“ « Mister Twemlow, je crois ? » dit Fledgeby en grimaçant un sourire. Le petit gentleman sembla fort étonné. « J’ai eu le plaisir de déjeûner avec vous chez Lammle, continua Fascination ; j’ai même l’honneur d’être de votre famille. Un singulier endroit pour se retrouver ; mais quand on vient dans la Cité on ne sait jamais qui l’on rencontrera. J’espère que votre santé est bonne, et que vous avez toujours lieu d’être satisfait de la vie ? » Il pouvait y avoir un grain d’impertinence dans ces dernières paroles ; à moins que ce ne fût le ton de Fledgeby quand il voulait être gracieux. ”
Citations sur “Fledgeby”
Charles Dickens,
L’Ami commun
(1865)
“ Perché sur un tabouret, le pied droit sur une chaise, Fledgeby avait son chapeau sur la tête. Le doux vieillard s’était découvert en entrant, et depuis lors avait son chapeau à la main. Se rappelant sa démarche auprès de mister Podsnap, le consciencieux Twemlow souffrait de la présence de Fledgeby. Il était aussi mal à son aise que peut l’être un gentleman ; et se croyant obligé à une certaine roideur envers ce personnage qu’il avait desservi, non sans cause, il répondit à ses avances par un salut très-froid. Les petits yeux de Fledgeby se rétrécirent encore en notant cette froideur. ”
Charles Dickens,
L’Ami commun
(1865)
“ Fledgeby riposte qu’il ne connaît que lui qui soit dans ce cas-là ; et le gentleman est renversé. « Y a-t-il, ce matin, quelque chose de neuf ? demande Twemlow qui revient bravement à la charge. Fledgeby n’en sait rien. « Pas de nouvelles, dit Lammle. — Pas la moindre, dit Brewer. — Pas l’ombre, dit Boots. » Toutefois l’exécution de ce petit concerto semble réveiller chez les convives le sentiment du devoir, et leur donner des forces. Chacun paraît être plus en état de supporter la société des autres ”
Charles Dickens,
L’Ami commun
(1865)
“ Un homme vénérable, à tête chauve et luisante, garnie, sur les côtés, de longs cheveux gris flottants qui se mêlent avec la barbe. Un vieillard, qui, d’un geste oriental plein de grâce, incline le front et avance les mains, la paume tournée vers la terre, comme pour apaiser le courroux d’un supérieur. « Où étiez-vous donc ? reprend Fledgeby dont la colère éclate. — Généreux chrétien, répond le juif, c’est aujourd’hui fête ; je n’attendais personne. — Au diable les fêtes ! dit Fledgeby en entrant. Est-ce que le dimanche vous regarde ? Fermez la porte. » ”
“ Je viens d’éprouver un tel échec au sujet de ce pauvre Lammle, continua Fledgeby, qu’il me reste peu d’espoir d’obtenir quelque chose pour monsieur, dont je suis à la fois l’ami et le parent. Si pourtant vous deviez accorder une faveur à quelqu’un, je pense que ce serait à moi, et veux essayer de vous fléchir ; d’ailleurs j’en ai fait la promesse. Allons, mister Riah, un peu d’indulgence ; mister Twemlow est bon pour les intérêts ; il les a toujours payés avec exactitude ; il continuera certainement. Pourquoi le mettre dans la gêne ? ”
Charles Dickens,
L’Ami commun
(1865)
“ L’excellent jeune homme le supplia d’exposer son affaire ; et l’innocent Twemlow, croyant étonner Fledgeby par ce qu’il allait lui dire, supposant que c’était là un de ces phénomènes qui ne se reproduisent que dans le cours des siècles, raconta qu’il avait eu pour ami un fonctionnaire chargé de famille ; que cet ami contraint de changer de résidence, avait eu besoin d’argent, et que lui, Twemlow, avait donné sa signature. Bref, l’ami était mort ; et chose fort ordinaire, mais incompréhensible pour l’innocent gentleman, celui-ci avait dû rendre une somme qu’il n’avait pas touchée. ”
“ Excessivement surpris, Twemlow porte sa main à son front, et s’appuie au dos de sa chaise dans une pose méditative. Missis Lammle se lève ; tout le monde en fait autant. Ces dames montent l’escalier, ces messieurs le franchissent peu de temps après. Fledgeby a consacré l’intervalle qu’il y a eu entre les deux départs, à l’examen des favoris de Boots, des favoris de Brewer, des favoris de Lammle, et s’est demandé lesquels il aimerait mieux reproduire, si le génie de la barbe voulait répondre à ses frictions. ”
Charles Dickens,
L’Ami commun
(1865)
“ La pauvre créature leva les yeux et tendit ses petites mains transparentes vers les nuages. « Que peut-on éprouver quand on est mort ? demanda Fledgeby avec embarras. — Oh ! répliqua Jenny en souriant, on est si tranquille, si reconnaissante de la paix qui vous entoure ! Vous entendez crier les vivants qui travaillent, qui s’appellent les uns les autres, au fond des rues noires où l’on étouffe ; et vous avez tant pitié d’eux ! Vous êtes délivrée d’une chaîne si lourde ! vous sentez un bonheur si étrange, à la fois doux et triste, mais si grand ! » ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Vous partez donc pour l’Angleterre, cher ami ; cela veut dire que Flavigny ne sera pas sur voire route, Je le regrette bien. C’eût été si doux, de vous voir quelques jours dans ma solitude sauvage et laborieuse ! Parlez de moi à votre femme et à vos filles. Dites-leur mon affection. Je regarde toujours vers vous, mon ami, d’un œil de convoitise. Votre âme m’est chère au-delà de tout, et il faut qu’un jour vous partagiez ma grande foi. Laissez ce monde mourir dans sa misère et son scepticisme, dans sa bête incrédulité savante. ”
Eugène Sue,
Le morne au diable
“ Sans médire de la frégate de Sa Majesté, puisque je ne la connais pas, je puis bien m’engager à la suivre, quelle que soit la voilure qu’elle fasse, quelle que soit la brise ou la mer qui s’offre à ses voiles ou à sa proue.—Je vois que vous êtes fou. La Fulminante est de la première vitesse.—Mon bon monsieur, ne me refusez pas, dit Daniel d’un ton suppliant. Si cette fière frégate marche plus vite que la Licorne... eh bien! ”
J.-H. Rosny aîné,
Les Xipéhuz/Édition Albert Savine 1888
“ Pour leur inspirer confiance, je tirai beaucoup de flèches avec mon arc habituel, à chaque fois qu’un de leurs partis approchait de la frontière, et mes flèches tombaient beaucoup en deçà d’eux. Ils apprirent ainsi à connaître la portée exacte de l’arme, et par là à se croire absolument hors de péril à des distances fixes. ”
Charles Marchal, Le Peintre breton, par Charles Marchal… (1843)
“ Je me liai d'amitié apparente avec M. de Fléville. Les amants sont les gens les plus bavards du globe. Son premier soin fut de me raconter son histoire avec mademoiselle Néville. Vous la savez; il n'est donc pas indispensable que je vous la répète. Je l'écoutais respectueusement, et abusais, à son exemple, de certains gestes tragiques qui ne nuisent pas à un diplomate adroit qui veut arracher un secret. Nous allions, le matin, nous prélasser sur les lapis verts du parc, et j'écoutais, avec une émotion enfantine assez proprement jouée, les tirades platoniques du dandy. ”
Ernest Feydeau,
Les Aventures du Baron de Féreste…
(1869)
“ A sa vue, les deux adversaires suspendirent leurs menaces, et le vieillard se trouva, de sa propre autorité, juge du camp. Il voulait tout savoir. L'homme à l'obligation ouvrit la bouche. Mais Arthur, emporté par un mouvement de pudeur qui lui fit le plus grand honneur, lui coupa la parole, et quelque humiliante que fût pour lui la confession qu'il avait à faire, il n'en supprima pas le moindre détail. Son père, en l'écoutant, se mordait les lèvres. — Oh ! cet Hermès ! se disait-il. Et si ma femme avait vécu ! ”
Georges Feydeau,
Théâtre complet
“ Follbraguet. — Ah ! oui, alors ; ah ! oui ! Marcelle. — Oui ? eh bien, non, je ne m’en irai pas ! Tu oublies que tu as mis le bail à mon nom... à cause de tes créanciers... Je suis ici chez moi ! C’est à toi d’en sortir ! Follbraguet. — Oui ? Eh bien, je te prends au mot ! Je la quitte, la maison ! je suis bien bête de me crever à travailler pour toi ! Tu veux avoir tous les droits ? Eh bien ! à toi aussi les charges ! Tiens, voilà mes instruments, voilà mon client, moi je donne ma démission. Va ! Va ! travaille à ma place !... Marcelle. — Moi ! Vildamour, terrifié par la perspective. ”
Henri Rivière,
Edmée ; Le châtiment ; Flavien
(1877)
“ Alors, mon cher Flavien, ce n'est point de fleurets mouchetés qu'il nous faut faire usage, c'est d'épées de combat, de celles-ci, – il les prit, – tenez, voyez-les, à larme large et fuyante, ployantes et flexibles. On sait mieux en les soupesant ce qu'elles valent et ce qu'on vaut. ”
Jean de Villiot, Curiosités et anecdoctes sur la flagellation… (1900)
“ Vous vous trouverez bientôt sous la garde d'un digne gentleman - à qui je vous ai livrée. Il vous tiendra lieu de tuteur et vous fera sentir les effets d'un discipline toute paternelle. Vous allez figurer à une conférence devant des messieurs et des dames qui se réunissent dans cette maison pour se livrer à des pratiques de Flagellation ; ce sont des membres de l'aristocratie que vous avez peut-être rencontrés dans le monde. Ils vous connaissent bien, mais ils seront déguisés de façon à se rendre méconnaissables. ”
Alfred de Vigny,
Poésies complètes d'Alfred de Vigny
(1928)
“ On tirait en aveugle à travers le nuage : Toute la mer brûlait. Mais, quand le jour revint, chacun connut son œuvre. Les trois vaisseaux flottaient démâtés, et si las, Qu'ils n'avaient plus de force assez pour la manoeuvre ; Mais ma Frégate, hélas ! Elle ne voulait plus obéir à son maître : Mutilée, impuissante, elle allait au hasard ; " Sans gouvernail, sans mât, on n'eût pu reconnaître La merveille de l'art ! Engloutie à demi, son large pont à peine, S'affaissant par degrés, se montrait sur les flots ; Et là ne restaient plus, avec moi capitaine, Que douze matelots. ”
James Fenimore Cooper,
Le Feu-Follet
“ Lancez la frégate un peu dans le vent jusqu’à faire fasséyer les voiles, monsieur Yelverton, dit Cuff à l’officier de quart ; nous devons ici faire tous nos efforts pour nous élever ; car une fois par le travers des brisants, il faut tenir les voiles pleines, afin de rendre la frégate sensible au gouvernail. ”
Charles Marchal, Le Peintre breton, par Charles Marchal… (1843)
“ Comme on le devine sans doute , Eugène de Fléville fut extrêmement piqué de trouver Henri en tête-à-tête avec Blanche. Il leur jeta un regard superbe et s'assit. Soit enfantillage., soit insouciance, soit crainte qu'Henri ne révélât ce qui venait de se passer entr'eux, elle dit à Eugène , en lui indiquant un siége du doigt : — M. de Fléville, vous arrivez fort à propos pour gronder votre ami.... Figurez-vous qu'il vient de me prendre une de mes mitaines. ”
Georges Feydeau,
La Puce à l’oreille
“ FINACHE. Ça, nous sommes d’accord. CHANDEBISE. Bon ! Vous savez, d’autre part, que personne n’est moins coureur que votre serviteur. FINACHE. Ah ? CHANDEBISE, l’air un peu vexé. Quoi, ah ? Vous dites : Ah ?... Si ! FINACHE. Mais je ne sais pas, mon ami. CHANDEBISE. Eh ! bien, je vous le dis. Je ne vous étonnerai donc pas en vous confiant que ma femme résumait tout pour moi : l’épouse et l’amante. Ce qui revient à dire que j’ai toujours été pour elle, je puis m’en vanter entre nous, un mari à la hauteur. FINACHE. Ah ? ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Il cherche la solitude pour l’écrire. Cet isolement, il le trouvera à Flavigny, où vécut si longtemps Lacordaire. Flavigny-sur-Ozerain, 19 avril 1887. Mon cher ami, Me voilà installé dans ma nouvelle vie de solitude, de travail et de prière. Flavigny est pour moi aujourd’hui une espèce de Corbara. Je suis en dehors et au-dessus de tout le tourbillon humain, et je vis absorbé dans la composition de mon ouvrage. ”
Esprit Fléchier,
Les grands jours d'Auvergne en 1665
“ Il n'y a pas de vie plus unie que la sienne, ni qui se tienne mieux. Esprit Fléchier, né en juin 1632 à Pernes, dans le Comtat Venaissin, d'une honnête famille, mais appauvrie et réduite au petit commerce, annonça d'abord les dispositions d'un sujet parfait. Il reçut en naissant « un esprit juste, une imagination belle mais réglée, un bon cœur, des inclinations droites ; » ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Cette belle inclination se passa-t-elle uniquement dans la région idéale des désespoirs convenus et des sentimens arrangés ? Ne fut-ce qu’une contenance obligée de soupirant de ruelle ? C’est un point qu’auront à débattre les biographes. Je sais bien que, dans l’aimable portrait qu’il fait de lui-même, Fléchier dit : « Il n’y a guère d’homme plus sensible. » ”
Paul Féval, La fabrique de mariages, Vol. 6
“ La pluie tombait déjà à torrents. Le hasard lui fit trouver du premier coup le sentier qui menait à la rue de l’École. Il s’y promena pendant plus de dix minutes comme un soldat en faction. Il ne vit rien; il n’entendit rien.Vital ne pouvait pas raisonner comme sa mère. Il ne connaissait de Flavie que ses grâces de femme du monde. La solitude de ces champs et le voisinage de cette foule rassemblée au château de la Savate firent sur lui une impression tout autre. ”
“ Ainsi je fais servir mes passions à l'augmentation de ma fortune. Si tous les hommes agissaient de même, il n'y aurait, assurément, pas autant de malheureux sur la terre.Le brave major Flogger prenait pour de la sagesse ce raisonnement monstrueux, et, de fait, il avait la sanction de tous les possesseurs d'esclaves ses voisins, sans en excepter les pieux ecclésiastiques qui fréquentaient sa maison.Ajoutons, pour l'acquit de notre conscience, que, dans les États du Sud, bien peu de gens eussent osé désapprouver ouvertement cet excellent M. Flogger. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Il y a une piquante anecdote de la vie de Fléchier, que je place à peu près à la date où nous sommes et que j’emprunte à l’abbé d’Artigny [12] , chez lequel les biographes se sont d’autant plus gardés de l’aller prendre, qu’elle fait toucher au doigt le faible du célèbre prédicateur pour le lieu commun, son penchant déclaré vers la rhétorique. Tout s’explique pour qui a recours aux origines. Quand Fléchier vint à Paris, il y rencontra une espèce de charlatan oratoire, un distillateur de galimatias, comme on l’appelait, qui avait nom Richesource. ”
Georges Feydeau,
Le Mariage de Barillon
“ Flamèche, dominant la conversation générale. — Un instant ! M. le Maire revient dans un instant. (La conversation générale continue. Flamèche, qui a été s’installer à la place du maire.) Pardon ! Pardon ! Madame Jambart, dominant la conversation générale. — Taisez-vous ! M. le garçon va parler. Flamèche, du haut de l’estrade. — Mon Dieu ! mesdames et messieurs, il arrive souvent qu’à l’occasion d’une circonstance comme celle d’un mariage, on donne un concert vocal et instrumental. Tous. — Quoi ! Flamèche. — Or, messieurs, mesdames, on est souvent très embarrassé sur le choix d’un artiste. ”
Georges Feydeau,
La Puce à l’oreille
“ FINACHE. Hein ? CHANDEBISE. Je vous demande si vous avez vu jouer : « Vous n’avez rien à déclarer ? » FINACHE. Mon Dieu... ! CHANDEBISE. Quoi ? Vous l’avez vu, ou vous ne l’avez pas vu ? FINACHE, égrillard. Je vais vous dire : entre les deux ! Je n’étais pas seul dans ma baignoire, alors... ! CHANDEBISE, riant. Ah ! bon, oui ! Il y a des lacunes. FINACHE, riant. Voilà ! CHANDEBISE. N’importe ! Vous en avez toujours vu assez pour être au courant du sujet : un bon petit jeune homme fait son voyage de noces avec madame. ”
Charles-Auguste Mauduit, Eloge funèbre de Mme la comtesse de Flavigny… (1883)
“ Pour pratiquer tous ces grands devoirs, pour allier avec tant d'art des choses en apparence si contraires, Mme de Flavigny dut vivre dans un monde bien différent de celui qui nous entoure. Il y a plusieurs mondes dans notre univers, mes Frères. Ah! sans doute, le monde extérieur est plein de merveilles : sa grandeur nous écrase, ses beautés nous éblouissent. ”
Georges Feydeau,
La Puce à l’oreille
“ CHANDEBISE, insouciant. Oh ! Il en absorbe une bonne gorgée, mais il n’a pas plutôt le liquide dans la bouche qu’il pose précipitamment son verre sur la table et écartant tout le monde sur son passage s’élance comme un fou vers la fenêtre. FINACHE, emboîtant le pas derrière lui. Oui ! ça ne fait rien ! je vous ai prévenu ! avalez ! avalez ! CHANDEBISE, qui a ouvert précipitamment la fenêtre, crachant dehors en gerbe tout ce qu’il a dans la bouche. Ah !... Pouah ! ÉTIENNE et FINACHE, désappointés. Oh ! ”
Georges Feydeau,
La Puce à l’oreille
“ Il le fait pivoter et l’envoie au loin.ÉTIENNE, revenant à la charge. Mais voyons, mais c’est M. Chandebise ! mais c’est mon patron ! On entend claquer bruyamment la porte du vestibule.FERRAILLON, le repoussant. Quoi ! votre patron ! C’est mon domestique... Je le connais bien ! Il sort en courant et en emportant la livrée et la casquette de Poche. ÉTIENNE, sortant à sa suite. Mais non ! mais non ! Scène XIV CHANDEBISE, puis HOMÉNIDÈS, puis POCHE.CHANDEBISE, risquant la tête par l’entrebâillement de la porte de gauche. Très angoissé. Il... il est parti ? ”
