“ Que le Théâtre-Italien aide le Conservatoire et ne se lasse pas de couvrir de ses plus beaux ornemens les partitions des maîtres ; qu’il force le public, attiré par les merveilles de l’exécution, à pénétrer dans le fonds de l’œuvre ; qu’il se serve de ses voix comme d’une glu magique pour fixer son attention sur des beautés sévères ; et tôt ou tard les saintes mélodies entreront triomphantes dans ces jeunes ames que le mauvais goût envahit. De telle sorte, le Théâtre-Italien a chez nous encore une carrière glorieuse et profonde à parcourir. ”
Théâtre Italien
Définition et enjeux
Le théâtre italien, souvent lié à l'opéra et à la musique, a longtemps joué un rôle central dans la vie culturelle parisienne. De nombreux auteurs, tels que H. W. ou Charles de Mazade, ont analysé ses enjeux, mettant en lumière ses difficultés en termes de prestige et son rôle éducatif.
Madame de Staël, quant à elle, soulignait son aptitude à stimuler l'imagination. Ces réflexions, tirées de sources diverses, révèlent une tension entre tradition et modernité, tout en insistant sur l'importance d'une transformation artistique pour maintenir son public.
Citations sur “Théâtre Italien”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Depuis cette révolution fatale, qui a bouleversé la France et l’Europe, le Théâtre-Italien n’a pu retrouver le public d’élite qui lui a procuré une si longue prospérité. On peut sans doute espérer que, sous un gouvernement comme celui qui vient de s’inaugurer en France, les classes qui ont des loisirs reprendront leurs habitudes, et que l’Opéra-Italien retrouvera aussi la place qu’il a occupée dans la vie parisienne; mais il faudrait pour cela que l’Italie eût à nous offrir des compositeurs et des virtuoses dont il semble, au contraire, qu’elle est dépourvue. ”
Maxime Du Camp,
Revue des Deux Mondes
“ À cette époque, le Théâtre-Italien était monté à un haut degré de splendeur, et l’un des artistes les plus aimés de cette réunion d’artistes exceptionnels était un homme d’apparence colossale, de beaucoup d’esprit, très choyé dans le monde où il était admis, d’origine italienne, de bonne lignée, et n’ayant pas eu, pour paraître sur les planches, à lutter contre des préjugés qui n’existent pas dans son pays. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ En sacrifiant l’art à des effets grossiers, les plaisirs de l’intelligence à d’autres plus faciles, on imite les directeurs des théâtres subalternes, et, tout en les imitant, on leur prend leur public. Le jour où le Théâtre Italien aura dans ses opéras, au lieu de musique et de chanteurs, des bals masqués, des conciles et des amas de caparaçons et d’oripeaux, le Théâtre Italien ne choisira plus son public. ”
Histoire du théâtre lyrique en France depuis les origines jusqu'à nos jours…
“ Au Théâtre Italien, ce sont les roulades, fioritures, virtuosités, prouesses et acrobaties vocales qui se donnent pour du bel canto. Quant à l'Opéra-Comique, en grande partie déchu, et où l'on n'entend guère les œuvres charmantes de l'ancien répertoire français, il est voué alors aux niaiseries sentimentales, aux fades romances, aux paysanneries les plus conventionnelles et les plus fatiguées, dans lesquelles les paroles et la musique font assaut de platitude. ”
“ Le Théâtre-Italien, en ouvrant ses portes chaque année aux premiers jours d’automne, semble avoir le charmant privilège d’éveiller dans un certain monde une foule d’émotions qui, en dehors de lui, n’existent pas. ”
“ MUSICALE. En vérité, je ne sais pourquoi le Théâtre-Italien, dont le répertoire est le plus riche et le plus fécond qui se puisse imaginer, de loin en loin se donne le plaisir de faire écrire expressément pour lui des opéras, la plupart médiocres, dont le peu de succès suspend au moins pendant huit jours l’éclat de ses magnifiques représentations. Certes il est noble et beau de soutenir les premiers efforts des jeunes gens encore ignorés, et d’offrir à leurs noms obscurs l’occasion de se produire à la lumière ”
François-Joseph Talma,
Mémoires de Lekain , précédés de réflexions sur cet auteur et sur l'art théâtral…
(1825)
“ Enfin le Théâtre italien, non content de franchir les lois qui lui ont été imposées, se permet tout, empiète sur tout, et parvient, par des degrés trop sensibles, à détourner le public du seul spectacle qui puisse intéresser son coeur et cultiver son esprit. ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Le Théâtre-Italien surtout, contre lequel nous élevons souvent une voix amie, comme on gronde volontiers les gens qu’on aime, est certain d’attirer la foule, et la foule d’élite, toutes les fois qu’il donnera un vieux chef-d’œuvre passablement interprété. ”
Henri Blaze de Bury,
Revue des Deux Mondes
“ Le Théâtre-Italien était à ce moment un des élémens de la vie parisienne ; ceux qui tentent de le reconstituer aujourd’hui remontent les courans du siècle ; ils s’imaginent être le public et ne sont qu’une coterie. ”
Eugène Carissan, Paris dans sa splendeur : Monuments… (1861)
“ Pourtant le Théâtre Italien est le spectacle adopté par le grand monde: la mode l'a pris sous sa haute protection. On y va par genre autant que par goût; pour se réunir, se montrer et exhiber ses toilettes autant que pour entendre les chefs-d'oeuvre de l'école transalpine. Rien de plus splendide que le coup-d'oeil offert par le balcon et les premières loges. Dans cette vaste salle (près de treize cents places) , étincelante de lumières, de velours et de dorures, brillent de toutes parts dentelles, diamants, soie et satin, blanches épaules et doux sourires. ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Je leur dirais que si le Théâtre-Italien est dans l’état des choses réservé aux plaisirs du grand monde, c’est chose assez légitime, vu qu’il est alimenté et ne peut l’être que par la richesse des hautes classes. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Tant que la musique française a été dans l’enfance ou dans la période de son premier développement, les opéras et les chanteurs de l’Italie ont pu offrir un exemple salutaire dont le goût national a fait son profit; mais, depuis que la France a pris rang parmi les nations qui cultivent avec succès l’art musical, l’existence d’un Théâtre-Italien à Paris est devenue de plus en plus difficile. ”
Pierre-Charles Laurent de Villedeuil, Paris à l'envers (1853)
“ La spécialité du Théâtre-Italien est le chant italien, auquel personne ne comprend rien. Les acteurs ont si bien l'habitude de se considérer comme des Chinois jouant une parade indigène sous les yeux du roi de Naples, qu'ils s'amusent à pousser au hasard les consonnances les moins significatives. Pour certaines classes de la société, les Italiens sont encore un lieu où se trament contre les maris partie de ces mille conspirations qui éclatent chaque jour. ”
“ De plus, l’administration du Théâtre Italien a le bon esprit de ne pas se croire infaillible, et de consulter son public sur les œuvres qu’elle donne. C’est, d’ordinaire, à ces répétitions, devant une assemblée de femmes élégantes et de jeunes hommes exercés, que le talent du maître se discute, et que son œuvre échoue ou réussit vraiment. ”
Madame de Staël,
Corinne ou l’Italie
“ Loin de diminuer sur le théâtre italien les plaisirs de l’imagination, il me semble qu’il faudrait au contraire les augmenter et les multiplier de toutes les manières. Le goût vif des Italiens pour la musique, et pour les ballets à grand spectacle, est un indice de la puissance de leur imagination et de la nécessité de l’intéresser toujours, même en traitant les objets sérieux, au lieu de les rendre encore plus sévères qu’ils ne le sont, comme l’a fait Alfieri. ”
F. de Lagenevais,
Revue des Deux Mondes
“ Le Théâtre-Italien se prépare, comme on sait, à passer à l’état de théâtre lyrique, il a même déjà commencé sa mue et ressemble pour le moment à ces statues de Daphné dont les pieds s’enfoncent dans la terre et prennent racine, tandis que le torse, les bras, le cou s’enflent et se contournent et que la bouche s’ouvre en pâmoison. ”
Benjamin Crémieux,
Essai sur l'évolution littéraire de l'Italie de 1870 à nos jours…
(1928)
“ Mais c'est par l'humorisme que le théâtre italien — et à sa suite, nous le verrons, une partie de la plus récente littérature — s'est décidément évadé du vérisme et du drame bourgeois. Les auteurs de « grotesques » et le théâtre de Pirandello, avec des moyens différents et de sensibles inégalités dans la réussite artistique, ont réalisé ce miracle de décentrer l'intérêt de drame, d'en modifier la portée sans pour cela supprimer le drame et parfois le mélodrame, en l'accentuant au contraire dans bien des cas. ”
P. Scudo, Revue Musicale. — L’Ouverture de la saison…
“ On ne vit pas si longtemps, on ne donne pas le jour à un si grand nombre de chefs-d’œuvre et de maîtres incomparables sans s’épuiser. Peut-être l’Italie ne succombe-t-elle un instant sous le fardeau de son passé glorieux que pour mieux se préparer à une existence nouvelle. Cela est grandement à souhaiter, car la l’ace italienne a des facultés qu’on ne retrouve chez aucun autre peuple de l’Europe. Quoi qu’il en soit, Mme Alboni est pour l’instant le seul attrait qu’offre le Théâtre-Italien. ”
F.-T. Perrens,
Le Théâtre contemporain en Italie…
“ Telle est donc l’histoire, telle est la situation présente du théâtre italien. Si l’on cherche dans le passé ce que pourra être l’avenir, on reconnaîtra que l’art dramatique traverse en ce moment, chez nos voisins, une de ces crises d’où il est déjà sorti plus d’une fois transformé. Attendons la phase nouvelle qui s’annonce, et gardons-nous, pour quelques jours d’engourdissement, de nier la force vitale. Non, cette nation italienne, si heureusement douée, ne manque pas du génie dramatique. La gloire d’Alfieri et de Goldoni protesterait au besoin contre cet injuste arrêt de l’opinion en France. ”
F. de Lagenevais,
Revue musicale - 31 octobre 1869
“ Le jour où le Théâtre-Italien n’aurait d’autre ressource que celle d’appeler à lui les jeunes compositeurs français et de faire traduire à son profit les partitions dont ne veulent ni l’Opéra, ni l’Opéra-Comique, ce jour-là sa ruine serait consommée, et mieux lui vaudrait fermer ses portes que de tenter une pareille régénération. ”
F.-T. Perrens,
Le Théâtre contemporain en Italie…
“ II. Ce qui distingue l’ère nouvelle dans laquelle paraît entrer le théâtre italien, c’est le nombre considérable des œuvres qui s’y produisent. Les désastres de 1849 auraient dû, ce semble, achever d’abattre ce malheureux peuple : ils n’ont fait qu’accroître son ardeur. Dans l’excès même de sa misère il puise de nouvelles forces, ou du moins la suprême espérance des vaincus. ”
“ Il n’en est pas moins vrai que pas une des administrations sous lesquelles le Théâtre-Italien a si glorieusement prospéré pendant ces quinze dernières années n’a suivi d’autre règle de conduite. Vous aurez beau, par toute sorte de combinaisons excentriques, en appeler à la curiosité des gens, vous n’obtiendrez jamais que des effets précaires, et qui ne supporteront même pas la comparaison avec ce que les scènes rivales peuvent réaliser dans ce genre. ”
P. Scudo, Revue musicale - Il Crociato, Gil Blas
“ Le Théâtre-Italien continue à donner des représentations extraordinaires au bénéfice de la direction, qui, sous un prétexte qui ne trompe personne, multiplie les hors-d’œuvre et use avant le temps un répertoire qui commence à fatiguer le public. ”
George Sand,
La Petite Fadette
“ Le répertoire du théâtre italien existe à peine. Le recueil de Gherardi, composé de pièces écrites au xviiie siècle, publié au moment où les meilleurs auteurs n’existaient plus, ne peut donner qu’une idée très-insuffisante du genre qu’il devait sauver de l’oubli. Ce qui est original dans la comédie italienne, ce qui lui appartient et n’appartient qu’à elle, c’est la création de ces types variés, dont l’esprit, la vérité, le naturel, ont fait les délices de plusieurs générations d’hommes. ”
“ Pour nous, qui nous intéressons à la prospérité de ce beau théâtre, nous le souhaitons vivement ; nous souhaitons surtout que les artistes éloignés forcément ou volontairement reviennent apporter le secours de leur talent à la nouvelle direction : Mlle Alboni, Mlle Véra, Mario, Morelli, Ronconi même, qu’il serait beau à M. Lumley de rendre à la scène italienne, si déjà un autre théâtre ne l’a enlevé, comme le bruit en a couru. Il ne faut pas que cette manie de division et d’éparpillement qui a fait tant de ravages dans d’autres régions pénètre au Théâtre-Italien ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Or, le Théâtre-Italien n’est pas constitué pour courir les chances de représentations bonnes ou mauvaises, les chances de ce qu’on nomme ailleurs le casuel. Formé par une réunion d’artistes éminens qu’il faut rétribuer suivant leur mérite et leur renommée, mais qui paient chaque jour de leur personne et ne présentent jamais de remplaçans, de doublures, comme on dit, il faut que le Théâtre-Italien trouve dans ses abonnemens le moyen, la certitude, d’avoir toujours chambrée complète ”
P. Scudo, Revue Musicale - Les Opéras nouveaux et les Théâtres lyriques
“ En attendant, on nous a donné la reprise de la Reine de Chypre, et, ce qui vaut mieux, on prépare celle de Guillaume Tell, qui ne devrait jamais quitter le répertoire d’un théâtre comme l’Opéra, s’il était bien gouverné. Le Théâtre-Italien approche de la fin de sa campagne, qui n’aura pas été non plus très brillante. Là comme ailleurs, il manque un homme qui sache interroger l’oracle du destin. Qu’est donc devenu ce peuple d’amateurs fervens qui pendant vingt-huit ans, de 1820 à 1848, a fait la fortune du Théâtre-Italien, et qui accourait à ses fêtes avec un zèle presque religieux? ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 juin 1874
“ Souhaitons que cette fâcheuse expérience ne se renouvelle pas l’hiver prochain. Le Théâtre-Italien n’a plus de raison d’être parmi nous ; d’utilité au point de vue de l’art, il ne nous en offre aucune ”
F.-T. Perrens,
Le Théâtre contemporain en Italie…
“ En plein XVIIIe siècle, les écrivains dramatiques n’avaient guère en Italie le loisir de s’arrêter à l’élégance ou à l’idéal. C’était déjà une réforme assez hardie que de substituer aux canevas de la commedia dell’ arte des pièces écrites d’un bout à l’autre, et de ne laisser aux comédiens que la tâche de débiter l’esprit d’autrui. C’était chose plus grave encore de substituer l’observation et l’étude à la fantaisie, car l’observation semble répugner au génie italien. ”
“ Les révolutions politiques qui ont brisé tant de fortunes et qui ont inquiété les plus belles existences, l’épuisement d’un répertoire connu depuis vingt ans, et la dispersion de ce groupe de virtuoses éminens qui ont émerveillé Paris de 1830 à 1840, telles sont les principales causes de la situation difficile où se trouve aujourd’hui le Théâtre-Italien. ”
“ On le voit, la direction du Théâtre-Italien ne recule devant aucun effort pour réunir une bonne troupe et rendre son spectacle intéressant ; ce qui lui fait défaut, c’est l’art de bien employer les élémens dont elle dispose. Encore une fois, il manque au Théâtre-Italien un homme entendu, un maestro éclairé, qui connaisse à fond son art et qui ait assez d’autorité pour imposer son avis sur le choix des ouvrages, la répartition des rôles et l’esprit de l’exécution. ”
P. Scudo, Revue musicale. — Il Giuramento de Mercadante
“ Le Théâtre-Italien fait cette année une assez bonne campagne. L’administration, plus active qu’on ne l’a jamais vue, s’efforce de renouveler son répertoire et son personnel, et le public distingué, qui aime avant tout à entendre bien chanter, semble reprendre aussi ses vieilles habitudes. ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ UN ESSAI DE DRAME RÉALISTE EN ITALIE [1] . Rien n’est rare comme un auteur italien disposé à comprendre que les sévérités de la critique sont plus utiles à ses œuvres et à lui-même que ne serait le silence fait autour de ses livres et de son nom. Pour ne parler aujourd’hui que du théâtre, l’usage ne permettant guère, en Italie, qu’un ouvrage dramatique, fût-il un chef-d’œuvre, soit représenté plus de trois ou quatre fois, il semble que les écrivains devraient demander à la presse une plus large publicité. ”
“ Voici plus de trois mois que la saison s’est ouverte, et nous n’avions point encore parlé du Théâtre-Italien. Pour la critique, qui ne peut se préoccuper des menus détails d’une représentation, qui trouve puéril de commenter les petits airs qu’une prima donna a pris la veille, et de conter chaque matin, aux gens désœuvrés, les frémissemens des loges à certains endroits d’une cavatine, c’est là une tâche qui devient de jour en jour plus difficile. ”
George Sand,
Impressions littéraires
(1862)
“ On sera toujours forcé par la suite de rendre le Théâtre-Italien à la capitale; mais si on tarde, ces grands artistes seront dispersés, et nous aurons des talents de second ordre avec plus d'exigences peut-être. ”
Adolphe Adam,
Derniers souvenirs d'un musicien
“ Quant à l'orchestre, il était certainement, comme nombre et comme talent d'exécution, au-dessous de nos moindres théâtres de vaudevilles. Il existe un document assez curieux sur la composition du Théâtre-Italien, au moment où les comédies à ariettes y étaient en grande vogue, et commençaient à devenir le principal attrait du spectacle dont elles devaient, peu d'années plus tard, constituer uniquement le répertoire. ”
