“ Jamais il ne parlait de doña Angela, jamais son nom n’arrivait de son cœur à ses lèvres ; mais sa main cherchait souvent sur sa poitrine la relique qu’elle lui avait donnée lors de leur première rencontre, et quand il était seul, il la baisait avec amour en versant des larmes. L’arrivée de Curumilla à San-Francisco produisit un véritable coup de théâtre ; le comte parut subitement avoir recouvré toutes ses espérances et toutes ses illusions, le sourire reparut sur ses lèvres et de fugitifs reflets de gaîté éclairèrent son front. ”
Citations sur “Curumilla”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Vers trois heures du matin, comme l’obscurité commençait à se dissiper, que le ciel prenait à l’horizon des teintes d’opale qui précèdent ordinairement dans ces contrées le lever du soleil, Curumilla s’approcha de ses deux compagnons, qui luttaient vainement contre le sommeil et la fatigue qui les accablaient. — Que mes frères dorment deux heures, leur dit-il, Curumilla veillera. — Mais vous, chef, lui répondit don Tadeo, vous qui vous êtes si noblement dévoué à notre cause, vous devez avoir au moins autant besoin de repos que nous, dormez ! nous veillerons à votre place. ”
“ Curumilla tenait en bride les chevaux des deux Français. Lorsqu’ils parurent, chacun se découvrit et les salua par une profonde et respectueuse inclination. — Au revoir, don Luis, lui dit don Rafaël. Que Dieu vous donne la victoire ! — Que Dieu vous donne la victoire, reprit don Ramon, car vous combattez pour l’indépendance du peuple ! — Jamais plus ferventes prières n’auront été adressées au ciel que celles que nous allons lui adresser pour vous, noble don Luis, dit alors doña Luz. Le comte se sentit le cœur serré. ”
Gustave Aimard,
Le Chercheur de pistes
“ Curumilla croisa les bras sur sa poitrine, ferma à demi les yeux et demeura immobile. Cependant l’arrivée des deux hommes, surtout la présence de l’inconnu, avait glacé subitement la faconde des trois personnages ; mornes et silencieux, ils pressentaient instinctivement que les nouveaux arrivés étaient des ennemis, et attendaient avec anxiété ce qui allait se passer. ”
Gustave Aimard,
Les Flibustiers de la Sonore
“ Curumilla Ah ! certes ! Tigrero De Sauves et moi, nous l’avons connue au berceau, nous avons vu son père mourir assassiné, et sa mère expirer sous l’étreinte d’un mal mystérieux. Curumilla, bas à Tigrero. Que je connais. Tigrero Quelle est donc cette fatalité, qui me ramène ainsi sur les traces de ce Guerrero maudit ! Curumilla Mon père a connu le père de la jeune fille, mais le grand Esprit sait ce qu’il fait, Tigrero ! et l’homme n’est qu’un instrument dans ses mains ! Luisa Elle revient à elle. Le ciel soit béni ! Horace C’est vrai. ”
“ Le chef s’approcha alors des Indiens, et commença à les examiner attentivement l’un après l’autre, tandis que le comte et le chasseur le suivaient du regard avec intérêt. Le chef araucan était froid et sombre comme toujours ; pas un muscle de son visage ne bougeait. En le voyant les examiner ainsi, les Indiens ne purent s’empêcher de tressaillir ; ils tremblèrent à la vue de cet homme muet et sans armes, dont le regard perçant semblait vouloir lire au fond de leurs cœurs. Curumilla posa le doigt sur la poitrine d’un Indien. — Un ! dit-il, et il passa. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Après un moment de silence, pendant lequel il sembla rassembler ses pensées, le chef se tourna vers Joan : — J’attendais ce soir, au coucher du soleil, dit-il, l’arrivée de Curumilla et de deux amis. Curumilla est un chef, sa parole est sacrée, la nuit s’avance, le hibou a déjà fait entendre son chant lugubre qui annonce le lever du soleil, Curumilla n’est pas venu, quelle raison l’en empêche ? Mon fils est un guerrier, il vient de la part de mon frère, qu’il parle, mes oreilles sont ouvertes. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Aussitôt que Curumilla eut fait préparer la manœuvre que nous venons de décrire, il quitta Joan et rejoignit ses compagnons qui l’attendaient au sommet du Corcovado. — Enfin ! s’écrièrent-ils en le voyant paraître. — Je commençais à craindre qu’il ne vous fût arrivé malheur, chef, lui dit le comte. Curumilla sourit. — Tout est prêt, dit-il, et, quand ils le voudront, les visages pâles pourront pénétrer dans le défilé. — Croyez-vous que votre plan réussisse ? lui demanda don Tadeo avec inquiétude. — Je l’espère, répondit l’Indien ; mais Pillian seul peut savoir ce qui arrivera. ”
“ Le comte tira de sa poitrine la lettre que lui avait apportée Curumilla et la remit à Valentin. Celui-ci la lut. — Bien, dit-il. Je préfère que tu sois franc avec moi. Je te suivrai. — Merci ! mon Dieu, ajouta-t-il avec mélancolie, je ne me fais pas illusion ; je connais ce vieux proverbe latin qui dit : Non bis in idem ; ce qui une fois est manqué l’est pour toujours ; je ne me laisse pas tromper par les protestations hypocrites du général Guerrero et de son digne acolyte le señor Pavo ; je sais parfaitement que tous deux me trahiront à la première occasion. Eh bien, soit ! ”
“ Cet homme était Curumilla. — Eh bien, demanda Valentin, est-elle venue ? L’Araucan baissa affirmativement la tête. Le chasseur fit un geste de mauvaise humeur. — Où est-elle ? dit-il, L’Indien indiqua du doigt le feu que le chasseur avait aperçu. — Le diable emporte les femmes ! grommela le chasseur ; ce sont les êtres les moins logiques qui existent. Comme elles se laissent toujours guider par la passion, elles renversent souvent sans y songer les plus sûres combinaisons. ”
“ Malédiction ! s’écria celui qui toujours avait tenu la parole, ce démon s’est joué de nous ! Il enfonça les éperons dans le ventre de son cheval. Mais le noble animal, au lieu de se lancer en avant, se dressa presque droit avec un hennissement de douleur et s’abattit comme une masse. Curumilla, d’un revers de son machete, lui avait tranché les jarrets. Après cet exploit, l’Indien poussa un long cri d’appel, auquel répondit aussitôt un formidable hurra. Cependant l’élan était donné, les bandits se précipitèrent en avant avec un hurlement féroce. ”
“ Valentin et Curumilla, assez rapprochés du camp pour voir ce qui s’y faisait, sans cependant que le bruit de la voix arrivât jusqu’à eux, résolurent d’attendre où ils se trouvaient en ce moment et de n’intervenir que si leur présence devenait absolument nécessaire. Le campement se trouvait dans le même état où le chasseur l’avait laissé en le quittant pour se rendre auprès du général ; don Luis et don Cornelio dormaient profondément. Doña Angela demeura un instant silencieuse, fixant sur don Luis un regard dans lequel rayonnait une inébranlable résolution ; elle se pencha doucement sur lui. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Il n’existe pas de bruit sans cause au désert. Le vol des oiseaux, la passée d’une bête fauve, le bruissement des feuilles, le roulement d’une pierre dans un ravin, l’ondulation des hautes herbes, le froissement des branches dans les halliers, sont pour l’Indien autant d’indices précieux. À un certain endroit qu’il connaissait, Curumilla se coucha à plat ventre sur le sol, derrière un bloc de rochers, et se confondit immobile avec les herbes et les broussailles qui bordaient la route. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Curumilla eut bientôt terminé sa besogne, il leur remit à chacun une paire de chaussures en tout semblables aux siennes, et qu’ils chaussèrent à leurs pieds. Tous ces préparatifs terminés, ils reprirent à grands pas le chemin des montagnes, suivis par César qui formait l’arrière-garde. ”
“ Enfin, la déroute commença ; le comte brisa son épée en jetant un regard de colère impuissante vers ces ennemis que, s’il avait été bravement soutenu, il aurait pu vaincre et qui lui échappaient. Valentin et Curumilla l’entraînèrent vers le port. Le navire qui l’avait amené avait appareillé pendant le combat ; la fuite était impossible. Dans cette extrémité, une seule maison pouvait offrir un refuge aux vaincus. C’était celle de l’agent français ; les volontaires y coururent. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Curumilla les laissa reprendre haleine, puis, lorsqu’il jugea qu’ils étaient un peu remis de la fatigue qu’ils avaient éprouvée, il les invita à regarder autour d’eux. Les deux hommes se retournèrent. Le spectacle qui s’offrit à leur vue les frappa de surprise et d’admiration. Ils avaient à leurs pieds le cañon del Rio Seco, avec ses masses granitiques imposantes et ses épais fourrés de verdure. Rien ne trahissait dans le défilé la présence de l’homme, il n’y semblait régner que la solitude calme et majestueuse du désert. ”
Gustave Aimard,
La Loi de Lynch
“ Avec ce stoïcisme indien que rien ne peut égaler, Curumilla, toujours calme et silencieux, étanchait gravement le sang qui coulait de ses blessures, dédaignant de se plaindre, paraissant, au contraire, gêné de l’inquiétude que lui témoignaient ses compagnons. Lorsque le repas fut terminé, Valentin poussa un hum sonore, et bourra gravement son calumet, qu’il alluma ; les autres en firent autant ; bientôt les chasseurs fumèrent à qui mieux mieux et disparurent presque au milieu d’un nuage intense de fumée. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Celui-ci, avec ce courage stoïque et dédaigneux particulier aux aborigènes de l’Amérique, se voyant vaincu, n’essaya pas une résistancs inutile ; il regarda son vainqueur avec un sourire de mépris et attendit qu’il lui adressât la parole. — Oh ! fit Curumilla, qui, en se penchant vers lui, le reconnut, Joan ! — Curumilla ! répondit l’autre. — Hum ! murmura l’Ulmen à part lui, j’aurais préféré que ce fût un autre. Que fait donc mon frère sur cette route ? demanda-t-il à haute voix. — Qu’est-ce que cela importe à mon frère ? dit l’Indien, répondant à une question par une autre. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ En même temps que lui, Curumilla tira ; les deux explosions se confondirent. Le cheval s’arrêta court, il se dressa tout droit, battit l’air avec ses pieds de devant, parut chanceler un instant et s’abattit avec la rapidité de la foudre, en entraînant son cavalier dans sa chute. Chacun s’assit tant bien que mal sur un crâne de bœuf. — Est-il mort ? demanda don Tadeo avec anxiété. ”
“ À peine le comte fut-il tombé, que Valentin s’élança vers lui, suivi du missionnaire. — Que nul n’approche de ce corps ! dit-il d’une voix qui fit reculer les plus braves ; et, s’agenouillant à sa droite, tandis que le missionnaire se plaçait à sa gauche, il pria. Curumilla avait disparu. À ceux qui me diront que le comte de Prébois-Crancé était un aventurier, je demanderai ce qu’était Hernando Cortez la veille de la prise de Mexico ? En politique comme en toutes choses, c’est la fin qui justifie les moyens, et le succès n’est que la consécration du génie [2] . ”
“ Cependant, Curumilla avait apporté une nouvelle qui ne laissait pas que de donner bon espoir au comte. Malgré les immenses préparatifs qu’il avait fait contre la compagnie, le général Guerrero avait été tellement surpris à la nouvelle de sa marche précipitée sur Hermosillo et de l’audacieuse façon dont elle avait tourné ses avant-postes, que dans sa précipitation à accourir au secours de la ville menacée, il avait été contraint de laisser en arrière la plus grande partie de ses forces, et la ville ne contenait en réalité que douze ou quinze cents défenseurs ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ Halte ! cria soudain l’Ulmen. Les cavaliers retinrent la bride de leurs chevaux inondés de sueur. Curumilla avait conduit ses amis à une place qui commandait entièrement la sortie du défilé du côté de Santiago. C’était une espèce de forteresse naturelle, composée de blocs de granit bizarrement empilés les uns sur les autres par quelque convulsion de la nature, un tremblement de terre peut-être. Ces rochers avaient de loin une ressemblance frappante avec une tour, leur hauteur totale était de trente pieds. ”
“ Don Cornelio lui remit un mocksens, que le chasseur examina attentivement pendant quelques minutes. — Hum ! fit-il, ceci est sérieux. Où avez-vous trouvé cela ? — Sur la plage. — Que pensez-vous de cela, chef ? dit Valentin en se tournant vers l’Araucan. — Le mocksens est neuf, il a été perdu. Curumilla a vu des traces nombreuses. — Écoutez, dit vivement don Luis, ne parlez à personne de cette découverte ; nous devons nous défier de tout, la trahison plane autour de nous, elle nous menace de tous les côtés à la fois. ”
Gustave Aimard,
La Fièvre d’or
“ Bientôt il se trouva à l’abri derrière un épais buisson, où il vit don Cornelio et Valentin en embuscade, le corps penché en avant, et interrogeant les ténèbres avec anxiété. — Pour Dieu ! mes amis, dit le comte, que signifie cela ? Le plus profond silence règne autour de nous, tout semble tranquille ; pourquoi cette alerte ? — Curumilla a reconnu ce soir, une heure avant la halte, des traces d’Indiens Yaquis. Tu sais, frère, que ces démons sont les plus effrontés rôdeurs qui soient ; il est évident qu’ils en veulent à nos bestiaux. ”
Gustave Aimard,
Le Grand Chef des Aucas
“ C’est notre seule chance de salut, dit-il tristement ; si ma sœur ne veut pas, je resterai, mais elle sera perdue, ce ne sera pas la faute de Curumilla. La lutte exerce la volonté, fait circuler le sang plus vite ; doña Rosario n’était pas une de ces faibles et malingres jeunes filles de nos grandes villes européennes, plantes étiolées avant de fleurir ; élevée sur les frontières indiennes, la vie du désert n’avait rien de nouveau pour elle ”
Gustave Aimard,
La Fièvre d’or
“ Une idée traversa la cervelle du chasseur. — Mon frère devrait descendre dans le patio de l’hôtellerie, dit-il, il paraît qu’il y a d’autres voyageurs que nous, il les verrait. — Curumilla les a vus. — Ah ! — Il les connaît. Valentin fit un geste d’étonnement. — Comment ! vous les connaissez ? s’écria-t-il. — L’homme seulement ; Curumilla est un chef, sa mémoire est longue. — Ah ! ah ! reprit le chasseur, serait-il donc possible que j’obtienne ainsi les renseignements que je me creuse vainement la cervelle à chercher ? ”
“ De tous les combattants, deux seulement avaient échappé, Valentin et Curumilla, et ce n’avait été que sur l’ordre péremptoire du comte. Nous le répétons ici : bien que les noms soient changés, et que certains faits aient été exprès, et à cause de certaines convenances, dénaturés, ce n’est pas un roman que nous écrivons, c’est l’histoire d’un homme dont le noble caractère doit être cher à tous ses compatriotes ”
Gustave Aimard,
Le Chercheur de pistes
“ L’amitié entre eux ne s’était pourtant pas refroidie pour cela, et c’était toujours avec le même plaisir que don Miguel se retrouvait avec les chasseurs après une longue chasse dans les prairies, qui les avait tenus éloignés de l’habitation parfois pendant des mois entiers. Le Mexicain et le chasseur s’étaient assis auprès du feu, tandis que Curumilla, armé de son couteau à scalper, s’occupait à écorcher les deux jaguars si adroitement tués par don Miguel, et qui étaient de magnifiques bêtes. ”
Gustave Aimard,
Le Chercheur de pistes
“ Rencontre. Arrivés à un endroit où la sente qu’ils suivaient formait une espèce de fourche, Curumilla s’arrêta, les deux gentilshommes l’imitèrent. — Voici votre route, dit le chef araucan : au bout de ce sentier vous apercevrez le feu du campement de Koutonepi ; moi, je dois vous quitter ici. ”
Gustave Aimard,
La Fièvre d’or
“ D’un autre côté, le chasseur, averti par Curumilla, n’était pas fâché de voir l’homme avec lequel, à une autre époque de sa vie, il avait en des rapports indirects, rapports qui, d’un moment à l’autre, pouvaient devenir plus intimes à cause de la nouvelle position du général et des projets de don Luis. Les deux étrangers se présentèrent hardiment ; leur maintien était convenable, sans forfanterie comme sans bassesse, tel, enfin, qu’on devait l’attendre d’hommes longtemps éprouvés par les hasards sans nombre d’une vie aventureuse. ”
