“ L’esprit de Jack London, parmi tant de traverses, commençait à se former et sa pensée se précisait. Ses voyages à travers la société et à travers le monde, pour mouvementés qu’ils eussent été, lui avaient apporté une ample moisson de souvenirs émotifs et d’impressions. Sa plume, errante dans le rêve, allait pouvoir s’exercer sur des réalités. Dans les solitudes neigeuses du Klondike et de la Terre du Nord, « où personne ne parle, où tout le monde pense », il s’était longuement replié sur lui-même. « Mon véritable horizon, dit-il, m’était apparu. » ”
Citations sur “Jack London”
Alain Gerbault,
Seul à travers l’Atlantique
“ J’aime passionnément Jack London, le grand maître du conte et de l’histoire courte, qui eut une vie mouvementée et belle et sut toujours écrire avec puissance et simplicité. Bien qu’embarqué tout jeune à bord d’un trois-mâts barque, et malgré une croisière qu’il fit dans le Pacifique à bord de son yacht le Snark, Jack London ne fut jamais au fond de l’âme un marin. Il fut cependant toute sa vie un amoureux de l’aventure et du grand air, et c’est pourquoi je l’aime et l’admire. ”
Jack London,
Croc-Blanc
(1906)
“ C’est tout cela que rend admirablement Jack London, et son style alors demeure net et ferme, ferme comme l’acte qu’il décrit. Tout ce qui est tragique, chez lui, l’est à souhait. Sa plume, par contre, devient plus indécise dès que la bataille de la vie se détend et que, dépouillant sa rude écorce, il se fait sentimental. ”
“ Pour moi, il n’y a aucun doute, Jack London fut victime du milieu capitaliste. En s’élevant rapidement grâce à son talent et à la faveur de ses écrits devenus très populaires, il devint la proie d’avides hommes d’affaires. La bourgeoisie américaine, en la personne de l’éditeur de Jack London, avait fait de lui en quelque sorte un artisan qu’elle exploitait. En un peu plus de dix ans d’activité littéraire, elle lui fit rendre des millions de profit, dessécha sa flamme d’écrivain révolutionnaire, endigua son élan, et le fit dévier de sa voie. ”
E. Sainte-Marie Perrin, Revue des Deux Mondes
“ Le passant qu’a été Jack London, — sans doute au cours d’une croisière, ou pendant un séjour en Angleterre, vint-il sur ces côtes, mais, à le lire, il semble plutôt qu’il les ait hantées de son bateau même, car il décrit surtout ces petites îles qui se pressent tout autour des rivages irlandais, — ressentit ce charme et a su l’exprimer. Le premier de ces deux contes est le retour à la terre irlandaise d’un navigateur. Il ne fut sur la mer, dit London, qu’un « laboureur. » S’il a peiné, s’il a couru le monde, mené une existence d’une dureté intolérable, c’est pour pouvoir louer des champs. ”
Jack London,
Croc-Blanc
(1906)
“ Les bêtes de Jack London, au contraire, agissent et pensent exclusivement en bêtes. L’auteur, dans les mornes solitudes du Wild, le Grand Désert Blanc, qui de la terre habitée monte vers le Cercle Arctique, les a longuement observés de près. Il a vécu avec eux, côte à côte, en ami ou en ennemi. Il s’est penché vers ces frères inférieurs, vers ces anneaux, moraux comme physiques, de la grande chaîne des êtres, dont l’homme, avec plus d’indignité parfois, occupe le sommet. Il a scruté leur pensée rudimentaire, interrogé leur cerveau. ”
E. Sainte-Marie Perrin, Revue des Deux Mondes
“ Jack London fut longtemps un révolutionnaire, toujours un révolté, et cela est indiqué dans ses livres, indirectement. Mais il fut aussi un rêveur et un poète. Aux Etats-Unis, il est vrai, le règne de la convention (conventionalities) est si étrangement souverain qu’un romancier y peut gémir d’être obligé de déguiser sa plus intime pensée pour que son œuvre « cadre » avec une opinion très fixée, — étroite, tyrannique même, — aussi bien s’il se sent porté vers le lyrisme que vers le naturalisme. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Une vie tumultueuse déferle dans leurs veines. Ils se délectent dans la musique, dans le mouvement, dans la couleur, et très souvent cachent sous leurs haillons et sous leur saleté les traits d’un visage très fin ou la beauté d’un corps gracile.Mais Londres possède aussi son Joueur de Flûte, qui les fait disparaître. On ne les revoit plus jamais, et tout ce qui peut nous faire souvenir d’eux s’efface à jamais. Il est inutile de les rechercher parmi les jeunes gens — là, il n’y a que figures renfrognées et laides, corps rabougris, et les esprits sont devenus abrutis et hébétés. ”
E. Sainte-Marie Perrin, Revue des Deux Mondes
“ Par là du reste, Jack London enrichit une tradition américaine : c’est une lignée nombreuse, aux Etats-Unis, que celle des conteurs d’aventures, depuis Fenimore Cooper jusqu’à Mr. Steward E. White. Mais il se distingue parmi eux, non seulement parce qu’il est le plus brillamment doué et le plus original, mais encore parce qu’il est le chef, l’ainé de tous ceux qui ont décrit ce que l’on peut appeler la vie sauvage moderne. C’est pour cela, sans doute, qu’il plaît tant aux civilisés : il fait appel, en tout homme, à ses instincts, latents ou avérés, de vie plus audacieuse et plus libre. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ La vie dans une grande ville ne peut être qu’artificielle, pour l’homme, même dans les meilleures conditions. Mais à Londres on est tellement loin de la normale que l’ouvrier et l’ouvrière ne peuvent y résister, leurs corps et leurs âmes sont sapés par d’implacables et incessants courants, qui les détruisent jusqu’au bout. ”
Jack London,
Croc-Blanc
(1906)
“ Il se revoyait, vivant dans la tanière, avec Kiche, ou rampant, en tremblant, aux pieds de Castor-Gris, pour lui rendre hommage, ou courant, d’une course effrénée, devant Lip-Lip et l’attelage hurlant du traîneau, harcelé par le fouet cinglant de Mit-Sah. Il revivait sa morne existence près de Beauty-Smith et ses anciens combats. On l’entendait gémir et gronder, dans son sommeil, comme s’il luttait encore. Mais le pire de ses cauchemars était de rêver que, couché sous un buisson, il épiait un écureuil, attendant que le petit quadrupède s’aventurât sur le sol. ”
E. Sainte-Marie Perrin, Revue des Deux Mondes
“ JACK LONDON Les dons les plus rares de création et d’imagination départis à un homme, et des circonstances contraires à leur développement l’empêchant de les manifester pleinement, tel parait avoir été le destin littéraire de Jack London. ”
“ Aucun de ces monstres déchaînés ne connaît la minuscule créature, toute sensitive, toute de nerfs et de faiblesse, que les hommes, appellent Jack London et qui lui-même se croit quelque chose et même un être supérieur. Dans le conflit de tous ces Titans, dans le labyrinthe de périls dont ils m’enveloppent, je dois me frayer un chemin. Et le brin de vie que je suis exultera en triomphant d’eux. ”
Jack London,
Le Vagabond des étoiles
(1915)
“ Jack London, qui a frôlé, dans sa cahoteuse existence, tant de coupables et misérables déchets de la société, nous peint cruellement, sur des confidences directes reçues par lui, quelques-uns des sombres drames qui se jouent derrière les murs clos des maisons de force : Les bagnards qu’il nous présente ne sont pas des fantoches sortis, tout armés, de son imagination de romancier, comme le falot criminel du Dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo ”
“ Les meilleurs livres de Jack London traduits en français sont : Vamour de la Vie, l'Appel de la Forêt, qui trouva par la suite bien des imitateurs de l'autre côté de l'Atlantique et cette histoire monotone, tragique et mélanco- lique de Martin Eden qui représente Jack London sous un des aspects qu'il connaissait le mieux. Dans ce roman qui est peut-être une autobiographie, l'esprit d'aventures du matelot Martin Eden se replie au contact d'une fille de la bourgeoisie. Cette fille est elle-même une curieuse figure sotiale. C'est le « rocher mou » où les forces du jeune homme viennent se briser. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Car ici les obscénités et la vulgarité brutale de la vie s’étalent de tous côtés. Il est impossible d’avoir d’intimité — le mauvais corrompt le bon, et tout se pourrit par osmose. L’enfant innocent est gentil et tout plein de beauté ; mais dans l’est de Londres, l’innocence est chose fugitive, et il vaut mieux rattraper le nouveau-né avant qu’il ne quitte son berceau, en rampant, ou vous risquez fort de découvrir qu’il en sait déjà, malheureusement, autant que vous.L’application pure et simple de la règle d’or fait que l’est de Londres est un endroit impropre à la vie. ”
Jack London,
Le Talon de fer
(1933)
“ Le TALON DE FER, c'est le terme énergique par lequel Jack London désigne la ploutocratie. Le livre qui, dans son œuvre, porte ce titre, fut publié en 1907. Il retrace la lutte qui éclatera un jour entre la ploutocratie et le peuple, si les destins, dans leur colère, le permettent. Hélas! Jack London avait le génie qui voit ce qui est caché à la foule des hommes et possédait une science qui lui permettait d'anticiper sur les temps. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Il faut bien comprendre que ce qui est vrai à Londres, en ce qui concerne la pauvreté et la misère, l’est pour tout le pays. Paris n’est pas la France, mais la ville de Londres est bien l’Angleterre. Les conditions effrayantes qui ont fait de Londres un enfer sont les mêmes qui ont rendu tout le Royaume-Uni invivable. On a dit que si l’on décentralisait Londres, on améliorerait les conditions de vie. ”
E. Sainte-Marie Perrin, Revue des Deux Mondes
“ Tous sont pleins d’aventures, d’épisodes, gens et drames pris dans un monde violent et dominé par l’instinct. Jack London, de tempérament sanguin, avait le goût de la force, et la vie toute brutale qu’il fut forcé de mener lui avait fait apprécier la vigueur comme elle le mérite. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Pour celui qui pense la vie en termes de parts et de coupons de rente, le tableau est certainement trop noir. Mais pour tous ceux pour qui la vie est une affaire d’hommes et de femmes, non. Que de telles hordes misérables existent, ce n’est pas une compensation pour le brasseur millionnaire qui vit dans un palace de l’ouest de Londres, se repaît de tous les délices que lui offrent les théâtres dorés de la ville, côtoie les lords et les princes et se fait anoblir par le roi. ”
Jack London,
La Brute des cavernes
“ Jim expira fortement, puis aspira de même, pour se rafraîchir la bouche d’air pur, but une gorgée de café et se reprit à déguster son bifteck, tout en observant, à part lui, que Matt n’avait pas encore touché à sa tasse. — À propos, demanda-t-il après quelques bouchées, que penses-tu, Matt, de l’autre vie ? — L’autre vie, répondit la brute épaisse, qu’est-ce que c’est que ça ? Ça n’existe seulement pas. Il n’y a pas plus d’enfer que de ciel ! ”
“ Dans le cercle intime, on était loin d’être d’accord sur les forces agissantes de la révolution. Le menchévisme était présent dans l’entourage de Jack London. Mais l’écrivain — plutôt réservé, écoutait la discussion, souvent animée, et en tirait profit. Il cherchait toutefois à s’informer par ailleurs. Or, à San Francisco il y avait une petite colonie de russes émigrés. C’étaient des « radicaux » petits bourgeois intellectuels. Parmi eux, il y avait une jeune femme, Anna Stronsky, laquelle joua un certain rôle dans la vie de Jack London. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Je la regardai — j’avais devant moi une femme, du meilleur rang de la classe laborieuse anglaise, bien élevée, qui se laissait lentement submerger par la marée nauséabonde et bourbeuse de l’humanité que les pouvoirs refoulent à l’est de Londres. Les banques, les usines, les hôtels et les bureaux sortent de terre, et comme les pauvres sont d’une race plutôt nomade, ils émigrent vers l’est, par vagues successives, saturant et contaminant l’un après l’autre tous les quartiers. Ils obligent les meilleurs ouvriers à s’expatrier sur les bords de la Cité, où l’Abîme les attend. ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Ils ont là de quoi remuer, et de l’espace pour respirer. Ils sont tout bouffis d’orgueil, et manifestent un profond mépris pour l’Abîme auquel ils ont échappé, et remercient le Seigneur de n’être pas comme ces gens inférieurs. Et voilà que Johnny Upright arrive, avec la cité tentaculaire à ses trousses. Les maisons de rapport surgissent comme par magie, on construit sur les jardins, les villas sont divisées et subdivisées en plusieurs appartements, et le manteau noir de Londres vient tout engloutir dans son linceul crasseux. ”
Jack London,
La Brute des cavernes
“ Il reprit le pot à moutarde et se courba derechef sur l’évier, Matt, sur sa chaise, le regardait faire. — Courage, Jim ! dit-il. Vas-y ! Le remède est excellent. Vois comme je suis déjà retapé. Jim, le visage contracté par la souffrance, prépara, entre deux spasmes, une deuxième tasse. Mais, à la seconde précise où il allait boire, une convulsion plus violente le saisit et il culbuta par terre, le nez dans l’eau jaune et dans les débris de la tasse brisée. À ce grotesque spectacle. Matt éclata d’un rire farouche, que coupa net une crise aiguë, qui lui secoua tout le corps. ”
Jack London,
Croc-Blanc
(1906)
“ Tous gens hardis et rudes, gens d’action et gens d’aventure, gens dépourvus des préjugés sociaux du vieux monde, qui avaient secoué derrière eux, sur le sol de leur patrie, la poussière de leurs souliers et s’en étaient venus, par delà l’Atlantique, interroger la vie et tenter un sort meilleur. Le petit Jack était le dernier de la lignée, la dernière pierre qui allait rouler à son tour, en de rudes et chaotiques soubresauts. Personne, sur le ranch, ne lui enseigna à lire ni à écrire. À cinq ans, il avait, seul, appris l’un et l’autre. ”
Jack London,
Le Vagabond des étoiles
“ Je fixai des yeux, dans cette position, le gouverneur Atherton, qui était en face de moi.— Standing, prononça-t-il lentement, j’ai épuisé avec toi tous les bons procédés. En voilà assez ! Je suis lassé, dégoûté de ton entêtement. Ma patience est à bout. Le docteur Jackson, ici présent, affirme que tu es en état de supporter dix jours de camisole. Pèse bien ce que tu risques. Une dernière fois, je t’offre une chance. Dis-moi où est la dynamite. A l’instant précis où elle sera entre mes mains, j’ordonnerai qu’on te tire de cette cellule. ”
Jack London,
La Brute des cavernes
“ Les yeux de Jim lui sortaient de la tête et, sans pouvoir en retirer son regard extasié, il les fixait sur les brillants, qu’en compagnie de Matt il se mit à trier. — Nous sommes maintenant, émit-il d’une voix à demi éteinte, des riches, de vrais riches. Hein, Matt, c’est tout de même épatant ! — Il nous faudra des années pour écouler ce trésor... prononça Matt, en hochant la tête. — C’est compris. Tu es un homme pratique, je le sais, et tu as raison. Mais nous aurons toujours, au cours de l’opération, de quoi nous donner du bon temps. ”
Jack London,
La Croisière du « Dazzler »
“ « Essaie un peu de tirer sur lui et tu verras si je ne te fais pas pendre ! menaça-t-il. Laisse-le partir. Ce brave gosse n’a pas été élevé pour la vie abjecte que nous menons, toi et moi. — De quoi te mêles-tu ? hurla le Français, écumant de rage. Je vais te régler ton compte, à toi aussi, vaurien ! » Et il s’élança pour saisir Frisco Kid, mais celui-ci prit aussitôt ses jambes à son cou et l’entraîna dans une course éperdue sur le pont du bateau. Une assez forte risée survenant au même instant, Pete-le-Français lâcha la poursuite pour se consacrer à Joë. ”
Jack London,
Le Loup des mers
(1927)
“ Loup Larsen, sans lui répondre, vira brusquement vers le mousse et prononça : — Dis donc, mousse, rappelle-moi ton nom. — George Leach, capitaine... répondit le garçon d’un air maussade. Il était visible, à sa mine, que le cuisinier l’avait averti de ce qu’on lui voulait. — Ça n’est pas un nom irlandais ça ! Avec la gueule que tu as, tu devrais t’appeler O’Toole ou Mac Carthy. À moins que ta mère n’ait fauté avec un Irlandais, ce qui me paraît beaucoup plus vraisemblable. Je vis les poings du garçon se serrer sous l’insulte, et le sang écarlate monter à son cou. ”
“ Pendant toute la journée, il avait exhorté ses camarades plus vigoureux à risquer un trajet d’un millier de milles parmi les plus terribles difficultés qu’on puisse imaginer. En lui s’incarnait le caractère remuant de sa race ; la vieille ténacité du Teuton, jointe au besoin d’action et à la vivacité du Yankee, tenait la chair soumise à l’esprit. — Ceux qui veulent partir avec les chiens aussitôt que la glace le permettra, n’ont qu’à le dire. — Moi ! crièrent huit voix, faites pour égrener le chapelet de jurons le long d’une rude piste sur des milliers de milles. ”
