“ Martin-Simon semblait connaître parfaitement les endroits où il devait poser le pied le plus sûrement : il montait les pentes avec une aisance, une facilité qui étonnaient les montagnards eux-mêmes. Il n’en était pas tout à fait ainsi du chevalier et de Michelot, ni même du moine et du maître d’école, plus habitués que les deux citadins à de pareilles excursions. Ils hésitaient souvent, s’arrêtaient pour respirer, et restaient en arrière du gros de la troupe. Mais la cupidité leur rendait aussitôt des forces, et, haletans, couverts de sueur, ils se remettaient à gravir le versant avec courage. ”
Martin-Simon
Définition et enjeux
Citations sur “Martin-Simon”
“ Tout le monde se retourna, et l’on aperçut Martin-Simon. À merveille ! messieurs, à merveille s’écria le roi du Pelvoux avec un accent de raillerie ; vraiment, la plus touchante harmonie règne entre vous, et vous cherchez à vous rendre dignes des trésors que vous allez posséder ! — Que signifie cette plaisanterie ? demanda le chevalier, qui était le plus fougueux de tous ; il n’y a dans tout ceci qu’un malentendu, car mon parent sans doute y regarderait à deux fois avant de se jouer d’une parole donnée à un gentilhomme ? ”
“ Ces gens arriveront avant nous dit le chevalier en désignant les montagnards qui étaient déjà loin. On doubla le pas, sans pour cela interrompre la conversation. Martin-Simon ne semblait plus se souvenir des motifs de haine qu’il avait contre les assistans, et il répondait avec sa bonhomie accoutumée à leurs observations. ”
“ Le brave homme me jurait qu’aujourd’hui on enseignait le latin aux jeunes demoiselles, et qu’à Paris les dames citaient Virgile à tout propos. — Un bruyant éclat de rire du montagnard fit retentir l’écho des rochers à ce plaisant souvenir. Les deux jeunes gens l’imitèrent, quoique avec réserve. Après avoir donné carrière à sa gaieté, Martin-Simon reprit avec plus de calme : — Où en étais-je donc ? ah ! je crois que nous parlions de ce pauvre diable que vous voyez là-bas, trottant sur ses grandes jambes maigres, les bras ballans et sa longue échine courbée en avant, comme s’il allait tomber... ”
“ Que diable chantez-vous là ? interrompit Martin-Simon avec sa rondeur joviale ; il n’est besoin ni de préparatifs, ni d’arrangemens ; la chose s’accomplira très simplement, avec Michelot et le maître d’école pour témoins ; moi et ma fille nous représenterons les grands parens. Il n’y aura ni noces, ni banquet, ni fracas. ”
“ Martin-Simon ne se montra nullement insensible à ce compliment. — Bien, jeune homme, répondit-il d’un air de satisfaction ; je vois que, malgré votre éducation, qui vous a appris à vous estimer plus que le commun des hommes, il y a en vous de nobles instincts qui ne demandent qu’à se développer. Vous ne sauriez croire combien je suis heureux d’entendre le fils de Philippe de Peyras exprimer des sentimens généreux ; et, souvenez-vous de mes paroles, chevalier, le bon mouvement que vous venez d’avoir vous portera bonheur. ”
“ Vous entendez ? ajouta-t-il en élevant la voix ; tant pis pour celui qui ne se trouvera pas à la caverne avec les autres, il s’en repentira certainement ! Il prononça ces paroles d’un air railleur ; cependant tout le monde promit d’être au rendez-vous, et on s’empressa de redescendre la montagne. Martin-Simon ne voulut quitter le plateau que le dernier, afin de s’assurer que personne n’était resté ni dans la mine, ni dans les environs. ”
“ Vous sentez bien qu’il ne manqua pas de bonnes gens pour accepter ces propositions brillantes ; monsieur Martin-Simon choisit ceux qu’il connut les plus honnêtes et les plus laborieux, et il fit construire tout le village actuel du Bout-du-Monde, dont il est le bienfaiteur aussi bien que le fondateur. Il n’est jamais sévère sur le chapitre des arrérages ; souvent même, lorsqu’un pâtre ou un laboureur, chef de maison, ne peut pas payer son annuité, le roi du Pelvoux lui fournit encore de l’argent pour nourrir sa famille pendant l’année suivante. ”
“ Le prieur s’inclina, mais ne donna aucune marque d’étonnement, comme le chevalier l’attendait peut-être en raison de la valeur de l’offrande. Pendant ce temps, Martin-Simon semblait chercher sa bourse de l’air d’un paysan avare qui s’exécute à regret pour payer son écot ; il réunit dans sa main ce qu’il put trouver de monnaie dans ses poches, et vida le tout dans le tronc de l’hospice. ”
Maurice Barrès,
Le Jardin de Bérénice
“ Aussi bien n'était-il pas essentiel d'arrêter net Simon, qui parlait presque comme un Charles Martin!—Tu viens de juger, lui dis-je, avec ce que tu as d'inférieur; tu as consenti à avoir du peuple une perception sensible, toi, si mal doué (comme moi, d'ailleurs) pour ce qui est des yeux! Ne sais-tu pas que si tu étais peintre, tu le trouverais pittoresque. Que chacun se construise son univers avec ses moyens! rentrons dans notre domaine, qui n'est pas le pire; il nous appartient de juger les choses sub specie aeternitatis.Nous avons la propriété de sentir ce qui est éternel dans les êtres. ”
E. Parmentier, Étretat : son origine, ses légendes… (1890)
“ Les Simon, de braves pêcheurs aussi, mais plus fortunés que les Martin, habitaient une jolie maisonnette spacieuse, bien bâtie, au milieu d'un jardin plein de fleurs, tapissée de treillis garnis de lierre, et entourée de frais ombrages. ”
Alexis Bouvier,
La femme du mort (6e édition)
(1879)
“ Que Martin soit assez gris pour ne plus se souvenir et pour t'obéir. ceci est ton affaire. — Compris, mon lieutenant, je navigue dans du cirage. mais c'est vous qui gouvernez, ça suffit. Je vais voir Martin, je le mouille, je le rentre. Quand tout le monde est parti. Rig arrive et conte son affaire. et je mène Martin à Auteuil. -— C'est ça. - Vous savez que Rig peut se dispenser de venir. Je peux préparer Martin de façon qu'il soit persuadé d'avoir vu ce que je voudrais qu'il ait vu. — Fais simplement ce que je te dis, Simon. et remue-toi. c'est pour cette nuit. A minuit il faut être ici. ”
David Martin, Le Nouveau Testament
“ Abba, Père, toutes choses te sont possibles ; transporte cette coupe arrière de moi ; toutefois non point ce que je veux, mais ce que tu veux. 37 Puis il revint, et les trouva dormant ; et il dit à Pierre : Simon, dors-tu ? n’as-tu pu veiller une heure ? 38 Veillez et priez que vous n’entriez point en tentation ; car quant à l’esprit, il est prompt, mais la chair est faible. ”
David Martin, Le Nouveau Testament
“ Pierre, lève-toi ; tue, et mange. 14 Mais Pierre répondit : Je n’ai garde, Seigneur ; car jamais je n’ai mangé aucune chose immonde ou souillée. 15 Et la voix lui dit encore pour la seconde fois : Les choses que Dieu a purifiées, ne les tiens point pour souillées. 16 Et cela arriva jusqu’à trois fois, et puis le vaisseau se retira au ciel. 17 Or, comme Pierre était en peine en lui-même, pour savoir quel était le sens de cette vision qu’il avait vue, alors voici, les hommes envoyés par Corneille s’enquérant de la maison de Simon, arrivèrent à la porte. ”
Jean-Baptiste Martin, Histoire des églises et chapelles de Lyon
“ Le temps ne refroidissait ni l’amour, ni l’orgueil de M. Pater, pour ses chers Cordeliers. À soixante-dix ans, il rêvait encore de bâtir et, comme le vieillard de la Fable, il aurait morigéné, sans vergogne, de plus jeunes que lui, assez osés pour plaisanter sa témérité ou ses illusions. Il s’attaqua, cette fois, à la façade et résolut de la réédifier, de la base au sommet. Depuis le 24 octobre 1837, que les plans de l’architecte avaient été adoptés, en séance fabricienne, on avait attendu, avant d’abattre les clochetons branlants et écornés de Simon de Pavie, des fonds pour les remplacer. ”
Henry Martin, Histoire de la bibliothèque de l'Arsenal (1900)
“ Le Milsonneau bibliophile est resté dans l'ombre. C'est à peine si une courte note de Fevret de Fontette, dans la deuxième édition du P. Lelong, cite le nom de Milsonneau comme celui de l'heureux possesseur des papiers de Valentin Conrart : «Ces pièces, y est-il dit, sont aujourd'hui (en 1766) dans la bibliothèque de M. Simon Vanel de Milsonneau, âgé de 87 ans, qui possède entr'autres 18 vol. in-fol. et 24 vol. in-4 de manuscrits de feu M. Conrart, contenant diverses pièces théologiques, historiques et de littérature, où il y a beaucoup de choses sur les protestants2. » ”
George Sand,
Revue des Deux Mondes
“ Simon est riche, et bientôt Simon sera puissant, avec la révolution qui se prépare en France. Moi, je n’ai rien, je ne peux plus vouloir d’un époux qui m’enrichirait du fruit de son travail, quand moi, par un caprice inexplicable, je renoncerais à ma dot. — Oh ! si c’est là tout, c’est peu de chose. 1o Simon Féline se soucie fort peu de votre dot. Je crois qu’il sera charmé de ne pas avoir à compter avec votre père. 2o Quant à vos scrupules de fierté, j’espère qu’il saura bien les lever. 3o Je sais une chose que vous ne savez pas, et qui va singulièrement amener à vous M. le comte. ”
Charles Simond, Les contes d'Orient et d'Occident… (1911)
“ Frédéric se sentit renaître à cet accueil amical de maître Martin, son trouble se dissipa, et non seulement il fit sans hésiter sa demande personnelle, mais il recommanda encore Reinhold. — Eh ! repartit maître Martin, vous ne pouviez venir mieux à propos ; j'ai beaucoup de travail et les ouvriers me font défaut. Je vous accepte donc tous deux de bon coeur. Déposez vos sacs de voyage et entrez. Le banquet touche à sa fin, mais il y a encore de la place pour vous, et Rosa vous servira. Et maître Martin introduisit les deux apprentis dans la salle du festin. ”
“ Songe-t-il qu’en se chargeant des intérêts de la partie adverse, il se pose l’antagoniste d’une famille honorable, et en particulier d’un homme qui l’a comblé des égards dus à son mérite, d’un ancien ami de sa famille, et de son digne oncle surtout ; d’un homme enfin qui, s’élevant au-dessus des préjugés de sa caste et devinant le brillant avenir du jeune avocat, l’a reçu avec distinction alors que sa position dans le monde était encore précaire ? — La position de Simon n’a jamais été précaire, permettez-moi de vous le dire, monsieur le comte : Simon est né homme de génie ”
Charles Simond, Les contes d'Orient et d'Occident… (1911)
“ Et son regard dévisageait le jeune homme qui clouait sur lui, hardiment, ses prunelles flamboyantes. Maître Martin, sans rien dire, reconnaissait que le jeune étranger avait la large poitrine, la forte musculature, les poings robustes d'un homme accoutumé au travail. ”
Gaston Boissier,
Saint-Simon
(1892)
“ Ce n'est pas tout pour un historien d'avoir été bien informé, il faut qu'il fasse un bon usage de ce qu'on lui apprend, qu'il veuille et qu'il puisse reproduire exactement les renseignements qu'il a reçus, et qu'il ne les dénature pas en nous les communiquant. En est-il ainsi de Saint-Simon? Nous allons être ici fort embarrassés pour répondre. Il faut pourtant que la question soit vidée. SaintSimon a, de nos'jours, des partisans fanatiques; mais il a aussi de très violents adversaires. Il est rare qu'il laisse les gens indifférents : on le suit en aveugle ou on lui conteste toute autorité. ”
“ Ces réflexions parurent frapper le comte, et soulevant un œil très vif, quoique fatigué par des rides nombreuses, il examina Simon d’un air de surprise et de doute. Mais reprenant aussitôt l’aisance communicative de ses manières : — Et l’amour du pays, monsieur, le comptez-vous pour rien ? reprit-il. Croyez-vous qu’on oublie les lieux qui vous ont vu naître ? Ah ! jeune homme ! vous ne savez pas ce que c’est que l’exil. Toute raison de sentiment imposait silence à Simon. Lors même qu’il ne l’eût pas crue bien sincère, il n’eût osé montrer ses doutes. ”
“ Tu as tout ce qu’il faut dans ta cervelle et dans ta poitrine, dans ton ame et dans tes poumons pour être orateur. Dans huit jours la question sera résolue, ou bien il faudra poser une nouvelle question sans se rebuter. Simon, craignant que le vin chaud et les divagations décevantes de son parrain ne vinssent à lui porter à la tête, alla se coucher. En se déshabillant, il trouva dans son gilet la lettre que sa mère lui avait remise de la part de Fiamma, et que, dans son effroi à l’aspect de la neige, et dans les agitations qui en avaient été la suite, il n’avait pas pu lire. ”
Charles Simond, Les contes d'Orient et d'Occident… (1911)
“ Le grand tonneau fut enfin achevé, et alors maître Martin recouvra toute sa gaieté et toute sa bonne humeur. — Oui, mon fils, dit-il en frappant familièrement Frédéric sur l'épaule, oui, mon fils,' c'est chose dite, si tu réussis à te faire aimer de Rosa et si tu fais une belle oeuvre de maîtrise, tu seras mon gendre. Et tu pourras alors aussi faire partie de la noble corporation des maîtres chanteurs et aspirer à de brillantes dignités. prendre deux ouvriers, travailleurs laborieux, mais gens grossiers, incultes, gâtés au contact des mauvaises connaissances faites dans leurs longs voyages. ”
Dominique-Marie-Joseph Henry, Notice sur un aveugle sourd et muet… (1838)
“ Simon reconnaît au tact toutes les personnes de sa commune et des environs, et les désigne chacune par un signe quelconque; il prend un air réservé s'il s'aperçoit que celle qu'il palpe ne lui est pas connue. ”
Gaston Boissier,
Saint-Simon
(1892)
“ Saint-Simon a tout préparé dans son esprit, tout disposé d'avance pour le succès. Il nous développe son plan avec des détails si précis, d'une façon si vivante, qu'on dirait que ce n'est pas un conseil qu'il donne pour l'avenir, mais le récit qu'il fait d'un événement passé. La cour doit être à Marly, « où le salon est vaste, commode, dégagé de quatre côtés », très propre à donner des audiences aux députés des États. ”
Adolphe Chéruel,
Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV
(1865)
“ En résumé, attention curieuse, finesse, sagacité, pénétration profonde dans le cercle borné que s'est tracé Saint-Simon, voilà les qualités d'observateur qu'on ne peut lui refuser. Le manque d'élévation dans l'esprit et la partialité des jugements sont des défauts graves ”
Charles Simond, Les contes d'Orient et d'Occident… (1911)
“ MAITRE MARTIN LE TONNELIER 295 Reinhold et Frédéric échangèrent un regard de stupéfaction. Maître Martin riait aux éclats. — Il est certain, Conrad (c'était le nom du nouvel ouvrier) , dit-il, que jamais original comme vous n'a mis un tablier de cuir. Vous entrez ici comme un géant avec lequel on ne peut lutter; vous beuglez à nous rompre le tympan, et pour comble de folie, vous prenez ma fille Rosa pour une demoiselle noble et lui parlez comme ferait un gentilhomme épris d'elle. ”
“ Il n’y a que moi, dit mademoiselle de Fougères à Simon, qui ne fasse rien pour vous ici. Vous êtes comme Jésus arrivant chez Marthe et Marie. Je suis celle qui se tient tranquille à écouter le Seigneur, tandis que l’autre travaille et se dévoue. — Et cependant, répondit Simon, le Seigneur préféra Marie, et conseilla à sa sœur de ne pas prendre une peine inutile. ”
Arthur de Boislisle,
La place des Victoires et la place de Vendôme…
(1889)
“ Saint-Simon l'accuse, en propres termes, d'avoir eu encore moins de probité que de science et de goût : « Il gagnoit infiniment aux ouvrages, aux marchés et à tout ce qui se faisoit dans les bâtiments, desquels il étoit absolument le maître, et avec une telle autorité, qu'il n'y avoit ouvrier, entrepreneur, ni personne dans les bâtiments, qui eût osé parler ni branler le moins du monde. » ”
Gustave-Nicolas Hubbard, Saint-Simon, sa vie et ses travaux… (1857)
“ Je ne serai plus que votre conseil, leur disait-il ; je deviendrai philosophe consultant. M. Augustin Thierry venait de lui envoyer son Histoire de la conquête d'Angleterre par les Normands, Saint-Simon la lut pendant la dernière période de sa maladie, et il exprima souvent la pensée qu'il trouvait l'ouvrage de son ancien élève supérieur, — 106 — regrettant toutefois de n'en pas approuver le point de vue philosophique, l'auteur s'y montrant principalement l'historien des races vaincues, et n'ayant pas su voir le progrès social dans l'avénèment des Normands. ”
Adolphe Chéruel,
Notice sur la vie et les Mémoires du duc de Saint-Simon…
(1876)
“ Nous avons reconnu quelle était la sagacité de SaintSimon comme observateur, et avec quelle pénétration il scrutait les pensées les plus secrètes. Mais cette sagacité même a ses dangers : en cherchant à découvrir les mobiles cachés des actions humaines, l'écrivain est exposé à prendre ses inventions pour des réalités, surtout lorsqu'il 1. Mémoires, tome XVI, p. 241. joint, comme notre auteur, à une imagination puissante un esprit chagrin et porté à la critique. On disait d'un jésuite renommé et contemporain de Saint-Simon : C'est notre père Tournemine, Qui croit tout ce qu'il imagine. ”
