“ L’humanité ne s’endormira jamais, parce que la paix n’endort point. De ce que la guerre est une crise de nerfs, il ne faut pas conclure que la paix soit un sommeil. Entre les deux il y a le travail sain, l’effort sain, la lutte, parfois même trop acharnée encore. Loin que la paix soit endormante, il faudrait qu’elle même devînt plus pacifique et se rapprochât davantage de la fraternité. Ne craignez donc pas pour les peuples une somnolence et une léthargie maladives. Il n’y a pas de peuple plus pacifique et, relativement, plus sûr de rester en état de paix que la Belgique. ”
Résumé
“Le Pacifisme”, est une œuvre de Émile Faguet. Des thèmes tels que la guerre, le peuple ou la conquête y sont abordés.
Citations de Le Pacifisme (Émile Faguet)
“ Vauvenargues, qui est rarement de l’avis de ses contemporains, pense peu de bien de la paix. Tout en s’affligeant de ce que les armées de son temps ne soient animées ni par l’intérêt de la guerre qu’ils soutiennent, ni par l’amour de la gloire, ou de la patrie, mais simplement menées et ramenées par le tambour, ce qui, du reste, ne signifie pas grand’chose ; il méprise la paix « qui borne les talents et amollit le peuple » et il exalte la vertu militaire : « Il n’y a pas de gloire achevée sans celle des armes. » ”
“ Un peuple en déteste un autre uniquement parce qu’il n’est pas fait comme lui, parce qu’il a une autre langue, une autre religion, d’autres mœurs, d’autres coutumes, un autre caractère. Il l’attaque. On peut dire que c’est naturel ; mais il n’y a rien au monde de plus absurde. Car ce peuple, appelons-le le peuple A, que fera-t-il du peuple B s’il triomphe de lui ? Il le rapprochera de soi, de quelque manière qu’il s’y prenne, et c’est-à-dire qu’il aura réussi à en souffrir davantage. En effet, ou il en fera son tributaire, ou il l’annexera, simplement. ”
“ Les guerres de conquête font honte aux guerres de magnificence en ce que, elles au moins, ont un but matériel et réel. Elles sont faites pour diminuer le territoire du peuple vaincu et pour tirer de lui une indemnité de guerre, pour l’affaiblir en un mot, le rendre incapable de nuire et s’enrichir de ses dépouilles. Les guerres de conquête, à leur manière, mangent les vaincus. On peut donc accorder qu’elles sont beaucoup plus intelligentes et beaucoup plus rationnelles que les guerres impulsives et que les guerres de magnificence. Elles sont des guerres de pillage supérieures et méthodiques. ”
“ Qu’on ne nous dise pas que s’il y a des blessés et des morts, c’est la faute du peuple faible qui ne sait pas reconnaître tout de suite et spontanément sa faiblesse et donner au peuple fort tout ce qu’il demande, auquel cas le peuple fort ne verserait pas une goutte de sang. L’objection vaut peu. Sans doute, dans nos idées, tout peuple par qui la guerre existe, par qui la guerre a lieu, est coupable et le peuple faible qui résiste au peuple fort et qui oblige celui-ci à être cruel est presque aussi coupable que le peuple agresseur. ”
“ Cette idée est celle-ci : les Français, par la Révolution qu’ils viennent de faire, se sont révélés le premier peuple du monde. Ils vont conquérir l’Europe par droit de souveraineté intellectuelle et morale, « le peuple souverain s’avance » ; ils vont conquérir l’Europe, mais pour lui donner la paix et la liberté, pour renverser tous les tyrans et pour faire une Europe républicaine, démocratique, égalitaire, sous des lois inspirées par la Déclaration des droits de l’homme et sous l’hégémonie protectrice de la France. ”
“ La guerre, l’état belliqueux, pour mieux parler, est une illusion entretenue par des habiles. C’est une nécessité illusoire ; c’est une prétendue nécessité. Il suffirait de n’y pas croire pour qu’elle n’existât pas. Plût à Dieu que toutes les nécessités fussent de ce genre ! L humanité est attachée à l’état belliqueux comme la poule est attachée à la ligne, tracée à la craie depuis sa patte jusqu’au mur. Elle n’y est attachée que parce qu’elle croit l’être. ”
“ Ce que la guerre a de plus dangereux parce que c’est ce qu’elle a de plus corrupteur, c’est la paix avant et après allé, c’est la paix armée, c’est le militarisme en temps de paix. Le militarisme en temps de guerre a peut-être sa grandeur. Il développe, parce qu’il les exige, le courage, le sang-froid, la patience, la ténacité, l’abnégation, l’héroïsme ; mais le militarisme en temps de paix est une triste école de démoralisation et de dégradation. ”
“ La nationalité italienne a été créée lentement par la domination de l’Allemagne en Italie et aussi par la courte domination de la France en Italie. Ce qui a peu à peu détruit le patriotisme local des provinces italiennes et créé le patriotisme général italien, l’italianisme, c’est l’oppression exercée sur l’Italie par l’étranger. Ce qui a créé le patriotisme allemand, le germanisme, c’est le Premier Empire français et l’oppression de l’Allemagne par la France. C’est à se sentir opprimés ensemble qu’on finit par se sentir frères et par sentir le besoin d’être libres ensemble. ”
“ Admirablement servis par les circonstances qui ont fait que jamais, ou presque jamais, deux peuples à la fois n’ont été en guerre contre eux, ils ont créé un empire très considérable ; ils ont même cru avoir soumis le monde entier, illusion dont ils durent revenir plus tard ; et l’idée impérialiste est née en eux. L’idée impérialiste est celle-ci. Il y a un peuple qui, parce qu’il a plus de cohésion, de sévère police et de forte discipline qu’un autre et que tous les autres, a droit de commander à tous les autres. ”
“ Si l’on voulait chercher quelque chose de l’idée pacifiste chez les Grecs, ce serait chez les Stoïciens et les Cyniques, qui ont, ceux-là une inclination, ceux-ci une tendance assez forte à écarter l’idée de patrie, à se considérer comme citoyens du monde et qui à ce titre peuvent être considérés comme pacifistes passifs, si je puis dire, et j’entends par cela comme des hommes qui ne cherchent aucun moyen d’établir la paix parmi les peuples, mais qui acceptent la force, la conquête, l’oppression d’où qu’elle vienne et ne croient pas qu’il vaille la peine de se défendre contre elle. ”
“ Il y a d’autres genres de guerre, comme par exemple la guerre de pillage. La guerre de pillage est beaucoup plus raisonnable, si une guerre peut l’être, que la guerre impulsive: c’est, tout compte fait, une industrie. Deux peuples sont en présence, l’un industrieux, laborieux, inventif; il est industriel et agriculteur. Il est riche. L’autre n’aime ni cultiver la terre ni se livrer à l’industrie, il est pauvre. De temps en temps, pressé par la faim, il va faire une razzia sur le territoire du peuple agriculteur et industriel. ”
“ Nous condamnons les guerres de pillage quand même elles prendraient le titre de guerres économiques. Elles ne rapportent jamais à personne ce qu’elles coûtent. Faut-il parler des guerres de magnificence? Oui, parce qu’elles sont très caractéristiques d’un vice humain qui est mêlé à toutes les guerres, quelles qu’elles soient, en proportions variées. Les monarchies ont fait des guerres de magnificence ; les républiques aussi. Une guerre de magnificence est une guerre de gloire ; c’est une guerre destinée à relever le prestige d’un peuple ou à l’accroître. ”
“ La guerre de religion, toujours mêlée, du reste, de motifs politiques et de motifs d’intérêt matériel, comme aussi toujours mêlée de simple impulsivité belliqueuse, la guerre de religion, si on la ramène à ce qu’elle a d’essentiel, c’est la volonté, chez un peuple, instinctive, sentimentale ou intellectuelle, que les autres peuples aient la même religion que lui ; ou la volonté, dans une partie d’un peuple, que le reste du peuple ait la même religion qu’elle. ”
“ La guerre est une invention des tyrans qui, sous prétexte, soit d’accroissement extérieur, soit de défense extérieure, ne poursuivent que les intérêts de leur domination intérieure. Le Sénat romain inventait une guerre nouvelle toutes les fois qu’une guerre ancienne était finie, pour dériver du côté des frontières l’ardeur du peuple et le divertir de ses revendications démocratiques. La guerre défensive elle-même et la préparation de la guerre défensive ne sont que des prétextes inventés par des gouvernements qui veulent rester armés surtout contre ceux qu’ils gouvernent. ”
“ Il faut avouer que les plus grands maux qui pèsent sur les peuples civilisés nous sont attirés par la guerre et non pas tant par la guerre passée ou présente que par les préparatifs ininterrompus et même sans cesse multipliés de la guerre future. Mais... y aurait-il cette culture, cette étroite union des classes de l’État et l’accroissement de la population et même ce degré de liberté qui, quoique très resserré par des lois, existe encore, si cette guerre toujours redoutée n’imposait pas même aux chefs de l’État le respect de l’humanité? ”
“ Quand on songe avec quelle peine et quels efforts cette pauvre humanité, dans les circonstances les plus heureuses, peut lutter contre les rigueurs de la vie et les difficultés opposées par la nature même des choses, on se demande comment il peut se faire ; qu’il y ait tant d’esprits pour qui patriotisme et amour de la guerre sont synonymes. Il a fallu toute une génération pacifique pour amener quelques rudiments d’amélioration dans le sort des classes laborieuses et deux ou trois ans de guerre déferaient et au delà l’œuvre de ces vingt-cinq années. ”
“ Au fond tout ce qui est prétexte et tout ce qui est sophisme étant écarté, la guerre de conquête consiste en ceci : rendre plus fort celui qui est plus fort. Si l’équilibre entre les peuples peut être considéré d’une part comme une garantie de l’harmonie générale, d’autre part comme une garantie relative de l’indépendance des différentes nations, d’autre part encore comme une certaine forme de la justice ; c’est précisément le but contraire qu’il faudrait chercher et atteindre. ”
“ Tant que le caprice de quelques hommes fera loyalement égorger des milliers de nos frères, la partie du genre humain consacrée à l’héroïsme sera ce qu’il y a de plus affreux dans la nature entière... Ce qu’il y a de pis c’est que la guerre est un fléau inévitable. Si l’on y prend garde, tous les hommes ont adoré le dieu Mars. Le célèbre Montesquieu, qui passait pour humain, a pourtant dit qu’il est juste de porter le fer et la flamme chez ses voisins dans la crainte qu’ils ne fassent trop bien leurs affaires. ”
“ La vie de caserne corrompt les jeunes gens juste au moment de leur vie où ils sont sans force de résistance contre les agents de démoralisation et juste au moment où les habitudes que l’on contracte ont une influence sur la vie tout entière. Cela doit faire frémir, surtout lorsque l’on songe qu’autrefois c’était une faible partie de la nation et la plus incorruptible, en ce sens qu’elle était déjà corrompue, qui passait par cette école et qui du reste y restait, ce qui faisait qu’elle ne pouvait guère contaminer le reste du peuple. ”
“ Une guerre de religion est une guerre qui est faite pour tel ou tel motif, mais qui est toujours faite par des hommes qui ont de la religion. Or ces hommes religieux, poursuivant leur but très pratique, qui est le pouvoir, la puissance, la domination, non seulement ne sont pas entravés dans leur élan par une religion qui recommande la paix et qui en fait un devoir ; mais trouvent dans leur religion même une excitation belliqueuse qui s’ajoute à toutes les autres ! ”
“ Ces guerres primitives ayant probablement duré plus longtemps que n’a duré la période historique de l’humanité, il n’est pas très étonnant que l’homme historique ait obéi et obéisse encore à une impulsion qui n’a été d’abord qu’une nécessité et qui est devenue un instinct par hérédité et par habitude. Que nous soyons très loin de l’époque où l’homme rencontrait à chaque pas une bête féroce et par conséquent était sans cesse tendu et bandé vers la lutte, ce n’est qu’une apparence. ”
“ « Tous les gouvernements sont militaristes ; mais aucun peuple ne l’est. Aucun peuple ne veut conquérir, aucun peuple ne veut se battre. Chaque peuple n’a rien à craindre de son voisin. Désormais, la paix universelle est faite. » S’il y a cercle vicieux provenant des faits eux-mêmes : si le peuple A ne peut désarmer que quand le peuple B aura désarmé et si le peuple B ne peut désarmer que quand aura désarmé le peuple A et du reste aussi le peuple C, n’est-ce pas pitié que l’humanité soit enserrée dans un cercle vicieux pour ainsi dire enfantin ? ”
“ Il y a perte de tous les côtés, perte qui n’est pas compensée, quoi qu’on en puisse dire, par le magnifique élan, par la magnifique excitation au travail et à un redoublement de travail, que le pillage laisse derrière lui. N’en croyez pas le peuple vainqueur qui, en s’en allant chargé de butin, dit : « Maintenant ils vont travailler et produire deux fois plus que les années précédentes ; ils ont besoin de temps en temps de ce coup d’aiguillon et c’est un service que nous leur rendons. » ”
“ À combattre une nationalité, on la confirme bien plus souvent qu’on ne la détruit ; il arrive même qu’on la crée là où elle n’était pas, c’est-à-dire qu’on la suscite là où elle n’était qu’à l’état latent ; de même on créerait un sentiment religieux ou une conviction là où ils ne seraient qu’en puissance, à peine en puissance, en prétendant imposer par la force un sentiment religieux ou une conviction contraire. La guerre est partout absurde ; elle est absurde plus que partout et plus que jamais quand elle est guerre pour une idée. ”
“ La guerre est démoralisatrice parce qu’à cause d’elle il y a deux droits, deux justices, deux vertus, et que l’un de ces droits est négateur de l’autre, l’une de ces deux justices négatrice de l’autre, l’une de ces deux vertus négatrice, corruptrice et destructrice de l’autre. À cause de la guerre il y a deux morales absolument contradictoires, que l’on enseigne toutes deux aux hommes, dont l’une commande tout ce que l’autre défend, exalte tout ce que l’autre flétrit, et présente comme des actes de sublime vertu ce que l’autre appelle crimes ”
“ Il dira qu’il ne faut faire la guerre que quand, non seulement elle est juste et opportune, mais encore présente de grandes, de très grandes chances de succès. Il condamne la résistance insensée des Sagontins contre les Carthaginois et celle de Caton contre César ; il ne craint pas de dire : « La vie étant le plus grand des biens et valant mieux que la liberté, il n’est pas sage de l’exposer pour la liberté et autres choses semblables. Il faut préférer l’esclavage. » — Voilà du vrai pacifisme. ”
“ Nous les condamnons aussi comme antiéconomiques ; car elles détruisent plus qu’elles ne créent et elles sont par conséquent une perte pour l’humanité. La guerre de pillage, d’une part, empêche la nation pillarde de produire, parce que celle-ci compte sur le pillage pour vivre et ne s’applique pas à la production ; et la guerre de pillage empêche la nation pillée de produire pendant tout le temps qu’elle est pillée et surtout si elle a la mauvaise inspiration, excusable après tout, de se défendre. ”
“ Un simple, d’esprit droit, quoique limité, peut être bon citoyen passif, pour ainsi parler, respectueux de la loi et des ministres de la loi, s’engrener assez bien, suffisamment, dans l’état social, et ne point aimer ce qui l’engrène et l’enchaîne plus étroitement, une hiérarchie très apparente et très sensible, où il est très nettement à un rang très déterminé, lequel n’est pas très élevé, une hiérarchie où il est simple fidèle ou simple soldat et qui prétend le forcer soit à penser, soit à agir d’une manière très précise, très arrêtée et très uniforme. ”
“ Concluons que Montesquieu est un pacifiste, puisqu’il n’admet que les guerres de défense ; mais concluons que par sa théorie de la conquête il est pacifiste et belliciste, pacifiste chez les peuples faibles, puisqu’il leur conseille, à tout prendre, de se laisser conquérir avec résignation et espérance ; belliciste chez les peuples forts, puisqu’il leur conseille, dans l’intérêt de l’humanité et dans l’intérêt même des peuples faibles, de conquérir les peuples faibles pour peu qu’il y ait prétexte à cela et en leur montrant que les prétextes ne manquent jamais. ”
“ Quelquefois la frugalité de la nation conquérante l’a mise en état de laisser aux vaincus le nécessaire qui leur était ôté sous le prince légitime. Une conquête peut détruire les préjugés nuisibles et mettre, si j’ose ainsi parler, une nation sous un meilleur génie... C’est à un conquérant à réparer une partie des maux qu’il a faits. Je définis ainsi le droit de conquête : un droit nécessaire, légitime et malheureux, qui laisse toujours à payer une dette immense pour s’acquitter envers la nature humaine. ”
“ Les guerres de conquête détruisent les nationalités et elles les créent ; de telle sorte que l’on ne sait aucunement ce que l’on fait quand on fait une guerre de conquête. C’est un affreux jeu de hasard. Il arrive qu’en faisant une guerre de conquête, on détruit une nationalité — le temps aidant — et on l’incorpore dans la sienne ; il arrive qu’on ne la détruit pas et qu’elle subsiste sous votre joug, toujours frémissante et infiniment embarrassante pour vous ”
“ Comme il l’a très bien reconnu lui-même, de peuple à peuple les Grecs n’ont, somme toute, reconnu que la force. Socrate, d’après Xénophon, que, du reste, il ne faut pas beaucoup plus croire sur Socrate que Platon lui-même, conseillait de faire le plus de mal possible à ses ennemis vaincus, de les dépouiller de leurs biens et de leur liberté. Le même Xénophon fait parler ainsi son roi idéal : « Prenez ! Tout ce qui est dans la ville vous appartient, corps et biens ; vous serez philanthropes en laissant quelque chose aux vaincus. » ”
“ Un peuple, le peuple A, qui n’a ni la complexion ni le caractère du peuple B, a été annexé, incorporé par le peuple B ; mais il n’a pas été absorbé par lui. Il se sent autonome, moralement ; il se sent distinct ; il se sent un peuple. Comment n’en voudrait-il pas éternellement au peuple B ? Voilà les conséquences des iniquités de l’histoire. Assurément nous n’en pouvons vouloir au peuple A de désirer son indépendance et par conséquent de détester le peuple B qui la lui a enlevée et qui continue de la lui ravir. ”
“ Il en sera de même de la guerre qui, à supposer encore qu’elle ait été vraiment un moyen de civilisation, est certainement celui dont la disparition sera la moins regrettable et la moins regrettée. La guerre ne sert jamais à rien. On la dit faite pour amener la paix, une paix durable en ce que, de deux puissants elle en élimine un qui désormais se tiendra tranquille. ”
“ Les ministres ont besoin de la guerre pour se rendre nécessaires, pour jeter le prince dans des embarras dont il ne se puisse tirer sans eux et pour perdre l’État, s’il le faut, plutôt que leur place ; ils en ont besoin pour vexer le peuple sous prétexte des nécessités publiques ; ils en ont besoin pour placer leurs créatures, gagner sur les marchés et foires, en secret, mille odieux monopoles ; ils en ont besoin pour satisfaire leurs passions et s’expulser mutuellement ”
“ Les dangers primitifs ont créé l’inquiétude éternelle qui voit des périls quand il n’y en a plus et qui à les voir les crée, ce qui fait qu’il y en a en effet, de quoi l’inquiétude redouble. Une guerre de religion, abstraction faite des motifs politiques qui y étaient toujours mêlés, est une guerre où chaque homme voit dans l’homme d’en face un être différent de lui, ce qui n’est pas sûr, ce qui est toujours inquiétant, toujours redoutable. L’amour du semblable pour le semblable est certainement à mon avis un sentiment primitif, naturel, fondamental, irréductible ”
“ En l’absence d’un droit international que précisément l’existence des nations empêche d’exister, puisque si ce droit existait il n’y aurait qu’une nation, il ne peut y avoir que guerre ou conventions pacifiques toutes temporaires : « La raison sans guide assuré, se pliant toujours vers l’intérêt personnel, dans les choses douteuses, la guerre serait encore inévitable quand même chacun voudrait être juste. Tout ce qu’on peut faire avec de bonnes intentions c’est de décider ces sortes d’affaires par la voie des armes ou de les assoupir par des traités passagers. » ”
“ Sur une nation entêtée, comme l’Allemagne, et sur une nation frivole comme la France les effets d’une défaite sont exactement les mêmes, seulement ils ne sont pas les mêmes pour la même longueur de temps. L’Allemagne voudra toujours nous punir de la bataille d’Iéna et même de l’incendie du Palatinat ; en Allemagne on n’oublie point. En France, quinze ans est une longue période de vie humaine, et au bout de quinze ou vingt ans Sedan était, sinon oublié, du moins très lointain dans les souvenirs. ”
“ Par la trêve de Dieu elle cherchait à atténuer les « guerres privées », qui étaient un fléau plus redoutable encore que les guerres générales et qui décimaient continuellement toutes les populations de l’Europe. Par ses prétentions à être comme un tribunal des rois, elle essayait une sorte d’impérialisme spirituel qui n’est pas autre chose que la plus grande pensée et le plus grand dessein qui ait traversé le monde. Si l’impérialisme temporel peut se défendre par la beauté de son but, l’impérialisme spirituel peut se défendre par la sainteté du sien. ”
“ Remarquez que, pour nous conformer à cette loi d’approximation que nous indiquions tout à l’heure et d’après laquelle les trois anciennes habitudes de l’humanité doivent s’approcher de plus en plus de la disparition sans peut-être disparaître jamais, nous pouvons dire ceci, qui est très vraisemblable : la guerre impulsive, comme bien d’autres prétendus instincts de l’humanité, se transformera d’abord pour tendre à la disparition ensuite ; la guerre deviendra lutte, lutte économique, lutte industrielle, lutte commerciale. ”
“ Mais le progrès de l’humanité consiste à diminuer indéfiniment la nécessité des maux comme condition des biens, la nécessité du mal comme condition du bien. De même que le travail, l’effort, sont depuis la chute une condition de la vie saine, mais peuvent être progressivement réduits jusqu’à un minimum nécessaire mais suffisant ; de même la guerre à la fois est nécessaire et peut être réduite à un minimum suffisant. Remarquez que ce minimum pourrait être, non pas même la guerre, mais seulement la crainte de la guerre, l’idée de la guerre considérée comme pouvant venir. ”
“ La conquête, au moins pendant très longtemps, embarrasse beaucoup le conquérant. La conquête est une proie qu’il faut digérer, et pendant la digestion on est alourdi, faible et proie facile, à son tour, pour un autre. Un peuple vainqueur et terriblement vainqueur, et sans protestation de la part de l’Europe, en 1870, à quoi a-t-il songé, dirigé qu’il était par un homme à la fois très audacieux et très prudent ? ”
Termes fréquents
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