“ Or l’institution du pythagorisme est le témoignage le plus frappant des besoins moraux qui s’éveillèrent à cette époque. S’il est une chose évidente au milieu des ombres dont l’imagination antique s’est plu à envelopper ce merveilleux philosophe, c’est que l’idée mère d’où sont sorties toutes les doctrines de Pythagore, c’est l’idée de l’ordre : l’ordre dans le monde, dans la vie politique, dans la vie morale, voilà ce qu’il prétendit découvrir ou créer. ”
Pythagorisme
Définition et enjeux
Le pythagorisme, mouvement philosophique et religieux fondé par Pythagore, s'organise autour de l'idée centrale de l'ordre, tant dans le cosmos que dans la vie morale et politique. Jules Girard souligne son rôle dans l'éveil des aspirations morales de l'époque, tandis que Charles Renouvier met en lumière sa combinaison de visions religieuses et rationnelles.
Jean Bertheroy le rattache au stoïcisme, et Aristote, dans sa Métaphysique, reconnaît sa portée philosophique. Le thème révèle ainsi une synthèse de la pensée mathématique, mystique et sociale, marquant une rupture avec les approches empiriques de l'époque.
Citations sur “pythagorisme”
Jules Girard, Revue des Deux Mondes
“ Et surtout, quel autre philosophe que Pythagore se présente ainsi avec ce nombreux cortège de disciples des deux sexes façonnés corps et âme par la doctrine du maître ? Le pythagorisme répond dans la philosophie aux mystères dans la religion, tels qu’ils achevaient de se constituer à Éleusis vers le temps où il se formait lui-même. ”
“ Mais les pythagoriciens dispersés allèrent répandre au loin les enseignements de l’école, et il resta une trace profonde de cette science inspirée qui était apparue un jour armée de la parole de vie, et dont le charme austère, pénétrant les âmes d’élite, s’était fait sentir à des populations entières, docilement rangées sous sa loi. Pendant la jeunesse d’Épicharme, le pythagorisme était dans toute la force de sa première et merveilleuse expansion. Il fut disciple de Pythagore, lit-on dans Diogène de Laërte. ”
Charles Renouvier,
Histoire et solution des problèmes métaphysiques
(1901)
“ Le pythagorisme nous offre, au contraire, touchant l'origine des phénomènes, une vue religieuse manifestement liée à sa doctrine générale du cosmos. Mais cette doctrine elle-même est fondée sur des principes rigoureusement rationnels. Une philosophie rivale voudra ne faire partir la spéculation que de l'observation sensible. Mais, dès le commencement du VIe siècle avant notre ère, la philosophie indépendante peut se dire fondée. ”
“ En métaphysique, le pythagorisme revêtit les formes et adopta les idées du stoïcisme. Le dieu de Pythagore, dit Cicéron, était l’âme des choses tendue et répandue dans toute la nature ; c’est la même doctrine qui se retrouve dans les lettres attribuées à Apollonius de Tyane, le plus célèbre des nouveaux pythagoriciens. Mais à cette époque le pythagorisme se confondit, ainsi que le nouveau platonisme, dans la doctrine éclectique des Alexandrins. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ L’âme est au corps ce que le son de la lyre est à la lyre ; elle est une harmonie qui dure tant que le pouvoir du nombre maintient dans la juste mesure les qualités opposées — chaud et froid, sec et humide — comme il unit l’aigu et le grave dans l’accord musical. Au concert des sphères célestes correspond ici-bas la vertu curative de la musique, dont les Pythagoriciens utilisent le bienfait non sans y introduire une arrière-pensée d’incantation mystique. La diversité de ces aspects du pythagorisme pose dans l’histoire un problème auquel l’histoire va répondre. ”
Aristote,
La Métaphysique d’Aristote
“ Mais, dans un résumé philosophique du système pythagoricien, il est singulier de passer sous silence une doctrine dont un homme de génie ne devait point méconnaître la portée. Aristote, certainement, n’a pas voulu diminuer la gloire du Pythagorisme ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Or Jamblique dans la vie de Pythagore, représente aussi l’ὕβρις comme la source de tous les vices, selon Pythagore, qui faisait un devoir principal de la combattre et de s’exercer de bonne heure à une vie sage et tempérante. Dans le morceau contre l’écriture est encore un vestige manifeste de pythagorisme; Plutarque, dans la vie de Numa, nous apprend que les pythagoriciens proscrivaient l’écriture. Platon fait une allusion directe aux pythagoriciens, sous le nom d’hommes plus sages que nous, et leur emprunte le mot de philosophe. ”
Maurice Croiset, Histoire de la littérature grecque… (1887-1899)
“ Le Pythagorisme ressemble à la cité platonicienne, qui est avant tout une république idéale fondée sur la justice, mais où les meilleurs s'occupent à contempler dans son essence cette idée du juste sur laquelle repose l'Etat. Il y eut une vie pythagoricienne comme il y avait une vie orphique, et les deux conceptions étaient assez semblables dans la pratique pour que plus tard une fusion se soit accomplie. La tradition qui fait de Pythagore un disciple de Phérécyde exprime avec justesse cette relation. ”
Paul Janet,
Études sur la dialectique dans Platon et dans Hégel…
(1861)
“ L'obscurité des symboles pythagoriciens, la confusion des 'diverses époques du pythagorisme., la rareté des monuments authentiques, et l'incohérence des fragments rares et mutilés qui nous en restent, enfin le mystérieux caractère de celte école, qui n'est pas moins religieuse que philosophique, ont longtemps découragé la critique et l'ont empêchée de porter un regard sévère sur toutes les difficultés de l'histoire pythagoricienne. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ En figurant par des points les nombres, nombres carrés, nombres rectangulaires, nombres triangulaires, les Pythagoriciens se donnaient le spectacle d’une constante et parfaite harmonie entre ce qui se combine pour l’esprit et ce qui se représente à l’imagination. ”
Paul Janet,
Études sur la dialectique dans Platon et dans Hégel…
(1861)
“ ET LE PYTHAGORISME. 49 sance du nombre, mais dans toutes les actions, toutes les paroles de l'homme, dans tous les arts, et surtout dans la musique'. Le nombre et l'harmonie repoussent l'erreur; le faux ne convient pas à leur nature. L'erreur et l'envie sont filles de l'infini, sans pensée, sans raison ; jamais le faux ne peut pénétrer dans le nombre, il est son éternel ennemi. La vérité seule convient à la nature du nombre, et est née avec lui. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ Si le nombre est à la fois ce qui charme nos yeux et ce qui charme nos oreilles, de telle sorte que les intervalles des astres dans le ciel s’apparentent aux intervalles des sons dans l’octave, comment les laisserait-il sans lien les uns avec les autres ? Les dévots de Pythagore n’auront aucune hésitation pour se persuader qu’il y a une harmonie céleste, un concert enchanté, que la faiblesse ordinaire de l’homme ne leur permet pas de percevoir, que le divin Maître a eu le privilège de goûter. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Sans doute il y a une teinte tout-à-fait orientale dans le Phèdre ; les mystères et le pythagorisme y jouent un grand rôle; mais ce qui domine tout est l’esprit attique. Cet esprit se développe, il est vrai, sur la base du pythagorisme et des traditions étrangères, mais il s’y développe originalement. J’ai déjà montré quelle est d^ns le mythe la part de Platon, j’ai montré comment la liberté qui γ règne s’écarte des habitudes orientales et surpasse celles des pythagoriciens : la même remarque s’applique à la discussion sur la convenance ou l’inconvenance de l’écriture. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ D’autre part, lorsque les sages, savants et législateurs, se détournent du monde purement intelligible pour devenir attentifs à l’ordre de l’univers physique et de la société politique, ils se réfèrent à une norme de mesure qualitative, de limite harmonieuse, d’équilibre heureux — norme que les Pythagoriciens avaient appliquée, non seulement à la physique et à la médecine, mais encore au gouvernement des cités italiennes, de même que Platon en caressera le rêve pour Syracuse et pour Athènes. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ Or, cette harmonie entre l’intelligible et le réel sur laquelle reposait leur conception du monde et de la vie, voici qu’elle se rompt avec une évidence contraignante, avec un éclat douloureux et cruel, par l’application scrupuleuse des méthodes qui avaient fait l’honneur de l’École. Le théorème auquel le nom de Pythagore demeure attaché prouve que le carré fait sur l’hypoténuse est égal à la somme des carrés faits sur les deux côtés de l’angle droit. Or le triangle rectangle le plus simple serait le triangle isocèle qui a pour côté l’unité. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ Nous laisserons donc passer les générations, et nous nous arrêterons de préférence à l’époque où, sous l’impulsion d’hommes comme Philolaos qui vint résider à Thèbes vers la fin du ve siècle, et comme, au ive siècle, Archytas de Tarente, l’ami de Platon, se constitue d’une extrémité à l’autre de l’échelle encyclopédique un enseignement régulier de science et de philosophie pythagoriciennes. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ D’où résulte qu’ils ont vu un scandale inexpiable, l’œuvre d’une malice diabolique, dans la plus belle de leurs découvertes, celle qui attestait le mieux la portée de leur méthode incorruptible et irréprochable, et qui, avec l’analyse infinitésimale et la physique mathématique des modernes, a ouvert à l’intelligence scientifique les horizons les plus imprévus dans le domaine de l’infime petitesse comme dans celui de l’immensément grand. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ On peut attendre que la hardiesse des spéculations ou, si vous préférez, des imaginations pythagoriciennes, aille se déployer presque sans frein dans le domaine de la cosmologie. C’est à eux que l’on doit le mot même de cosmos, désignant l’arrangement qui préside à l’ensemble des choses, le tout esthétique qu’il constitue. ”
Simone Weil,
Lettre à un religieux
“ 22o En fait, les mystiques de presque toutes les traditions religieuses se rejoignent presque jusqu’à l’identité. Ils constituent la vérité de chacune. La contemplation pratiquée en Inde, Grèce, Chine, etc., est tout aussi surnaturelle que celle des mystiques chrétiens. Notamment il y a une très grande affinité entre Platon et, par exemple, saint Jean de la Croix. Aussi entre les Upanishads hindoues et saint Jean de la Croix. Le taoïsme aussi est très proche de la mystique chrétienne. L’orphisme et le pythagorisme étaient des traditions mystiques authentiques. Éleusis aussi. ”
Léon Brunschvicg, Le rôle du pythagorisme dans l'évolution des idées
“ Nous n’aurons, quant à nous, aucune peine à reconnaître que, si c’est s’entêter dans un dogmatisme étroit que de prendre au sérieux, pour vénérable qu’il soit, le jeu de mots renouvelé des Grecs qui assimilerait l’infinitésimal et l’irrationnel, du moins l’annexion à l’intelligence d’un domaine qui semblait lui échapper est une conquête dont nous devons marquer notre gratitude aux Pythagoriciens, même s’ils l’ont accomplie malgré eux, même si elle leur a inspiré une sorte de panique sacrée. ”
André Cresson, La philosophie antique (3e édition… (1954)
“ Ceux-ci construisent a priori sans regarder la nature, et même en fermant les yeux pour ne pas se laisser impressionner par elle. Distinguons ici deux groupes de penseurs assez différents, les Pythagoriciens d'une part, les Eléates, de l'autre. Qu'a été Pythagore ? A-t-il été un savant ? A-t-il même vécu ? Une réponse certaine est impossible. En tout cas, il existe une tradition pythagoricienne. Elle lui attribue cette proposition célèbre : « C'est le nombre qui est l'essence des choses.» Formule énigmatique. ”
Henri Blaze,
Revue des Deux Mondes
“ Celui que son nombre abandonne perd toute communauté avec le bien et devient la proie des anomalies. — Et voilà presque mot pour mot le texte de notre visionnaire, qui n’a pas même de sa vie entendu prononcer le nom du philosophe grec. La doctrine pythagoricienne donne les nombres pour alimens à toute chose, à toute science ; Pythagore applique les nombres au monde invisible et dénoue par là plus d’une énigme impénétrable à l’arithmétique moderne. Qu’on essaie aussi de comparer à ses théories les révélations de Frédérique. ”
Karl Marx,
Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure
“ La forme de la vie des pythagoriciens est elle-même la forme substantielle, politique, prise seulement dans l’abstrait, portée à un minimum d’extension et de fondements naturels, de même que leur principe, le nombre, se tient à mi-chemin entre le sensible coloré et l’idéel. ”
Hégésippe Moreau,
Œuvres de Hégésippe Moreau
“ J’ai lu Pythagore, et souvent Je me confie À sa philosophie. Après la mort, son, flamme ou vent, Chose légère comme avant, J’aimerai ce que j’aime en vie : Fuyons un corps que nul ne bénira, Vers mon pays mon âme s’en ira. ”
C. Martha, Un Précepte de Pythagore - L’Examen de conscience chez les anciens
“ Il est difficile et il importe peu d’ailleurs de décider si ce sont les pythagoriciens qui, pour n’avoir plus compris la prescription du maître, ont répandu une erreur sur l’examen de conscience, ou si ce sont des philosophes étrangers à la doctrine qui n’ont pas démêlé la pratique pythagoricienne. Notre dessein est de montrer seulement que, pour une cause ou une autre, l’erreur a été assez générale et fort durable dans l’antiquité. ”
Lucien de Samosate,
Œuvres complètes de Lucien de Samosate
“ Pythagore. Attention ! ce que tu crois être quatre, c’est dix [7] , c’est le triangle parfait, c’est notre serment [8] ! Le marchand. J’en jure par quatre, le grand serment, je n’ai jamais ouï langage plus divin et plus sacré ! Pythagore. Ensuite, étranger, tu sauras ce que c’est que la terre, l’air, l’eau et le feu ; quelle est leur forme, leur mouvement naturel, et comment ils se meuvent. Le marchand. Quoi ! le feu, l’air et l’eau ont donc une forme ? Pythagore. Certainement, et très visible ; autrement, sans forme et sans apparence, ils ne pourraient pas se mouvoir. ”
Évariste Huc,
L’Empire chinois
“ Comme les pythagoriciens et les platoniciens, notre philosophe admet pour première cause la raison, être ineffable, incréé, qui est le type de l’univers et n’a de type que lui-même. Ainsi que Pythagore, il regarde les âmes humaines comme des émanations de la substance éthérée qui vont s’y réunir à la mort, et, de même que Platon, il refuse aux méchants la faculté de rentrer dans le sein de l’âme universelle. ”
Giambattista Vico,
Œuvres complètes de J. Michelet
“ On peut partager les philosophes de tous les temps en quatre classes : les premiers, géomètres illustres, qui déduisirent les principes physiques d’hypothèses mathématiques, Pythagore est de ce nombre ; les seconds, savants en géométrie et appliqués à l’étude de la métaphysique, qui considérèrent les principes de la nature sans recourir à aucune hypothèse et qui parlèrent des choses de la nature en métaphysiciens, parmi eux est Aristote ; les troisièmes, ignorants en géométrie et ennemis de la métaphysique, imaginèrent pour former la matière le corps simple étendu ”
Madame de Staël,
De l’Allemagne
(1810)
“ Les mystères d’Éleusis, le culte des Égyptiens, le système des émanations chez les Indiens, l’adoration des éléments et du soleil chez les Persans, l’harmonie des nombres qui fonda la doctrine de Pythagore, sont des traces d’un attrait singulier qui réunissoit l’homme avec l’univers. ”
C. Martha, Un Précepte de Pythagore - L’Examen de conscience chez les anciens
“ De tous les grands systèmes antiques, si le plus mal connu est celui de Pythagore, ce n’est pas, comme on le répète, que les documens nous manquent. Il est peu d’écrivains graves dans l’antiquité qui n’aient eu l’occasion de toucher à une doctrine entre toutes célèbre, et dont l’enseignement était non-seulement scientifique et moral, mais encore religieux et politique. ”
Antoine-Joseph Pernety,
Discours sur la physionomie , et les avantages des connoissances physionomiques…
(1769)
“ L'Histoire nous apprend, que cet art fut en grande recommendation dans l'école de ce Philosophe, & dans celle de Pythagore. Les anciens étoient bien plus avisés que nous à cet égard. Persuadés des avantages attachés à cette science, ils donnoient tous leurs soins pour l'apprendre aussi parfaitement, qu'il est possible. Les Pythagoriciens, si nous en croyons Jamblique, n'admettoient dans leur société, ceux, qui s'y présentoient, qu'après avoir consideré leur figure, leurs gestes, leur démarche, leur maintien ; enfin toute l'habitude du corps ”
Gérard de Nerval,
Nouvelles et fantaisies
(1928)
“ Je parle de Pythagore de Samos, Pythagore à la cuisse d'or, le fondateur de l'école de philosophie qu'on appelle pythagoricienne. Et c'est bien le système philosophique le plus déraisonnable qui ait jamais existé. — Je vous demande pardon, mais je le trouve bien supérieur à celui de Platon ou du Stagyrite. — Si vous voulez dire que l'absurdité de l'un surpasse la sagesse des autres, je suis bien d'accord avec vous, répondis-je, irrité d'entendre traiter avec tant d'irrévérence les divines doctrines d'Aristote et du disciple de Socrate. ”
Étienne Vacherot,
Essais de philosophie critique
(1864)
“ Cosmologie , psychologie , théologie , tout était compris dans la physique . L' école ionienne envisage la Nature au point de vue de l' expérience , et n' en voit que la variété . L' école de Pythagore la considère au point de vue de la raison et en comprend l' unité . Ce Monde , où les uns ne voient que diversité , où les autres ne voient qu' harmonie , s' offre encore sous un autre aspect à l' école d' Élée , qui , sous la scène toujours changeante des phénomènes , découvre la substance même , indivisible , immuable et immobile de la Nature . ”
