“ Un passant, traversant la rue, qui, de son épaule, a touché le nez du cheval, regarde Iôna d’un air furieux, et secoue sa manche. Iôna, comme sur des aiguilles, se tourne sur son siège, tire les coudes à droite et à gauche, remue les yeux comme un homme que la vapeur aveugle, et il a l’air de ne pas comprendre où il est, ni pourquoi il est là. ”
Iona
Définition et enjeux
Citations sur “Iona”
“ Iôna sent derrière son dos le corps qui remue et la voix qui tremble du bossu ; il entend les injures qu’on lui adresse, voit les gens, et le sentiment de la solitude insensiblement commence à s’adoucir en lui. Le bossu braille, tant qu’il ne s’engoue pas dans quelque injure compliquée à six étages ou qu’un accès de toux ne le prend pas. Les deux grands se mettent à parler d’une certaine Nadiéjda Pétrôvna. Iôna se retourne à tout moment de leur côté. Profitant d’une minute de calme, il se retourne encore et murmure : – Cette semaine,... j’ai perdu un fils !... ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°1 Janvier 1903
“ L’abbé d’Iona exerçait sa suprématie non seulement sur les monastères des Hébrides mais encore sur les églises d’Écosse et d’une moitié de l’Irlande. Iona était devenue la métropole monastique du nord ; les évêques venaient s’y faire sacrer et les princes, recevoir leurs couronnes. Tantôt vers le sud, apparaissaient les navires Irlandais chargés de pèlerins ; tantôt vers le nord, les barques des guerriers Pictes à demi sauvages mais témoignant à la mémoire de saint Colomban une dévotion naïve ; tantôt c’était la cloche de l’île de Mull annonçant l’arrivée d’une caravane. ”
Jules Verne,
Le rayon-vert
(1882)
“ Un cri échappa à miss Campbell, dont les deux bras se tendirent vers le ciel. L'astre radieux, caché derrière cet écran de vapeurs, n'envoyait plus un seul de ses rayons à l'île. Iona, placée en dehors de la zone d'irradiation directe, venait de se voiler d'une grande ombre. Mais bientôt la grande ombre se déplaça. Le soleil reparut dans tout son éclat. Le nuage s'abaissa vers l'horizon. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°1 Janvier 1903
“ Des souverains quittaient leurs armures pour revêtir la coule des moines. À tout instant la cloche d’appel retentissait ; des barques traversaient le chenal qui sépare Iona de l’île de Mull pour venir chercher les voyageurs qu’attirait la réputation sainte du lieu ; une longue suite de piliers granitiques guidait ceux-ci au travers de Mull jusqu’au lieu d’embarquement. Les vastes souterrains se peuplaient de cercueils illustres ”
“ Aristobulus Ursiclos était allé étudier les roches qui forment l’extrême pointe méridionale d’Iona. Une de ces masses granitiques, un « stack », attira plus spécialement son attention, si bien qu’il résolut de se hisser à son sommet. Or, il y avait quelque imprudence à le tenter, car la roche ne présentait guère que des surfaces glissantes, et le pied ne pouvait y trouver prise. ”
“ Nous mourrons tous ! soupire le bossu, essuyant ses lèvres après un accès de toux. Allons, fais marcher ! Pousse ! Messieurs, je ne puis décidément pas aller plus loin comme ça ! Quand nous fera-t-il arriver ? – Ranime-le un peu en lui tapant sur le cou !... – Tu entends, vieux choléra ? ou je te bourre le cou !... Si on faisait des cérémonies avec vous, il faudrait aller à pied. Tu entends, serpent Gorynytch [1] ? Te moques-tu de ce que nous te disons ? Et Iôna, plus qu’il ne les sent, entend le bruit des coups qu’on lui donne. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°1 Janvier 1903
“ Une colonie, venue d’Irlande, a peuplé les îles et des moines s’établissent sur leurs rives inhospitalières pour y prêcher l’évangile. En face de l’ouverture béante de la grotte de Fingal, se trouve une terre plate et nue qui porte un surnom glorieux ; c’est l’île d’Iona ; on l’appelle le Saint-Denis des Hébrides. C’est là que dorment les souverains d’Écosse, d’Irlande et de Norwège, à l’ombre des ruines d’une abbaye fondée il y a 1300 ans par saint Colomban. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°1 Janvier 1903
“ Une heure plus tard, le steamer s’arrêtait de nouveau en face des ruines d’Iona. Nous avons assez parlé de cette île célèbre pour n’avoir rien à ajouter. Son cachet actuel est dans le pittoresque abandon où elle se trouve. Le duc d’Argyll à qui elle appartient, a fait ranger sur l’herbe côte à côte, les tombes qui subsistent. Il n’y a pas d’écriteaux, rien qui sente le musée ; les ruines s’élèvent dans une prairie qu’aucun chemin frayé ne traverse. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°3 Mai 1903
“ En descendant vers le sud, Johnson ne rencontra plus qu’une population misérable, en haillons ; quand il atteignit Iona il trouva la chapelle de Sainte Marguerite transformée en étable. Tous les autres bâtiments manquaient de fenêtres et de toitures ; les habitants les dégradaient eux-mêmes pour en utiliser les matériaux. Dans toute l’île, une seule maison possédait une cheminée. Deux habitants, dit il, parlaient l’Anglais, mais pas un seul ne savait lire et écrire ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°1 Janvier 1903
“ Oncques ne vit jamais une société plus hospitalière. Les étrangers étaient accueillis avec le plus gracieux empressement ; on les mettait à réquisition de récits et d’histoire ; on leur offrait en échange des chasses dans les bruyères rouges où se cachaient les jeunes daims. Au milieu de cette civilisation, l’abbaye d’Iona demeurait un sanctuaire vénéré où les principales familles avaient leurs tombes : le couvent de Sainte-Marguerite subsistait ; une Mac-Donald, dont la pierre funéraire se voit encore parmi les ruines, en était supérieure lorsqu’un coup soudain bouleversa l’archipel. ”
Pierre de Coubertin,
Revue du Pays de Caux N°3 Mai 1903
“ Une déroute générale s’opéra. Le pillage ne s’arrêta pas au seuil des demeures seigneuriales ; elles brûlèrent comme les églises ; le zèle des puritains s’alarmait du luxe qui y régnait ; ils voulaient niveler, égaliser. Bientôt ce ne furent partout que ruines et désolations ; le sol redevint inculte, la misère fut extrême et la population tomba dans l’apathie la plus profonde. Il fallut, deux cents ans plus tard, qu’un célèbre voyageur Anglais découvrit et fit connaître à ses concitoyens la grotte de Fingal et les ruines d’Iona. v ”
1903-1951, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie Fernand Cabrol…
“ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t.5, 1e partie; G - Gotha; 1924-1925 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34123096Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t.6, 2e partie; Gothicum - Hypsistariens; 1924-1925 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3412651t Un article océrisé: t.6, 2e partie, col. 2011-2012Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t.7, 1e partie; I - Invitatoire; 1925-1927 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34122553Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, t.7, 2e partie; Iona - Jubilus ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut/1905
“ Alors, ma chère Ione, ma douce Ione, ma sœur et ma compagne de toujours, puisses-tu bientôt trouver cette mort qui est ton plus beau désir ! » Je refoulais, en parlant, les larmes qui me montaient aux yeux. Je voyais Ione exténuée, malgré son courage, épuisée par les longs doutes d’autrefois. Elle ne pouvait pas vivre... Elle gardait en elle une âme avide d’éternité, et que jamais ne contenteraient les pauvres tendresses mortelles, les tendresses brèves, les tendresses incertaines. Dans un élan de pitié fraternelle, je lui dis : « Puisses-tu atteindre bientôt à la mort que tu rêves ! » ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut/1905
“ Aime quelqu’un, aime quelque chose. L’amour est moins funeste que la pensée. » Ione s’éloigna un peu. « Je n’ai jamais aimé et jamais je n’aimerai un être humain qui serait aussi faible, aussi lamentable que moi-même. Ce que je désire éperdument, c’est le divin... Je veux un amour qui jamais ne soit trompé ni déçu, un amour sans fin et sans bornes, un amour surnaturel. Je veux la foi. » Le visage d’Ione blêmissait à travers le crépuscule. ”
George Sand,
Les Dames vertes
(1859)
“ Madame d’Ionis était au salon quand j’y entrai. Je vis une femme ravissante, en effet, mais beaucoup trop petite pour avoir figuré de sa personne dans mon trio de spectres. Elle n’avait, d’ailleurs, rien de fantastique ni de diaphane. C’était une beauté du genre réel, fraîche, gaie, vivante, portant avec grâce ce que l’on appelait, dans le style du temps, un aimable embonpoint, parlant avec finesse et justesse sur toutes choses, et laissant percer une grande énergie de caractère sous une grande douceur de formes. ”
George Sand,
Les Dames vertes
(1859)
“ Madame d’Ionis et Bernard accouraient ; je trouvai Caroline embellie par le bonheur. Quelques moments après, nous étions tous réunis autour de la table, avec l’abbé de Lamyre, qui était arrivé dans la matinée, et la bonne Zéphirine, qui avait fermé les yeux de la douairière d’Ionis quelques semaines auparavant, et qui portait le deuil comme toutes les personnes de la maison. Les d’Aillane, n’étant parents des d’Ionis que par alliance, s’étaient dispensés d’une formalité qui, de leur part, n’eût pu sembler qu’un acte d’hypocrisie. ”
George Sand,
Les Dames vertes
(1859)
“ La liquidation de madame d’Ionis, devenue madame d’Aillane, n’était pas terminée, quand éclata la Révolution qui mit fin à toute contestation de la part des créanciers de son mari, jusqu’à nouvel ordre. Après la Terreur, elle se retrouva dans une situation aisée, mais non opulente : j’eus donc la joie et l’orgueil d’être le seul appui de ma femme. Le beau château d’Ionis était vendu, les terres dépecées. Des paysans, égarés par un patriotisme peu éclairé, avaient brisé la fontaine, croyant que c’était la baignoire d’une reine. ”
Joseph Vianey, Les Sources de Leconte de Lisle…
“ Créuse. Je te plains à mon tour, ô étranger. Ion. Oui, car je ne connais ni quelle mère m’a donné le jour, ni de quel père je suis né. Cette mutuelle sympathie ayant éveillé la confiance de Creuse, elle fait à Ion d’une façon détournée l’aveu de son aventure : elle lui révèle la violence du dieu en feignant que la victime en ait été une de ses amies, et le jeune homme écoute avec curiosité, avec émotion, cette histoire d’un enfant abandonné comme il l’a été lui-même ; il plaint « la pauvre mère » dont on lui parle et qui le fait songer à la sienne : Ion. ”
Renée Dunan,
La Papesse Jeanne
“ Et voilà pourquoi, lorsque le bateau de Phormios quitta Alexandrie, la jeune fille ne fut ni étonnée ni indignée que le Grec voulut la voir de plus près et avec un minimum de vêtures... Elle accepta qu’il prétendît connaître si elle était aussi belle à aimer qu’à admirer et l’homme fut heureux. On alla ainsi d’île en île sur cette mer glauque et saphirine. Ioanna regardait, sans s’en lasser, les perspectives dont elle avait rêvé toute son enfance et qui se trouvaient désormais devant elle comme une vivante forme du bonheur. ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut/1905
“ Bientôt, Ione, tu vas mourir... » Je jetai un cri. « Je sortis de la chapelle, » continua Ione. « J’étais très calme. Jamais je n’ai été aussi calme. Oui, je portais en moi la paix qui dépasse toute paix humaine... Il ne faut point s’étonner des miracles. Car les miracles sont choses très simples... » J’écoutais avec un respect silencieux. Je sentais qu’Ione disait vrai : que la vision lui avait parlé dans la chapelle pleine de soleil et que cette vision ne l’avait point abusée. Peut-être les prunelles des malades perçoivent-elles plus loin et plus distinctement... Peut-être... ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut
“ Tu aimes Lorély... Tes yeux sont deux lacs morts et ne revivent que lorsqu’ils rencontrent ses yeux... Lorsqu’elle est loin, tu la contemples et tu l’écoutes encore... Tu n’es plus qu’une ombre errante, tu n’es plus que le reflet et l’écho de Lorély. » Une brève stupeur me figea. Pour la première fois, Ione me parlait de mon désastreux amour. « Tu n’as point trouvé le bonheur... » J’essayai de sourire. « Non, certes ! J’ai l’âme si divinement malheureuse que, pour rien au monde, je ne voudrais me consoler. » Ione soupira longuement. ”
Renée Vivien,
Une femme m’apparut
“ Ione revient parfois pendant les longs silences des minuits. Sa robe florentine, sa robe de velours rouge sombre, semble un reflet de couchant au fond des ténèbres. Elle regarde ses mains pâles... Elle avait de si belles et de si douces mains, des mains de sœur et de Consolatrice. Mais ses yeux sont toujours baissés, et jamais elle ne murmure une parole. — Ne pensez plus aux mortes. Let the dead bury their dead. — C’est que je suis plus près des morts que des vivants, Dagmar... ”
Renée Dunan,
La Papesse Jeanne
“ Ioanna remonta vers le nord, croisant des soldats et des paysans. La nuit la surprit dans une campagne muette où elle se reposa. Le lendemain, elle trouva tôt une auberge où elle but et mangea et continua ensuite à s’éloigner. Des jours et des jours Ioanna s’en va ainsi. Elle sait le plan des terres où elle avance, et son désir est de gagner, avec l’aide de quelque troupe de pèlerins, les bords de la mer Adrienne. De là, elle traversera cette mer et ira à Rome. Pourquoi Rome ? C’est que Ioanna croit que c’est une ville assez vaste pour qu’une femme puisse s’y dissimuler et vivre. ”
Renée Dunan,
La Papesse Jeanne
“ Guidée par la lueur blanche de l’astre, dont Ioanna connaissait l’histoire païenne, la jeune fille eut envers les dieux de cet Olympe que lui avait décrit son père adoptif, une sorte de brutale dévotion. Condamnée par le Dieu des chrétiens, elle serait peut-être sauvée par celui des Hellènes. Et elle priait, en grec, Artémis de l’aider à vivre et de la servir. Ioanna marcha des heures sans infléchir sa route que la lune lui montrait. Elle allait d’un pas fléchi et attentif, fouillant le sous bois avec soin et craignant moins les loups que les hommes. ”
Edward Bulwer-Lytton,
Les derniers jours de Pompéi
(1859)
“ « Belle Ione, dit Arbacès en s'inclinant pour toucher sa main, c'est vous qui avez éclipsé le jour ; ce sont vos yeux qui éclai- rent cette salle ; c'est votre haleine qui la remplit de parfums. — Vous ne devriez pas me parler ainsi, dit Ione en souriant ; vous n'ignorez pas que votre sagesse a suffisamment instruit mon âme pour la mettre au-dessus de ces trop gracieux éloges ; ils me déplaisent ; c'est vous qui m'avez appris à mépriser l'adulation. Voulez-vous donc faire oublier vos leçons à votre pupille ? » ”
George Sand,
Les Dames vertes
(1879)
“ Les apparitions fréquentes, observées et rapportées avec détail, des trois demoiselles d'Ionis, coïncidaient de tout point avec ce que j'avais vu et avec ce que l'abbé m'avait raconté. Mais ni lui ni moi n'avions poussé la foi, ou le courage, jusqu'à interroger les fantômes. D'autres l'avaient fait, disaient les chroniqueurs, et il leur avait été donné de voir les trois vierges, non plus sous l'apparence de nuages verdâtres, mais dans tout l'éclat de leur jeunesse et de leur beauté ”
Edward Bulwer-Lytton,
Les derniers jours de Pompéi
(1859)
“ La Thessalienne baisa la main d'Ione, et lui dit avec un peu d'embarras : « Une faveur, belle Ione : puis-je implorer de vous une faveur? —Tu ne me demanderas rien que je ne veuille t'accorder, répliqua la Napolitaine. — On dit, reprit Nydia, que vous êtes belle au-dessus de toute beauté de la terre; hélas! je ne puis voir ce qui réjouit le monde. Voulez-vous me permettre de passer ma main sur votre visage? c'est ma seule manière de connaître la beauté, et je me trompe rarement. » ”
Charles-Marie Leconte de Lisle, Poëmes antiques (Édition nouvelle revue & considérablement augmentée… (1874)
“ Les violettes d'Ionie Fleurissent sous ton pied charmant. Salut, ô Jeunesse féconde, Dont les bras contiennent le monde Dans un divin embrassement ! DÉMODOCE. Bienheureuse l'austère & la rude jeunesse Qui rend un culte chaste à l'antique vertu ! Mieux qu'un guerrier de fer & d'airain revêtu, Le jeune homme au coeur pur marche dans la sagesse. Le myrte efféminé n'orne point ses cheveux; Il n'a point effeuillé la rose Ionienne ; Mais sa bouche est sincère & sa face est sereine, Et la lance d'Arès charge son bras nerveux. En de mâles travaux ainsi coule sa vie. ”
Dora d’Istria,
La Poésie grecque dans les Iles-Ioniennes - M. Aristote Valaoritis
“ On connaît maintenant l’esprit d’indépendance qui anime les populations ioniennes, et on pourra juger s’il se retrouve au même degré dans les manifestations de leurs poètes. Quand on a visité l’Ionie, on comprend que la poésie pendant longtemps s’y soit inspirée des splendeurs de la nature. Cette lumière éclatante, cette magnifique végétation, ces mers tantôt turbulentes et tantôt paisibles jettent l’âme dans un perpétuel ravissement qui semble bien propre à la détourner des luttes de la politique ou des agitations sociales. ”
