“ Je sais mieux que personne que les Débats sont le seul journal quotidien où la littérature ait la place convenable et toute liberté ; mes petits intérêts de finances comme mes goûts littéraires seraient parfaitement d’accord là-dessus. Mais il y a autre chose ; j’ai, à tort ou à raison, des idées autres que celles des Débats sur la manière de pousser en avant la civilisation, d’émanciper le peuple ; je prends davantage les choses par le côté des sacrifices, des risques généreux, et d’une vérité et d’une équité plus inflexibles, quoique aussi sujettes à l’erreur. ”
Les Débats
Définition et enjeux
Citations sur “Les Débats”
Narcisse-Achille de Salvandy,
Vingt mois, ou la Révolution et le parti révolutionnaire…
(1849)
“ Et accepte-t-on, pour vider les débats des opinions et des partis, un autre glaive que la parole, un autre champ de bataille que la tribune, un autre jugement de Dieu que les solutions pacifiques de discussions sans entraves, la liberté n'est plus. ”
P.-A. Arnal, De l'Avenir des ouvriers, par P.-A. Arnal (1850)
“ D'un peuple opprimé ou d'un gouvernement qui l'opprime, lequel doit périr? Les Débats ont eu frayeur de mettre sous les yeux du gouvernement la peine de ses forfaits ; ils ne sont pas bien sûrs de préférer la fin tragique d'un pouvoir odieux et coupable qui persiste à à s'imposer bien que condamné pour sa violation de toutes les lois, à la décadence, à la mort d'une nation. ”
Auguste Comte,
Cours de philosophie positive.…
“ Les débats, de plus en plus misérables, qui s'agitent maintenant à grand bruit parmi les classes supérieures, tendent naturellement à écarter les esprits de toute véritable réorganisation sociale, pour réduire de plus en plus la politique officielle à des luttes personnelles, aussi stériles que perturbatrices. ”
Jean Laurent Lambert Remacle, Dictionnaire wallon-français
“ Une division distincte d’intérêts, fait naître des différens. Le démêlé est peu clair et réfféchit son acception. Les débats roulent sur la politique. Les disputes amènent des querelles ; et les querelles des affaires. Concilions les différens ; évitons les démêlés ; débattons pour éclairer, la vérité ”
Hippolyte Taine,
Les Origines de la France contemporaine…
“ Et tout ; d’un coup les voilà transportés sur le terrain épineux des affaires, parmi les débats injurieux, les contradictions à bout portant, les dénonciations haineuses, les diffamations prolongées, les invectives ouvertes, dans ce combat à toutes armes qui compose la vie parlementaire et où des vétérans endurcis ont peine à garder leur sang-froid. Jugez de l’effet sur des nerfs novices et délicats, sur des gens du monde, habitués aux ménagements et aux douceurs de l’urbanité universelle. Ils sont tout de suite hors d’eux-mêmes. ”
Gabriel Tarde, L’Opposition universelle
“ Il est certain que le monde social, sous tous ses aspects, fourmille de conflits ; mais les sociologues se sont trompés en n’y cherchant que de grandes oppositions volumineuses et peu nombreuses ; il y a, avant tout, dans la vie sociale habituelle, d’innombrables petites oppositions qui se posent et se résolvent à chaque instant et qui ont une tout autre importance que les batailles rangées, voire même que les débats parlementaires. ”
Cyprien Desmarais, De la Logique politique, appel à la presse sur les maux de la France… (1832)
“ Les Débats expriment le flux et le reflux de notre mer politique, sans cesse tourmentée par les tempêtes. Il représente ce qu'on peut appeler la dette flottante des opinions politiques; que l'intérêt et plus souvent la peur des évènemens poussent tantôt à droite tantôt à gauche ”
Albert,
Le journalisme et les journaux
(1848)
“ C'est là l'esprit des Débats ou des hommes qui n'ont que la science des intérêts, et des faits qui les révèlent. Depuis 1830, la politique des Débats est toute pour les doctrinaires, qui adorent, comme on sait, la nécessité. Fatalistes, ils sont sans amour pour le peuple, qui sert ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Le malheur est que dans ces débats parlementaires qui touchent parfois aux plus grandes affaires, toutes les fantaisies, tous les hasards d’imagination, tous les rêves de secte, toutes les lubies ou les jalousies de parti se donnent rendez-vous. ”
P. Sers, Conversion d'un libéral, discours adressé aux bons électeurs de Marennes au sujet des élections de 1837… (1839)
“ Me blâme qui voudra, me traite qui voudra d'écrivain à gage, je le déclare, j'aime mille fois mieux la courageuse naïveté du journal des Débats et du journal la Presse qui disent : Le pouvoir nous paie pour le défendre, nous le défendons. ”
François Guizot,
Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps…
“ Il y avait, dans cette plainte, un peu d'injuste oubli; le gouvernement du roi Louis-Philippe et le Roi lui-même n'ont pas manqué, dans la presse périodique, d'habiles défenseurs; de 1830 à 1848, le Journal des Débats a soutenu la politique d'ordre légal et de résistance avec autant de constance que de fermeté, d'esprit et de talent. ”
Cyprien Desmarais, De la Logique politique, appel à la presse sur les maux de la France… (1832)
“ Il y a dans l'indifférence sceptique des Débats pour ses propres erreurs, un vif reflet de la société du dixneuvième siècle; société battue dans tous les sens et par tous les flots; fanatique à la fois et blasée ”
Émile de Girardin,
Les droits de la pensée : questions de presse…
(1864)
“ La violente opposition faite à l'arrêt de la cour de cassation par le Journal des Débats, le Constitutionnel, le National, le Droit, etc., etc., prend sa naissance dans une erreur commune que nous avons plus d'une fois combattue. ”
Albert,
Le journalisme et les journaux
(1848)
“ Ce qu'ils veulent, c'est le succès pour le présent; et s'ils se croient les plus forts, ils insultent sans pitié à leurs adversaires, et ils osent se rire de la révolution elle-même, dont l'arme est encore fumante de sang. Il y a à tout cela plus d'orgueil que de sagesse.. 1 Que dirai-je? Plus indépendant què servile, plus moral qu'immoral, et plus religieux qu'impie, le Journal des Débats n'est rien suffisamment, si ce n'est gouvernemental : c'est là sa vertu, d'autres disent son vice, car il ne sert pas avec plein désintéressement.. ”
Émile de Girardin,
Journal d'un journaliste au secret…
(1848)
“ Le Journal des Débats doit savoir , par sa propre histoire , jusqu' où peut aller le ressentiment contre tout système intimidateur , qui ôte aux opinions la liberté de se produire . Nous ne devons pas être aujourd'hui plus risibles que le Journal des Débats ne l' était , il y a vingt ans , sous l' oppression impériale . La taciturnité forcée qui naît de l' oppression n' est jamais plaisante . Pour se taire , on ne sent pas moins . ”
Alfred Nettement,
Histoire politique, anecdotique et littéraire du Journal des débats…
(1838)
“ Lorsqu'une fois ce détachement de l'opinion et ce mouvement de décadence seront des choses accomplies et des faits acquis à la politique, - la fortune et le crédit du Journal des Débats ne chancelleront-ils pas rapidement sur leurs bases? Ne peut-on pas prévoir que son ascendant sur le pouvoir déclinera en même temps que son ascendant sur le public , puisque la seconde de ces deux influences est la conséquence de la première? Ne verra-t-on pas alors ce mou- vement de décadence suivre la même loi que le mouvement de progression dont nous avons parlé? ”
Alexis de Tocqueville,
L’Ancien Régime et la Révolution
“ Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose, et l’histoire nous apprend qu’il suffit alors, pour la contenter, de ramasser dans tout le pays un certain nombre d’hommes obscurs ou dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle d’une assemblée politique, moyennant salaire. ”
Paul Thureau-Dangin,
Histoire de la Monarchie de Juillet…
“ «L'Europe est bien faible contre nous. Elle peut essayer de jouer avec nous le terrible jeu de la guerre; nous jouerons avec elle le formidable jeu des révolutions. Que si l'on nous pousse à promener de nouveau le drapeau tricolore de capitale en capitale, nous ne le ferons plus, cette fois, pour accumuler contre nous les représailles des peuples, mais bien plutôt pour favoriser leur affranchissement.» Il n'était pas jusqu'au sage Journal des Débats qui ne déclarât, le 29 juillet: «Le traité est une insolence que la France ne supportera pas; son honneur le lui défend.» ”
Alfred Nettement,
Histoire politique, anecdotique et littéraire du Journal des débats…
(1838)
“ Le Journal des Débats entre dans une coalition révolutionnaire, et n'a plus que treize mille abonnés en 1 2a5. Il gouverne les esprits pendant plusieurs années, de manière à rendre une révolution inévitable. Cette révolution éclate, elle dure depuis huit ans , le Journal des Débats perd encore un tiers de ses abonnés et le chiffre de ses souscripteurs ne paraît pas devoir être au-dessus de neuf mille aujourd'hui. Ou nous nous abusons fort, ou dans la progression décroissante que nous venons de mon- trer , il y a des symptômes manifestes de 1 décadence. ”
Alexandre Piédagnel,
Jules Janin
“ Il était dévoué et ardent en amitié, et c’est l’amitié aussi qui le pleure...« Si Corneille avait vécu sous mon règne, je l’aurais fait prince, » s’écriait Napoléon ier. Au plus beau temps de sa verte jeunesse littéraire, quand on s’arrachait ses prestigieux feuilletons du Journal des Débats, quelqu’un appela un jour Jules Janin le prince des critiques, et le nom lui est justement resté. Entendons bien : prince de la critique, non pas ministre de ses arrêts motivés, et souvent plus gourmés qu’infaillibles ”
François-Joseph Lienhart, Un mot sur la modification ou, pour mieux dire… (1820)
“ Puissent les contestations et les querelles, les factions et réactions , être bannies du sein de la France, avec les ressentimens qui renversent trop souvent de son assiette l'homme le plus sage et le plus modéré ! Fasse le ciel que les deux factions en opposition à l'immense majorité du peuple s'unissent avec elle, conspirent avec elle à l'union, à l'oubli et au bien de l'état où chacun a un intérêt commun, avec tous les autres ! que l'esprit de tolérance et de modération dirige tous les coeurs ! ”
Pierre Lefranc, La République et les partis, par Pierre Lefranc… (1851)
“ Et voilà pourquoi, tout en esquissant l'histoire du peuple depuis la Révolution de février, je mettrai en regard l'histoire des partis. Ai-je besoin de dire qu'il n'entrera dans ma critique ni rancune, ni colère, ni fiel ? A qui crierais-je ? Aux hommes? Pauvre et misérable guerre quand on a des partis à combattre ! Les hommes d'ailleurs, pour la plupart, valentmieux que leurs opinions. Prenez-moi cent honnêtes gens, faites-en un parti ; vous ne les reconnaîtrez plus : ils n'auront mis en commun que leurs mauvaises passions. ”
Alexandre Piédagnel,
Jules Janin
(1884)
“ On réimprime avec soin les beaux livres du maître ; ils sont de plus en plus goûtés par les vrais amoureux du style élégant et des fictions ingénieuses. Au moment où, le soir, on va commencer à se réunir autour du clair foyer, pour relire les auteurs préférés, — fidèles amis de la maison paisible, — nous venons rendre un nouvel hommage à la mémoire de l'admirable artiste qui, chaque lundi, durant près d'un demi-siècle, improvisa, avec tant de verve originale, de zèle et d'autorité, un ravissant, feuilleton dans le Journal des Débats. ”
Alexandre Piédagnel,
Jules Janin
“ Comme il a su voir, n’est-il pas vrai, tout ce beau cortège de la jeunesse à travers un prisme enchanteur ? Eh bien, cette saine et intarissable gaieté, cette sève d’avril, lui furent d’un puissant secours évidemment ; mais gardons-nous d’oublier que la vieille tante, témoin de son labeur, compagne de sa pauvreté, humble, tendre et ingénieuse consolatrice des heures mauvaises, mérita sans cesse l’ardente reconnaissance du courageux écrivain [5] . Lui, du reste, ne l’oublia pas un seul instant, et, à l’aide du premier argent gagné avec sa plume au Journal des Débats, savez-vous ce qu’il fit ? ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 31 mai 1889
“ Joignez à cela les questions qui divisent les partis même en dehors de la politique, les ressentimens personnels, les passions ou les ambitions impatientes : avec ces élémens discordans, on peut toujours s’attendre à de l’imprévu, à des surprises de discussion, à des dissidences ou des défections de majorité, à des conflits sans cesse renaissans. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire…
“ Avec tout cela, on arrive juste à ces confusions, à ces agitations assez factices qui ont signalé les dernières semaines de la session, où majorité et opposition se sont livré, sans péril et sans profit, des batailles plus bruyantes que décisives à propos de mesures qui n’étaient pas de l’urgence la plus caractérisée ou d’interpellations qui n’étaient pas d’un suprême intérêt. ”
“ Ce gouvernement qui s’exerce, non par l’intermédiaire du pouvoir et de la police, mais par la force de l’âme, la sagesse des conseils et la fascination de l’éloquence, qui règle la conduite d’un parti devenu lui-même dirigeant, qui précipite ou modère, suivant le besoin des circonstances, l’opinion publique d’un grand pays, ce gouvernement a reçu le nom d’occulte, dans les disputes de la polémique quotidienne. ”
Louis Reybaud,
La Politique des Campagnes
“ Le beau débat à ouvrir devant un auditoire que les excès de parole n’ont point blasé, si l’on pouvait le faire de franc jeu en y ajoutant un peu de politique élémentaire à l’usage d’hommes simples, mais d’un jugement droit ! ”
Volney,
Les Ruines, ou Méditations sur les révolutions des empires
“ Depuis des siècles la terre est un champ de disputes, et vous avez versé des torrens de sang pour vos contestations : qu’ont produit tant de combats et de larmes ? Quand le fort a soumis le faible à son opinion, qu’a-t-il fait pour la vérité et pour l’évidence ? ô nations ! Prenez conseil de votre propre sagesse ! Quand, parmi vous, une contestation divise des individus, des familles, que faites-vous pour les concilier ? Ne leur donnez-vous pas des arbitres ? oui, s’écria unanimement la multitude. Eh bien ! Donnez-en de même aux auteurs de vos dissentimens. ”
“ M. VICTOR HUGO.—Messieurs, me voici dans la realite ardente du debat.Ce debat, ce n'est pas nous qui l'avons voulu, c'est vous. Vous devez, dans votre loyaute, le vouloir entier, complet, sincere. La question republique ou monarchie est posee. Personne n'a plus le pouvoir, personne n'a plus le droit de l'eluder. Depuis plus de deux ans, cette question, sourdement et audacieusement agitee, fatigue la republique; elle pese sur le present, elle obscurcit l'avenir. ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire…
“ Des partis épuisés et irrités, des ardeurs factices et des campagnes maladroitement menées, des majorités changeantes et des votes confus ou contradictoires, un gouvernement de tension et de mauvaise humeur, une assemblée paralysée par toutes les divisions et finissant par se tirer d’embarras en saisissant l’occasion de prendre trois mois de vacances, c’est là ce qui s’appelle la politique officielle depuis quel que temps. ”
Jean-Gabriel Cappot, Procès en diffamation. "L'Éclaireur des Pyrénées" et M. Chégaray… (1849)
“ Si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, Messieurs, vos fureurs monarchiques, vos hypocrisies réactionnaires, vos insolents défis à la démocratie en marche pouvaient ramener dans ce pays une de ces manifestations populaires qui déjà deux fois, en 1830 et en 1848, ont fait de vous les trembleurs que tout le monde sait... ”
Élisée Reclus,
L’Évolution, la Révolution et l’Idéal anarchique
“ À ces politesses, de candidats à votants, les premiers désapprennent peu à peu le fier langage de la vérité, l’attitude intransigeante du combat : du dehors au dedans l’esprit même en arrive à changer, surtout chez ceux qui atteignent le but de leurs efforts et s’assoient enfin sur les banquettes de velours, en face de la tribune aux franges dorées. ”
Étienne Cabet,
Ma ligne droite, ou Le vrai chemin du salut pour le peuple
(1847)
“ Que l'opinion soit favorable à l'entreprise d'un Parti, tout le monde l'aide, d'une manière ou d'une autre, directement ou indirectement ; mais que l'opinion soit défavorable, tout le monde abandonne, blâme et combat de mille manières. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Nous voyons une nation divisée et un gouvernement qui cherche à la diviser encore davantage, qui fomente en elle les querelles de parti, les querelles de conscience, les querelles sociales, et qui prépare des lois pour loi fournir des armes nouvelles, propres à soutenir ces luttes intestines. Nous voyons un parlement et un ministère désemparés, les institutions militaires ébranlées, tous les esprits livrés à la confusion et à la violence. ”
“ Des révolutions inutiles et les préventions de l’esprit de parti éloignent successivement des affaires, de la tribune, des conseils de la nation et du souverain, les illustrations les plus pures, les plus brillantes lumières, les plus hautes expériences politiques, les cœurs les plus droits et les plus fermes raisons. ”
“ Ces luttes de partis, qu’on vous représente comme stériles, sachez qu’elles sont fécondes, et que, si dans la lutte, il y a des blessés et des morts, ils ont au moins la consolation de tomber pour une grande cause. Au milieu de l’indifférence des uns, du scepticisme et de la défiance des autres, des sympathies douteuses ou inertes, des haines certaines et agissantes, nous nous débattons, anéantissant dans des combats atroces le meilleur de la puissance vitale de la Patrie. ”
