“ Ce refus irrita le baron. Son désir, avivé, prit les caractères de la passion. Il s’éloigna du monde et mit tous ses soins à fléchir la résolution de Robertine. En même temps, il sentit naître en lui une jalousie vague et sans objet certain, mais qui grandissait vite et prenait chaque jour plus d’assise en son esprit. Quelle raison en effet assigner au refus de Robertine, sinon un autre amour ? Peut-être, Armand le pensa une fois, parce qu’il savait déjà ce que le cœur de Robertine renfermait d’exquise noblesse ”
Robertine
Définition et enjeux
Citations sur “Robertine”
“ Son esprit fin, délicat, sincère, son cœur haut et noble n’avait aucune parenté avec l’esprit banal et le cœur bourgeois du jeune baron. Mais une fois l’amour venu, toutes distances morales s’effacent, Robertine eut un voile sur l’intelligence ; elle vit son amant au travers de la virginale et poétique tendresse ; elle le trouva bon, beau et admirable entre tous ; elle sut transformer, avec cette adresse de cœur des femmes qui aiment bien, chacun de ses défauts en qualités, chacune de ses faiblesses en héroïques séductions. ”
“ Robertine était mariée depuis dix-huit mois environ à M. le baron Armand d’Osser. C’était un mariage d’amour. Elle avait vingt et un ans. Pour le monde qui la voyait passer heureuse dans la vie, c’était une femme admirablement belle ; pour le petit nombre d’amis dont l’œil pouvait pénétrer jusqu’à son cœur, c’était un ange. ”
“ Et en même temps, tout au fond de son cœur, de vagues élancements de jalousie commençaient à le poindre sourdement. Être jaloux ! Pourquoi ? Qui sait ? Armand n’avait nul motif, à moins qu’on ne prenne pour tel la longue résistance de Robertine ; mais on est jaloux, parce qu’on est jaloux. Pendant une demi-heure, il prit son mal en patience. Puis, il sortit du petit temple et se dirigea vers la chambre de sa femme. Il voulait la voir, lui parler... La clef était dans la serrure. Il n’y avait déjà plus de lumière chez Robertine. ”
“ Car la femme, pour peu que son âme soit complice, a le don prodigieux de se mentir à elle-même en face de l’évidence, et sait trou ver au fond de son amour de paradoxales subtilités qui dérouteraient le logicien le plus retors. Robertine aima donc, et admira parce qu’elle aimait. Ce fut tout ; elle ne voulut point épouser. Pourquoi ? Le bandeau qui était sur sa vue lui cachant ses supériorités morales, tous les avantages se trouvaient du côté du baron. Il était riche de plus de cent mille livres de rente ; il avait une position fort élevée, un avenir magnifique. ”
“ Là, il n’y avait plus ce luxe de réverbères des environs du boulevard. La voie étroite et roulant à son milieu les flots noirs de son ruisseau fangeux restait à peu de chose près dans une obscurité complète. Les boutiques, pauvres et mal éclairées, n’envoyaient au dehors que d’impuissants rayons. De loin en loin seulement, le baron pouvait apercevoir la forme gracieuse de Robertine, ou du fantôme de Robertine, qui passait rapidement sous une lanterne, dont la mèche fumeuse, aidée par l’appareil oxydé du réflecteur, laissait tomber sur le pavé un carré vacillant de douteuse lumière. ”
“ Robertine s'était appliquée depuis longtemps à éloigner de leurs entretiens tout prétexte à discussions religieuses. N’était-il pas possible qu’elle se cachât de lui pour remplir ses devoirs dévots ? Qui ne sait l’ardeur aveugle que met le naufragé à saisir la planche trop étroite que son poids va entrainer sous les flots ? La main d’un homme qui se noie s’accroche à un brin d’herbe, s’accrocherait à un cheveu. Armand se crut sauvé. ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ Une voiture s'arrête à la porte. C'est la carriole qui ramène Florine. Celle-ci entre. Robertine se précipite à sa rencontre, l'embrasse et la regarde fixement. Rose-de-Noël a retrouvé tout le calme de ses doux yeux, pendant le court séjour qu'elle a fait au couvent des Ursulines. Mais la ligne noire s'est élargie autour de ses paupières, et les reflets jaunes se sont épaissis sur les pommettes de ses joues. Robertine l'embrasse encore et elle lui dit tout bas : – Il t'aime comme un fou, il n'a fait que me parler de toi depuis le matin jusqu'au soir. – Ah ! fillette ! ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ Va-t'en, vilain, dit le mendiant en poussant Stanislas hébété, avec une force qu'on n'eût pas attendue de son âge. – Allez-vous-en vous aussi ; je n'ai pas besoin d'homme ici, s'écria Robertine avec colère. – Robertine, dit doucement le vieillard, tu as tort, tu sais bien que je sais tout et que je connais la médecine mieux qu'un médecin. – Allez-vous-en ! Que le diable emporte les hommes, les vieux et les jeunes. Allez, et ramenez-moi le médecin de Samer, M. du Boisseau. ”
“ Et c’était par cette soirée que M. le baron d’Osser rencontrait sa femme, à pied, dans la rue !... À coup sûr, le fait était invraisemblable, mais l’esprit d’Armand n’était déjà plus dans son assiette ordinaire. Et puis, il avait cru voir. Il ne réfléchit point. Il s’élança par un mouvement tout machinal. La femme qu’il poursuivait avait réellement dans sa tournure quelque chose de Robertine. Elle était jeune et gracieuse au degré suprême. ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ Robertine entra ; Rose-de-Noël s'avança vivement vers elle et lui jetant un regard fixe, assuré, qui avait quelque chose de sombre, elle lui dit d'une voix sourde : – Cyprien ne m'aime pas assez ; il m'aime, oui, mais il ne voit en moi qu'une paysanne laide, peut-être sotte. Dis-lui que c'est moi qu'il a vue, la nuit, tu sais, quand je vins près de son lit, le croyant mort, et qu'il me trouva si belle. Cela lui fera penser que je suis belle, en effet. ”
“ Armand ne gardait contre lui qu’une vive et profonde rancune. L’idée que cet homme pût être son rival ne voulait point entrer en son cerveau. Et réellement, à supposer même que Robertine fût coupable, il y aurait eu folie à supposer le choix d’un tel complice ! Armand était un homme dont la vie, jusque-là, s’était écoulée tranquille et sans qu’une grande douleur se fût jetée jamais à la traverse. Il ne savait point souffrir. Les tortures morales et la fatigue physique de cette soirée l’avaient entièrement brisé. Il se leva de sa borne, n’ayant point de but et ne sachant que faire. ”
Charles Poplimont, Notice généalogique sur la maison de Chanaleilles… (1873)
“ Robertine était troisième fille de Robert, chevalier, sire et baron de Montlaur, Aubenas et Coucouron, etc., en 1147, qui termina le fort-château d'Aubenas, et mourut en 1178, et d'Héracline de Pradelles, morte en 1166, sa première femme. Enfants : 1° Hugues Ier, qui suivra : 2° Robert, qui fut la tige de la 9e branche des seigneurs de Croisance, de Grèzes et d'autres terres situées au diocèse du Puy. 3° Guigon fut seigneur du fief et château de Moulines, situé en la paroisse de Pradelles. On ignore s'il fut marié, mais il ne laissa pas d'enfants en mourant ; il ne vivait plus en 1210. ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ C'est bien vrai ; et comment voulez-vous qu'on ne le soit point quand on n'a que soi à aimer ? Ah ! si Robertine était là et qu'elle fût en danger, je me jetterais sur trois hommes, voyez-vous ! – Comment cela, Mionnet ? demanda l'enfant en fixant sur lui un regard réfléchi. – Vous ne pouvez point encore comprendre ces choses-là, et c'est bien heureux. Car c'est ça qu'on appelle l'amour, et l'amour, c'est une méchante chose, qui rend brave, mais qui fait bien souffrir les gens ; et je voudrais que l'amour n'eût jamais été mis au monde. ”
“ Mais l’amour en décida autrement. À la fin de 1813, Nadermann, le fameux facteur de harpes, produisit dans le monde artistique une jeune harpiste d’un très-remarquable talent, nommée Robertine Roberts, Anglaise de naissance, et venue à Paris avec sa mère, qui était pauvre et bien malade. Mistress Roberts ne tarda pas à mourir, laissant sa fille orpheline et absolument seule au monde. La harpe était alors ce qu’est le piano de nos jours. La mode avait adopté ce bel et gracieux instrument. ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ Ma bonne Rose, murmura-t-elle en couvrant sa cousine de baisers, comme je souffrais de ne pas te voir ! – Soyez la bienvenue, ma chère Robertine, dit Marthe en embrassant à son tour la jeune paysanne, quoique vous veniez dans un triste moment. – Un triste moment ! Ne m'as-tu pas écrit, Florine, que tu vas te marier ? Florine haussa les épaules avec un douloureux sourire. – Bon, tant mieux ! s'écria Robertinc en riant, ne nous marions pas. Tu ne... dévoreras jamais autant d'amoureux que moi. Louis-Marie Briche ! continua-t-elle d'un ton de froide et méprisante surprise. ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ Et que va devenir mon pauvre frère ? Il va devenir la victime de ce Lazare qui le hait. Que de sang, que de meurtres, que de vengeance ! – Et, continua Robertine, qui, dût-elle en mourir, n'aurait point passé sous silence la conclusion de son récit, Mionnet croit qu'ils seront plusieurs contre Cyprien. – Ah ! pauvre Cyprien, pauvre Eugène ! dit Florine en sanglotant à son tour, pauvre Eugène, si courageux, si bon, si dévoué, que j'ai envoyé à la boucherie ! – Et, demanda rudement Louis, Mionnet ne vous a pas donné d'autre détail ? – Non. – Bon ! songea Louis, tout n'est pas perdu. ”
“ Qu’était Robertine ? Une de ces créatures qu’on accueille ou qu’on rejette au choix du caprice, une de ces femmes dont nos mœurs étourdies font la position si fausse et si douteuse, à qui le code étroit de nos salons a négligé de garder une petite place dans la hiérarchie mondaine, qui ne sont rien, qui ne tiennent à rien, auxquelles on doit, pour le plaisir qu’elles donnent, non point de l’estime et de l’amour, mais un peu d’or, quelques bravos, quelques couronnes... ”
“ Il estimait sa femme, mais il n’estimait point la femme. Comme tout vulgaire don Juan, il croyait avoir droit de ne point trop croire à la vertu féminine. C’était en tout un homme de milieu, aussi éloigné d’être idiot que d’avoir un grand esprit : ces gens-là doutent... Ce soir, en apercevant à l’improviste Robertine seule dans la rue, ses défiances engourdies, et que rien ne justifiait avant cela, s’éveillèrent violemment. Il fut frappé au cœur et eut comme un vertige. La pluie tombait à torrents ; les réverbères se balançaient au vent sous leurs cordes tendues par l’humidité ”
Marc de L'Hermite, Lettres de Louis et de Marc L'Hermite… (1896)
“ Tout ce que vous me dites de ma chère Cécile, de Robertine, de Guillemette, des mignonnes, me fait un plaisir extrême, et je suis Confondu de certaines phrases que je rencontre au courant de vos lettres : « Je suis comme autrefois, plus qu'autrefois, enveloppée dans un voile de tristesse. Cécile fait mon admiration ; elle me donne l'exemple, mais je ne puis la suivre. » Tenez! voulez-vous que je parle net? Vous êtes la plus heureuse des mères et des grand'mères, et vous fatiguerez le bon Dieu par vos exigences. ”
“ Il n’y avait plus dans la vaste nef que de rares fidèles achevant leurs prières, mais l’atmosphère restait chaude encore de la présence de la foule. Armand, dont le sang bouillait dans les veines, fut saisi, au sortir, de l’air glacé de la rue, et comme suffoqué par cette lourde chaleur. Il ne vit rien d’abord, sinon les cent mille étincelles que l’éblouissement fait tournoyer devant le regard. Quand il reprit l’usage de ses yeux, il aperçut quelques femmes agenouillées çà et là. Laquelle de ces femmes était Robertine ? ”
Charles d' Héricault,
Rose-de-Noël, par Charles d'Héricault
(1883)
“ Il faut lutter, il faudra lutter toujours : avoir peur, ruser, parfois se cacher, parfois trop se montrer ! Ne savoir que faire pour empêcher mon mari de trouver une autre femme plus belle que moi ; et pourtant Cyprien m'aime ; mais il me croit peut-être sotte et presque laide ! Elle se leva délibérément, alla ouvrir la porte et appela Robertine. Elle revint aussitôt et s'arrêta avec un tressaillement, en jetant un regard vers le petit chapelet pendu au chevet de son lit. Puis elle le saisit avec un geste fiévreux, le porta à ses lèvres et le cacha. ”
“ La foule à de sanglants brocards pour ces unions qu’elle nomme excentriques. Épouser une virtuose ! n’est-ce pas d’abord se casser le cou et jouer en outre un jeu d’enfer au jeu chanceux du mariage ? On s’apitoie d’avance ; les amis du malheureux haussent les épaules ; et chacun se prépare à être sans pitié pour ses futures infortunes. Le jour où Armand eut cette idée, il courut chez Robertine et lui jura qu’il ne craignait point le monde, qu’il mettait sa gloire à lui donner son nom, etc., etc. ”
“ Cependant, au moment où il arrivait à l’angle de la rue des Frondeurs, le choc d’un passant le rejeta sur une femme qui pressait le pas sur le trottoir. Armand, par un instinct de courtoisie, leva les yeux sur elle afin de s’excuser. La dame ne s’était point retournée ; elle courait toujours. Armand poussa un cri et s’arrêta court. Cette dame, vêtue d’une mante de soie noire, était bien celle qu’il avait suivie depuis la rue Chauchat jusqu’à Saint-Roch. C’était Robertine ! La présence d’esprit fit défaut au baron. ”
Edmond de Coussemaker,
Généalogie de la famille de Coussemaker et de ses alliances…
(1858)
“ JEANNE-THÉRÈSE-HENRIETTE, née le 2 novembre 1772, décédée le 24 novembre 1854. 7. MARIE-THÉRÈSE-ROBERTINE, née le 9 janvier 1775, décédée le 29 mars 1850. 8. HENRI-LOUIS-EUGÈNE qui suit : 9. FRANÇOIS-JOSEPH, né le 16 septembre 1778, décédé le 31 juillet 1779. 10. FRANÇOIS-ALBERT, né le 23 juillet 1780, décédé le 15 septembre 1846; marié le 15 octobre 1810, à Catherine-Eugénie-Julie-Sophie VAN MERRIS, fille de PIERRE - TIBÈRE - IGNACE et d'Aldegonde - Laurence - Isabelle RUCKEBUSCH, née à Bailleul, le 15 octobre 1782, y décédée le 29 mai 1837. ”
Fleury Vindry, Les demoiselles de Saint-Cyr (1686-1793… (1908)
“ Robertine-Aldegonde de Bertoul-Hautecloque, née et baptisée 2 septembre 1707, à Hautecloque (Pas-de-Calais) , diocèse de Boulogne-sur-Mer, fille d'Adrien-Louis-François de Bertoul et de Marie-Françoise Antoinette-Léocadie de Frasneau. — B. S. 7 novembre 1727. — Dot 9 avril 1729. — Religieuse à Chelles. Marie-Charlotté-Hubertine de Bertraudy, née 29, baptisée 3o août 1766 à (Saint-Denis) Saint-Omer (Pas-de-Calais) , fille de Charles-FrançoisCésar de Bertrandy et de Marie-Thérèse-Perrine de Kerret. — Pr. 6 février 1777. B. S. 2 septembre 1787. — Dot 20 avril 1787. — Chanoinesse. ”
Robertine Barry,
Chroniques du lundi
“ Oh ! le renouveau du printemps qui change tout en vous, dore vos illusions de couleurs plus belles et laisse couler dans vos veines un sang plus vif et plus chaud... C’est lui aussi qui met des chansons dans l’air, des mélodies enivrantes au-dedans de l’être, et qui, par son souffle vivifiant, fait vibrer les fibres de l’âme comme des harpes éoliennes. Allons au bois ! le gazon est tendre, l’herbe soyeuse et, dans la ramure, les feuillus épais forment des bosquets charmants, des solitudes pleines de silence et de mystère. ”
Étienne-Jean Delécluze,
Romans, contes et nouvelles
“ Robert ! quelle épreuve longue et cruelle subissent ceux qui aiment sur la terre ! Il est bien juste qu’on leur en tienne compte après la mort !... Pauvre Robert ! ton cœur a toujours besoin d’aimer. Moi qui connais tes peines maintenant, que je te plains, et que le monde où tu es s’accorde peu avec la disposition de ton âme ! Ah ! dans ton ignorance terrestre, tu crois connaître, tu te flattes de sentir l’amour. ”
Thierry Sandre,
L'Histoire merveilleuse de Robert le Diable
“ La marmaille emboîte le pas à l’innocent, les sarcasmes éclatent; on bouscule le pauvre diable, on le houspille, on le tourmente; on le frappe, on le lapide; et tant et tant que, lapidé, frappé, tourmenté, houspillé, bousculé, moqué, injurié, Robert, n’en pouvant plus, prend enfin la fuite, et, hors d’haleine, gagne en toute hâte, à bout de forces, son lit de paille sous l’escalier de la chapelle.Là, du moins, c’est pour lui la paix et le repos. A l’intérieur du palais, on observe la volonté de l’Empereur, nul n’inquiète Robert; il peut aller où bon lui semble. ”
