Résumé

Portrait de Émile Delmas Émile Delmas De Froeschwiller à Paris : notes prises sur les champs de bataille (1871)

Le malheureux a le bras droit brisé ;
on le porte au corps de garde, on l'étend sur le lit de camp et le docteur coupe avec précaution la manche de sa tunique jusqu'à l'épaule; la balle a fait d'affreux ravages; l'humérus est broyé à deux centimètres du col; la chair est arrachée comme eût pu le faire un éclat d'obus. Il faudra désarticuler l'épaule, et le cœur se serre à la pensée que ce corps, tout à l'heure plein de force et d'adresse, sera, dans quelques instants, affreusement mutilé. Le blessé ne profère pas une plainte, une seule préoccupation l'absorbe : la crainte d'être fusillé.
Source : Gallica

Portrait de Émile Delmas Émile Delmas De Froeschwiller à Paris : notes prises sur les champs de bataille (1871)

Dans une maisonnette, dont les portes et les fenêtres sont brisées, un jeune capitaine de chasseurs à pied, étendu sur l'unique lit que renferme la pièce, découvre sa blessure; la balle a pénétré dans le ventre. Le blessé n'a pas conscience de la gravité de son état ! Il parle, il s'agite, il existe; encore quarante-huit heures, et cette tête intelligente et fine qu'il relève avec fierté, cette tête, sur laquelle on lit l'espérance et l'amour de la vie, frappera lourdement le fond de quelque fosse ignorée.
Source : Gallica

Portrait de Émile Delmas Émile Delmas De Froeschwiller à Paris : notes prises sur les champs de bataille (1871)

Le ciel prend enfin pitié de lui, il perd connaissance, la vie se retire insensiblement de ce corps où l'âme sommeille; encore quelques heures et tout sera fini! Quelquefois le hasard conduit auprès du mourant les chercheurs infatigables et, le quatrième jour après la bataille, des sommets boisés de Morsbronn, deux de nos compagnons ont rapporté, vivant encore, sauvé peut-être, un de ces malheureux dont la raison, ébranlée par cette agonie, resta égarée pendant bien des jours. Quelquefois aussi les bras manquent, le vaste champ n'est pas partout exploré et le blessé meurt abandonné.
Source : Gallica

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