Albert Laurent

Résumé

Albert Laurent Revue des Deux Mondes

La haine va surtout de l’esclave au maître, du raïa au Turc ; quant au mépris, il existe chez les uns et chez les autres en dose égale, même chez les plus humiliés ; il est vraisemblable que rien n’approche, par exemple, du secret et silencieux dédain d’un juif levantin de la vieille roche à l’égard des Turcs et des chrétiens dont il baise la main. On a déjà dit que les Turcs et les Grecs de Crète, qui ont la même façon de vivre, la même langue et presque la même origine, sont frères ennemis et se sont fait les uns aux autres, depuis le commencement du siècle, un mal incalculable.
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Albert Laurent Revue des Deux Mondes

Ce qu’il y a d’odieux dans les crimes qui ont indigné l’Europe, parmi ces Turcs les esprits éclairés sont les seuls qui soient capables de le reconnaître ; mais ceux-là même ne trouvent pas qu’ils justifient tant de sévérité. Quant à la populace, elle a partout les mêmes penchans qu’en Europe ; le fanatisme religieux ou politique la trouve toujours prête aux pires excès dès qu’il y a la prime du désordre ou du pillage en perspective. Il suffirait d’un désastre de la Turquie pour compromettre gravement la sécurité de la population chrétienne et des colonies étrangères dans toutes les villes.
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Albert Laurent Revue des Deux Mondes

Le patriotisme ardent, exclusif, enthousiaste, est la grande vertu des Grecs ; c’est un sentiment parfois capable de relever les pires d’entre eux de leur abaissement, et de les transformer en hommes de dévoûment et de sacrifice. Cet amour si louable de la patrie se complique malheureusement de légèreté de caractère et de trop complaisante confiance en soi-même ; dans le cas où la Grèce ne réaliserait pas son rêve, on devra croire que l’impatience qui l’aura empêchée sans doute d’attendre son heure sera pour beaucoup dans cet insuccès.
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