“ Ma mère ! Les liens de famille surtout me faisaient faire des retours bien douloureux sur moi-même, moi qui jamais ne devais être la sœur, la femme, la mère de personne ! Je me figurais dans ces liens plus de douceur qu’ils n’en ont peut-être, et je négligeais ceux qui m’étaient permis, parce que je ne pouvais atteindre à ceux-là. Je n’avais point d’amie, personne n’avait ma confiance ; ce que j’avais pour madame de B. était plutôt un culte qu’une affection ; mais je crois que je sentais pour Charles tout ce qu’on éprouve pour un frère. ”
Citations sur “dura mater”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
“ Lorsqu’une mère marie sa fille, elle lui révèle à demi, avec plus ou moins de sagesse et de pudeur, les mystères qu’elle lui a cachés jusqu’à cette heure. Une mère t’a manqué, lorsque tu as prononcé, avec un enthousiasme plus fanatique qu’humain, le serment d’appartenir à un homme que tu aimais d’une manière incomplète. Une mère t’est donnée aujourd’hui pour t’assister et t’éclairer dans tes nouvelles résolutions à l’heure du divorce ou de la sanction définitive de cet étrange hyménée. Cette mère, c’est moi, Consuelo, moi qui ne suis pas un homme, mais une femme. ”
Charles Marie Joseph Turgeon, Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme
“ Si nécessaire que soit aux enfants l'influence du père, surtout aux années de la fougueuse jeunesse, pour en assouplir et discipliner les élans, l'empreinte de la mère, encore qu'elle se grave plus doucement sur l'âme de ses fils, est plus profonde peut-être et plus ineffaçable. Au lieu que l'homme ne coopère à la transmission de la vie qu'en passant, par fièvre et par plaisir, la mère donne à l'enfant, à la suite de cette brève minute créatrice, de longs mois de gestation douloureuse et de dévouement inlassable. ”
Charles Marie Joseph Turgeon, Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme
“ Au fond, le matriarcat serait nuisible à la mère, au père et à l'enfant.Il n'est que le mariage pour attacher le père à sa descendance. N'oublions pas que l'amour maternel est en avance de neuf mois sur l'amour paternel. Celui-ci même n'éclate point soudainement au coeur de l'homme; sa croissance est lente et progressive. Séparez le père de l'enfant: et contrariés et refroidis, les sentiments du premier à l'égard du second ne s'épanouiront que rarement en tendresse et en dévouement. Pour qu'ils s'aiment, il faut qu'ils s'approchent et se reconnaissent. ”
Laure Bernard, Contes et conseils à la jeunesse… (1833)
“ Avez-vous remarqué que la famille de votre mère ne vous aime pas? MATHILDE. J'ai cru m'en apercevoir plus d'une fois, mais si vous en savez les motifs, dites-lesmoi; je ferai tout pour qu'on les oublie. Mme DE CHARLEUX. Votre volonté n'y peut rien, c'est un tort de naissance. MATHILDE. Eh ! comment cela se peut-il ? Mme DE CHARLEUX. Votre mère est riche; pendant longtemps ses sœurs ont pu espérer que leurs enfans seraient ses héritiers; c'est une ambition qu'on peut pardonner à des mères; cependant un jour madame de Lagarde annonça qu'elle voulait adopter une enfant. ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
“ Je les vois tous heureux : le futur grand-père empiète sur les droits de son petit-fils, il est devenu comme un enfant ; le père prend des airs graves et inquiets ; tous sont aux petits soins pour moi, tous parlent du bonheur d’être mère. Hélas ! moi seule je ne sens rien, et n’ose dire l’état d’insensibilité parfaite où je suis. Je mens un peu pour ne pas attrister leur joie. Comme il m’est permis d’être franche avec toi, je t’avoue que, dans la crise où je me trouve, la maternité ne commence qu’en imagination. Louis a été aussi surpris que moi-même d’apprendre ma grossesse. ”
Jules Claretie,
Inauguration de la statue d'Alexandre Dumas…
(1906)
“ La fille-mère, à qui le séducteur laisse toute la charge de sa triste maternité, sans que la loi l'oblige à s'y associer et témoigne le moindre intérêt pour l'enfant, né d'une faute dont seul il est innocent! ”
Lucie Delarue-Mardrus,
Toutoune et son amour
“ Les petites filles que je connais à la ville et ici, au village, ont des parents qui leur ressemblent. Elles ont des mères qui restent avec elles. Il est vrai que, ces mères-là, ce n’est pas maman. Elle est trop belle pour rester avec moi qui suis laide. On dit que papa est beau aussi. Moi, je ne vois pas cela. C’est un monsieur, voilà tout. Et je ne l’aime pas. Mais maman !... Oh ! ma maman ! Ma maman, parfumée, ma maman aux yeux bleus, ma maman aux jolies robes douces, ma maman trop belle pour moi, ma maman, ma maman... ”
Lucie Delarue-Mardrus,
La Figure de proue
“ Pendant que je suis jeune et vivante, grand’mère, Te voici morte, toi, sans rien dire, au pays, Par quelque jour glacé de la saison amère, Quand les prés ne sont pas encore épanouis. Je pense tendrement : tu fus si longtemps femme, Et toute la fatigue était dans tes genoux. Tu te reposes donc enfin, de corps et d’âme, Dans la terre foncée et fraîche de chez nous. Ta beauté n’était plus qu’une feuille séchée. Tu n’auras maintenant ni forme ni couleur, Plus rien d’humain, plus de regard et plus de cœur Où loger ta tristesse apparente ou cachée. ”
Charles Marie Joseph Turgeon, Le féminisme français II: L'émancipation politique et familiale de la femme
“ Une fois le père dépossédé de sa puissance, il restera la mère qui, semble-t-il, a bien aussi quelques droits sur l'enfant. Elle l'a porté dans son sein et nourri de son lait; elle lui a communiqué son sang, son souffle, sa vie. ”
Anonyme, Amours, galanteries, intrigues… (1788 (18?))
“ Avez-vous connu mademoiselle Dupuis qui a épousé M. Durolet, fermier-général ? — C’est ma mère, madame. — Ah ! mon Dieu, comment, un fils déjà profès ? — Oh ! madame, ma sœur Durolet est bien plus âgée que moi. — Comme cela me vieillit ; il est vrai que mademoiselle Dupuis était prête à se marier que je n’étais encore qu’une enfant. — Il paraît, en effet, madame, que vous êtes bien plus jeune que ma mère. On sait que les femmes ne craignent rien tant que de paraître avoir vécu. ”
Eugénie Foa,
Six histoires de jeunes filles…
“ Et la pauvre mère regardait avec attendrissement le visage déjà fané de cette jeune enfant, dont les veilles continues et le travail avaient effacé cette fleur de santé et de jeunesse qui, il n'y avait pas bien longtemps encore, colorait ses joues et la distinguait d'entre ses compagnes. — Fatiguée, répéta Fanchette , embrassant avec effusion la main de sa mère , qu'elle fit glisser de sa tête à sa bouche,—oh ! ma mère, est-on fatiguée quand on soigne sa mère ! — Bonne petite!... comme tu ressembles à ton père !... à mon pauvre Brulard...en tout... aussi bonne fille qu'il a été bon fils... ”
Reine Garde, Marie-Rose, histoire de deux jeunes orphelines (1855)
“ « C'est celle-là! » Mme N. a bien fait de te laisser ignorer le nom de famille de ta mère; mais, supposons qu'il eût échappé à son fils, crois-tu qu'il n'y ait que la famille de ta mère qui porte ce nom? Tiens, je connais trois familles du même nom, et ces trois familles sont aussi étrangères l'une à l'autre, que je le suis moi-même à celle du Grand-Turc ! Ta mère peut être en vie, et tenir maintenant une conduite irréprochable; — 231 - comme aussi, elle peut être morte, repentante de sa faute et jouir de la gloire de Dieu ! Quoi qu'il en soit, chère Rose, ta mère est toujours ta mère. ”
P.-J. Stahl,
Les bonnes fortunes parisiennes…
(1882)
“ Laure, éperdue de bonheur et d'épouvante aussi, m'apprit un jour qu'elle allait devenir mère. Je ne vous redirai ni nos délires, ni nos stupeurs en présence de cette situation nouvelle. Il fallut fuir, fuir pendant de longs mois. Ah! la maternité clandestine 1 N'être jamais tout haut la mère de son enfant; cacher ses baisers, pleurer des larmes furtives, même les larmes de joie! Laure accepta, Laure subit tout cela. Ce qui n'est pas possible dans la nature, un enfant sans mère, notre enfant le fut ; la loi le voulait. ”
Hippolyte Durand, Le livre des enfants et des mères (1888)
“ A quoi sert d'être mère? Ah! n'avoir jamais d'enfants plutôt que de les voir mourir! C'est sa mère qui a élevé ce tombeau au jeune Bianor, et c'est des mains de son fils que sa mère aurait dû l'obtenir. ”
Auguste Angellier,
Revue des Deux Mondes
“ Pour tâcher d’épargner à leurs yeux consternés, Ne fût-ce qu’un instant, l’exécrable spectacle. Enfin par cet instinct de jeter en obstacle Ton corps entre un malheur, ô mère, et tes enfans ! Toi-même avais besoin de doux bras étreignans, Et de te sentir mère en t’y sentant serrée. Quand tu les rencontras, d’elles sept entourée : « O mère, qu’avais-tu ? » — « Mère, pourquoi ce cri. » — « O mère, nous avons pensé : quelqu’un périt ! » — « Mère, nous avions peur ! » — « Embrasse-nous, ô mère ! » « O mère, réponds-nous ! » — « Mère, qui te fait taire ? » ”
Thierry Sandre,
Les yeux fermés
(1928)
“ Il n’est pas rare, je le sais, qu’une mère n’ait pas une affection sans bornes pour le gendre ou la bru qui lui arrache, croit-elle, la fille ou le fils qu’elle chérit ; et le gendre ou la bru, qui le sentent, se trouvent empêchés d’essayer de la conquérir. Tout cela n’est, en somme, que naturel. Mais pour moi, qui ne me doutais même pas que j’aimais déjà ma petite infirmière compatissante, quelles conclusions pouvais-je tirer de l’attitude agressive de ma mère ? Que je courais quelque danger, connu de ma mère, ignoré de moi, à aimer Michelle ? ”
Camille Déa, Les crimes de la rousse (1884)
“ Il tendait ses petits bras amaigris vers sa mère qui, pâle et muette, le contemplait avec pitié, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes. Ah ! combien les femmes, pour qui la maternité est un devoir, sont heureuses lorsqu'elles entendent le premier 1 cri du nouveau né ! combien vite elles oublient leurs douleurs pour ne penser qu'à admirer la petite créature, fruit de leur chair et de leur sang ! ! Mais celle pour qui la maternité est une honte, ah ! que le premier cri du nouveau né doit lui causer de douleurs et d'angoisses. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Julie ou la Nouvelle Héloïse
“ Elle se tient jour et nuit à genoux au chevet de sa mère, l’air morne, l’œil fixé à terre, gardant un profond silence, la servant avec plus d’attention et de vivacité que jamais, puis retombant à l’instant dans un état d’anéantissement qui la ferait prendre pour une autre personne. Il est très clair que c’est la maladie de la mère qui soutient les forces de la fille ; et si l’ardeur de la servir n’animait son zèle, ses yeux éteints, sa pâleur, son extrême abattement, me feraient craindre qu’elle n’eût grand besoin pour elle-même de tous les soins qu’elle lui rend. ”
Joachim Durandeau, La comédie à cent actes (1881)
“ Sous l'aile de la mère allez vous embrasser; Doux œufs, un même cœur tout brûlant vous féconde, Un même esprit en vos sens doit passer! Pensant à cette gent qui pond, couve et rappelle, Ainsi, me suis-je dit, nous avons le dessous! Nous ne comprenons pas tout le bonheur de l'aile Qui frissonne d'amour sur des œufs déjà doux, Et parfois nous trompons cruellement la mère En supposant un œuf qu'elle n'a point pondu Et nous rions de sa douleur amère Quand à son espérance il n'a pas répondu! ”
Ernest Serret, Francis, scènes de la vie de jeunesse en province
“ Aux yeux des étrangers, des indifférens, une femme qui devient mère est un spectacle désagréable et pénible ; aux yeux de son mari, c’est toute autre chose. Il ne peut voir sans un attendrissement secret ce fardeau qu’elle porte si joyeusement, ces souffrances qui l’attendent et qu’elle voudrait hâter, ce visage qui trahit un douloureux travail, mais qui rayonne de l’espoir de la maternité. Louise sera une vraie mère ”
Albert Duruy,
Revue des Deux Mondes
“ Pour y contribuer, menez dans tous les temps une vie réglée au physique et au moral et dès qu’il y a des signes de grossesse, gardez-vous d’altérer dans le sein maternel l’existence du fruit de vos amours. Maris, soyez tempérans en tout, ce principe s’étend fort loin ; ayez pour vos femmes les attentions et les égards qu’exige l’état d’un individu doué, si l’on peut dire, de deux vies... ”
Claude Vignon, Une femme romanesque ; Adrien Malaret… (1881)
“ Si vous saviez quelle irrémissible faute que l'insuccès, mademoiselle ! et comme on est ridicule quand on échoue ! – Cependant, général, que faire si on a une mère et si, en prenant un parti énergique, on peut la replonger dans la misère ? D'ailleurs, ma tante est ma bienfaitrice, et elle s'est attachée à moi... Et voilà comment je suis rivé là, aux Mureaux, tant que vivra mademoiselle Parengault. Ma mère est la meilleure et la plus dévouée des mères ; mademoiselle Ursule est excellente : et moi, je suis horriblement malheureux ! ”
Henry Gréville,
Angèle, par Henry Gréville
(1883)
“ Mais Georges avait tenu bon, et le mariage s'était fait. Depuis, la vieille mère résignée avait appris la naissance de sa petite-fille. Ces choses qui se passent si loin ne changent rien à la vie. Qu'allait devenir madame Lagarde s'il lui fallait sur ses vieux jours rapprendre ce dur métier de la maternité, tellement pénible que bien des mères reculent devant leur tâche et s'en reposent sur les autres? ”
Charlotte-Adélaïde Dard, La Chaumière africaine
“ En ce moment une mère éplorée et saisie de la plus affreuse angoisse, présente le sein à son enfant languissant ; mais ce sein dessèché par le manque d’alimens, n’offre plus rien qui puisse appaiser la soif de l’innocent qui le presse en vain. Ô nuit épouvantable ! quelle plume pourra jamais peindre cet affreux tableau ! Comment décrire toutes les souffrances, les mortelles alarmes d’un père, d’une mère, à la vue de leurs enfans entassés et expirant d’inanition dans un petit Canot que les vents et la rage des flots menacent d’engloutir à chaque instant. ”
George Sand,
Correspondance 1812-1876
“ Vous, ma chère maman, vous avez souffert de l'intolérance, des fausses vertus, des gens à grands principes. Votre beauté, votre jeunesse, votre indépendance, votre caractère heureux et facile, combien ne les a-t-on pas noircis! Quelles amertumes ne sont pas venues empoisonner votre brillante destinée! Une mère indulgente et tendre qui vous eût ouvert ses bras à chaque nouveau chagrin et qui vous eût dit: «Laisse les hommes te condamner; moi, je t'absous! laisse-les te maudire; moi, je te bénis!» ”
Odette Dulac,
La Houille rouge
“ C’est si bon d’avoir un gosse à soi qui s’accroche à vos jupes, cherche votre main. Cela dort si mystérieusement, les anges au berceau ; et puis, plus tard... — Ne dites pas... ne dites pas... Si vous saviez comme je regretterai toutes les douceurs de la maternité, comme je les ai déjà évoquées. Depuis que je suis enceinte, je souris à tous les bambins ; leur peau m’est une caresse plus douce aux lèvres que le baiser même de mon ami. Mais que voulez-vous que je fasse, noyée dans le mépris général ? Méprisée par ma mère, méprisée par mon amant, méprisée par le monde... ”
Gustave Aimard,
Les Bohèmes de la mer
(1865)
“ Si au lieu d’un fils vous aviez une fille, et si c’était Juana qui fût cette fille ? car, ma pauvre sœur, voilà surtout où cette histoire est effroyable, c’est que vous êtes mère sans savoir à quel enfant vous avez donné le jour, sans savoir même si cet enfant, quel qu’il soit, n’est pas mort en naissant. ”
Madame L. Génu de Régiol, Les Deux mères de Denise, par A. de Gériolles… (1896)
“ Mon cœur n'a fait qu'un tour. — 0 maman Marie, me suis-je écriée, est-ce toi qui viens du ciel pour me consoler? — Non, chérie, m'a répondu la douce voix, non, ce n'est pas maman Marie, mais c'est elle qui m'envoie et me dit que tu te repens, est-ce vrai? — Oh ! oui et de tout mon cœur, ai-je crié. Mais, mon Dieu ! y a-t-il longtemps que vous êtes là, Mad... maman? Vous si fatiguée déjà par la maladie d'Alette. — Ne t'inquiète pas de cela, mon petit ange, et rendors-toi en paix ; une mère est heureuse de se donner tout entière pour ses enfants. ”
Hippolyte Durand, Le livre des enfants et des mères (1888)
“ Elle se réveille la première et procède avec allégresse au réveil de son enfant : « Tournez-vous, ma tendre rosée, tournezvous, ma petite gorge. Il faut qu'on vous allaite. » Vaines caresses, l'enfant est froid et rigide. Grande explosion de douleur : « Mon fils ! mon fils ! las ! il est mort ! » Par hasard, les yeux d'Achilla tombent sur le lit où dort Vesca, sa voisine : c'est l'autre mère. Elle aperçoit le petit enfant de Vesca qui respire frais et vermeil, et soudain une mauvaise pensée lui mord le cœur. ”
Gustave Droz,
Tristesses et sourires (10e édition…
(1884)
“ Dins cette métamorphose, ce qui'la touche particulièrement, c'est d'être enfin l'égale de sa mère ; c'est d'être initiée aux mêmes mystères, d'être entrée dans cette communauté de la maternité qui fait toutes les femmes sœurs des mêmes douleurs et des mêmes joies. La chère enfant est comme ces conscrits qui, le jour où ils ont vu le feu, marchent du même pas que leur vieux sergent et croient en savoir autant que lui. ”
