“ Puisse la paix rétablie prochainement en Turquie nous, rendre à nos traditionnelles relations de confiance avec ce pays qu’une erreur largement exploitée par nos ennemis a lancé contre nous dans une guerre où il a été bien près de perdre son existence même ! C’est seulement quand tant de nuages encore menaçants auront pu être écartés par le souffle de sincérité et de bienveillance réciproque qui mûrira la réconciliation de la France avec les Turcs, que notre œuvre en Cilicie comme en Syrie pourra prendre toute sa valeur et porter tous ses fruits. ”
Testis
Citations de Revue des Deux Mondes (Testis)
“ LES NOUVEAUX ÉTATS DE LA SYRIE C’est au Liban que nous comptions, en Syrie, nos plus vieux et nos plus solides amis. C’est donc en ce pays que le général Gouraud, agissant au nom de la Puissance mandataire, voulut créer le premier État de la Syrie nouvelle. C’était donner satisfaction à un désir traditionnel et sacré, animant depuis tant d’années les populations libanaises si jalouses de leur indépendance pour laquelle elles avaient déjà beaucoup souffert. Pour comprendre toute la force de leurs espoirs, que l’on se reporte au fait si touchant qui a été maintes fois rapporté. ”
“ Il était impossible parce que, en Orient comme dans les autres pays, on ne peut faire que la politique de sa force, parce qu’en Orient plus que partout ailleurs, tout est une question de prestige, et que le prestige n’y repose que sur la puissance. Or nous avons commencé par faire au Levant figure de faibles, politiquement et militairement, et la comparaison avec les Anglais, que nous venions remplacer, n’a pas été à notre avantage : tout s’est résumé en une question d’effectifs, qui a pesé lourdement dès le premier jour sur notre œuvre, et n’a pas cessé de la dominer. ”
“ La France n’a jamais cessé d’être désireuse d’assurer à la Syrie le régime d’ordre, de liberté et de progrès conforme aux principes invariables de sa politique. En envoyant dans le Levant un des plus grands soldats de la Victoire, le Gouvernement français a voulu montrer aux Syriens tout l’intérêt qu’il leur porte. Nul n’est plus qualifié que le général Gouraud pour assurer aux populations ce qu’elles doivent attendre de l’occupation : l’ordre, l’administration et la justice. ”
“ Un parti extrémiste peu nombreux, mais très agissant, s’est constitué pendant son absence, dirige les affaires publiques, se livre à une propagande effrénée en faveur de l’indépendance absolue des territoires arabes et rejette tout mandat étranger, quel qu’il soit. C’est ce parti qui, par la voix de la presse, outrage périodiquement la France et ses représentants ; c’est lui encore qui organise et soudoie les bandes qui agitent la zone Ouest. Suivant la formule d’un de ses dirigeants, son but immédiat est de « dégoûter la France de la Syrie et la Syrie de la France. » ”
“ La France est une nation méditerranéenne, l’axe de sa politique est dans la Méditerranée, et, si son rôle s’y amoindrissait, son prestige en recevrait un échec grave. Tous les gouvernements sans exception l’ont ainsi pensé. Mais, si la France était confinée dans le bassin occidental de cette mer, elle serait très diminuée ; il nous faut établir en Syrie les bases de notre action orientale. C’est pourquoi le gouvernement revendique la zone syrienne et Alexandrette, qui sera, avant trente ans peut-être, un des plus grands ports de la Méditerranée. ”
“ L’idée directrice de l’action de la France en Syrie procède des raisons mêmes qui ont déterminé l’octroi de son mandat. Conformément à l’idée wilsonienne, il s’agit pour une vieille nation, expérimentée et forte, de guider un « peuple mineur » qui n’a pu encore mettre en œuvre les rouages complexes d’un grand État moderne. La France a donc pour mission de favoriser l’évolution du pays en l’acheminant vers le self-government et en n’intervenant, en vue de cette fin, que dans les conditions où les circonstances rendent son appui indispensable. ”
“ Ainsi, à la fin de l’été 1919, la France conservait une situation de premier plan en Syrie, non seulement en zone Ouest, mais aussi en zone Est, où cependant Feyçal agissait en maître sous la bienveillante protection des autorités britanniques. En Cilicie, comme il sera exposé d’autre part, notre situation était plus obscure. Les Arméniens, jugeant le moment venu d’assouvir leur vieille haine contre les Turcs, provoquaient des incidents de toute nature, dont le résultat le plus clair était d’exaspérer le nationalisme latent des populations dévouées au Calife de Constantinople. ”
“ Jusqu’ici, les États ressortissant à notre mandat forment un tout unique, puisque c’est la France qui a charge de leur organisation et qu’elle est représentée auprès d’eux par un seul Haut-Commissaire, le général Gouraud. Le « vitrail syrien » acquiert donc ainsi toute la solidité de son « plomb français » et n’encourt pas la fragilité d’une vaste verrière d’un seul tenant, trop hâtivement montée parmi tous les ouragans. Mais le vitrail garde intacte l’ampleur du dessin de son sujet : n’est-ce pas ce qui importe le plus au développement du pays et à sa prospérité ? ”
“ Si l’on en marchande les gouttes plus que jamais sacrées, on est taxé d’ennemi et traité comme tel. Comment ne pas répondre alors qu’au cours de l’année écoulée, la France a dépensé au Levant, pour la protection des Arméniens, et la vie de trop de ses fils, et vingt et un millions de francs ? Cette attitude généreuse et désintéressée de notre pays dans une province qui doit échapper à sa souveraineté nous donne le droit d’y avoir cependant quelques exigences. La politique de conciliation avec les Musulmans est actuellement la principale et la plus féconde. ”
“ De tels souvenirs douloureux ne doivent pas être perdus de vue quand il est question des effectifs de l’armée du Levant : il est aisé de comprendre que lorqu’un poste est cerné par plusieurs milliers d’ennemis, et qu’il ne se trouve pas, en arrière, d’effectifs suffisants pour le dégager, l’issue est fatale, quel que soit l’héroïsme de la défense. À la même époque, la division de Lamothe dispose de forces encore moins nombreuses pour garder un territoire plus étendu. Elle devra donc compenser l’insuffisance des effectifs par une extrême mobilité. ”
“ On invoque souvent, à propos du coût de la Syrie, la situation actuelle du Maroc et les prodiges qu’y a réalisés le général Lyautey. Ils méritent, en effet, toute notre admiration, mais ce n’est pas au Maroc de 1920 qu’il faut comparer le Levant d’aujourd’hui, c’est à celui de 1908. Nous n’en sommes pas, en Syrie, à payer des dépenses d’entretien ou d’amélioration qui seraient la manière de loyer d’une installation bien établie, nous en sommes à jeter les bases mêmes de l’édifice et à poursuivre laborieusement sa construction. ”
“ Voilà les avantages que nous vaudra l’exercice de nos droits, et qui seront le prix de nos sacrifices. Ils prendront d’ailleurs seulement leur pleine valeur quand la Cilicie aura pu être rendue tout entière à l’ordre et à la sécurité, et qu’elle sera affranchie du voisinage d’une zone de guerre qui est pour elle une incessante menace. Or, à cette heure, le Nationalisme turc demeure armé contre nous, et le traité de Sèvres n’est pas plus ratifié par les Puissances européennes qui l’ont signé qu’il n’est accepté par la Porte à laquelle il a été imposé. ”
“ Quel autre homme choisir pour mener en Syrie, avec des moyens minimes, une politique et une action militaire exigeant l’habileté et l’économie ? Le général de Lamothe y ajouta l’esprit de sacrifice qu’il fallait dans des circonstances aussi précaires ; nommé au commandement de sa division, le 6 février, et parti aussitôt pour fixer son quartier général à Killis, il trouva le pays tellement troublé qu’il lui fut impossible d’atteindre ce point avant la fin de mars. ”
“ Le discours d’arrivée du général Gouraud dut satisfaire le plus grand nombre, mais inquiéter ceux qui pouvaient redouter le programme d’une « administration honnête » et d’une « justice égale pour tous. » — « La France, dit le Général, doit être un guide et non un maître ; le Protectorat n’est pas possible en Syrie. Il faut s’inspirer d’une ferme impartialité entre les différents groupes religieux, et favoriser dans toute la mesure du possible le développement du pays et ses relations commerciales avec la France. » ”
“ Non, il ne peut être accepté de remettre en cause toute l’orientation générale et le principe même de la politique française en Orient lorsque vient à se produire un incident militaire, de portée infime, et attestant seulement une fois de plus que le pays n’est pas entièrement pacifié, ce que chacun sait, ou parce que survient une demande de crédits qui paraît surprendre l’opinion, comme s’il était possible d’entamer une œuvre durable et féconde sans que ce soit au prix de sacrifices initiaux. ”
“ Oriental indolent, issu d’un pays de rêve où les idées germent et grandissent, mais où le temps et l’espace n’ont pas de prix, il s’est heurté à notre précision d’Occidentaux et au désir de solution que nous apportons à toutes nos entreprises. N’étant pas le plus fort, il a tenté d’être le plus habile et il a échoué, ayant méconnu cette vérité première que deux puissantes nations alliées et unies, la Grande-Bretagne et la France, ne sacrifieraient pas leur amitié à la sienne, et ne feraient point passer avant leurs intérêts nationaux les siens. ”
“ Mais, aujourd’hui comme hier, une question domine tous les problèmes posés au Levant : celle des effectifs. Tant qu’il restent insuffisants en Syrie, nous sommes bernés, attaqués par Feyçal ; en Cilicie, l’attaque est encore plus dure, des postes vaillamment défendus succombent; un effort surhumain, qu’elles donnent avec un dévouement digne de la Grande Guerre, est imposé aux troupes. ”
“ Sans entrer dans le détail de tous les arguments qui pourraient être encore cités, remarquons également que l’inflation budgétaire actuelle pour le Levant, qui ne doit pas être durable, tient en particulier à l’éloignement de la France de la Syrie et de la Cilicie, et aux difficultés de transports dont la moindre se complique d’une telle augmentation de prix que la tonne de charbon qui coûtait avant la guerre, à Port-Saïd, une trentaine de francs, en vaut aujourd’hui, au même endroit, plus de cinq cents. ”
“ Alors, l’âme d’un peuple fier de sa liberté passe dans les discours prononcés. Successivement, le Vali, le Kadi, le Patriarche Syrien-catholique, expriment leur reconnaissance envers la France qui délivre leur pays du fanatisme et des exactions du régime précédent. Ils proclament leur désir de voir la région devenir prospère par la création de routes, la construction de lignes de chemins de fer, l’établissement d’irrigations et la réalisation d’un port qui assurera par Alexandrette, à tout le pays, le débouché et l’accès dont il a besoin. ”
“ Que l’on n’invoque pas l’exemple de l’émir Feyçal, qui percevait, il est vrai, d’importantes taxes sur le pays, surtout, pour l’organisation de son armée. Car il ne faut pas oublier que les impôts du régime feyçalien étaient loin de pouvoir faire vivre la Syrie, puisque Feyçal lui-même recevait une très importante mensualité, versée par moitié par la France et par l’Angleterre. ”
“ Ils ne peuvent comprendre les difficultés de toute nature auxquelles nous nous heurtons. Ils demandent à sortir de l’état d’incertitude politique et administrative dans lequel on les tient, et qui arrête toute vie économique. En zone Ouest et même en zone Est, ils redoutent que la France se soit trop engagée avec Feyçal, toujours considéré comme l’homme des Anglais, et dont ni l’origine, ni le caractère, ni les tendances n’ont leur sympathie. ”
“ Déjà Feyçal avait pris le large vers l’Est. Au moment où la lutte qu’il avait provoquée par tous les moyens devenait un fait accompli, il fuyait la bataille, où son commandant en chef Youssef Bey avait du moins trouvé la mort digne d’un soldat. Dès que la défaite fut connue à Damas, le Gouvernement fit connaître au général Gouraud que la résistance cesserait immédiatement, que toutes ses conditions étaient acceptées, y compris la première que le général avait ainsi libellée : « L’émir Feyçal a cessé de régner. » Le pays paierait une contribution de guerre, et le désarmement serait général. ”
“ Voilà la situation qui nous est acquise au point de vue musulman, avec la possibilité d’en tirer l’avantage de nous appuyer sur la masse puissante d’une population éclairée qui appréciera et fera apprécier les avantages de notre tolérance et de notre collaboration. C’est pourtant ce que contestent les partisans d’une évacuation immédiate de la Syrie, qui nous menacent d’une brouille avec l’Angleterre, alors que c’est elle qui nous a justement demandé de venir la remplacer en Syrie, conformément aux dispositions dûment signées par elle-même. ”
“ L’atteinte brutale portée ainsi à notre prestige n’a pas besoin d’être expliquée. Nous devions subir là les conséquences de notre victoire même. C’était la pleine crise de l’après-guerre avec toutes ses lourdes difficultés : nos effectifs vidés par la démobilisation ; nos transports encore désorganisés, et le retour à leur régime de paix non achevé ; l’impossibilité de réunir immédiatement les spécialistes pour traiter en un pays si difficile les questions les plus complexes ”
“ La richesse du pays justifie l’entreprise. Que l’on en juge par un examen rapide de ses ressources. Il existe, en Syrie, trois grandes régions de culture distinctes : la plaine d’Alep, prolongée à l’Est par la Haute Mésopotamie, et se soudant à la Syrie du Sud par le couloir de Homs à Hama et la plaine de la Bekaa ; la plaine de Damas avec le Hauran : la zone côtière. La région d’Alep offre toutes les possibilités agricoles d’un sol alluvial et sablonneux, que les irrigations doivent rendre très fertile. ”
“ « la zone Est » formée par la Syrie intérieure et occupée par l’armée du Hedjaz ; « la zone Ouest, » ou Syrie littorale, et la « zone Nord, » ou Cilicie, administrées ou contrôlées par les Français. Mais le commandement suprême restait aux Anglais, et la France, représentée par des éléments peu nombreux, faisait figure de parent pauvre. Cela nuisit gravement à son prestige. Les propagandistes en profitèrent pour lui opposer l’Angleterre, l’Amérique et le Nationalisme arabe dans la véritable « course au mandat » qui commençait. ”
“ En Syrie, le chantage de Feyçal pèsera sur nous jusqu’au moment où l’on en sera réduit à y mettre fin par l’emploi d’une force devenue disponible grâce à l’arrivée de renforts. En Cilicie, et sur tout le front Nord, ce sera la lutte contre le mouvement national sans cesse grandissant et disposant de forces régulières, de munitions abondantes et de tout le redoutable appareil de la guérilla. ”
“ Mais l’avenir ne pouvait être assuré que par la remise en valeur du sol. L’occupation française organisa donc des distributions de semences. Aussi l’on récoltait, en zone Ouest, dès 1920, 80 000 tonnes de blé, 33 000 de maïs et plus de 100 000 d’orge. La culture du mûrier et la production du ver à soie reprirent également, ainsi que l’élevage. L’Administration française favorisa la restauration du commerce syrien, et, dès avril 1920, le port de Beyrouth donnait 9 500 tonnes à l’importation, et 1 000 à l’exportation. ”
“ Les irrigations y sont faciles et toutes les céréales, blé, orge, peuvent y être cultivées, le coton également. Il est compté comme terres cultivables 11 millions d’hectares, c’est-à-dire 60 pour 100 de l’étendue de la Haute Mésopotamie, estimées approximativement à 1 831 000 kilomètres carrés. C’est donc là une réserve d’une inépuisable richesse, que l’exploitation du chemin de fer de Bagdad doit forcément contribuer à favoriser. L’élevage est également prospère dans cette région parcourue par des peuples pasteurs. ”
“ La soie est une des ressources principales de la Syrie et surtout du Liban. C’est de France que viennent les graines et c’est vers la France qu’est dirigée toute la production séricicole du pays. Lyon possède à ce titre de très gros intérêts au Levant. Mais la production a été fortement atteinte par la guerre ; la misère a fait déserter les exploitations, beaucoup de Libanais ont émigré, les mûriers ont été coupés. La production annuelle s’est abaissée à 1 200 000 kilogrammes de cocons frais en 1920, alors qu’elle atteignait, en 1910, 6 730 000 kilogrammes. ”
Termes fréquents
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