec une douleur profonde, céder à l’autre, et Garnier-Pagès, républicain et libre-penseur, fut enterré religieusement, grâce à la complicité d’un fils par lui renié et avec lequel il avait cessé depuis longtemps tous rapports. ”
“ Bien plus, ne voulant à aucun prix être enterré par les prêtres d’une Église quelconque, il avait déposé chez Me Vassal, notaire à Paris, boulevard de Sébastopol, un testament dans lequel il manifestait ses volontés à ce sujet. Hippolyte Babou meurt donc. Il a la consolation d’avoir autour de sa couche des amis dévoués. Il expire en paix ; sa porte, jusqu’à la dernière heure, reste fermée à ces hommes noirs, monstres d’hypocrisie, qui se glissent d’ordinaire dans les chambres de nos moribonds, guettant le moment où ceux-ci n’ont plus conscience de ce qui se passe autour d’eux ”
“ Le prévenu. — Certainement, puisque je suis le curé de la paroisse ; or, la religion nous ordonne de sauver, autant que nous pouvons, les âmes, même celle des enfants, des flammes de l’enfer. Le juge. — Je n’en reviens pas... Monsieur le curé, je vous présente mes plus humbles excuses... J’ai la vue extraordinairement basse, et je n’ai pu distinguer ni votre tonsure ni votre soutane... Sans cela, croyez bien que... Le curé. — Monsieur le juge, je ne vous en veux pas. Le juge. — Merci, mille fois merci... Greffier, rédigez une ordonnance de non-lieu en faveur de M. le curé. ”
“ Nous sommes tellement encroûtés en France, nous avons tant et tant de précautions quand il s’agit de toucher à un homme noir, qu’il se passera encore de beaux jours avant que la République se décide à comprendre que les jésuites n’ont pas absolument raison d’aller importuner les Chinois. ”
“ Quand Dieu est vivement irrité contre une de ses créatures, il lui envoie, à l’heure qui a été fixée d’avance là-haut, un trépas tellement foudroyant que l’infortunée victime de sa juste colère n’a pas même le temps de se confesser, et va en enfer tout droit... ”
