“ C’était la coutume des Romains d’appeler hommes nouveaux ceux dont les ancêtres avaient vécu dans l’obscurité, et qui commençaient à s’illustrer par eux-mêmes ; ils donnèrent donc à Caton le nom d’homme nouveau ; mais il disait lui-même que, s’il était nouveau à l’égard des honneurs et de la réputation, il était très ancien par les exploits et les vertus de ses ancêtres. ”
Caton l'Ancien
Définition et enjeux
Citations sur “Caton l'Ancien”
Adolphe Berger, Histoire de l'éloquence latine depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron… (1872)
“ En remettant l'éloquence de Caton en honneur, ils espéraient peut-être ramener les anciennes mœurs avec l'ancien langage. Mais on n'arrête pas la décadence ; on ne corrige pas la corruption invétérée d'un peuple avec des archaïsmes et des vieux livres. Le plus utile résultat qu'ait eu cet amour de Fronton, de Marc-Aurèle et d'Aulu-Gelle pour les discours de Caton, a été de nous en conserver les plus beaux passages. ”
Jean-Jacques Courtaud-Diverneresse, Cours de thèmes gradués adapté à toutes les grammaires latines… (1846)
“ Càton l'ancien se distingua d'abord par ses vertus militaires , et exerça les premiers emplois de la république romaine. Revenu censeur, il déclara une guerre mortelle au luxe et aux méchants ; et cependant les citoyens corrompus n'osèrent jamais ni le calomnier, ni s'opposer à ce qu'il avait statué pour le bien de la république. ”
M. Patin, La Poésie didactique à ses différents âges
“ La philosophie, une des principales inspirations de la muse latine dès le temps d’Ennius, le redevint, avec un éclat singulier, au temps de Lucrèce. Les Romains n’ont point été proprement des philosophes, mais des amateurs en philosophie ; ils se sont plu à philosopher à l’exemple et avec les doctrines des Grecs, et cela de fort bonne heure. On se rappelle les succès obtenus dans la société romaine, au temps de Caton l’ancien, par les députés de la Grèce, députés philosophes, représentant l’ensemble de la philosophie grecque, Diogène, Critolaüs et Carnéade. ”
Monsieur Masquelez, Étude sur la castramétation des romains et sur leurs institutions militaires (1864)
“ L'expérience qu'il avait acquise en prenant part aux hostilités en Italie, en Espagne et en Thrace, devait donner à ce récit une grande valeur au point de vue militaire. trions les expressions consacrées pour chaque objet précisément à l'époque la plus importante, sans compter l'intérêt qui s'attacherait particulièrement aux écrits d'un homme aussi célèbre que Caton l'Ancien. ”
Emile Boissière, Excursions parisiennes : notes de vacances (1862)
“ Caton, un ancien, qui apprenait le grec à quatre-vingt-sept ans et qui parlait latin pour la plus grande commodité de ses collègues, Caton raillait un jour son siècle en ces termes : Jam '< pridcniverarerum vocabula voilà longtemps "que nous avons «. perd J le vrai sens des mots : prodiguer le bien d'autrui s'appelle « libéralité ; l'audace dans le crime s'appelle courage ; et voilà « comme la République est tombée si bas ! » Je serais bien curieux de savoir ce que Caton dirait aujourd'hui, s'il se promenait dans les rues de Paris, et qu'il sût le français. ”
“ Et il n’était point étonné que l’impératrice se mît en balance avec la ville, puisqu’il y avait bien un culte parallèle de Vénus et de la Ville. Et même sans cela, Auguste n’avait-il point exprimé cette volonté, que le culte de Rome fût toujours associé à celui de l’empereur ? Smyrne éleva le premier temple à la Ville, Caton l’Ancien consul, l’an 559 ; vingt-quatre ans après, Alabanda, le second, sur le modèle des temples de Vénus, et les premiers poètes chrétiens ont pu écrire : Son culte est sanglant, à elle [Rome] De même sorte qu’à une déesse, et le lieu est pris pour un dieu ”
Ambroise Rendu, Cours d'histoire et de géographie… (1841-1842)
“ Les plus illustres citoyens en donnaient l'exemple, et l'on comptait à peine quelques hommes à l'abri de la contagion. Parmi eux on a placé Caton 4'Ancien, illustre déjà par ses exploits en Grèce et en Espagne, Caton, dont la censure a laissé dans l'histoire un ineffacable souvenir. Admirateur outré des vertus des anciens Romains, on le voyait travailler dans les champs avec ses esclaves , et quitter un commandement aussi pauvre qu'il l'avait reçu. H détestait comme une cause d'affaiblissement moral tous les développements de la civilisation dans Rome ”
Pline l’Ancien,
Histoire naturelle
“ « Il n’y a, dit-il, que les vers qui fassent la guerre aux morts. » Ce mot les a frappés d’un tel discrédit, que les savants les regardent comme ce qu’il y a de plus impudent. Ainsi, tranquille même contre les vétilleurs (vililitigatores) , mot que Caton a élégamment composé des mots vice et litige (que font-ils en effet autre chose que de chercher matière à litige ?) , avançons ce qui me reste à dire. Le bien public exigeant que j’épargne votre temps, j’ai ajouté à cette lettre la table de chacun des livres ”
Adolphe Berger, Histoire de l'éloquence latine depuis l'origine de Rome jusqu'à Cicéron… (1872)
“ « Cette censure, dit Tite-Live, fut fameuse et remplie d'inimitiés que valut à Caton sa dureté, et qui le poursuivirent toute sa vie 3. » Elle devint proverbiale, mais elle lui attira quarante-quatre accusations dont il sortit vainqueur sans avoir jamais été condamné. A l'âge de quatre-vingt-cinq ans même, il fut accusé de crime capital par un de ses ennemis, un ancien censeur nommé Cassius. Réduit à parler et à plaider sa cause devant une foule d'un autre âge, le vieillard en appela au droit, desponsio, qui lui permettait de demander d'autres juges que le peuple. ”
C. Martha, Revue des Deux Mondes
“ Souvent le philosophe, comme le prêtre chrétien, assistait les mourans et les condamnés, et leur apportait non plus les exhortations viriles, mais les espérances suprêmes. Caton, résolu de mettre son âme en liberté, après avoir lu deux fois un livre de Platon sur l’immortalité, fait sortir de sa chambre ses amis et son fils, pour échapper à l’importune surveillance de leur tendresse, et ne souffre près de lui que deux philosophes, et s’il finit aussi par les éconduire, c’est que ce rude et fier courage, si sûr de lui-même, se croyait au-dessus des consolations. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ Ni la sécheresse laborieuse de ses lettres, ni les déclamations ampoulées de ses panégyriques, ne nous faisaient rien attendre de pareil. Évidemment ici la passion religieuse l’a servi ; il défend une cause qui lui est chère, et, suivant le mot de Caton, le cœur l’a fait éloquent. Peut-être aussi ne l’a-t-il été que parce qu’il n’éprouvait pas le besoin de l’être. Il ne voulait pas composer une harangue, mais un simple rapport ; ce n’était pas le grand orateur qui parlait, mais le préfet de Rome qui exposait une affaire au prince. ”
Salluste,
Œuvres complètes de Salluste
“ Mais Caton, lui, faisait son étude de la modération, de la décence, et surtout de l’austérité : il ne le disputait ni d’opulence avec les riches, ni d’influence avec les meneurs de factions, mais bien de courage avec les plus fermes, de retenue avec les plus modérés, de désintéressement avec les plus intègres ; aimant mieux être homme de bien que de le paraître : aussi, moins il cherchait la gloire, plus il en obtenait. ”
Théophile Dufour, Lettres à Quinet sous l'Empire… (1883)
“ Caton pouvait mourir, il le devait ; la liberté de Caton, c'était surtout celle de Rome, c'était une institution ; la nôtre est un principe, elle n'appartient pas à une ville, à un peuple, à une époque, elle appartient au monde, à la philosophie, à la civilisation, à l'humanité tout entière. C'est là la grande conquête et le nouveau monde des temps modernes ; c'est là aussi ce qui m'empêche de mourir et de me désespérer, c'est là ce qui me permet de sourire encore, quand je pense aux jours hideux que nous traversons. ”
“ Caton était donc avec justice l’objet de l’admiration publique, lorsqu’au milieu de tous les autres citoyens qu’on voyait, amollis par les voluptés, succomber aux moindres travaux, il se montrait seul invincible et à la peine et au plaisir, et cela, non seulement dans sa jeunesse et lorsqu’il briguait les honneurs, mais dans sa vieillesse même et sous les cheveux blancs, après son consulat et son triomphe : il était comme un courageux athlète qui, même après la victoire, continue ses exercices, et ne les cesse qu’à sa mort. ”
Amélie Suard,
Madame de Maintenon, peinte par elle-même…
(1810)
“ IL est bien difficile, disoit Caton, de rendre compte de sa conduite à des gens d'un autre siècle que celui où l'on a vécu ; j'ajouterai qu'il est même très-rare d'être bien jugé par les hommes au milieu desquels on vit : Caton lui – même en est la preuve. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ Contre ses adversaires, qui sont les partisans obstinés du passé, il invoque les exemples des aïeux, et les désarme ainsi par avance de leurs argumens ordinaires. Est-ce bien lui, est-ce Caton qui dit : « Certainement la vertu et la sagesse étaient plus grandes chez nos pères, qui avec de si faibles ressources ont créé un si grand empire, que chez nous qui avons tant de peine à conserver ce bel héritage ? » Le début de son discours est surtout d’une adresse remarquable. Il n’ignore pas qu’il parle à des gens passionnés, furieux, qui ne sont plus maîtres d’eux-mêmes. ”
Gaston Boissier,
Cicéron et ses amis
“ Homme d’esprit et de plaisir, indifférent aux principes, sceptique sur les opinions, habitué à vivre au milieu d’un monde léger et poli, il était difficile que Caton lui semblât autre chose qu’un fanatique et qu’un brutal. ”
Voltaire,
Théâtre choisi de Voltaire. Tome 5
(1831)
“ J'ai vu périr Caton, etc. Je propose quelques réflexions sur la vie et sur la mort de Caton. Il ne commanda jamais d'armée; il ne fut que simple préteur : et cependant nous prononçons son nom avec plus de vénération que celui des Césars, des Pompée, des Brutus, des Cicéron et des Scipions même ; c'est que tous ont eu beaucoup d'ambition ou de grandes faiblesses. C'est comme citoyen vertueux, c'est comme stoïcien rigide qu'on révère Caton malgré soi; tant l'amour de la patrie est respecté par ceux même à qui les vertus patriotiques sont inconnues ! ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Mais il y a un mot de Caton bien plus caractéristique encore, et qui va bien plus loin : l’homme admirable, l’homme divin et le plus digne de gloire, c’est, suivant lui, celui qui prouve, par ses comptes, qu’il a acquis plus de bien dans sa vie que ne lui en avaient laissé ses pères. Caton était déjà vieux, lorsque Carnéade, philosophe académique, et Diogène, philosophe stoïcien, vinrent d’Athènes à Rome demander pour les Athéniens la décharge d’une amende de cinq cents talents [27] , à laquelle les Sicyoniens les avaient condamnés par contumace sur la poursuite des habitants d’Oropus. ”
Claude-Joseph Drioux, Nouveau cours d'histoire et de géographie… (1880)
“ Pour paralyser l'effet des mauvaises doctrines, il eût fallu les combattre par des croyances fortes, élevées, solides; mais Caton, comme tous les païens, ne possédait que des idées vagues et incertaines. 11 attaqua les philosophes et les rhéteurs, mais il ne put rien contre le débordement de leurs funestes principes. Ses austérités prouvaient moins son désintéressement que son orgueil ; et, tout en s'élevant contre le luxe et les richesses, il ne put échapper au reproche d'avarice. Sa tempérance et ses économies ne paraissaient que le fruit de ce vice sordide. ”
Ferdinand Fabre,
Le roman d'un peintre
“ De cette contemplation enthousiaste des maîtres, de ce labeur quotidien acharné devait résulter une première œuvre pleine de promesses. Au salon de 1863, notre jeune artiste exposa la Mort de Caton d’Utique. Ce tableau, auquel le jury décerna une mention honorable et qu’on peut voir au musée de Toulouse, représente Caton assis au bord de son lit, le buste droit, s’enfonçant un poignard dans les entrailles. La sombre résolution d’en finir avec la vie, la douleur inséparable des derniers instans sont exprimées sur le visage du farouche stoïcien avec une surprenante énergie de pinceau. ”
Jean-Jacques Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Quand ce grand homme, qui ne voulait ni se soumettre aux lois de son pays ni les renverser, eut pris le fier parti et le seul honnête pour lui de s’exiler, quand il fut mort près de Naples, à Literne, où son tombeau supposé se cache dans un champ de roseaux, les accusations contre son frère, auquel l’orgueil de l’Africain n’avait pas permis de se justifier d’une accusation de péculat, furent reprises avec plus de fureur, et Caton, dont l’honnêteté ne peut être suspecte, les appuyait énergiquement. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe
“ Caton fit la guerre à l’intrigue, ce monstre à mille formes, au désir illimité du pouvoir, que le monde entier partagé entre trois hommes n’avait pu rassasier4, aux vices d’une cité dégénérée et s’affaissant sous sa propre masse ; seul resté debout, il retint dans sa chute la république, autant que pouvait le faire le bras d’un mortel, tant qu’enfin entraîné, arraché lui-même, après l’avoir longtemps retardée il voulut partager sa ruine ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres de Sénèque le philosophe
“ Car il fallait l’une et l’autre espèce d’hommes pour que Caton pût être compris. Caton dut avoir affaire aux bons pour en être admiré, et aux méchants, pour mettre sa vertu à l’épreuve. Mais aujourd’hui, par cette grande disette de gens de bien, soyons moins dédaigneux dans nos choix. Toutefois, évitons notamment ces gens moroses qui se lamentent sur tout, qui se complaisent à voir en tout des sujets de plainte. Même constamment fidèle et dévoué, c’est toujours un ennemi de ton repos qu’un compagnon irritable et à tout propos pessimiste. ”
André Léo,
Musée littéraire, choix de littérature
“ Je jouis de plus de paix que je n’en ai goûté pendant les six derniers mois de mon séjour à Paris ; et si je ne puis, sans trop d’orgueil, m’attribuer ce mot de Caton, qu’un homme juste luttant contre l’adversité est un spectacle digne des dieux, je puis du moins affirmer que le témoignage de ma conscience me console des revers de la fortune. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Les Confessions de J. J. Rousseau…
(1865)
“ Ayant beaucoup vécu dans la société, il s'était plus attaché aux talents agréables qu'à un solide savoir. Il avoit de l'esprit, faisoit des vers, partait bien, chantait mieux, avoit la voix belle, touchoit l'orgue et le clavecin. Il n'en falloit pas tant pour être recherché ; aussi l'étoit-il : mais cela lui lit si peu négliger les soins de son état, qu'il parvint, malgré des concurrents très-jaloux, à être élu définiteur de sa province, ou, comme on dit, un des grands colliers de l'ordre. Ce P. Caton fit connoissance avec maman chez le marquis d'Antremont. ”
Charles Giraud,
Oeuvres mêlées de Saint-Évremond…
(1865)
“ Caton est un philosophe religieux, défait de toute opinion vulgaire ; qui conçoit des dieux les hauts sentiments qu'une raison pure et une sagesse élevée en peuvent former1. Tout y est poétique, tout y est sensé : non pas poétique, par le ridicule d'une fiction, ou par l'extravagance d'une hyperbole ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe
“ Que le monde, se dit-il, soit tombé sous la loi d’un seul, la terre occupée par ses légions, la mer par ses flottes, que les armes de César nous tiennent assiégés, Caton saura trouver une issue : son bras seul lui ouvrira une large voie vers la liberté. Ce fer, que la guerre civile même n’a pu souiller ni rendre criminel, va donc enfin servir à un digne et glorieux usage. La liberté, qu’il n’a pu rendre à la patrie, il va la donner à Caton. Accomplis, ô mon âme, l’œuvre de tes longues méditations : dérobe-toi aux misères de l’humanité. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ Il faut que nos bons aïeux n’aient pas été des gens très dissimulés, ni fort habiles à cacher leurs qualités et leurs défauts, pour que le vieux Caton, qui ne les aperçut guère que de loin, en traversant la Cisalpine et la Narbonnaise, déjà plus qu’à demi romaines, les ait si bien dépeints en deux mots : « Ils excellent, dit-il, à se bien battre et à parler avec esprit. » ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Caton vint à sa rencontre, et lui dit en l’embrassant : « Voilà les offrandes funèbres dignes des mânes d’un père : ce n’est pas le sang des agneaux et des chevreaux qu’il faut faire couler, mais les larmes de ses ennemis condamnés. » ”
Jean-Jacques Rousseau,
Oeuvres complètes de J.-J. Rousseau…
“ C’etoit, continue-t-on, la folie de Caton : avec l’humeur & les préjugés héréditaires dans sa famille, il déclama toute sa vie, combattit & mourut sans avoir rien fait d’utile pour sa patrie. Je ne fais s’il n’a rien fait pour sa patrie ; mais je sais qu’il a beaucoup fait pour le genre-humain, en lui donnant le spectacle & le modele de la vertu la plus pure qui ait jamais existe : il a appris à ceux qui aiment sincèrement le véritable honneur, à savoir résister aux vices de leur siecle & à détester cette horrible maxime des gens à la mode qu’il faut faire comme les autres ”
