“ Le ciel est encore clair, car l’astre du jour n’est couché que pour nous. Mais il fait nuit dans le ravin où le torrent, longue bande d’argent, pousse toujours sa plainte monotone. La forêt des vieux cèdres est d’un noir d’encre, d’un noir sinistre, ressemble à certains paysages de l’Enfer du Dante illustré par Doré. On sent qu’il se passe là, des choses mystérieuses et étranges, qu’on y vénère des idoles bizarres dans la fumée de l’encens, au bruit de lourdes cloches de bronze, que des esprits, des démons, des fantômes doivent y errer dans les temples et sur les tombes. ”
Marsay
Résumé
La Revue des Deux Mondes de Marsay, publiée au XIXe siècle, est un journal de voyage qui explore les paysages et les cultures d’Asie, notamment la Chine, le Japon et l’Inde. À travers des descriptions poétiques de forêts, de temples et de paysages exotiques, l’auteur combine observations naturalistes et réflexions sur les contrastes entre les mondes oriental et occidental.
Les thèmes de l’isolement, de la spiritualité et de la nature sauvage y dominent, illustrés par des scènes comme celles de Hong-Kong ou de Colombo. L’œuvre, à la fois élogieuse et introspective, invite à une méditation sur l’harmonie fragile entre l’homme et son environnement.
Citations de Revue des Deux Mondes (Marsay)
“ Bientôt la voie s’élève, commence à gravir les montagnes de l’île. Le paysage est pittoresque. Le train suit des lacets successifs qui modifient à chaque instant l’aspect. Dans la verdure des pentes boisées, des roches dénudées font de larges taches rouges, tandis qu’au fond de précipices que nous dominons de 500 pieds, paraissent, microscopiques et claires, de petites rizières qui s’y sont nichées. Au loin, par-delà les abîmes de lianes et de fougères, par-delà les grands arbres des cimes, surgissent des montagnes plus hautes, toutes bleues dans le ciel d’or du couchant. ”
“ A perte de vue, étincellent des arêtes de granit, qui surgissent, éclatantes, d’obscurités insondables et vagues. au-delà, c’est la forêt, l’immense forêt sinistre, qu’on découvre à peine à cette heure, mais qu’on sent, qu’on devine, comme, sur un rivage, on peut, même sans le voir, deviner l’Océan. Mer immense, en effet, mer de verdure et d’ombre, peuplée de bêtes sauvages et de peuplades clairsemées, qui s’étend, au Sud, jusqu’au golfe de Siam, au Nord, presque indéfiniment, jusqu’aux confins du Laos, de la Chine et du Thibet. ”
