“ Le grand duc me fit beaucoup d’offres, quoique le cardinal Mazarin l’eût fait menacer, de la part du Roi même, de rupture, s’il me donnoit passage par ses États. Rien ne pouvoit être plus ridicule ; et le grand duc lui répondit par son résident, qui me l’a confirmé depuis, qu’il le prioit de lui donner une invention de faire agréer au Pape et au sacré collége le refus qu’il m’en pourroit faire. Je ne pris de toutes les offres du grand duc que quatre mille écus, que je me crus nécessaires, parce que l’abbé Charier m’avoit dit qu’il n’y avoit encore aucune lettre de change pour moi à Rome. ”
Duc de Retz
Définition et enjeux
Citations sur “Duc de Retz”
Étienne-Jean Delécluze,
Romans, contes et nouvelles
“ Quant à la faction française, ajouta de Retz, elle n’est pas nombreuse. — De qui se compose-t-elle ? — Des cardinaux Bichi, Grimaldi, Ursin et d’Este. — Et puis ? — Peut-être faut-il ajouter encore Antoine Barberin. — Et vous ? demanda avec vivacité le duc de Terra-Nova. — Moi ? Je n’en suis pas. — Avec qui êtes-vous donc ? — Comme vous disiez fort bien tout à l’heure, excellence, les Français n’en font jamais qu’à leur tête ; or, je me suis engagé dans l’escadron volant, qui du reste, ajouta de Retz en parlant plus bas, n’est peut-être pas si léger que son nom le donnerait à penser. ”
“ M. le duc de Retz avoit bonne intention mais il n’étoit pas capable d’un grand dessein ; et de plus sa femme et son beau-père le retenoient. M. de Brissac, qui avoit eu commandement de se retirer chez lui, ne savoit primer en rien. M. le duc de Noirmoutier eût été le plus entreprenant ; mais il fut gagné d’abord par madame de Chevreuse et par Laigues, auxquels le cardinal [3] dit en termes exprès qu’ils lui répondroient des actions de leurs amis et que s’ils tiroient un coup de pistolet, ils verroient l’un et l’autre ce qui leur en arriveroit. ”
“ La mort du Pape arriva [2] ; et comme j’avois presque toujours été au lit, je n’avois eu que fort peu de temps pour me préparer au conclave, qui devoit être toutefois, selon toutes les apparences, d’un très-grand embarras pour moi. M. le cardinal d’Est disoit publiquement qu’il avoit ordre du Roi, non-seulement de ne point communiquer avec moi, mais même de ne me point saluer. Le duc de Terra-Nova, ambassadeur d’Espagne, m’avoit fait toutes les offres imaginables de la part du roi son maître, aussi bien que le cardinal de Harrach au nom de l’Empereur. ”
“ Il faillit à transir de frayeur lorsque la Reine lui dit le discours de monsieur son fils. Il vint tout courant chez moi, et y trouva soixante ou quatre-vingts gentilshommes ; il crut qu’il y avoit quelque partie liée avec M. le duc : ce qui n’étoit nullement vrai. ”
Émile Laurent, Ruelles, salons et cabarets : histoire anecdotique de la littérature française (1858)
“ Voici la riposte qui se trouve dans une élégie adressée au duc de Retz : Leur lonche entendement est un traître animal; Pour avilir un vers, ils le prononcent mal. Ils ont l'oreille fausse à la juste harmonie , Leur esprit est crevé sous le faix du gétiie. Le llIoise, à vrai dire, est loin d'être un chefd'œuvre : il prête quelque peu le flanc à la raillerie. Pourtant, il est certains passages de ce poëme qui valent à eux seuls plus que tout le bagage versifié de Boileau. ”
Alphonse Buhot de Kersers, Étude littéraire sur le génie et les écrits du cardinal de Retz (1862)
“ On attribue au cardinal de Retz un grand nombre de pamphlets. Il avoue dans ses Mémoires : le Vrai et le faux de M. le prince et du cardinal de Retz; le Vraisemblable; le Solitaire aux deux désintéressés; les Intérêts du temps; les Contre-temps du sieur de Chavigny ; le Manifeste de M. le duc de Beaufort en son jargon. Ils se distinguent généralement par une spirituelle appréciation des ridicules et des fautes de ses ennemis. Il les relève avec un bonheur d'expression que nul n'a jamais surpassé ”
“ Elle portoit que la Reine donneroit satisfaction au plus tôt sur l’affaire de messieurs les princes. On n’eut aucun égard à cette lettre de cachet. Le Nain, conseiller de la grand’chambre, fut d’avis d’inviter M. le duc d’Orléans de venir prendre sa place ; et la chose passa au plus de voix. Vous jugez, par tout ce que vous avez vu ci-devant, qu’il n’étoit pas encore temps que Monsieur parût. Il répondit aux députés qu’il ne se trouveroit point à l’assemblée ; qu’on y faisoit trop de bruit ; que ce n’étoit plus qu’une cohue ; qu’il ne concevoit pas ce que le parlement prétendoit ”
Alphonse Buhot de Kersers, Étude littéraire sur le génie et les écrits du cardinal de Retz (1862)
“ Ce sentiment acquit une nouvelle force quand Anne d'Autriche réclama son concours pour l'arrestation de Condé. Après avoir donné à la reine ce gage de son dévouement et refusé la pourpre qu'elle lui offrait, on a vu qu'il regretta de ne l'avoir pas acceptée et que, à sa prière, le duc d'Orléans fit à Fontainebleau une démarche qui n'eut pas de résultat. De Retz contribua alors puissamment à la liberté des princes. ”
Alphonse Buhot de Kersers, Étude littéraire sur le génie et les écrits du cardinal de Retz (1862)
“ Bientôt il veut substituer le prince de Conti au duc d'Elbeuf qui, n'ayant pas trouvé à dîner à Saint-Germain, est venu chercher à souper à Paris, et qu'on a nommé, à l'insu du Coadjuteur, généralissime des troupes du parlement. Rien de plus délicieux que ce passage. Après notre immortel poète comique, nul n'a mieux que le cardinal de Retz le talent de mettre les acteurs en scène, chacun a son caractère propre ; on croit les voir, les entendre , et il est impossible de les représenter d'une manière plus spirituelle et plus piquante. ”
Henry Martin, Exposition de portraits peints et dessinés du XIIIe au XVIIe siècle… (1907)
“ En buste de 3/4 à gauche ; la tête découverte. Il porte un vêtement ajusté et une courte fraise. Bouchot, Portraits, p. 228. Dessin aux crayons. 200. Claude-Catherine de Clermont, duchesse de Retz. – Cousine de Brantôme, elle épousa de bonne heure Jean d'Annebaut, baron de Retz et maréchal de France, qui fut tué en 1562 à la bataille de Dreux. La jeune veuve n'eut pas de peine, dit-on, à accueillir avec courage la nouvelle de cette mort. En 1565, elle épousa l'italien Albert de Gondi, autre maréchal de France, dont elle devait faire un duc de Retz (voir le n° précédent) . ”
“ On ouvrit beaucoup de différens avis. Il passa à celui de M. le premier président, qui fut que tous les écrits tant ceux de la Reine et de M. le duc d’Orléans que de M. le prince, seroient portés au Roi et à la Reine par les députés, et que très-humbles remontrances leur seroient faites sur l’importance de ces écrits ; que la Reine seroit suppliée de faire étouffer cette affaire ”
J. B. de Saint-Victor, Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours…
“ Enfin, quoique sa nouvelle dignité, dont la source étoit inconnue au plus grand nombre, offrît mille moyens à ses ennemis de calomnier ses intentions, de le présenter comme vendu à la cour et à Mazarin, il conserva la faveur du duc, parce que celui-ci connoissoit tout le mystère de cette conduite, vraiment inexplicable aux yeux du public. Pour jouer plus sûrement tant de rôles différents, Retz, (c'est ainsi que nous nommerons désormais le nouveau cardinal) affecta, dès ce moment, de (p. 279) n'en plus jouer aucun. ”
“ Le lundi 28, et le lendemain, M. le prince fit tous ses efforts au parlement pour obliger la compagnie à presser la Reine, ou à le justifier, ou à donner des preuves de l’écrit qu’elle avoit envoyé contre lui. Mais M. le premier président demeura ferme à ne souffrir aucune délibération jusqu’à ce que M. le duc, d’Orléans fût revenu ; et comme il étoit persuadé qu’il ne reviendroit pas sitôt, il consentit qu’il fût prié par la compagnie de venir prendre sa place. M. le prince y alla lui-même l’après-dînée du 29, accompagné de M. de Beaufort, pour l’en presser. Il n’y gagna rien ”
Aimé Bozon, Le cardinal de Retz à Rome ou Sa vie publique depuis sa réconciliation avec Louis XIV jusqu'à la fin de sa vie… (1878)
“ Je ne vous fais point, Monsieur, de compliment. Vous savez que personne du monde n'estime et ne chérit plus parfaitement que moi l'honneur de votre amitié. Le cardinal de Retz. » 1 Archives des Affaires étrangères, lettre du duc d'Estrées au roi, 3 septembre 1676. qui entraient au conclave après l'ouverture. « On donna, écrivait le duc d'Estrées, huit voix à M. le cardinal de Rais, au premier scrutin, où il se trouva, ce qui a été remarqué, comme fort honorable pour lui et pour la nation, les Espagnols n'en ayant jamais eu plus de deux'. » Ainsi, on ne songeait nullement à faire Retz pape. ”
Victor-Donatien de Musset, Recherches historiques sur le cardinal de Retz… (1807)
“ SUR LE CARDINAL DE RETZ. 181 était bien résolu de la révoquer dès qu'il serait en liberté. Ce prélat sut bientôt qu'on l'accusait à la Cour de s'entendre avec le souverain Pontife , et qu'on pensait à le transférer à Brest. Cet avis lui fit prendre le dessein de rompre au plutôt ses fers. Après avoir pris les mesures pour cela avec le duc de Brissac, il forma le projet de concert avec M. de Bellièvre , alors premier président du Parlement de Paris , et M. de Caumartin, ses amis particuliers , de se rendre dans la capitale immédiatement après son évasion, pour y exciter un soulèvement général. ”
“ « Elle a les yeux très-beaux. » La vérité est que, quoiqu’il eût exécuté son ordre, il avoit écrit dès la veille a Saint-Germain, que les tentatives en seroient inutiles, et que l’on commettroit trop légèrement l’autorité du Roi. Je retournai à l’hôtel de Chevreuse, et je n’y fus pas mal reçu. J’y trouvai mademoiselle de Chevreuse aimable. Je me liai intimement avec madame de Rhodes, bâtarde du feu cardinal de Guise, qui étoit bien avec elle. Je ruinai dans son esprit le duc de Brunswick-Zell, avec qui elle étoit comme accordée. Laigues me fit quelques obstacles au commencement ”
“ Comme ceux du parti de messieurs les princes l’en pressoient, extrêmement, en lui disant que de là dépendoit leur liberté, il leur dit qu’il alloit faire une action qui leveroit la défiance qu’ils témoignoient avoir de lui. Il envoya querir sur-le-champ le garde des sceaux, le maréchal de Villeroy et Le Tellier. Il leur commanda de dire à la Reine qu’il n’iroit jamais au Palais-Royal tant que le cardinal y seroit, et qu’il ne pouvoit plus traiter avec un homme, qui perdoit l’État. ”
“ Il ne fut pas en son pouvoir : elle s’emporta, et lui parla même avec aigreur ce qu’elle n’avoit jamais fait, à ce qu’elle nous dit ; et comme il éleva sa voix, en disant que s’il alloit au Palais se déclarer contre la cour le cardinal emmeneroit le Roi, elle se mit à crier de son côté : « Qui êtes-vous, monsieur ? n’êtes-vous pas lieutenant général de l’État ? ne commandez-vous pas les armées ? n’êtes-vous pas maître du peuple ? Je réponds que moi seule je l’en empêcherai. » ”
Aimé Bozon, Le cardinal de Retz à Rome ou Sa vie publique depuis sa réconciliation avec Louis XIV jusqu'à la fin de sa vie… (1878)
“ Il nous a également fait connaître les occupations de l'ancien frondeur dans sa retraite de Commercy, la façon dont il y passait son temps, et les sentiments dans lesquels il est mort. Mais il restait à faire connaître la part que Retz a prise aux affaires publiques dans cette période de sa vie. Rentré en France, il ne fut pas relégué en Lorraine, dans une sorte de disgrâce, jusqu'à sa mort, comme on l'a prétendu sans aucun fondement. La politique avait été la grande passion de sa vie, et elle l'avait jeté dans les plus étranges aventures. ”
“ Quelques jours après M. le prince étant chez Prudhomme qui logeoit dans la rue d’Orléans, et ayant enfilé dans la rue sa compagnie de gardes et un fort grand nombre d’officiers, M. de Rohan y arriva tout échauffé, pour lui dire qu’il me venoit laisser en beau débat ; que j’étois à l’hôtel de Chevreuse, très-mal accompagné ; et que je n’avois auprès de moi que le chevalier d’Humières, enseigne de mes gendarmes, avec trente maîtres. M. le prince lui répondit en souriant : « Le cardinal de Retz est trop fort ou trop foible. » ”
Augustin Gazier,
Les dernières années du cardinal de Retz…
(1875)
“ Personne n'ignore que dans le temps que M. le Prince semblait disputer au Roi le pavé dans Paris, que tous les esprits étaient dans l'émotion et la Reine dans une extrême inquiétude de ce désordre, M. le cardinal de Retz soutint courageusement l'autorité de Sa Majesté dans le parlement et ailleurs, même au péril de sa vie, et qu'il inspira à Monsieur les conseils de paix, éloignant tant qu'il pouvait les esprits factieux qui étaient auprès de sa personne. ”
“ Voyant qu’il ne pouvoit plus compter sur l’appui du Pape, il quitta Rome dans le mois de juillet 1656, et partit pour Besançon, où il se trouva au pouvoir des Espagnols, qui étoient en guerre avec la France. Dans ce moment le jansénisme obtenoit un triomphe aussi brillant que passager par la publication des Provinciales, qui excitoient l’admiration de toutes les classes de lecteurs. Messieurs de Port-Royal se flattant de pouvoir tirer un grand parti de la position du cardinal de Retz, lui adressèrent des instructions contenant le plan de conduite qu’il devoit suivre. ”
“ Il ne savoit rien du détail de ce qui s’étoit passé le soir entre Monsieur, M. de Beaufort et moi, mais comme il entra dans sa chambre aussitôt que nous en fûmes sortis avec Jouy, Monsieur, qui étoit dans l’agitation et dans le trouble, leur dit : « Si je voulois, je ferois bien danser l’Espagnole. » Beloy, où malicieusement où par curiosité, lui répondit : « Mais, monsieur, Votre Altesse Royale est-elle bien assurée de M. le cardinal de Retz ? — Le cardinal de Retz, dit Monsieur, est homme de bien ; et il ne me manquera pas. » ”
“ Cette colère dura tout le soir : car il me dit le lendemain que Goulas, secrétaire de ses commandemens, et intime de M. de Chavigny, étant venu lui dire avec un grand empressement que tous les officiers étrangers prenoient de grands ombrages des longues conversations que j’avois avec lui, il l’avoit rebuté avec une fort grande aigreur, en lui disant : « Allez au diable, vous et vos officiers étrangers ! s’ils étoient aussi bons frondeurs que le cardinal de Retz, ils seroient à leurs postes, et ils ne s’amuseroient pas à ivrogner dans les cabarets de Paris. » ”
Augustin Gazier,
Les dernières années du cardinal de Retz…
(1875)
“ Il n'eût pu voir sans émotion son archevêque faisant appel avec tant d'éloquence à sa justice et à sa piété pour guérir les plaies envenimées de l'Église de Paris. Cette lettre de Retz n'est pas moins habilement composée que les deux autres : point de doléances inutiles, mais une résignation parfaite aux volontés du Ciel; ce n'est pas un homme qui songe à ses intérêts temporels, c'est un successeur des apôtres qui adjure le roi très-chrétien, le fils aîné de l'Église, de rendre enfin la paix à sa mère. ”
“ Il fut décide que Retz se rendroit sur-le-champ à Paris, au moyen de relais qui seroient disposés sur la route ; qu’il révoqueroit publiquement sa démission, et qu’il prendroit en personne possession de l’archevéché. On ne redoutoit aucun obstacle sérieux de la part du gouvernement, parce qu’on croyoit s’être assuré de l’assistance de la populace ; et le prélat doutoit si peu de son triomphe, qu’il s’exprime ainsi dans ses Mémoires : « Je me serois, dit-il, rendu maître de la capitale et du royaume, en brisant mes fers. » ”
Alphonse Buhot de Kersers, Étude littéraire sur le génie et les écrits du cardinal de Retz (1862)
“ Le secret n'est pas aussi rare qu'on le croit entre les gens qui ont accoutumé de se mêler des grandes affaires. Le style des Mémoires s'élève rarement, et ce genre d'écrit ne le demandait pas; mais, chez le cardinal de Retz, il est toujours à la hauteur de la pensée. Aussi, lorsqu'il parle de la reconnaissance qu'il doit à la reine, qu'il trace le portrait du premier président Molé ou du grand Condé, dans ses sermons, dans ses discours au roi, il s'exprime avec autaut de dignité que de noblesse. ”
Augustin Gazier,
Les dernières années du cardinal de Retz…
(1875)
“ Si l'on n'a pas oublié ce que nous avons dit sur la retraite et la pénitence de l'ancien Frondeur, sur le sacrifice qu'il fit si simplement de ses admirables Mémoires, sur sa conduite à Saint-Mihiel, à Commercy, à Rome, à Saint-Denis et à Paris, entre les années 1675 et 1679, on ne sera nullement surpris d'apprendre que la fin a couronné l'œuvre, c'est-à-dire que le cardinal de Retz est mort en chrétien véritable. ”
