“ « Pour juger un homme, sache comment il se conduit avec autrui. — Il est bon aussi de se taire en présence des puissants. » Un pas de plus, et nous sortons tout à fait de la morale générale, pour retrouver la comédie, alimentée par les travers des hommes et moralisant par la satire : « Tu n’es point habile à parler, mais impuissant à te taire. — Tu n’es point humain, mais malade : tu donnes pour ton plaisir. » Voilà le bavard et le prodigue. Ici et dans quelques autres fragments, règne le ton modéré qu’adoptera la comédie nouvelle. ”
Jules Girard
Résumé
“Épicharme”, est une œuvre de Jules Girard. Des thèmes tels que Épicharme, la comédie ou Syracuse y sont abordés.
Citations de Épicharme (Jules Girard)
“ Or l’institution du pythagorisme est le témoignage le plus frappant des besoins moraux qui s’éveillèrent à cette époque. S’il est une chose évidente au milieu des ombres dont l’imagination antique s’est plu à envelopper ce merveilleux philosophe, c’est que l’idée mère d’où sont sorties toutes les doctrines de Pythagore, c’est l’idée de l’ordre : l’ordre dans le monde, dans la vie politique, dans la vie morale, voilà ce qu’il prétendit découvrir ou créer. ”
“ L’art vit de traditions, qu’il fixe dans des formes plus ou moins arrêtées. Notre comédie moderne n’a-t-elle pas aussi ses rôles, définis, il est vrai, au point de vue des acteurs, mais dont les dénominations sont claires pour le public ? Les pères nobles, les jeunes premiers, les ingénues, les grandes coquettes : ces noms expriment à la fois certaines qualités recherchées de ceux qui remplissent les rôles, et certains traits persistants, déterminés par les conditions d’âge et par les mœurs, qui, indépendamment du sujet de l’action, composent d’avance la physionomie des personnages. ”
“ Sous le gouvernement des instituts pythagoriciens, à Crotone, à Métaponte, sur d’autres points de la Grande-Grèce, en face des tyrannies, s’établit une forme nouvelle de cette eunomie dorienne, si admirée des philosophes et si incomplètement réalisée dans la Grèce propre. La réalité ne s’accommode pas longtemps des républiques idéales : la mobilité de l’esprit grec, l’amour de la liberté, les passions de toute sorte secouèrent bientôt le joug de ces confréries d’ascètes qui réglementaient la sagesse pour elles-mêmes et pour autrui. ”
“ Les Grecs se lancent sans hésiter dans ces lointains voyages : toujours l’inconnu les a tentés, sans que les terreurs de leur imagination réprimassent cette inquiète activité et cet esprit d’aventure ; et c’est ce qui a puissamment aidé ce grand mouvement de colonisation qui leur a donné presque tous les rivages du monde antique. Ils abandonnent sans crainte leur patrie, avec ses institutions, ses usages, les douceurs de sa civilisation, sûrs de se retrouver les mêmes sur un sol étranger, même au seuil de la barbarie. ”
“ On conçoit que certains esprits, fatigués de ces troubles, s’en soient dégagés par l’élan de la pensée, qu’ils aient dominé cette matière changeante de la destinée humaine par une indifférence ou une sagesse supérieure, qu’ils aient, eux aussi, déplacé leurs espérances et cherché en eux-mêmes ce que leur refusait l’incertitude du sort, l’équilibre et la paix. Ce Cadmus, dont le nom se rencontre dans les traditions sur Épicharme, est un exemple de ces dispositions morales qu’éveille parfois le sentiment de l’instabilité au milieu des commotions du présent ou des menaces de l’avenir. ”
“ C’est ce que fait nettement entendre le témoignage d’Aristote ; il est même à remarquer que, dans la pensée du grand critique, la comédie d’Épicharme semble se lier directement à celle de Ménandre : il paraît faire abstraction de l’ancienne comédie athénienne qui, pour lui, n’est qu’une déviation ; car, engagée dans ce qu’il appelle la forme ïambique, c’est-à-dire entravée dans sa marche par les fantaisies de la satire personnelle et par la liberté des allusions, elle n’atteint pas à ce degré d’indépendance et de généralité que demande le drame. ”
“ Mais les pythagoriciens dispersés allèrent répandre au loin les enseignements de l’école, et il resta une trace profonde de cette science inspirée qui était apparue un jour armée de la parole de vie, et dont le charme austère, pénétrant les âmes d’élite, s’était fait sentir à des populations entières, docilement rangées sous sa loi. Pendant la jeunesse d’Épicharme, le pythagorisme était dans toute la force de sa première et merveilleuse expansion. Il fut disciple de Pythagore, lit-on dans Diogène de Laërte. ”
“ Cet effort d’invention fut suscité par des troubles politiques ; il naquit des excès d’un soulèvement populaire. Lorsque, secouant le joug du tyran Théagène et surtout achevant de s’affranchir de la dure oppression des nobles, le peuple, selon l’expression de Plutarque, s’enivra du vin pur de la liberté, ces ébauches de comédie furent une forme des représailles qu’il exerça contre l’aristocratie. On devine à quels emportements de violence et de grossièreté il s’abandonna sous l’inspiration du Bacchus plébéien. ”
“ Les goûts qu’elle transmit à ses colonies y trouvèrent les meilleures conditions pour prospérer. Sans doute la Mégare de Sicile ne fut pas en reste avec sa métropole, et il est évident que Syracuse, le séjour définitif d’Épicharme, n’avait pas reçu des traditions plus austères de la sienne, la voluptueuse Corinthe. Voilà pourquoi l’œuvre comique de notre poète, à en juger par les fragments qui sont venus s’accumuler dans le Banquet d’Athénée, paraît avoir été une perpétuelle satire de la gourmandise sicilienne. ”
“ Il est vrai que tous les systèmes inventés par les philosophes antérieurs n’ont pas d’autre objet que d’expliquer les lois de l’harmonie universelle ; mais la théorie des nombres, enserrant dans les cadres de ses combinaisons multipliées, avec les rapports musicaux des sons, toutes les formes, tous les éléments du monde physique et du monde moral, imprime à l’école pythagoricienne un caractère particulier de précision et de méthode. ”
“ Mais le propre de la parodie, c’est de ramener ces acteurs héroïques ou divins aux proportions de l’humanité, et de l’humanité contemporaine ; c’est le principe même de l’effet comique. Xénophane disait : « Homère et Hésiode ont transporté chez les dieux tout ce qui chez les hommes est un sujet de honte et de blâme ; ils ont attribué aux dieux beaucoup d’actes coupables, des vols, des adultères, des fraudes. » Dans le même temps, la comédie d’Épicharme pouvait aider sans intention la prédication du philosophe en mettant sur la scène les faiblesses divines. ”
“ Dans le temps même où fleurissait à Syracuse la comédie dorienne, le grave et religieux Eschyle faisait représenter ses drames satiriques sur le théâtre d’Athènes. À la fin du Banquet de Platon, Socrate force ses interlocuteurs à reconnaître qu’il appartient au même homme d’être bon poète tragique et bon poète comique. Voilà donc pour les deux faces du drame la question soulevée et résolue dans l’antiquité. C’est bien le même Épicharme qui s’occupa de philosophie et de science, et qui fut en même temps le premier des comiques illustres. ”
“ Nous savons déjà qu’il y a plus d’une raison de croire qu’Épicharme s’efforça de les satisfaire ; ajoutons-y une présomption. Il est un nom que les témoignages grecs citent souvent à côté de celui d’Épicharme, c’est le nom de Phormis, qui partage avec lui l’honneur d’être désigné par Aristote comme ayant constitué la comédie par l’invention de la fable. Ce Phormis fut lui-même un remarquable exemple de ce que la vie de beaucoup de Grecs distingués avait alors de mobile et d’imprévu. Né à Ménale en Arcadie, il obtint à Syracuse la faveur de Gélon et de Hiéron. ”
“ Le théâtre ne lui offrait ni l’âpre intérêt des passions politiques, qui ne pouvaient s’y donner carrière sous le régime des tyrannies, ni les grandes émotions de la tragédie, qui ne paraît à Syracuse qu’accidentellement, comme une importation : au moins accepta-t-elle volontiers un plaisir plus délicat mêlé aux grossièretés d’un divertissement populaire. ”
“ « Nous vivons par le nombre et par la raison : ces deux choses font le salut de tous les mortels. » Voilà un vers de ce poème. D’autres, qui viennent peut-être de la même source, car Clément d’Alexandrie, qui les cite comme d’Épicharme, lui attribuait la République, ont un caractère analogue ; par exemple ceux-ci : « Si tu as l’esprit pur, pur est tout ton corps. » « Si ton esprit est pieux, tu ne saurais souffrir aucun mal après ta mort : le souffle qui t’anime se fixera en haut dans le ciel. » ”
“ Nous venons d’indiquer les conditions extérieures de forme dont il donne le premier exemple : l’emploi de divers mètres poétiques avec la musique et la danse. C’était beaucoup ; en revêtant la comédie de ces formes, il lui donnait accès parmi les œuvres d’un art plus délicat et la marquait d’un signe de noblesse qu’elle devait garder dans toute l’antiquité. Ce n’était pas le principal : Épicharme la constitua surtout par l’invention de la fable, c’est-à-dire par la conception et le développement d’une action régulière. ”
“ Tel est le petit mythe, si favorable à la comédie, dont les peintres de vases aimaient à reproduire le dénouement. Une de leurs œuvres est particulièrement intéressante pour nous. Elle se compose de quatre personnages qui ont chacun leur nom inscrit au-dessus de la tête : le satyre Marsyas, jouant de la double flûte, ouvre la marche ; à sa suite viennent une bacchante, en proie à l’exaltation dionysiaque, la tête renversée, tenant d’une main le thyrse et de l’autre une grande coupe à deux anses ; puis Bacchus ivre, et, le dernier, Vulcain, faisant un geste de consentement. ”
“ Il se faisait ainsi comme un fonds commun où se reconnaît souvent l’esprit philosophique en général plutôt qu’une doctrine déterminée. Ainsi, ce n’est pas particulièrement un pythagoricien ou un disciple d’Héraclite, c’est en général un penseur qui, dans un petit dialogue d’un ton familier, se sert des procédés d’une dialectique élémentaire pour distinguer l’abstrait du concret, l’art de l’artiste et enfin le bien de l’honnête homme, en concluant que le bien existe en soi, et qu’on apprend à devenir honnête homme, comme à devenir danseur ou joueur de flûte. ”
“ Rien ne fait songer aux excès ni aux personnalités de la comédie politique. S’il se rencontre une allusion à un fait ou à un personnage, la réalité présente ne pénétrera sur la scène qu’avec les allures respectueuses qu’elle s’impose dans les pièces lyriques qui se chantent en l’honneur des victoires remportées aux grands jeux de la Grèce. C’est ainsi que, dans la comédie la Fête et les Îles, Épicharme se rencontre avec Pindare pour célébrer l’intervention bienfaisante par laquelle Hiéron venait de protéger les Locriens contre les menaces d’Anaxilas de Rhégium. ”
“ Il avait donc sur le théâtre d’Athènes, comme Épicharme sur celui de Syracuse, développé dans son sens originel la partie non politique de la comédie mégarienne. Ces diverses questions ne peuvent que s’indiquer sans se résoudre. Cependant le langage des critiques anciens et la marche générale de l’art nous induisent à penser que les types ne prirent toute leur valeur que dans la comédie nouvelle, plus riche en développements et plus maîtresse de ses ressources. ”
“ Ce sont les éléments qu’Épicharme trouve autour de lui et qui peuvent entrer dans la composition des œuvres d’art qu’il invente. On ne voit pas bien ce qu’il aurait emprunté aux ïambistes ; mais il a imité la forme poétique d’Aristoxène, et ses sujets viennent directement des phlyaques. Comme les farces improvisées de ceux-ci, ils se divisent en deux classes : les parodies mythologiques, et les représentations de la vie familière ; et de même aussi sans doute, la différence des sujets n’empêche pas que dans ces deux classes les thèmes de développement ne soient souvent les mêmes. ”
“ Mes bons amis, interrompit Épicharme, à quoi bon vous disputer pour quelques jours ? Nous tous, que le sort a rassemblés ici, nous sommes au couchant de la vie : pour nous tous il est donc temps de partir au plus vite, avant que nous ayons à souffrir de quelqu’un des maux attachés à la vieillesse. ”
“ Cette rigoureuse théorie du philosophe est favorable à Épicharme, puisqu’elle lui assigne l’honneur d’ouvrir à l’art la voie droite et légitime. Cependant, en un sens, elle lui fait tort ; car l’exposition trop sommaire qu’on lit dans la Poétique ne dit pas tout ce que l’ancienne comédie, — cette vive production de l’esprit athénien, dont le silence d’Aristote ne peut diminuer la valeur — avait emprunté aux exemples du comique sicilien. ”
“ C’est à Athènes, dans la période de verve inventive et de franche bouffonnerie, que les sujets de cette nature trouvèrent leur expression la plus plaisante et la mieux faite pour la scène. Les Poissons d’Archippus paraissent avoir été le chef-d’œuvre du genre. ”
“ Ainsi dans la pièce intitulée les Noces d’Hébé, qui fut une seconde fois présentée ou publiée sous un nouveau nom, les Muses, on voyait les principales divinités de l’Olympe transformer le banquet nuptial en débauche syracusaine. On sert un merveilleux poisson : c’est pour Jupiter. Il apprend qu’il y en a un autre pareil au marché : il le fait vite acheter pour lui-même et pour sa femme. Minerve, la chaste déesse, est la joueuse de flûte du repas ; elle accompagne Castor et Pollux, qui exécutent une danse armée. ”
“ Deux faits frappent d’abord l’attention dans ce qu’on sait de l’histoire d’Épicharme. Ce poète comique, inventeur de son art, semble avoir fait l’effort d’esprit suivi que suppose une pareille invention dans le trouble d’une vie errante et incertaine ; et, de plus, il laissa la réputation d’un philosophe. Ce n’est pas que les aventures, même les plus graves, soient incompatibles avec le génie comique : Regnard a bien exploré l’extrême nord de l’Europe et porté les chaînes des pirates algériens ”
“ Parmi les villes grecques, les plus exposées aux invasions, les plus agitées par les révolutions et en même temps les plus commerçantes et les plus riches, ce sont celles qui occupent les côtes découpées de l’Asie Mineure et les îles voisines, ou encore les colonies lointaines de la Sicile et de l’Italie ”
“ Il suffit de choisir quelques citations pour retrouver plusieurs des principales lignes de la morale d’Épicharme. « Une vie pieuse est le meilleur viatique pour les mortels. — Rien n’échappe à la divinité, il faut que tu le saches bien ; Dieu est lui-même notre surveillant ; rien n’excède sa puissance. — Les dieux nous vendent tous les biens au prix des fatigues. » ”
“ Un poète dramatique ne se partage guère entre son art et un ascétisme exigeant, et l’on a peine à se figurer Épicharme enchaîné par l’observation des règles minutieuses de la sagesse pythagoricienne et possédé en même temps de ce goût pour les farces mégariennes dont il doit tirer la comédie. D’ailleurs, et ceci a presque la valeur d’un argument positif, les fragments de ses œuvres ne nous montrent pas en lui un pythagoricien pur, un disciple astreint à la reproduction fidèle et exclusive de la doctrine sacrée. ”
“ De même, c’est simplement un moraliste observateur qui dit dans un autre fragment que chaque espèce d’être se considère elle-même comme ce qu’il y a de mieux au monde : « Rien n’est plus beau pour l’homme que l’homme, pour le chien que le chien, pour l’âne que l’âne, pour le porc que le porc. » ”
“ L’âme, d’après une proposition pythagoricienne, est une particule détachée de l’éther. Il y a quelque rapport entre cette pensée et l’assertion de Ménandre d’après laquelle Épicharme disait que les dieux étaient les vents, l’eau, la terre, le soleil, le feu, les astres, et qui, sous une forme peu scientifique, renfermait sans doute une allusion aux quatre ou aux cinq éléments primitifs admis par les pythagoriciens. Ce n’est pas le lieu d’interpréter en détail ni ce témoignage ni les autres textes. ”
“ Il est indispensable de s’y arrêter et d’élucider, autant que possible, ces questions d’origine, si l’on veut rechercher en quoi a consisté l’invention d’Épicharme et ce qui en a déterminé le caractère. Aristote, dont les indications, quelque insuffisantes qu’elles soient, nous fournissent notre plus précieux secours, rattache dans une vue générale la comédie à la poésie ïambique, et lui assigne pour origine particulière les improvisations des phallophores, c’est-à-dire de ceux qui prenaient part à la procession bachique du phallus. ”
“ Une autre tradition ne lui fait accomplir ce voyage que plus tard, avec un certain Cadmus, son compatriote, qui suivit en Sicile une colonie de Samiens. Cette question de date ne se peut résoudre avec certitude ; mais ce qu’il y a là de plus intéressant, c’est le fait et les conditions sociales auxquelles il se lie. Il est curieux de voir ainsi la vie des poètes et des penseurs impliquée dans ces migrations qui transportent les Grecs d’un bout à l’autre de leur mer, la Méditerranée. Les causes de ces migrations sont le plus souvent violentes. ”
“ Sans chercher quel peut être ce lutteur, annoncé peut-être après coup, et par conséquent si la prédiction est authentique, bornons-nous à remarquer qu’il semble qu’ici Épicharme, ou le personnage qu’il met en scène, se glorifie surtout de sa science dialectique, et nous avons vu qu’en effet le nom du poète était resté attaché à une forme d’argument. Si ce fragment porte l’empreinte de la comédie, elle n’y est pas facile à distinguer ; mais elle ne l’est guère davantage dans les autres. ”
“ De même dans Molière : « Mais en l’épousant, je crains... — La chose est faisable. — Qu’en pensez-vous ? — Il n’y a pas d’impossibilité. — Mais que feriez-vous, si vous étiez à ma place ? — Je ne sais. » Et rien n’empêche de croire que le créancier recourait aussi à l’argument décisif du bâton et réveillait ainsi chez le débiteur le sentiment de son identité. C’est peut-être à cela qu’aboutissait dans une comédie perdue l’exposition qui remplit le plus important des fragments philosophiques d’Épicharme, celui où est marquée l’empreinte de la doctrine d’Héraclite. ”
“ « Ceux qui veulent débiter des maximes de sagesse pratique ont à la bouche les pensées d’Épicharme ; presque tous les philosophes les possèdent. » Il y eut même un faussaire, qui, d’assez bonne heure, mit sous ce nom autorisé des recueils de sentences de sa façon : un certain Axiopistos, au témoignage de Philochorus, avait ainsi attribué au poète sicilien des Maximes et un Canon ou règle de vie. Voilà comment Épicharme prit place, à côté de Phocylide et de Théognis, parmi les gnomiques ou poètes moralistes sentencieux. ”
“ Il y a loin de ce pauvre homme, philosophe à sa façon, à l’Ergasile de Plaute, le convive invocatus, endurci aux soufflets et aux coups de pots brisés sur son front, et surtout au Gnathon de Térence, florissant exploiteur de la sottise des riches. Ce ne sont pas encore les brutalités des mœurs romaines ni les impudentes forfanteries et les amplifications chargées où se complairont les Latins ”
“ C’était encore en Laconie que cette sorte de divertissement était usitée. Les germes d’action que renfermaient ces scènes et ces danses mimiques prirent un développement notable chez les Doriens de Mégare Niséenne, et c’est ce qui leur donne, dans la question des origines de la comédie, des droits supérieurs à ceux des Doriens de Sicyone, chez lesquels s’était développé un autre élément important, le cômos, ou procession bachique. ”
“ On sent que ces faits anciens ont leur caractère propre, que les hasards d’une destinée particulière se rattachent alors à certaines conditions générales de l’humanité, et que, chez ceux qui sont le jouet des événements ou appliquent leur esprit aux problèmes de la philosophie, le fond de l’âme est touché. D’après le témoignage qui paraît le plus autorisé, Épicharme à peine né, à l’âge de trois mois, fut transporté de Cos, sa patrie, dans la ville sicilienne de Mégare. ”
“ Cependant il y a deux raisons de penser que la plupart des fragments philosophiques ont été extraits de comédies. Parmi les cinq les plus étendus où ce caractère semble le plus marqué, trois au moins ne peuvent guère avoir une autre origine : ils sont sous forme de dialogue. Deux font parler successivement les interlocuteurs, et, dans le troisième, le personnage qui parle seul en interpelle un second, Eumée, auquel il communique ses observations sur l’instinct des animaux. ”
“ De quelles formes avait-il revêtu ces œuvres qu’il créait ? quelles qualités de composition y avait-il introduites ? On se demanderait enfin ce que lui doivent Aristophane et Ménandre, les grands noms de la comédie attique. On conçoit quel intérêt s’attacherait à des recherches qui conduiraient à une appréciation plus exacte des chefs-d’œuvre du genre, et combien il est regrettable qu’elles ne puissent être sérieusement entreprises. La matière manque ; le poète lui-même, détruit par le temps, se dérobe à nous ”
“ Non, l’invention d’Épicharme n’a pas péri : elle a été conservée et achevée par les Attiques, d’abord pendant la période de la comédie politique elle-même, où les imitations de la comédie sicilienne sont encore frappantes malgré la pauvreté des fragments, et surtout dans la moyenne et la nouvelle comédies, qui sont les continuations directes de la comédie d’Épicharme. ”
“ L’examen des fragments d’Épicharme au point de vue philosophique n’a qu’une médiocre importance, car on n’y trouve rien qui soit de nature à éclairer le pythagorisme, ni qui révèle une puissante originalité. ”
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