“ Pour elle on devient meurtrier ; car, sachez-le, mon père, cet Eusèbe Noël, dont la probité semblait si sûre, s’est découvert à moi ; c’était pour arracher à Raboisson son secret qu’il avait engagé la querelle. Pour elle on devient calomniateur, intrigant, délateur, comme Michelot ; pour elle on trahit ses vœux et on profane le caractère sacré du prêtre, comme le prieur du Lautaret ; pour elle on devient lâche, menteur et parjure, comme votre brillant chevalier de Peyras. Et moi-même, mon père, n’ai-je pas subi aussi l’influence maligne que semble répandre ce métal sur toute la contrée ? ”
Élie Berthet
Résumé
Élie Berthet, dans La Mine d’or, examine les ravages de l’ambition et de la cupidité dans un cadre alpin isolé. L’œuvre, publiée au XIXe siècle, suit les destins entrelacés de personnages comme Martin-Simon, Marguerite et Peyras, dont les décisions éthiques sont minées par la recherche d’une richesse découverte dans une grotte mystérieuse.
Les thèmes de la trahison, de la responsabilité et des conflits de valeurs traversent l’histoire, illustrés par des dialogues percutants. La structure narrative, marquée par des tensions familiales et des révélations dramatiques, souligne l’impossibilité de distinguer le bien du mal dans un monde corrompu par l’or.
Citations de La Mine d’or (Élie Berthet)
“ Marguerite s’approcha de la fenêtre et remarqua que le soleil descendait rapidement derrière les montagnes. — Mon père, il est tard, dit-elle ; la nuit approche, et le pied de cet homme n’est pas bien sûr. — Et moi je ne veux pas partir ce soir pour Briançon, dit le vagabond d’un air de défiance en regardant le montagnard ; je n’ai pas oublié vos menaces, bailli, et je ne me soucie pas qu’on me trouve demain matin au fond de quelque précipice où l’on dirait que je suis tombé par accident... Maintenant que je vais être riche, je ne veux pas mourir, moi. ”
“ En approchant du village, les montagnards s’étaient remis à causer avec vivacité ; mais Peyras, Michelot et les deux vieillards gardaient le silence et n’osaient se regarder les uns les autres, comme des hommes graves qui se rencontrent le lendemain d’une orgie à laquelle tous ont pris part. — Marguerite, disait Martin-Simon à sa fille, ce sacrifice a été plus pénible pour moi qu’on ne le pense... Néanmoins, je me sens léger et dispos, maintenant que je n’ai plus à cacher au reste des hommes un secret de cette importance, maintenant qu’une immense responsabilité ne pèse plus sur moi. ”
