Émile Delmas,
De Froeschwiller à Paris : notes prises sur les champs de bataille
(1871)
“ Le malheureux a le bras droit brisé ; on le porte au corps de garde, on l'étend sur le lit de camp et le docteur coupe avec précaution la manche de sa tunique jusqu'à l'épaule; la balle a fait d'affreux ravages; l'humérus est broyé à deux centimètres du col; la chair est arrachée comme eût pu le faire un éclat d'obus. Il faudra désarticuler l'épaule, et le cœur se serre à la pensée que ce corps, tout à l'heure plein de force et d'adresse, sera, dans quelques instants, affreusement mutilé. Le blessé ne profère pas une plainte, une seule préoccupation l'absorbe : la crainte d'être fusillé. ”
