“ Madame Lucrèce, ma mère me parle de vous dans ses lettres. Vous êtes du nombre de ces parens dénaturés dont elle m’entretient avec horreur, et qui ont tué mon père, et qui ont noyé sa destinée, à elle, de larmes et de sang. Ah ! J’ai de plus mon père à venger, ma mère à sauver de vous maintenant ! Ah ! Vous êtes ma tante ! Je suis un Borgia ! Oh ! Cela me rend fou ! -écoutez-moi, dona Lucrezia Borgia, vous avez vécu long-temps, et vous êtes si couverte d’attentats que vous devez en être devenue odieuse et abominable à vous-même. Vous êtes fatiguée de vivre, sans nul doute, n’est-ce pas ? ”
Lucrezia Borgia
Définition et enjeux
Citations sur “Lucrezia Borgia”
“ Gennaro. Monseigneur le duc, je suis un simple capitaine et je vous parle avec le respect qui convient. Votre altesse m’a fait saisir dans mon logis ce matin ; que me veut-elle ? Don Alphonse. Seigneur capitaine, un crime de lèse-majesté humaine a été commis ce matin vis-à-vis la maison que vous habitez. Le nom de notre bien-aimée épouse et cousine dona Lucrezia Borgia a été insolemment balafré sur la face de notre palais ducal. Nous cherchons le coupable. Dona Lucrezia. Ce n’est pas lui ! il y a méprise, don Alphonse. Ce n’est pas ce jeune homme ! ”
“ Dona Lucrezia. Oh ! il me hait et me méprise maintenant, et c’est leur faute. — Ah ! Gubetta, je me vengerai d’eux. Gubetta. À la bonne heure, voilà parler. Vos fantaisies de miséricorde vous ont quittée, Dieu soit loué ! Je suis bien plus à mon aise avec votre altesse quand elle est naturelle comme la voilà. Je m’y retrouve au moins. Voyez-vous, madame, un lac, c’est le contraire d’une île ; une tour, c’est le contraire d’un puits ; un aqueduc, c’est le contraire d’un pont ; et moi, j’ai l’honneur d’être le contraire d’un personnage vertueux. Dona Lucrezia. Gennaro est avec eux. ”
“ Il y a bien des aventuriers qui ne sont pas scrupuleux, et qui se battraient pour Satan après s’être battus pour saint Michel ; moi, je ne sers que des causes justes ; je veux pouvoir déposer un jour aux pieds de ma mère une épée nette et loyale comme celle d’un empereur. — Tenez, madame, on m’a offert un gros enrôlement au service de cette infâme madame Lucrèce Borgia. J’ai refusé. Dona Lucrezia. Gennaro ! — Gennaro ! ayez pitié des méchants ! Vous ne savez pas ce qui se passe dans leur cœur. Gennaro. Je n’ai pas pitié de qui est sans pitié. ”
“ La liberté du bal était une bonne fortune pour elle. Les femmes ne déguisent leur personne que pour déshabiller plus hardiment leur âme. Visage masqué, coeur à nu. Depuis quelques instants dona Lucrezia est sur le balcon dont elle a entrouvert la jalousie. Elle écoute. Maffio. Ah ! Tu es venu te loger précisément en face de son balcon. Gennaro ! Gennaro ! Don Apostolo. Ce qui n’est pas sans danger, mon camarade ; car on dit ce digne duc de Ferrare fort jaloux de madame sa femme. Oloferno. Allons, Gennaro, dis-nous où tu en es de ton amourette avec la Lucrèce Borgia. ”
“ Les mêmes, DONA LUCREZIA.Dona Lucrezia, paraissant tout à coup, vêtue de noir, au seuil de la porte. Vous êtes chez moi ! Tous, excepté Gennaro qui observe tout dans un coin du théâtre où dona Lucrezia ne le voit pas. Lucrèce Borgia ! Dona Lucrezia. Il y a quelques jours, tous, les mêmes qui êtes ici, vous disiez ce nom avec triomphe. Vous le dites aujourd’hui avec épouvante. Oui, vous pouvez me regarder avec vos yeux fixes de terreur. C’est bien moi, messieurs. ”
“ Il arrache l’écharpe, la déchire et la foule aux pieds.Dona Lucrezia, à part. Hélas ! Elle referme la jalousie et se retire.Maffio. Cette femme est belle pourtant ! Jeppo. Oui, mais il y a quelque chose de sinistre empreint sur sa beauté. Maffio. C’est un ducat d’or à l’effigie de Satan. Gennaro. Oh ! Maudite soit cette Lucrèce Borgia ! Vous dites qu’elle m’aime, cette femme ! Hé bien, tant mieux ! que ce soit son châtiment ! elle me fait horreur ! Oui, elle me fait horreur ! Tu sais, Maffio, cela est toujours ainsi ; il n’y a pas moyen d’être indifférent pour une femme qui nous aime. ”
Lucrèce Borgia et Mme Marie Laurent… (1870)
“ Il leur faut, pour vivra énergiquement, expliquer leur idée à cette foule sympathique et vivante qui chaque soir s'amoncelle autour d'une œuvre à leur marque avec une curiosité pleine d'une irrésistible responsabilité. C'est pourquoi l'auteur de Lucrèce Borgia, après une si longue absence sur le cap des tempètes, reparaît tout rempli de curiosité, de leçon, d'épouvante, d'enchantement. Pour remplacer Mlle Georges au tombeau, la superbe et terrible dona Lucrezia, nous avons Mme Laurent, une fanatique. Elle a des cris, elle a des larmes qui sont irrésistibles. ”
“ Un visage sans yeux, c’est un palais sans fenêtres. Dona Lucrezia. Si tu savais comme je l’aime ! Gubetta. C’est l’affaire de don Alphonse, votre royal mari. Je dois cependant avertir votre altesse qu’elle perd ses peines. Ce jeune homme, à ce qu’on m’a dit, aime d’amour une belle jeune fille nommée Fiametta. Dona Lucrezia. Et la jeune fille, l’aime-t-elle ? Gubetta. On dit que oui. Dona Lucrezia. Tant mieux ! je voudrais tant le savoir heureux ! Gubetta. Voilà qui est singulier et n’est guère dans vos façons. Je vous croyais plus jalouse. Dona lucrezia, contemplant Gennaro. ”
E.-D. Forgues,
Revue des Deux Mondes
“ Lucretia souffrira-t-elle qu’il use ses plus belles années à jeter les fondemens obscurs d’une fortune qu’elle pourrait lui donner dès demain, si Helen et Perceval avaient cessé d’exister ? Nous vous parlions de Lucrezia Borgia : que pensez-vous qu’elle eût fait à la place de Lucretia Clavering ? Celle-ci pourtant hésite encore. L’identité de John Ardworth avec Vincent Braddell (l’enfant perdu) n’est point assez évidente à ses yeux pour justifier le double meurtre destiné à le faire riche et puissant. ”
Alphonse Royer,
Histoire universelle du théâtre…
(1869-1878)
“ Donizetti livra l'opéra au bout de vingt-cinq jours. Lucrezia Borgia est aujourd'hui une œuvre classique sur toutes les scènes italiennes des deux mondes. Rosmunda d'Inghilterra, Maria Stuarda et Gemma di Vergy séparent la Lucrezia de Marino Faliero. Marino Falfcro parut, en 1835, au théâtre italien de Paris exécuté par Rubini, Lablache, Tamburini, Santini et Giulia Grisi. Le poëme était de Romani. Le succès éclata bruyamment, plusieurs morceaux furent bissés la presse ne marchanda pas ses éloges. On applaudit à outrance la cavatine de Rubini. ”
Alexandre Dumas,
Les Borgia ; La marquise de Ganges…
(1865)
“ Lucrezia écouta cette nouvelle avec plus de force et de constance, et commença de s'habiller pour se rendre à la chapelle, exhortant Béatrix à la résignation; mais celle-ci, toujours comme insensée, allait se tordant les bras et se frappant la tête contre la muraille, s'écriant seulement : « Mourir ! mourir ! qu'il faille mourir ainsi à l'imprévu, sur un échafaud! sur un gibet ! Mon Dieu ! mon Dieu ! » Cette crise alla croissant jusqu'à un paroxysme terrible, âpre.' lequel le corps ayant perdu toute sa force, l'âme reprit la sienne ”
“ Dona Lucrezia. C’est juste, Gubetta. Mais il n’y a personne sur cette terrasse, que ce jeune homme qui dort ; nous pouvons causer un instant. Gubetta. Comme il plaira à votre altesse. J’ai encore un conseil à vous donner ; c’est de ne point vous démasquer. On pourrait vous reconnaître. Dona Lucrezia. Et que m’importe ? S’ils ne savent pas qui je suis, je n’ai rien à craindre ; s’ils savent qui je suis, c’est à eux d’avoir peur. ”
“ Un poison redoutable, Gennaro, un poison dont la seule idée fait pâlir tout italien qui sait l’histoire de ces vingt dernières années... Gennaro. Oui, le poison des Borgia ! Dona Lucrezia. Vous en avez bu. Personne au monde ne connaît de contre-poison à cette composition terrible, personne, excepté le pape, monsieur de Valentinois, et moi. Tenez, voyez cette fiole que je porte toujours cachée dans ma ceinture. Cette fiole, Gennaro, c’est la vie, c’est la santé, c’est le salut. Une seule goutte sur vos lèvres, et vous êtes sauvé ! ”
“ — Vous êtes empoisonné ! Gennaro. Empoisonné, madame ! Dona Lucrezia. Empoisonné ! Gennaro. J’aurais dû m’en douter, le vin étant versé par vous. Dona Lucrezia. Oh ! ne m’accablez pas, Gennaro. Ne m’ôtez pas le peu de force qui me reste et dont j’ai besoin encore pour quelques instants. — Écoutez-moi. Le duc est jaloux de vous, le duc vous croit mon amant. Le duc ne m’a laissé d’autre alternative que de vous voir poignarder devant moi par Rustighello, ou de vous verser moi-même le poison. ”
“ ils se disaient cela tout bas. J’en sais plus qu’eux, mais dona Lucrezia en sait plus que moi, monsieur de Valentinois en sait plus que dona Lucrezia, le diable en sait plus que monsieur de Valentinois, et le pape Alexandre-Six en sait plus que le diable. ”
Armand de Pontmartin,
Revue des Deux Mondes
“ Dans le troisième acte de Maria di Rohan, Roncani s’est élevé aux plus grands effets tragiques sans que l’expression musicale y perdît rien de sa beauté et de sa justesse. Enfin, Morianis a joué deux fois Gennaro de Lucrezia Borgia. Nous avions entendu Moriani il y a trois ans ; alors, comme aujourd’hui, c’était un virtuose consommé, que nul ne saurait surpasser dans l’art de ménager sa voix, d’en déguiser les inégalités par l’heureux emploi des demi-teintes, et de fondre en un harmonieux ensemble le chant et le drame, la mélodie et le sentiment. ”
Alexandre Dumas,
Les Borgia ; La marquise de Ganges…
(1865)
“ Vers ce temps, Francesco fut obligé de faire un voyage : force lui fut alors de laisser les femmes seules et libres. La première chose que fit aussitôt Lucrezia fut de révéler à Béatrix toute l'infamie de leur existence; alors elles dressèrent ensemble un mémoire, dans lequel elles exposaient au pape tout ce qu'elles avaient eu à souffrir de coups et d'outrages. ”
Alexandre Dumas,
Les Borgia ; La marquise de Ganges…
(1865)
“ Ce fut une grande honte pour la signora Lucrezia d'être vue ainsi le sein découvert, et regardant le billot, elle eut un frémissement d'épaules qui fit frissonner toute l'assemblée; alors, les larmes aux yeux et d'une voix élevée, elle dit : « 0 mon Dieu! ayez pitié de moi; eWous, mes frères, priez pour mon âme. » ”
“ Dona Lucrezia. Mais ne sens-tu pas que tous les noms odieux dont on t’accable, et dont on m’accable aussi, peuvent aller éveiller le mépris et la haine dans un cœur où tu voudrais être aimé ? Tu n’aimes donc personne au monde, Gubetta ? Gubetta. Je voudrais bien savoir qui vous aimez, madame ! Dona Lucrezia. Qu’en sais-tu ? Je suis franche avec toi ; je ne te parlerai ni de mon père, ni de mon frère, ni de mon mari, ni de mes amants. Gubetta. Mais c’est que je ne vois guère que cela qu’on puisse aimer. Dona Lucrezia. Il y a encore autre chose, Gubetta. Gubetta. Ah çà ! ”
Th. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Telle Lucrèce Borgia, fidèlement attachée à son mari, pieuse, charitable, mais subissant l’influence fatale de son frère César. Elle sent que son frère la perdra, elle sent que son devoir serait de lui désobéir ; mais à peine lui donne-t-il un ordre qu’elle cède aussitôt, prête à sacrifier tout ce qu’elle aime au monde. Et les autres personnages du roman, Giulio, Ferrante, Hippolyte, le duc Alphonse, Strozzi, tous ils ont en eux un coin de mystère. ”
Henri Blaze de Bury,
Revue des Deux Mondes
“ Vous avez devant les yeux un visage enfantin d’expression un peu étrange et d’un profil joli sans rien de classique. « Lucrèce n’est point une beauté, écrit à Francesca Gonzague la marquise de Cotrone ; elle a l’aimable attrait, le dolce ciera. » Une existence légère et par la pente du plaisir glissant à l’infortune, voilà ce que l’air de ce gracieux visage vous raconte. Lucrèce Borgia ne relève pas de la tragédie, l’héroïne est au-dessous de sa destinée ; c’est une agréable personne, qui n’eût pas demandé mieux que de vivre honnêtement, et dont une atmosphère de crimes empoisonna les jours. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ J’ai revu aujourd’hui Lucrèce Borgia telle que je l’avais vue alors. Le drame n’a pas vieilli d’un jour ; il n’a pas un pli, pas une ride. Cette belle forme, aussi nette et aussi ferme que du marbre de Paros, est restée absolument intacte et pure. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Mon grand ami, je sors de la représentation de Lucrèce Borgia, le cœur tout rempli d’émotion et de joie. J’ai encore dans la pensée toutes ces scènes poignantes, tous ces mots charmants ou terribles, le sourire amer d’Alphonse d’Este, l’arrêt effrayant de Gennaro, le cri maternel de Lucrèce ; j’ai dans les oreilles les acclamations de cette foule qui criait : « Vive Victor Hugo ! » et qui vous appelait, hélas ! comme si vous alliez venir, comme si vous pouviez l’entendre. On ne peut pas dire, quand on parle d’une œuvre consacrée telle que Lucrèce Borgia : « Le drame a eu un immense succès ; » ”
Henri Blaze de Bury,
Revue des Deux Mondes
“ Bientôt le duc de Gandie et César se la disputèrent, et la belle créature, déjà formée aux leçons de sa sœur Lucrèce, fut à l’un d’abord, puis à l’autre. Les Borgia ne comprenaient point différemment l’existence de famille et vivaient ainsi en patriarches ! A mesure que vous vous rapprochez davantage de cet effroyable milieu, vous devenez plus indulgent envers Lucrèce, en même temps que vous éprouvez quelque désappointement à la voir ressembler si peu au type héroïque traditionnel, tant en histoire le faux, l’absurde même est quelquefois plus vraisemblable que le vrai. ”
Henri Blaze de Bury,
Revue des Deux Mondes
“ On l’attaque, on le tue, elle cependant reste à l’écart, pas un élan pour sauver son époux, pas un cri d’alarme. Et pourtant elle l’aimait, ce prince d’Aragon, à Rome et dans leur résidence de Nepi, ils avaient ensemble vécu d’heureux jours dont le souvenir vibrait encore ; mais nous oublions que Lucrèce Borgia ne fut jamais une héroïne, et voilà que nous subissons à notre tour l’influence du préjugé. Une Médée, cette créature indolente et sans ressort, un tison embrasé, cette jeune femme qui de sa vie n’eut de passion, ô romantisme, ce sont là de tes coups ! ”
Alexandre Dumas,
Les crimes célèbres. Tome 1
(1856)
“ Le gentilhomme aragonais qui avait épousé Lucrèce quand elle n'était que la fille du cardinal Roderic Borgia n'était pas un homme assez puissant ni par la naissance, ni par la fortune, ni par le génie, pour entrer avec quelque influence dans les combinaisons du pape Alexandre VI : la séparation fut donc convertie en divorce, et Lucrèce Borgia se trouva libre de se remarier. ”
“ Donc tu crois que tu pourrais m’aimer, Gennaro ? Gennaro. Pourquoi non ? Pourtant, madame, je suis sincère, il y aura toujours une femme que j’aimerai plus que vous. Dona lucrezia, souriant. Je sais, la petite Fiametta. ”
“ Mais quelle étrange manière d’aimer un homme quand on est fille de Roderigo Borgia et de la Vanozza, quand on est une femme qui a dans les veines du sang de courtisane et du sang de pape ! Madame Lucrèce devient platonique. Je ne m’étonnerai plus de rien maintenant, quand même on viendrait me dire que le pape Alexandre Six croit en Dieu ! — (Il regarde dans la rue voisine.) Allons, voici nos jeunes fous du carnaval de Venise. Ils ont eu une belle idée de quitter une terre neutre et libre pour venir à Ferrare après avoir mortellement offensé la duchesse de Ferrare ! ”
“ Voyons, si l’on te disait : cette malheureuse femme s’est fait raser la tête, elle couche dans la cendre, elle creuse sa fosse de ses mains, elle prie Dieu nuit et jour, non pour elle, qui en aurait besoin cependant, mais pour toi, qui peux t’en passer ; elle fait tout cela, cette femme, pour que tu abaisses un jour sur sa tête un regard de miséricorde, pour que tu laisses tomber une larme sur toutes les plaies vives de son cœur et de son âme, pour que tu ne lui dises plus comme tu viens de le faire avec cette voix plus sévère que celle du jugement dernier : Vous êtes Lucrèce Borgia ! ”
