“ La Revue de Paris différera seulement de ces biographies en ce sens, qu’au lieu de ne s’occuper que des hommes, elle s’occupera surtout des choses. On voit par toutes ces explications que ce n’est point un journal, mais un livre que nous publions. Le moment d’ailleurs est peut-être favorable à l’apparition d’une nouvelle Revue ; les opinions en littérature semblent se passionner, la controverse s’étend et s’anime, et tout semble nous faire espérer une époque littéraire après toutes nos crises politiques. ”
Revue de Paris
Définition et enjeux
La Revue de Paris est un périodique littéraire français fondé en 1829 par Louis-Désiré Véron, qui a publié des œuvres majeures de Balzac, Flaubert ou Gautier. Conçue comme un « livre publié chaque année », elle visait à promouvoir la littérature et les arts, tout en oscillant entre les enjeux politiques et les critiques de son époque.
Les auteurs comme Alfred Nettement soulignaient sa particularité par rapport à la Revue des Deux Mondes, tandis que Flaubert, dans ses lettres, évoquait ses difficultés à réconcilier ambition éditoriale et contraintes morales. Intermittente puis relancée à plusieurs reprises, elle disparut définitivement en 1970, laissant un héritage documentaire précieux sur Gallica et Internet Archive.
Citations sur “Revue de Paris”
“ Dans notre obscurité, nous ne pouvons attribuer qu’au but utile que se propose la Revue de Paris, l’empressement d’un grand nombre d’hommes de talent à honorer ce recueil de leur collaboration active, et c’est là déjà un premier succès dont on nous pardonnera de nous glorifier. ”
“ Dans ce cadre, la Revue de Paris admettra rarement les leçons de la critique. À une époque où l’instruction va chaque jour se répandant, n’a-t-elle pas perdu beaucoup de son importance ? Préférant les articles originaux, la Revue de Paris ne consentira à s’occuper d’un livre, d’un objet d’art ou d’une œuvre dramatique, qu’autant qu’ils auront ému à un haut degré l’attention publique, et obtenu un vrai succès. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Cet éditeur n'était ni un écrivain, ni un critique ; mais s'il ne faisait point d'articles, il savait faire un journal, c'est-à-dire frapper aux portes des écrivains en vogue, et relier ensemble les divers morceaux obtenus de leur talent, de manière à en former une mosaïque intéressante. Propriétaire de deux revues, il leur assigna à chacune un rôle particulier. La Revue de Paris fut plus littéraire, plus particulièrement consacrée aux arts ; la Revue des Deux-Mondes fut plus philosophique, plus docte et plus dogmatique. ”
Arsène Houssaye,
Souvenirs de jeunesse
“ L’Artiste est toujours debout. La Revue de Paris, qui eut tant de jours glorieux et tant de nuages, mourut trois ou quatre fois, non par la faute de ses rédacteurs, mais par la faute de ceux qui l’ont dirigée, ce qui ne l’empêche pas de se bien porter aujourd’hui. ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Voici mon opinion sur ton idée de Revue : toutes les Revues du monde ont eu l’intention d’être vertueuses ; aucune ne l’a été. La Revue de Paris elle-même (en projet) avait les idées que tu émets et était très décidée à les suivre. On se jure d’être chaste, on l’est un jour, deux jours, et puis... et puis... la nature ! les considérations secondaires ! les amis ! les ennemis ! Ne faut-il pas faire mousser les uns, échigner les autres ? J’admets même que pendant quelque temps l’on reste dans le programme ”
Gustave Flaubert,
Madame Bovary
(1857)
“ Voilà tout ce que je sais, c’est un tourbillon de mensonges et d’infamies dans lequel je me perds — il y a là-dessous quelque chose, quelqu’un d’invisible et d’acharné — je n’ai d’abord été qu’un prétexte et je crois maintenant que la Revue de Paris elle-même n’est qu’un prétexte. Peut-être en veut-on à quelqu’un de mes protecteurs ? ils ont été considérables plus par la qualité que par la quantité. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Une seule fois le bruit courut que la Revue de Paris allait être poursuivie ; elle se contenta d’insérer en grosses capitales cette note : Le Courrier Français a été induit en erreur en annonçant cette semaine qu’un procès était intenté au gérant de la Revue de Paris, pour avoir publié des articles politiques dans un journal consacré à la littérature. Et après cette note la revue politique courut sa carrière durant dix mois, dont huit sous le ministère de M. Perrier que nul assurément ne sera tenté d’accuser de mollesse ou de complaisance envers la presse. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Lecture et la Censure, qui a pris, dans ces derniers temps, une place importante dans les rangs de la presse parisienne. Qu'on y réfléchisse, en effet, l'ascendant de nos adversaires peut s'expliquer d'un mot; ils sont maîtres des sources des fleuves intellectuels; nous voulons dire que ce sont eux qui ont fait les livres et qui font les journaux où le plus grand nombre va chercher ses idées. Tant que nous ne serons pas maîtres de ces sources, nous ne pourrons rien. Si nous faisons aussi bien qu'eux, comme la vérité est avec nous, la journée sera nôtre. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Ajoutez à cela que les revues faites moins superficiellement trouvent des lecteurs moins superficiels. Une revue est un livre que l'on place chaque année dans sa bibliothèque, tandis que le journal quotidien est une feuille volante qui n'a point de lendemain. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo…
“ Négociant. Nous ne donnerons pas, et pour cause, de Revue de la Critique. Les journaux furent à peu près muets, et la critique trouva sans doute superflu d’attirer l’attention sur cet opuscule déjà trop répandu ; seule la Revue de Paris, qui avait publié Claude Gueux, eut le courage d’apprécier ainsi la lettre de son correspondant : Pour nous, ces quelques lignes constatent un fait immense, le progrès des idées. Ce que tant d’esprits prévenus avaient qualifié jusqu’ici de rêves et d’utopies paraît vouloir se réaliser. Les idées marchent et pénètrent. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Les écrivains sans opinions arrêtées, comme M. Sue et tant d'autres, se sont laissés débaucher par les séductions du feuilleton-roman qui, debout à l'entrée de toutes les avenues de la littérature, présente la bourse et demande la vie. La Revue des Deux-Mondes n'est donc plus que l'ombre d'elle-même. C'est encore une bibliothèque où viennent se ranger des livres ; ce n'est plus un journal où des écrivains, vivant de la même vie, viennent combattre à l'ombre du même drapeau pour le triomphe des mêmes idées. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Ne l'oublions pas, en effet , de crainte de méconnaître l'utilité de l'étude que nous allons faire : les faits sont dans les chambres, mais les idées sont dans les journaux; en d'autres termes, il faut prendre le présent en flagrant délit à la tribune, mais il faut chercher les germes de l'avenir dans la presse. C'est là qu'on trouve ces systèmes qui frappent à l'huis de l'histoire, pour nous servir d'une belle expression de M. de Chateaubriand , et qui, à force de frapper, se font ouvrir. ”
“ Un Bulletin bibliographique de la littérature française, et un Bulletin des littératures anglaise, allemande, italienne, hollandaise suédoise, etc., où les ouvrages seront annoncés avec une analyse raisonnée, achèveront de compléter le vaste cadre que doit embrasser la Revue de Paris. Les noms les plus célèbres de notre époque, des hommes même que la nature de leurs travaux n’appelait pas à la collaboration d’un recueil périodique, ont voulu contribuer au succès de cette entreprise. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Depuis la loi de 1828, nous n’avons pas souvenir que nulle publication hebdomadaire ou de quinzaine ait été tourmentée à l’occasion de ses chroniques, et pourtant il est notoire que chacune a la sienne ; car la chronique, c’est le feuilleton des Revues. La Revue de Paris a présenté, en 1830 et 1831, un exemple plus large encore que le principe que nous réclamons, et il est bon de le citer. ”
Maxime Du Camp,
Revue des Deux Mondes
“ Cette clause de nos conventions fut respectée, et notre nom ne figura jamais dans la Revue de Paris qu’à la suite de nos articles. Notre organisation était défectueuse ; un comité, si plein de bonnes intentions qu’il soit, ouvre la porte à trop d’influences ; la camaraderie parvient à s’y glisser et les médiocrités entrent avec elle. La direction d’une revue doit être une et appartenir à un homme qui aime la littérature, mais n’en fait pas. ”
A. Froemer, Le Trotting-Club de Paris (1890)
“ La Revue Illustrée vient d'entrer dans sa cinquième année et de commencer son neuvième volume. Aujourd'hui, par son tirage de douze mille exemplaires et par sa rédaction, la Revue Illustrée est certainement la seconde Revue littéraire de France ; par son illustration, par le talent de ses graveurs et le luxe de son impression, elle est sans contredit la première des publications artistiques. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Le représentant de la nouvelle compagnie qui avait acquis le Constitutionnel, homme expert qui, tour à tour médecin, quasi-pharmacien, écrivain politique, a passé par un journal pour arriver à la direction de l'Opéra, et est revenu de la direction de l'Opéra à celle d'un journal, enrichi de toute l'expérience qu'on peut acquérir quand on a eu à gouverner des malades, des danseuses et des lecteurs, a très-bien compris le mécanisme de la presse nouvelle. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Les Débats, au moins, par leurs tendances habituelles et naturelles, souvent modifiées par leurs intérêts, la Presse, le Globe et quelques autres journaux, dont nous n'avons pas parlé parce qu'ils font double emploi, jouent dans la sphère des idées le même rôle que M. Guizot joue dans les faits. Un grand nombre d'autres journaux, à la tête desquels sont placés le Siècle et le Constitutionnel, sont dans la presse ce que M. Thiers est à la Chambre. C'est cette seconde nuance dynastique qu'il nous reste à faire connaître. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Les deux principaux journaux de la droite, ou pour mieux dire les deux seuls qui existassent à Paris à cette époque, étaient la Gazette de France et la Quotidienne. L'Universel , qui avait jeté un assez vif éclat, non par sa politique embarquée sur le brûlot des ordonnances de juillet, mais par sa critique qui avait été incisive, spirituelle et remarquablement impartiale, et dans laquelle s'étaient rencontrés les esprits les plus divers, et qui sont aujourd'hui dispersés dans tous les camps de la presse, l'Universel avait disparu dans la tempête. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Des journaux sans parti, un parti sans journaux, deux choses également impuissantes : les journaux sans parti ressemblent à ces couleurs menteuses qui simulent sur la toile un corps qui n'existe pas ; un parti sans journaux, c'est une opinion qui abdique. ”
Paul Verlaine,
Œuvres posthumes
“ Suprématie de Paris et Fonction de Paris, en raison même des idées sociales et politiques qui y sont développées, échappent à la compétence de la Revue des Lettres et des Arts, et ce nous est une douleur de n’en pouvoir louer tout à notre aise l’élévation, la forte éloquence et la poésie puissante. ”
Maxime Du Camp,
Revue des Deux Mondes
“ On se frappa dans la main, et l’affaire fut conclue. Les écrivains se divisent en deux classes : ceux pour qui la littérature est un moyen, ceux pour qui la littérature est un but. J’appartenais, j’ai toujours appartenu à cette seconde catégorie ; je n’ai jamais demandé aux lettres que le droit de les aimer et de les cultiver de mon mieux ; aussi j’obtins que nulle question politique ne serait traitée dans la Revue de Paris ; le champ de la littérature exclusivement littéraire était assez large pour nous fournir une moisson sérieuse ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Cher Olivier, Je viens de causer avec Lèbre de la Revue Suisse, il vous dira la conversation ; je veux tâcher de la compléter. Ce n’est jamais à Paris qu’elle trouvera ni lecteurs ni abonnés. Il faut partir de là. Je vous assure que c’est ma conviction intime, quand même je n’y serais pas intéressé. Un seul lecteur ici, de ces lecteurs que vous et moi nous savons, me paralyse et arrête ma plume ; mais il ne s’agit pas de cela. Vous le voudriez, que vous ne trouveriez pas deux lecteurs, à plus forte raison d’abonnés. Ce qui vous paraît bien paraîtrait ici ou fade, ou indiscret, ou suranné. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Un journal vit un jour, et le plus grand ennemi du numéro d'aujourd'hui, comme l'a dit un homme de beaucoup de sens (1) , ce sera le numéro de demain ; une revue mensuelle vit un mois; on consent à l'étudier, au lieu de se borner à la lire. Si ses jugements sont moins prompts, ils peuvent être plus complets, plus justes, plus sûrs, et par conséquent plus définitifs. Elle substitue des arrêts mùris par la réflexion , aux illuminations de la presse quotidienne obligée de deviner, presqu'en courant, les conséquences dans leurs causes, et les événements dans leurs germes. ”
Alfred Nettement,
La presse parisienne, moeurs, mystères…
(1846)
“ Peu de mots suffiront pour expliquer cette révolution. Dans l'ancien état de choses, un journal était soutenu par ceux dont il exprimait les convictions politiques : c'était un drapeau. Il vivait de l'abonnement, c'est-àdire de la marque d'adhésion qu'on donnait à ses doctrines. Les annonces industrielles n'étaient qu'un accessoire. Dans l'état de choses nouveau, un journal vit par l'annonce ; les 40 ou 48 francs que paient ses abonnés suffisent à peine aux frais matériels, et les frais de rédaction, de direc- tion, d'administration doivent être couverts d'une autre manière. ”
Marie-Louise Pailleron,
Revue des Deux Mondes
“ « Quant à Mme Sand... sa Revue est un coup de tête ; le but est le communisme. Leroux en est le pape, ils sont déconsidérés en naissant, et n’en ont pas pour six mois. Il n’y a à Paris que deux Revues qui vivent et qui paient tant bien que mal (et même assez bien) les nôtres. Et puis, il y a les journaux quotidiens : les Débats, la Presse ; le reste ne vaut par l’honneur d’être nommé (littérairement parlant) . Et puis rien. » (Correspondance de Sainte-Beuve avec M. et Mme Juste Olivier, 1841, p. 280.) ”
Émile-Roger Wagner, La revanche de la "Kultur" (1919)
“ Déjà on parle à Paris de faire de ce malencontreux donneur d'avis le compère d'une Revue de fin d'année. Pour ces excellents Parisiens un monsieur qui niche dans l'Himalaya et se mêle de donner des conseils est toujours forcément. en soi, un bonhomme quelque peu ridicule. ”
“ « Ai-je aimé une seule fois avant cette fois-ci ? N’ai-je pas, durant toute la suite de mes années, attendu ce grand amour qui doit me sauver ou me détruire ? De ceux-là qui ont accru ma tristesse, quel est celui dont j’aurais voulu un fils ? N’est-il pas juste qu’une vie nouvelle sorte de ma vie, maintenant que j’ai fait à mon seigneur le don entier de moi-même ? Ne lui ai-je pas apporté intact mon rêve de vierge, le rêve de Juliette ? Toute mon existence, depuis ce soir de printemps jusqu’à une nuit d’automne, n’est-elle pas abolie ? » Elle voyait l’Univers transfiguré par son illusion. ”
Philippe Lautrey, La Revue de Paris
“ Mais, un matin, il se gâta. Pendant deux jours il plut ; une pluie fine et serrée, infatigable, posa ses rayures grises sur le paysage, et des brumes semblables à des lambeaux d’étoffe pendirent du ciel, bornant l’horizon, le faisant petit comme un îlot perdu dans l’infini des eaux. Et durant ces deux jours Louise ne vit pas le docteur Lenoël. Elle savait qu’il attendait de nombreuses visites venant des environs, des villes universitaires, des instituts médicaux, elle savait qu’il dînait chez la comtesse de Schœnfels, et puis elle ne savait plus rien et s’en attristait. ”
“ Elle réentendit en elle-même les paroles graves d’une promesse terrible : « Dis-moi que tu n’as pas peur de souffrir... Je crois ton âme capable de supporter toute la douleur du monde. » Ses paupières semblables aux violettes s’abaissèrent sur cet orgueil secret ; mais, dans les lignes de son visage, apparut une beauté infiniment subtile et complexe qui émanait d’une concordance nouvelle entre les forces intérieures, d’une mystérieuse orientation de la volonté affranchie. Dans l’ombre qui tombait des plis de la voilette relevée sur les sourcils, sa pâleur s’anima d’une vie inimitable. ”
Philippe Lautrey, La Revue de Paris
“ Sous chaque arcade était posée une fontaine en forme de coupe ; un groupe occupait le milieu. Louise et Fernand voulurent s’arrêter, s’assirent sur un banc de pierre. Un enchantement coulait en eux, les isolant, les enfermant dans cet endroit de rêve. La lumière jetait des taches d’or sur le sable ; des oiseaux, au milieu du grand silence, sautillaient dans l’herbe. Fernand glissa son bras autour de Louise. ”
“ Mais ne m’avez-vous pas promis plus que l’amour ? Ne pouvez-vous pour moi les choses mêmes que l’amour ne peut ? Ne voulez-vous pas être la constante inspiration de ma vie et de mon œuvre ? Elle écoutait, immobile, sans battre des paupières : telle une malade en qui serait suspendue l’action du mouvement volontaire et qui assisterait à un spectacle d’horreur comme un esprit dans une statue. ”
