“ Là, sur une étendue de près de cent lieues, sont établis plusieurs peuples, les plus différens entre eux par leur origine, leur langue, leurs mœurs, et leur croyance : réunis dans la même contrée, ils vivent en bons voisins, et jouissent en paix des bienfaits d’un, gouvernement sage et tolérant. Là, vers les embouchures du Don, se trouvent quelques riches établissemens d’Arméniens, qui ont la ville commerçante de Nakhitchevan pour chef-lieu : ils vinrent de la Crimée pendant les troubles qui agitèrent ce pays, sous le règne du dernier Khan. ”
Citations sur “Nakhichevan”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ La vieille est vêtue comme une mendiante et n’a rien à manger, tandis que la jeune a de beaux habits, ainsi que lui... Que vais-je faire de cet homme ? Je n’en sais absolument rien. Yakov semblait mal à l’aise, pendant que Nekhlioudov parlait de la femme de Youkhvanka. — Eh bien, dit-il, puisqu’il est tombé si bas, Votre Excellence, il faut trouver le moyen de le relever... Il est vrai qu’il est dans la misère, comme tous les moujiks isolés. Pourtant, ses affaires sont en ordre, plus que celles des autres même. C’est un moujik intelligent. Il sait lire et je le crois honnête. ”
Claude Anet,
Les Roses d'Ispahan-La Perse en Automobile
(1906)
“ Route à peu près bonne et sèche qui serait impossible par la pluie.A deux heures je déjeune à 66 kilomètres d’Erivan. De là je pars pour Nakhitchévan, assez bonne route, une seule montagne à franchir. Je suis à sept heures à Nakhitchévan que je trouve plein de soldats. Les cosaques veulent m’empêcher de partir pour Djoulfa à cause des brigands. Grâce à la lettre du gouverneur je passe malgré la consigne. Je traverse d’abord la rivière Nakhitchevan sous les yeux de deux mille personnes assemblées sur ses rives. Le courant est violent; l’eau dépasse les essieux et jaillit jusque sur moi. ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ Pendant ce temps, Youkhvanka, resté sous l’avant-toit, s’aperçut que son araire n’était pas à sa place. Il la souleva et la redressa contre la haie. — Viens ici ! lui cria le barine avec une expression de dépit sur le visage et des larmes de colère dans la voix. Eh bien ! est-ce un vieux cheval, cela ? — Mais, X’ence... Il est très vieux. Il a une vingtaine d’années. — Silence !... Tu es un menteur, un vaurien, car un honnête moujik ne ment pas ; il n’en a pas besoin ! dit Nekhlioudov, à demi suffoqué par les larmes qui lui montaient à la gorge. ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ C’est lui qui l’a tuée, le vaurien ! s’écria-t-elle avec un violent désespoir en désignant son fils. — Je voudrais te demander quelque chose, Votre Excellence, reprit-elle après un court silence, en baissant les yeux et en saluant le barine. — Quoi ? demanda Nekhlioudov distraitement, car il était encore ému du récit que venait de lui faire la vieille femme. — Il est encore jeune, et moi, quel travail peut-on encore attendre de moi ? Je suis vivante aujourd’hui, mais je puis mourir demain. Il ne peut pas rester sans femme ; il ne serait pas un moujik. Songe donc à nous, notre père. ”
Aleksej Soltykov, Voyage en Perse (1851)
“ Cet appartement faisait face à un harem du khan; mais l'existence des femmes est entourée dans ce pays d'un si profond mystère, que je ne me donnai pas même la peine de savoir où elles étaient reléguées. Notre hôte, Ekhsan-Khan, a le grade de général au service de la Russie, et exerce les fonctions de gouverneur de la ville de Nakhitschevan et de tout le triste pays qui l'entoure. Ce dignitaire arbore fièrement ses épaulettes de général sur l'habit géorgien, costume qui prédomine encore ici. ”
Charles-Hippolyte Barault-Roullon, Dangers pour l'Europe, origine… (1854)
“ Nousckiwan, la forteresse d'Abbasabad, paya tous les frais de la guerre, et s'engagea à n'entretenir aucune marine sur la mer Kaspienne. Le général Paskewitsch, surnommé d'Erivan, par suite de cette glorieuse campagne, était parvenu ainsi à conquérir une nouvelle base sur l'Aras (Araxes des anciens) , qui mettait désormais les flancs des armées russes à couvert, et formait une barrière contre un ennemi naturel et perpétuel, si la mollesse des schahs de Perse pouvait, en se dissipant, leur faire saisir toutes les occasions d'affranchir leur peuple d'une domination tyrannique. ”
“ De son côté, Nekhludov, bien que n’éprouvant que de bons sentiments envers sa sœur, bien que n’ayant rien à lui cacher, tout à l’heure s’était gêné en sa présence et avait éprouvé une sorte de hâte à la quitter. Il sentait que de cette Natacha jadis si proche plus rien ne subsistait, qu’il n’y avait plus que l’esclave d’un mari noir et velu, qui lui restait étranger et le dégoûtait. Il l’avait compris clairement, car le visage de sa sœur ne s’était animé que quand il lui avait parlé de choses qui intéressaient son mari : l’abandon de ses terres aux paysans et sa succession ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ D’ailleurs, j’oserais vous rappeler qu’il n’est pas le seul à avoir perdu toute vergogne. — Laisse, Yakov, laisse cela, dit Nekhlioudov avec un léger sourire. Nous en avons assez causé et tu sais ma pensée là-dessus. Tout ce que tu me diras à ce sujet ne me fera pas changer d’opinion. — Certes, Votre Excellence, vous savez tout, fit le gérant en haussant les épaules derrière son maître, comme s’il n’augurait rien de bon de tout cela. Quant à la vieille, inutile de vous en inquiéter, continua-t-il. Il est vrai qu’elle a élevé des orphelins, nourri et marié Youkhvanka, etc. ”
Aleksej Soltykov, Voyage en Perse (1851)
“ Le 5 octobre, nous fîmes notre entrée à Nakhitschevan. Rien n'est sauvage, et, si je puis le dire, fantastique, comme l'affreux pays au milieu duquel cette ville est située. Ce sont des vallées et des montagnes de lignes étrangement austères, aux teintes verdâtres et volcaniques. Quant à la ville, c'est un assemblage informe, que l'œil d'un Européen a peine à détailler. ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ Quand Nekhlioudov eut constaté qu’il était absolument inutile d’employer de tels efforts, il lui vint à l’esprit la pensée, toute naturelle à son âge, que Youkhvanka se moquait de lui et le prenait pour un enfant. Il rougit, lâcha les oreilles du cheval et, sans s’aider du licou, lui ouvrit la bouche et regarda les dents. Les crochets étaient intacts, la couronne n’en était pas usée, ce que le jeune pomestchik savait déjà ; donc le cheval n’était pas vieux. ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ Pendant que Tchouricenok parlait, on entendait du coin où sa femme s’était blottie, des sanglots de plus en plus bruyants. Lors qu’il dit : « Mon petit père », elle s’avança, et toute en larmes se jeta aux pieds du barine. — Ne nous perds pas, notre nourricier !... Tu es notre père et notre mère... Où irions-nous ?... Nous sommes des gens âgés et nous sommes seuls... Tu es comme Dieu pour nous, sanglota-t-elle. Nekhlioudov quitte vivement son bang et voulut relever la vieille femme. ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ Nekhlioudov se mordit les lèvres, tout en arpentant rapidement la cour. Youkhvanka demeurait immobile et, sans lever les yeux, suivait tous les mouvements du barine. — Écoute, Épiphan, dit enfin Nekhlioudov en reprenant sa voix enfantine et douce. Et s’approchant du moujik, il tâcha de contenir son irritation. — On ne peut vivre ainsi, lui dit-il. Tu te perdras... Réfléchis bien... Si tu veux être un bon moujik, il faut que tu changes de vie... Abandonne tes mauvaises habitudes, ne mens plus, ne t’enivre plus, respecte ta mère... ”
“ Chose surprenante, dès l’instant où Nekhludov avait compris qu’il était lui-même un sot et un misérable, il avait cessé de mépriser et de haïr les autres. ”
“ L’abandon de la terre aux paysans la touchait moins, mais son mari en était révolté, et il avait exigé d’elle qu’elle usât de toute son influence sur son frère. Ignace Nikiforovitch voyait dans cette décision de Nekhludov le comble de l’absurdité, de la légèreté, de l’orgueil, et la seule explication d’un tel acte, s’il eût pu être expliqué, ne pouvait être que le désir de se singulariser, de s’enorgueillir, et de faire parler de soi. Quel sens y a-t-il à donner des terres aux paysans en les forçant à payer pour eux-mêmes ? ”
“ La princesse Sophie Vassilievna, la maîtresse de maison, n’existait que couchée. Depuis huit ans déjà, elle recevait ses visiteurs étendue, enveloppée de dentelles et de rubans, parmi les velours, les dorures, les ivoires, les bronzes, les laques et les fleurs ; elle ne sortait nulle part et ne recevait, comme elle le disait, que « ses amis », c’est-à-dire ceux qui, à son avis, planaient au-dessus de la foule. Nekhludov était de ceux-là parce qu’il passait pour un jeune homme intelligent, que sa mère avait été l’amie de la famille Kortchaguine, et qu’il conviendrait que Missy l’épousât. ”
Léon Tolstoï,
Résurrection. 3e partie
“ Et si bienveillante était la disposition d’esprit où se sentait Nekhludov, qu’il fut ravi de faire connaissance même avec ce petit chef de bureau retraité. Encore aucun de ces trois convives ne produisit-il à Nekhludov une impression aussi charmante que le jeune et aimable couple de la fille du gouverneur et de son mari. La fille du gouverneur n’était pas jolie, mais toute sa figure exprimait une douceur ingénue. Elle n’avait de pensée au monde que pour ses deux enfants. ”
“ Nekhludov vint se mettre en avant. L’aristocratie occupait le milieu : un propriétaire foncier avec sa femme et son fils, celui-ci en veste de matelot puis l’inspecteur de police, l’employé du télégraphe, un marchand chaussé de hautes bottes, le maire du village avec sa médaille au cou ; et, à droite du jubé, derrière la femme du propriétaire, Matrena Pavlovna, en robe aux couleurs changeantes, les épaules couvertes d’un châle bordé d’une bande blanche, et Katucha, en robe blanche plissée, la taille serrée dans une ceinture bleue, et un nœud rouge dans ses cheveux noirs. ”
Léon Tolstoï,
La Matinée d’un seigneur
“ Le vieillard aux cheveux blancs, le visage rayé de nombreuses rides autour des yeux, les pieds nus dans de larges chaussures, qui, en courant et se balançant, venait à la rencontre du maître dans son propre domaine, était si tendre et si affable, que Nekhludov oublia momentanément les impressions pénibles du matin et que son rêve favori lui revint avec vivacité. ”
“ Tarass, l’air heureux, était assis à droite du passage, gardant une place pour Nekhludov, et causait avec volubilité avec un homme aux muscles forts, vêtu d’un large caftan de drap, qui était assis en face de lui : un jardinier qui rejoignait sa place, comme l’apprit plus tard Nekhludov. Avant d’arriver jusqu’à Tarass, Nekhludov s’arrêta dans le passage devant un vieillard à barbe blanche et à l’air respectable, en caftan de nankin, qui s’entretenait avec une jeune femme en costume de paysanne. ”
Charles Le Beau,
Histoire du Bas-Empire. Tome 03
(1836)
“ Cette ville mentionnée dans Ptolémée, l. 5, c. 13, sous le nom de Naxuana, est appelée par les Arméniens Nakhdjavan, Nakhdchovan, Nakhtchovan, et par les Arabes Naschouy et Nakdjewan; on la nomme actuellement Nakhtchéwan. On la trouve au nord de l'Araxes; elle est encore grande et peuplée. J'ai parlé fort au long de ce qui concerne son histoire et ses antiquités, et en particulier de sa population juive, dans mes Mém. histor. et géogr. sur l'Arménie, t. ”
“ Leur unique raison d’être et leur destination, — songeait Nekhludov, — est de permettre à Agraféna Pétrovna, à Korneï, au concierge, à son aide, et à la cuisinière de se donner de l’exercice. « Du reste, il n’est pas nécessaire de changer mon train de vie, tant que le sort de Maslova ne sera pas décidé », — pensait Nekhludov. — « Puis ce serait trop difficile. Le changement se fera de soi-même : on lui rendra la liberté ou on la déportera en Sibérie, et moi j’irai avec elle. » Au jour convenu, Nekhludov alla chez l’avocat Fanarine. ”
“ Nekhludov, de son coin, eut tout le loisir d’observer ce qui se passait autour de lui. Son attention fut tout d’abord attirée par la vue d’un jeune homme en jaquette qui se tenait debout devant deux personnes assises, une jeune fille et un détenu, et leur racontait quelque chose, avec une mimique des plus animées. ”
“ Il savait que dans les conditions où ils se trouvaient ils ne pouvaient être autres, et cependant il ne pouvait dominer le dégoût qu’ils lui inspiraient. — Ils vivent bien, les fainéants ! entendit Nekhludov comme il s’approchait de la porte de la salle des politiques. ”
Léon Tolstoï,
La Matinée d’un seigneur
“ Nekhludov était un jeune homme de haute taille, élégant, aux longs cheveux bouclés, épais et blonds, aux yeux noirs, au regard clair, brillant, aux joues fraîches et aux lèvres rouges au-dessus desquelles se montrait le premier duvet de la jeunesse. Dans toute son allure, dans ses mouvements, on pouvait constater la force, l’énergie et l’expression satisfaite de la jeunesse. ”
“ À l’autre extrémité de la grande salle, un gardien disait quelque chose aux visiteurs qui défilaient devant lui. Mais Nekhludov, plongé dans ses réflexions, ne l’entendit pas et continua à suivre le groupe qui marchait devant lui. Il se trouva ainsi amené au parloir des hommes, tandis que c’était au parloir des femmes qu’il aurait dû se rendre. ”
Léon Tolstoï,
Résurrection. 2e partie
“ Tout cela était maintenant si clair pour Nekhludov que, de plus en plus, il s’étonnait d’avoir pu longtemps ne pas le comprendre. Il comprenait avec une évidence parfaite que le seul remède à la misère des paysans était de leur rendre la terre, pour qu’ils s’en nourrissent. Il comprenait que les enfants, en particulier, mouraient parce qu’ils manquaient de lait, et qu’ils manquaient de lait parce que leurs parents n’avaient point de prés pour faire paître leurs vaches. ”
Léon Tolstoï,
Résurrection. 2e partie
“ Il y en a même là-dedans qui, pour des moujiks, sont très intelligents, par exemple ce vieux qui criait si fort, le plus enragé de tous pour repousser vos offres ! Quand il vient au bureau, et que je l’invite à prendre du thé, il comprend tout, il parle de tout ; c’est un plaisir de causer avec lui. Mais, en assemblée, vous l’avez vu, il devient un autre homme ! Impossible de lui faire entrer une idée dans la cervelle. — Mais alors ne pourrait-on pas faire venir ici quelques-uns d’entre eux, les plus intelligents ? — demanda Nekhludov. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ Les Mêmes, NIKHINE, LE GARDIENNEKLUDOFF. Laissez-la, je vous prie... cela me regarde... Éloignez-vous une minute encore, je vous prie. NIKHINE. Que s’est -il passé ? NEKLUDOFF, pendant qu’on entend toujours la Maslowa. Ah ! mon ami, c’est une créature morte à jamais !... Ah ! comme la vie nous domine ! Je m’imaginais naïvement qu’elle allait en me retrouvant tomber à genoux... Elle n’a vu en moi qu’un client... elle m’a accueilli d’un sourire et d’une œillade écœurants, puis un flot de haine lui est monté à la gorge, elle m’a craché son souffle de femme ivre avec des mots hideux... Ah ! ”
Léon Tolstoï,
Le Prince Nekhlioudov
“ Il reprit : — Tu abattras la vieille izba. Elle te servira pour construire un hangar. Nous transporterons ailleurs tous les autres bâtiments. Il y a là de l’eau excellente ; je te donnerai un morceau de terre pour le potager et pour le blé. Tu vivras très bien ainsi. Eh bien, cela te plaît-il ? demanda Nekhlioudov remarquant que, depuis qu’il avait parlé de déménagement, Tchouricenok ne se dandinait plus, ne souriait plus et tenait obstinément son regard fixé sur le sol. — C’est la volonté de Votre Excellence, répondit-il sans lever les yeux. ”
Conrad Malte-Brun,
Géographie universelle de Malte-Brun…
(1840-1841)
“ Un district dépendant du gouvernement de Iekaterinoslaf, mais isolé au milieu des terres des Cosaques, renferme la florissante colonie arménienne de Nakhitchevane, ville de 9,000 habitants, occupés de manufactures en soie, en coton et autres. Environnée d'une forêt dè mûriers, cette ville, bâtie à l'orientale, se présente avecagrément, mais les environs sontfiévreux. Un évêque arménien réside dans un couvent , près de la ville. De nombreux bazars font de Nakhitchevane un riche entrepôt qui inonde, dans l'occasion, toutes les foires du pays. ”
