“ HUZKA. Je ne suis pas un sujet ! SOLIMAN. Huzka n’est pas un sujet ! ACHMED. Il est colonel des janissaires. OTTOKAR. Et les janissaires prennent avec les pachas quelques petites privautés... HUZKA. Petites et grandes... SOLIMAN. Les grandes sont de nous supprimer... quand nous ne leur allons plus ! FATIME. Oh ! l’abominable institution ! OTTOKAR. Peuh !... quand c’est dans les traditions d’un peuple ! ACHMED. Il faut se dire qu’il n’y a pas de roses sans épines. SOLIMAN. Sans ça, pardi ! ce serait trop beau la position de pacha ! ça serait trop beau, s’il n’y avait pas Al-ca-za-ra. ”
Paul Ferrier
Élements biographiques
Paul Ferrier (1843-1920), dramaturge et librettiste français, marqua le théâtre et l'opéra par ses comédies acérées et ses adaptations musicales. Auteur prolifique, il allie satire sociale et analyse des rapports humains dans des œuvres comme Tabarin ou La Marocaine, souvent en collaboration avec des compositeurs renommés.
Son style, à la fois élégant et critique, révèle une maîtrise du dialogue et une sensibilité aux enjeux moraux, illustrée par ses adaptations de Tosca ou Madame Butterfly. Son héritage résonne dans l'histoire du spectacle français, entre ironie et profondeur dramatique.
Citations de Paul Ferrier
Paul Ferrier,
La Partie d’échecs
“ Perdrigeot. Si vous me refusez jusqu’à cette innocente faveur de presser votre main dans les miennes... Emma. Vous m’effrayez ! Perdrigeot. Tant mieux ! car il faut en finir ! c’est trop, ou trop peu que vous m’accordez !... Courtansoux, jouant. Votre dame est en prise, Boisramé... Perdrigeot, il va pousser un pion et revient après que Courtansoux s’est pris le nez. Trop ou trop peu ! — Je vous adore, Emma ! mon sort est dans vos mains, aimez-moi comme je veux être aimé !... Emma. Ah ! monsieur Frédéric ! c’est un crime de chuchoter de pareilles choses à l’oreille d’une honnête femme ! ”
“ FATIME. L’autre est assez payé par le plaisir d’avoir remporté la victoire. OTTOKAR. En voilà un raisonnement ! SOLIMAN. Je te dois une récompense, Tamarjin, et je veux te la donner éclatante. Demande à Ottokar ce que je faisais pour lui ? FATIME. Vous épousiez sa fille ! SOLIMAN. Je t’épousais ! Tamarjin, veux-tu être mon beau-père ? TAMARJIN. Ça n’est pas de refus ! FATIME, à part. Allons ! bon ! je n’en réchapperai pas ! SOLIMAN. Je te r’épouse !... Et comme ça il n’y a rien de changé... que le beau-père !... Quant à vous, monsieur, je ne vous dois plus rien !... ”
“ Mondor va s’asseoir à droite de la première table — Francisquine à gauche de la seconde. NICAISE. De Damoclès ! — Tant pis !... C’est une perte !Oh ! oui. Aviez-vous vu jamais garçon plus réjoui ? Plus rond ? plus franc ? plus fou ? malpeste ! Et quel compère ! MONDOR. L’art en prendra le deuil ! NICAISE, allant s’asseoir sur la première marche de l’escalier qui monte au théâtre. L’art en prendra le deuil !La justice est sévère D’avoir expédié, pour un rien, à Satan, Un gaillard qui jouait si bien les capitan ! ”
“ PONTGOUIN, MARIE, puis PITOU. Marie. Et voilà, mon cher notaire, pourquoi je reste veuve. Parce que les hommes sont personnels, égoïstes, intéressés, et que le mariage n’est rien autre chose pour eux qu’une spéculation ! Parce que la beauté, l’esprit et le cœur ne tiennent pas, dans leur balance, contre le poids d’une dot, et qu’il n’en est pas un, je dis un seul, assez aimant, assez généreux, assez chevaleresque pour se vouloir embarrasser d’une femme sans fortune ! ”
“ ATTALIDE. Vous auriez cette barbarie ? SÉLIM. Cette barbarie !... et cette témérité !... parce que vous me connaissez !... J’aime Attalide !... on ne me l’enlèvera pas impunément !... Je peux être pacha, moi aussi. OTTOKAR. Oh ! votre oncle est encore vert. SÉLIM. C’est possible ! Mais voilà bientôt dix ans qu’il est sur le trône, et le peuple commence à murmurer. OTTOKAR. Je sais ça par mes rapports de police ! C’est un peuple singulier ! Il est attaché à la monarchie... mais pas aux monarques ! SÉLIM. Je n’aurais donc qu’un signe à faire... ”
“ Entendant venir Mondor sur le théâtre. Mondor !.. Laissez-moi faire, et dites comme moi ! Elle fait passer Gauthier à l’extrême droite. Scène V Les Mêmes, MONDOR, NICAISE [4] .MONDOR, sur le petit théâtre. Tu veux rire ? jouer les matamores, toi ?... Quelle aberration d’un cerveau rétrograde ! NICAISE, suivant Mondor. Je suis ambitieux ! je veux monter en grade, Etre comédien pour de bon, s’il vous plaît, Et quitter cet emploi dégradant de valet ! MONDOR, commence à descendre l’escalier. Non ! je ne vis jamais passion si baroque ! NICAISE, l’arrêtant. ”
“ CHARVERON. Montrez-vous généreux ! MARTHE. Montrez-vous généreux !Faites-vous voir sensible ! CHARVERON. Mon avocat, monsieur ! MARTHE. Mon avocat, monsieur !Soyez le mien ! DUCANOIS. Si nous nous asseyions ?.. MARTHE. Si nous nous asseyions ?..Asseyons-nous ! On s’assied.CHARVERON. Si nous nous asseyions ?.. Asseyons-nous !En somme. C’est à moi de parler, et monsieur m’entendra ! MARTHE. Non ! monsieur est un galant homme Et c’est à mes désirs que monsieur se rendra ! CHARVERON. Si tous saviez, monsieur, quelle faute est la sienne ? ”
“ Un ami tel que vous vaut une indiscrétion. Gaston. Comment l’entendez-vous ? Marie. Comme ceci, que le testament de M. de Chantenay étant déposé chez maître Pontgouin, celui-ci, par hasard, dans la conversation, eût très bien pu vous parler de ce testament, de ses clauses, de son codicille... Gaston. Pontgouin ne m’en a jamais parlé. Marie. Ni écrit ? Gaston. Pas davantage ! Marie. Eh ! bien, me voilà fixée, monsieur de Morières !... Ce n’était point légèreté : c’était dissimulation ! Gaston. Ah ! de grâce !... que signifie ?... Marie. Ne cherchez pas !... ne feignez pas de chercher ! ”
“ TAMARJIN. Vous trouvez, Sire ! SOLIMAN. Si je trouve ! Mais malgré tout, ça n’est plus la même chose ! j’ai été victime d’une indigne supercherie !... Il y a erreur sur la personne ! Au lieu et place de la fille de mon général vainqueur, la fille d’un Kabyle battu à plate couture ! FATIME. Ah ! mais, Sire vous manquez de tact ! TAMARJIN. Assurément, vous me devez, à moi, autant de reconnaissance qu’à votre Ottokar ! OTTOKAR. Par exemple ! TAMARJIN. Dame ! si je n’avais pas perdu la bataille, vous ne l’auriez pas gagnée ! ”
“ MONDOR. Peste ! César ! NICAISE. Raillez ! moi, monsieur, je l’admire Et dussé-je, à mes frais, vous apprêter à rire, Un coup de pied de lui, monsieur, me fait honneur, Et quand il frappe ici — ça me bat dans le cœur ! MONDOR. Peux-tu bien élever de viles gaudrioles Au rang des élixirs qu’enferment ces fioles. Bélître ?.. et comparer dans ton étroit esprit Le bouffon qui fait rire au savant qui guérit ?... — Que Tabarin... César excelle aux intermèdes, Aux souffrances d’autrui moi je sais les remèdes, Prenant un flacon sur la table, dans la corbeille. ”
Paul Ferrier,
La Partie d’échecs
“ Courtansoux. Plus tard ! à la belle ! la belle à monsieur Perdrigeot ! Perdrigeot, à Emma. Délicate allusion ! Emma s’éloigne de lui et va vers la table.Courtansoux. Commencez donc ! ça n’a pas l’air de vous amuser ! Boisramé. Moi ?... si on peut dire ?... (Il s’assied en rechignant. — À part.) Ganache !... et Nathalie qui va m’attendre ! (Haut.) Vous êtes bien, maintenant ? La partie commence.Courtansoux. Tout à fait bien. Boisramé. Vous ne préféreriez pas prendre le thé, d’abord ? Courtansoux. Non. Emma [20] . Mais, qu’est-ce que vous faites de ce râteau, mon ami ? ”
“ OTTOKAR. À d’autres ! Assez marivaudé comme ça ! Tu es mon esclave... et j’ai tous les droits sur toi ! FATIME. Oh ! tous... OTTOKAR. Tous... tous... absolument tous... comme tu dis ! et je te veux pour mon harem. FATIME. Jamais de la vie !... vous êtes trop laid ! OTTOKAR. Prends garde ! FATIME. Trop vieux ! OTTOKAR. Prends garde ! prends garde ! FATIME. Oh ! OTTOKAR, s’approchant d’elle. Sais-tu ce que c’est que la violence ? ”
“ NICAISE, porte la main à son cœur. Je vous baise les mains. TABARIN, lui prenant la fiole. Je vous baise les mains.Donne. « Philtre d’amour !!.. » À Mondor. Êtes-vous convaincu, maître, ou n’est-ce qu’un leurre ? MONDOR. Si je ne le suis point, que je meure sur l’heure ! TABARIN. C’est que je les connais, vos spécifiques, vieux Charlatan ! Je les vis fabriquer de mes yeux. Si la boisson, le plus souvent, n’est pas malsaine, C’est qu’on la puise tout bêtement dans la Seine, Et vos remèdes ont ce mérite, au total, S’ils ne font pas de bien, qu’ils ne font pas de mal. ”
“ MARIE, PONTGOUIN. Marie. Non, monsieur Pontgouin ! assez, je vous prie. Pontgouin. Mais, madame... Marie. C’est inutile ! je ne vous reproche rien, à vous : vous avez cru que l’amitié justifierait votre petite perfidie ; elle l’excuse, au moins. Quant à M. de Morières, n’essayez pas de le défendre ! Pontgouin. Vous le faites plus noir qu’il n’est vraiment. ”
“ ATTALIDE, stupéfaite. Sa Hautesse ! ACHMED. Tu ignores donc ?... Elle ignore ?... SÉLIM. Elle ignore ! ATTALIDE. Sa Hautesse ! ACHMED. Eh oui ! ma chérie, un souverain... présomptif au moins !... Sélim, le neveu du pacha ! ATTALIDE. Le neveu du pacha ! Elle tombe à son tour aux pieds de Sélim. SÉLIM, la relevant. Relève-toi, mon Attalide !... Oui, je suis le neveu du pacha... et tu seras ma femme !... mais pas un mot !... si mon oncle se doutait ?... il me tient serré, mon oncle. On entend des cris au dehors. ATTALIDE. Ce bruit !... ACHMED. Les rues s’emplissent de monde. ”
Paul Ferrier,
La Partie d’échecs
“ Boisramé. Eh bien, et toi ? Marcadieu. Moi, je regarde. Votre reine est fichue ! Boisramé. Laisse-moi tranquille ! Je sais ce que je fais. Courtansoux joue.Marcadieu. Heureusement qu’il n’a pas vu le coup ! Il remonte à gauche, derrière la table.Boisramé. Malheureusement ; le café refroidit !... (Il joue.) Allons donc, ganache ! Emma, bas à Boisramé. Fais attention, mon ami ! Elle gagne à droite [2] .Boisramé. À rien. Quand il joue aux échecs, qu’il réfléchit et qu’il se tient le nez, la terre tremblerait, la foudre tomberait, la maison croulerait... Marcadieu. Oh ! je comprends ça ! ”
“ Mondor !... Qu’est-ce ?... Où sont-ils ?... Partis, maître !...Partis ? NICAISE. Je les ai vus !... J’allais, galopant à leur suite ; Mais la foule et la nuit favorisent leur fuite ! TABARIN. Partis ?... malheur sur vous, traîtres qui me jouez ! Il bondit hors du tonneau, puis tout à coup s’arrête et chancelle.— Nicaise n° 1, et Mondor n° 3 le soutiennent. Mais qu’ai-je donc ? au sol mes pieds restent cloués. La force m’abandonne, et sous la douleur lâche, Mon corps — comme rompu — se refuse à sa tâche. — Faisant de vains efforts pour marcher. — Ah ! courage !.. venez !.. viens !.. ”
“ Quand il y a des accrocs, surtout... comme l’accroc de tantôt !... Des gens qui se disent Marocains, et qui ne sont pas Marocains !... Sans compter qu’il lui reste des amis, au pacha !... des amis qui ont des positions, et qui ne seraient pas jaloux de les perdre, leurs positions ! Il me faut encore une heure ! ACHMED. Et jusque-là ? HUZKA. Jusque-là, obéissance passive à Soliman... feinte obéissance, mais passive ! ATTALIDE. Mais pendant ce temps, mon pauvre père... ACHMED. Et ma pauvre Fatime... SÉLIM. Sur la paille humide des cachots !... HUZKA. Oh ! oh ! la paille humide !... ”
“ L’histoire du codicille n’est qu’une invention. Il n’y a pas de codicille. Feignez d’y croire, n’y croyez pas, et la victoire est à vous ! ” Pitou, s’approchant. Monsieur !... puisque monsieur est là, monsieur devrait donner un coup d’œil aux espaliers. Pontgouin. Pourquoi cela, Pitou ?... je ne suis pas jardinier. Pitou. C’est vrai ! mais monsieur est homme de loi, et monsieur verrait s’il est juste que le mur du voisin s’éboule sur les fruits de madame ! Pontgouin. Toujours le mur du voisin ! Pitou. Monsieur connaît M. de Morières. Monsieur pourrait le décider à réparer son mur ! ”
Paul Ferrier,
La Partie d’échecs
“ Courtansoux, s’absorbant. Chut ! Il joue. Boisramé va pour avancer un cavalier.Perdrigeot, l’arrêtant. Pas le cavalier ! Boisramé. Mais si, le cavalier ! (Bas.) Il faut se faire battre ! Emma, même jeu. Ça le flatte ! Elle remonte à droite.Boisramé, même jeu. Nous jouons à qui perd gagne ! Perdrigeot [21] . Alors... le fou, là !... Ce sera encore plus mauvais ! Boisramé, à part. Huit heures ! Nathalie m’attend ! (À Emma qui va sortir.) Où vas-tu, toi ? Emma, prête à sortir par le pan coupé de droite. Je vais au jardin... Boisramé, à part. Au jardin, merci ! et mon rendez-vous ! ”
“ Il rit aux éclats, montrant du doigt les spectateurs qui s’étaient approchés. — Sur ce rire, ceux-ci reculent jusqu’à leurs bancs. Ils sont enchantés de la mystification et leur pantomime exprime : « Quel grand comédien ! » — Vive Dieu ! le succès est grand, en vérité, De vous avoir fait croire à la réalité, Et d’avoir su tirer de mon masque de plâtre Des pleurs... ”
“ FATIME. « Jeter un regard... » SOLIMAN. Sur les humbles attraits de son humble esclave ? » FATIME, se levant. Ah ! flûte, par exemple ! SOLIMAN. Tu dis ? FATIME. Je dis flûte !... je n’en veux pas, de votre cérémonial... Humbles attraits... Ils ne sont pas si humbles que ça, mes attraits ! voyons, avouez-le ! SOLIMAN. Je l’avoue. FATIME. Vous ne pouvez pas voir... vous êtes trop loin !... Vous êtes trop haut, maintenant ! perché là-haut, sur votre bête de trône !... Descendez... allons... venez, venez ! SOLIMAN, descendant. Elle bouleverse le cérémonial... mais si gentiment. ”
Paul Ferrier,
La Partie d’échecs
“ Courtansoux. Un duel !... il est enragé !... Oh ! ma foi !.... Il remonte. Emma, courant après lui. Où courez-vous ? Courtansoux. Chez moi... m’enfermer... me barricader ! Emma. Non, demeurez ! pour vous justifier !... pour me justifier ! Courtansoux. Avec ça qu’il veut rien entendre !... Il a été mordu, on ne raisonne pas un homme qui a été mordu ! Il disparait par le fond. Scène XIX BOISRAMÉ, EMMA, puis PERDRIGEOT.Emma [34] . Quelle fatalité !... (Apercevant Boisramé qui lui tourne le dos.) Ah ! il a du vert aussi ! ”
“ La fuite seule peut abriter notre amour. Il l’entraîne hors du théâtre, par le petit escalier à droite. LE PEUPLE. Bravo ! GAUTHIER, au pied de l’escalier, montrant la droite, hors de vue pour le peuple. — Avec sincérité. Bravo !Hâtons-nous ! ISABELLE [13] , sur la dernière marche de l’escalier. Hâtons-nous !Quoi ?... que voulez-vous encore ?... GAUTHIER, arrachant sa fausse moustache et jetant son chapeau à plume. Fuir ! ça n’est plus l’acteur, c’est l’amant qui t’implore. TABARIN, sortant la tête de son tonneau. Mondor en fait autant par moments. ”
“ Pontgouin. Et cette épreuve ?... Marie. Vous n’êtes pas sur les rangs, mon ami !... je puis donc vous la dire : Ma fortune est l’œuvre de M. de Chantenay : un testament me l’a donnée ; j’ai imaginé un codicille qui me l’ôterait ; et vous voyez d’ici la comédie : “ — Vous m’aimez, monsieur, et je vous crois, et je suis certaine que vous n’aimez que moi ?... — Que vous, madame ! et quelle femme pourrait lutter contre tant de charmes... de grâces... de séductions ? — Je m’explique : ce que vous aimez en moi, c’est moi ? — Vous ! vous seule ! ”
“ SOLIMAN. Je veux Huzka !... (Éclatant.) Ah ! tu crois que je souffrirai qu’une petite Kabyle de rien du tout m’offense de ses mépris ! moi, Soliman XXV ! L’arrière petit-fils du farouche Muleï-Ismaïl !... (Appelant.) Huzka ! OTTOKAR. Bien rugi, vieux lion ! FATIME. Qu’est-ce que vous lui voulez ? Vous m’effrayez ! SOLIMAN. Ah ! ah ! je t’effraie, enfin ! Eh ! bien, tremble ! Je tiens ton père dans ma main ! et par ton père je te tiens ! Huzka ! HUZKA, entrant. Votre Hautesse m’appelle, j’étais au buffet, je prenais un sorbet. SOLIMAN. Eh ! bien, prends quatre hommes et... Tamarjin... ”
Paul Ferrier,
La Partie d’échecs
“ Courtansoux, se démenant sur sa chaise. — Il pousse un pion. Diables d’abricots !... Il fait une grimace, se lève et sort précipitamment par le fond. Scène XII MARCADIEU, puis BOISRAMÉ.Boisramé, entrant par le pan coupé à gauche après un petit temps. Sa veste blanche est rayée de vert dans le dos [28] . J’arrive de la tonnelle !... Eh bien, je n’ai pas de chance ! J’étais arrivé le premier... Le temps de s’asseoir... cri... cri... le sable a crié !... un pas sur le gravier... nous nous sommes sauvés... et me voilà... c’est cinq louis fichus à la rivière !... (Marcadieu joue.) ”
“ Je fais rire — c’est là mon rôle sur la terre ; Je fais rire les gens : or, rire est salutaire. Et le peuple, prenant plaisir à ma chanson, Je me dis bienfaiteur du peuple... à ma façon ! Alors ?... Il s’assied sur la chaise à droite de la première table où est resté le flacon de Mondor. — Le regardant machinalement. « Philtre d’amour ! » oui ! j’en sais la merveille ! Comment Mondor a-t-il laissé là sa bouteille ? Il est très-convaincu, Mondor, très-convaincu. — Pardieu ! chaque flacon vaut, au moins, un écu — Le bourgeois de Paris est crédule — il achète !... ”
“ SOLIMAN. Mais attends donc !... on a rencontré, sur son chemin, une jeune fille qui réalise le type rêvé... on a mis tout son cœur sur cette jeune tête blonde ! tout son espoir... toute sa tendresse !... FATIME. Doucement, vous aussi ! SOLIMAN. Puisque je suis ton mari !... Je continue : on a mis tout ce que nous avons dit, n’est-ce pas, sur ce que nous avons dit, et alors il vient un homme... ”
“ Et vous ne voulez pas que mon cœur se déchire ?... — Si le hasard vous fit témoins de mon martyre, Laissez qu’à ma douleur je m’abandonne en paix ! Le malheur qui me frappe a droit à vos respects. — Et toi, viens, ami, viens, car ma raison s’égare !... Nicaise sort par le fond du théâtre. — Tabarin descend le petit escalier en chancelant. — Mondor est resté sur le théâtre pour apaiser l’orage. LE PEUPLE, qui a écouté avec stupeur le couplet précédent, murmure, puis crie, et se fâche. La pièce ! Tabarin ! MONDOR. La pièce ! Tabarin !Dieu ! ce peuple est barbare ! ”
“ Les Mêmes, SÉLIM, HUZKA, OTTOKAR, suite d’Ottokar, FATIME.CHŒUR. ––––––Sous son manteau de souveraine, ––––––C’est la nouvelle majesté ! ––––––Elle a droit ici d’être reine, ––––––Celle qui l’est par sa beauté !SÉLIM. ––––––Mon oncle ! la voici ! c’est elle !SOLIMAN. ––––––Ah ! qu’elle est belle !LE CHŒUR. ––––––Ah ! qu’elle est belle ! Ah ! qu’elle est belle ! SOLIMAN. ––––––––––Par Mahomet ! ––––––Quel fin morceau pour un gourmet ! ––––––Approche, petite, sans honte.FATIME. ––Le pacha, s’il vous plaît ?SÉLIM. ––Le pacha, s’il vous plaît ? À genoux ! ”
“ MONDOR. Nicaise ! aide-nous ! Ouais !Tu protestes ? NICAISE. Nicaise ! aide-nous ! Ouais ! Tu protestes ?Pour cause ! MONDOR. Quoi ! quand ton compagnon... NICAISE. Quoi ! quand ton compagnon...De lui, c’est autre chose. De lui, je le veux bien ! mais que vous me frappiez ? Nenni, maître ! Il est coups de pieds et coups de pieds. Ils remontent dans la baraque. Mondor emportant ses livres et sa cornue, Nicaise le panier de fioles. — Un temps. — Francisquine hésite, elle va pour suivre Mondor. Tabarin fait quelques pas au-devant d’elle et l’arrête au pied de l’escalier. ”
“ Mais lorsque je le vois — debout sur ce tréteau, La batte dans la main et le masque au visage, Drapé dans des haillons sordides par l’usage, Tenir autour de lui tout un peuple arrêté Pantelant aux grelots de sa folle gaîté, Transfigurés dans cet éclat qui l’environne, Sa batte devient sceptre, et son chapeau couronne ; Ce théâtre grossier prend des aspects de char Triomphal, et je crois voir Tabarin César !.. ”
“ Vaine terreur, folle espérance ! ––––––Car ce harem tant redouté, ––––C’est bien l’asile où la tendre innocence ––––Trouve toujours le plus de sûreté !ACHMED. ––––Mais le pacha va la voir !SÉLIM. ––––Mais le pacha va la voir ! Et qu’importe ! ––––––Le pacha, que l’amour transporte ––––––Pour la beauté qui l’enjôla, ––––––Ne peut soupçonner sa présence ––––––Parmi tant de femmes qu’il a.FATIME. ––––––S’il faut d’ailleurs veiller à sa défense...SÉLIM. ––––Nous sommes deux !FATIME. ––––Nous sommes deux ! Trois !ATTALIDE. ––––Nous sommes deux ! Trois ! Quatre !SÉLIM. ––––Nous sommes deux ! ”
“ Je suis honnête, et veux entendre Tabarin. Elle s’assied au bout du premier banc réservé aux spectateurs le plus près de l’avant-scène. MICHAUD CROUPIÈRE, passant à l’extrême gauche. Honnête ? que le diable emporte la donzelle ! Guillemin Tortu tend son chapeau aux spectateurs assis sur le premier banc. GUILLEMIN TORTU, manchot et bossu. La charité, mon doux seigneur. — Vous, damoiselle. ALYSON. Je n’ai rien. GUILLEMIN TORTU. Je suis vieux, sans pain et sans abri. Donnez... et que le ciel vous garde un bon mari ! ALYSON. Un bon mari ? voilà pour ton souhait, pauvre homme ! ”
“ OTTOKAR. Ah ! vous êtes le meilleur, le plus magnanime, le plus étonnant des potentats ! SOLIMAN. Eh bien ! je le suis ! C’est ainsi que je prétends honorer ta victoire !... Je suis résolu à épouser Attalide dès ce soir. Dans une demi-heure, j’enverrai Huzka, mon maître des cérémonies et le colonel de mes janissaires, mon fidèle Huzka, avec une escorte imposante chercher ma... ta... notre Attalide. SÉLIM. Mais, mon oncle... SOLIMAN. Sélim a raison !... une escorte imposante, ce n’est pas assez. (À sélim.) Tu vas attendre Attalide, et tu la conduiras à mon palais. ”
“ On commence à jeter des pommes, à Gauthier qui se sauve sous les projectiles, suivi de Nicaise. Ma dague...L’espoir... un moyen !... Je sens la peur qui me galope... Sortons, je ne trouve plus rien ! Ils sortent.ISABELLE. Francisquine entre. Elle déclame son couplet, en manière de mélopée et avec des gestes exagérés. Le public, qui lui a fait une entrée chaude, l’applaudit avec transport à la fin de son couplet. Pleurez, mes yeux, toutes vos larmes ! Mes soupirs, volez jusqu’à lui, Et lui redites les alarmes Qui pressent mon cœur aujourd’hui ! ”
“ HUZKA. ––C’est promis !SÉLIM. ––C’est promis ! C’est conclu !ATTALIDE. ––C’est promis ! C’est conclu ! C’est juré !OTTOKAR. ––C’est promis ! C’est conclu ! C’est juré C’est ourdi !TOUS. ––––––Et lâche soit qui s’en dédit !FATIME. ––––––Mais tout complot veut du mystère !SÉLIM. ––––––Amis, ne nous trahissons pas...TOUS. ––––––Sachons agir, sachons nous taire, ––Étouffons, étouffons jusqu’au bruit de nos pas !HUZKA. ––Et ce soir, au milieu de cette fête folle, ––––––Comme un tam-tam, éclatera ––––––––––La barcarolle ––––––––––D’Al-ca-za-ra ! ”
“ GAUTHIER. Gauthier !Le fleuve est là ! la mort me tente ! et si Tu refuses... ISABELLE. Tu refuses...Gauthier !... GAUTHIER, l’entraînant à droite. Tu refuses... Gauthier !...Je t’aime !... NICAISE, qui a paru sur le tréteau au fond de l’escalier et a entendu les dernières répliques. Tu refuses... Gauthier !...Oh ! qu’est ceci ?... Il court à droite après eux. — Pendant ce qui précède le public s’est amusé d’abord de voir les deux têtes de Mondor et de Tabarin. — Puis il commence de s’étonner. — Un silence se fait. Scène IV Les mêmes, moins Gauthier, Francisquine et Nicaise. ”
“ On entend au dehors la ritournelle d’une prière. ATTALIDE. ––––––––––Écoute, frère, ––––––––Au minaret voisin, ––––––––––C’est la prière –––––––––––Du muezzin ! Tous deux se prosternent. LE MUEZZIN, au dehors avec le chœur. ––––––––––Courbons la tête ––––––––––Sous le ciel bleu ! ––––––––Allah seul est Dieu, ––––––Et Mahomet est son prophète !SÉLIM, se relevant, parlé. Mais voici le jour, adieu ! ATTALIDE. Me quitter si vite, et sans vouloir me dire ton nom ? SÉLIM. Que t’importe mon nom ?... Je t’aime ! Scène II Les Mêmes, ACHMED.ACHMED, entrant de droite. Que vois-je ? Ma sœur ! ”
“ Il cherche à se relever, et n’y parvient pas, de quoi rient fort les spectateurs. — Isabelle veut l’aider à se relever. — Il refuse d’abord son aide. — puis voyant qu’il ne peut s’en passer, il la demande. — Quand il est remis sur ses pieds, nouveaux éclats des rire des spectateurs. ISABELLE, se dégageant de Piphagne qui la lutine. ”
“ SÉLIM. Ni moi non plus. Scène XI OTTOKAR, SÉLIM, HUZKA, Soldats, Peuple, puis ACHMED.LE CHŒUR. –––––––Faveur que chacun jalouse, –––––––Nous venons pompeusement –––––––Quérir la nouvelle épouse –––––––Du sublime Soliman !HUZKA. ––Je viens chercher, seigneur, la sultane nouvelle, ––Pour la conduire au trône où le pacha l’appelle !SÉLIM. ––––––Vous l’allez voir, rassurez-vous !HUZKA. ––––––Votre Attalide ?OTTOKAR. ––––––Votre Attalide ? Elle s’apprête ; ––––––Elle fait un bout de toilette, ––––––Qui soit digne de son époux ! HUZKA. ––––––Je vous en supplie, hâtons-nous ! ”
“ TABARIN, prenant sa batte restée sur le petit théâtre au-dessus de la seconde table, et la levant. Je méprise le tien ! — Insulte ! frappe !Eh ! bien... FRANCISQUINE. Ah ! c’est le naturel cette fois qui revient ! Sus ! haut la batte ! j’ai retrouvé mon doux maître ! TABARIN, jetant sa batte. Francisquine !... Dis-moi que ton cœur n’est pas traître, Dis-moi que j’étais ivre, et qu’il n’est rien de vrai Dans ces choses ! je t’aime assez : je le croirai !... — Mon Dieu ! je suis jaloux ! — chacun a sa folie — Tu ne peux empêcher qu’on te trouve jolie ”
“ SOLIMAN. Eh ! bien, tu vas voir un pacha qui a des exigences !... HUZKA, rentrant. C’est bien les Kabyles !... Et, à leur tête, le général Tamarjin ! FATIME, à part. Mon père ! OTTOKAR, à part. Son père ! SOLIMAN. Pour les recevoir dignement, fais avancer tes janissaires. Il monte sur son trône, entouré de tous les personnages. HUZKA, va prendre le commandement des janissaires, qui défilent. CHŒUR DES JANISSAIRES. ––––––C’est nous les plus grands militaires, ––––––Et les plus beaux qu’on vit jamais ! ––––––Tout cède devant les plumets ––––––––––Des janissaires ! ”
“ Pour cacher sous la coiffe, et mieux qu’un chapeau rond, Ce que certains maris ont planté sur le front. — Ledit Saturne, avant que de quitter la terre, Fit de son couvre-chef mon aïeul légataire. Avec cette défense expresse de donner Ledit chapeau, louer, troquer, aliéner, Mais garder et porter, sous peine de disgrâce, Comme une pièce rare et fatale à sa race. Lors Tabarin premier s’en fit un appareil Qui lui pût garantir son museau du soleil ”
“ II ––––––––C’est mon amoureux ! ––––Je l’aurais aimé, pauvre et sans noblesse ; ––––Il a de grands biens, et c’est une altesse, ––––Et pour un papa le choix est heureux ! ––––Vous ne sauriez trop louer ma sagesse, ––––Faites bon accueil à mon amoureux !SÉLIM. Et maintenant, vous savez tout ! Voulez-vous livrer votre fille ? ATTALIDE. Me livrer ? À qui ? SÉLIM. Au pacha, mon oncle, qui prétend faire de toi sa douze cent quatorzième épouse ! ATTALIDE. Plutôt mourir ! SÉLIM. Vous l’entendez ? ”
“ Il dégaine.TABARIN, soulevant le couvercle du tonneau. Je cherche ton époux.Très-bien !... ISABELLE. Grâce pour lui ! GAUTHIER, l’écartant de la main. Non ! point de grâce ! De mes mains il faut qu’il trépasse, Haché !... taillé ! — déchiqueté Menu, comme chair à pâté ! TABARIN. Très-bien !... ISABELLE. Capitaine ! GAUTHIER, passant et repassant. Le lâche ! En quel coin est-ce qu’il se cache ? ISABELLE. Je vous jure... GAUTHIER. Où s’est-il blotti ? Ici ? — là ? — [12] ISABELLE, n° 2. ”
“ Vue de Paris au loin. — Derrière les draperies de gauche on voit la statue équestre d’Henri IV. — Le soir ; des chandelles forment la rampe du petit théâtre. — Un lustre est suspendu à deux mats qui soutenaient la draperie du milieu. — Au lever du rideau, arrivent tour à tour et circulent Alyson, Michaud Croupière, Guillemin Tortu, et les autres personnages qui vont former le public de Tabarin, passant et repassant, suivant les exigences de la scène. — Des bancs sont posés en diagonale sur la scène, parallèlement à la face du petit théâtre dont le rideau est fermé. On s’assied, on se salue. ”
