“ Ariette, de citron, devint paille, ce qui était sa façon de pâlir. Un concert d’exclamations admiratives saluait le vainqueur. Avec des doigts qui ne tremblaient pas du tout, Fierce attira le pot et le mêla à son tas de billets ; puis il fit deux parts égales, et pria Malais de choisir. Cependant Ariette s’était ressaisi en un clin d’œil. — « Cher monsieur, dit-il, j’ai fait mille piastres sur parole, et je vous les dois. Vous les recevrez demain matin... — Pas trop tôt, je vous prie, dit l’enseigne en riant ; il m’arrive quelquefois de ne pas être matinal. » ”
Ariette
Définition et enjeux
Citations sur “ariette”
“ Ce n’est pas un sacrifice pour vous, et vous ne risquez pas grand’chose à cet échange : Vous n’y tenez pas, aux Ariette, aux Rochet et à leur bande. Et sous le plâtre honorable qui les blanchit, si vous saviez la sinistre collection de gredins qu’ils sont ! Rochet ? un maître chanteur devenu gâteux. Ariette ? un ruffian doublé d’un menteur à gages. Sa femme ? une putain hypocrite ; j’aime cent fois mieux votre Liseron, qui ne se cache pas, ne trompe personne et n’exige point qu’on la respecte... Je ne vous dis rien de Torral ni de Mévil : ce sont vos amis... ”
Arnaud Berquin, Œuvres complètes
“ Si, malgré le secours de ses armes aiguës, le vaudeville n’a pu se garantir des usurpations de l’ariette, comment la Romance pourra-t-elle se défendre contre cette dangereuse étrangère, n’ayant à lui opposer que sa candeur et sa timidité ? L’ariette, flattant l’orgueil des gens du monde, doit, je l’avoue, offrir à leurs yeux des charmes plus piquans que ceux de la Romance. Celle-ci, simple et populaire, leur fait craindre de compromettre leur dignité. ”
comtesse de Stéphanie Félicité Genlis, Mémoires de Mme la Comtesse de Genlis (1925)
“ J’y jouais une sultane, et j’ouvrais la scène par une grande ariette que je chantais en m’accompagnant de la harpe. Monsigny avait fait l’ariette et le rôle pour moi. J’avais un habit superbe, chargé d’or et de pierreries ; et quand on leva la toile je fus applaudie à trois reprises, et on me redemanda deux fois mon ariette. Il me fut impossible de ne pas remarquer que ma tante, après le spectacle, avait beaucoup d’humeur. Nous jouâmes Rose et Colas ; ma tante, qui avait trente ans, fit le rôle de Rose, et moi celui de la mère de Robi. Nous jouâmes encore le Déserteur. ”
Paul Verlaine,
Romances sans paroles
“ Je devine, à travers un murmure Le contour subtil des voix anciennes Et dans les lueurs musiciennes, Amour pâle, une aurore future ! Et mon âme et mon cœur en délires Ne sont plus qu’une espèce d’œil double Où tremblote à travers un jour trouble L’ariette, hélas ! ”
Édouard Delpit, Les fils du siècle (1886)
“ Des tempêtes s'accumulaient, il faudrait bien qu'elles éclatassent. L'insomnie des nuits fiévreuses se peuplait de fantômes sanglants. Cette nature déréglée ne voyait que la violence pour terminer le drame. A moins qu'Ariette ne renonçât à Lionel. Et Marianne étudiait les élans affectueux, abandonnés, de sa cousine vers Michel, devinant les progrès qu'ils faisaient faire à la passion encore cachée, mais visible pour elle, de son père. Quoiqu'elle ne proférât jamais une-plainte, Ariette souffrait le martyre. Chevence, Saint-Urceil l'avaient donc oubliée? Nul ne lui donnait signe de vie. ”
John Cleland,
Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir
(1749)
“ L’espace entre le pavillon et l’orchestre est le rendez-vous général de la compagnie qui s’y rassemble pour entendre le chant. Lorsqu’une ariette est finie, elle se disperse dans les jardins. Le bosquet est illuminé par 2, 000 lampes qui font un charmant effet au milieu des arbres. Sur la face de l’orchestre, elles forment trois arches triomphales ; le tout est allumé avec une rapidité surprenante. ”
Édouard Delpit, Les fils du siècle (1886)
“ Lionel ne quittait pas Ariette. Ils nageaient en plein ciel, avec ce sentiment de délivrance qui succède aux heures de crise, quand on est sorti d'un pas difficile, quand on se retrouve en possession d'un bien qu'on a failli perdre à son insu, et que, content des autres et de soi-même, on aperçoit la vie à travers le prisme enchanteur de la jeunesse et de la passion. Est-ce qu'il avait cherché Marianne? S'était-il un seul moment efforcé de lui plaire? Elle souffrait par lui; certes, il en était au regret, mais comment penser à Marianne près d'Ariette, Arlette qu'il avait ”
Marie Robert Halt, Histoire d'un petit homme, par Marie Robert Halt (1883)
“ Comme Etienne avait pâli pendant la devinette! De quel air il avait dit : « Vous? » Elle y pensa si profondément que le sommeil la prit, mais sans endormir la jolie préoccupation; et ce furent des rêves d'oranger, de mousseline blanche, de danses et de fêtes à La Mariette et ailleurs. XXXV LA RECOMPENSE Le mariage de Thérèse se fit le 15 septembre. Un grand jour pour tout le pays. Ce n'est pas souvent qu'un monsieur de la ville si gentil, si instruit, et riche, ma foi! puisqu'il gagne cinq mille francs par an, s'en vient prendre femme à La Mariette. ”
“ Oh! ne craignez rien, je n'en prendrai guère, ajouta la jeune fille;—la princesse n'aimait pas la musique chez elle, en revanche elle l'adorait chez les autres, où elle n'entendait pas les études préliminaires.—Ariadne est une grande artiste, sa musique ne peut vous gêner; elle est si douce, si bien élevée! Je suis souvent seule, il me faudrait une dame de compagnie... Et puis, maman, si elle n'a pas d'asile, c'est ma faute... Si vous m'aimez et si vous m'avez vraiment pardonné, vous ferez ce que je vous demande!Olga était à genoux et entourait la princesse de ses bras... ”
Claude Anet,
Ariane, jeune fille russe
(1921)
“ Il fut ravi à l’idée que ce déguisement donnerait un ton imprévu à leur dernière soirée et répondit :— Tu es charmante. Je commande du caviar et du champagne.Ariane joua son rôle à merveille. Elle fut éblouissante d’esprit et de gaîté. A un moment, elle se pencha vers Constantin et lui demanda :— Dis, je te prie, Grand Prince, plus tard, quand tu auras oublié combien je suis méchante et que tu reviendras ici, tu m’inviteras à souper, n’est-ce pas ? Oh ! rien qu’à souper. Vois-tu, tu rencontreras encore beaucoup de femmes. Elles auront mille qualités que je n’ai pas ”
Claude Anet,
Ariane, jeune fille russe
(1921)
“ Ils restèrent longtemps dans la vaste salle, au milieu du bruit des convives, du fracas de l’orchestre. Ariane, indifférente à ce qui se passait autour d’elle, aux baisers échangés, aux bras glissés autour des tailles, racontait avec infiniment de grâce des histoires de sa merveilleuse enfance et comment elle avait fait la découverte du monde.Constantin l’écoutait, penché vers elle. Et lorsqu’elle eut fini, il lui dit :— J’aurais voulu te rencontrer alors. Je t’aurais enlevée. Pour moi de vieilles femmes très sages et des hommes sans danger mais pleins de science t’auraient élevée à l’écart. ”
Alphonse Brot,
La Tour de Londres. Tome 1
(1835)
“ Vous êtes jolie, Arièle; votre figure pâle et triste intéresse, et chacun s'empresse autour de vous. —On vous fête, on vous cajole, on s'affuble à vos yeux de sentiments délicats, et voilà que vous vous prenez de belle passion pour des dehors menteurs. Pauvre enfant! vous êtes si candide, qu'il ne vous arrive jamais de demander pourquoi l'on vous jette avec tant de profusion des témoignages d'intérêt et des paroles amies. Si vous aviez quinze ans de plus, Arièle, ou si vous étiez laide, vous connaîtriez vite le mot de l'énigme. ”
Claude Anet,
Ariane, jeune fille russe
(1921)
“ Par ce seul moyen il se débarrasserait du cauchemar où il vivait. Il surveilla les affiches du théâtre. Un vendredi il lut sur le programme le nom bien connu et fit retenir une place, sûr d’avoir la soirée libre, Ariane recevant ses amis dans sa chambre d’étudiante.Il dîna de bonne heure, seul, irrité contre Ariane et contre lui-même, puis s’achemina à pied vers le théâtre. Il marchait vivement, absorbé dans ses pensées, insensible au froid de trente degrés qui lui piquait la figure. Arrivé dans le vestibule, il ouvrit sa pelisse et prit le billet. Soudain il eut un sursaut. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Une vieille maîtresse
(1851)
“ La comtesse d’Artelles, il est vrai, était liée à lui par des intimités que le temps avait soudées dans toutes les habitudes de leur existence ; mais c’était un homme à enterrer toute une race d’amis et d’anciennes maîtresses avec l’impassibilité d’un fossoyeur. Routinier, tous les jours le voyaient, vers la même heure, dans le salon de madame d’Artelles. Ce petit salon de forme ovale et très drapé où se tenait la dolente comtesse, dans une bergère devant laquelle il s’établissait en vis-à-vis, était comme un temple consacré à l’Amitié et au Souvenir. ”
“ J'ai entendu, j'ai même un peu écouté; pardonne-moi, chère Ariadne.La jeune artiste fit un geste indifférent. Que lui importait? Sa dépendance n'était un secret pour personne.279—Je ne sais comment t'expliquer ce que j'ai à te dire, reprit Olga; c'est très-difficile, et ta fierté ne rend pas la tâche plus aisée. Nous avons préparé, ma mère et moi, un petit souvenir pour te rappeler le triomphe de ton premier début... nous y avons fait mettre nos portraits...Ariadne étendit la main vers l'objet que lui présentait son amie. Celle-ci le retenait encore avec une sorte de crainte. ”
Jean Racine,
Livre:Racine - Œuvres, Didot, 1854…
“ Échauffez mes transports trop lents, trop retenus. Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus : Sa fureur contre vous se répand en injures ; Votre bouche, dit-il, est pleine d’impostures ; Il soutient qu’Aricie a son cœur, a sa foi, Qu’il l’aime. PHÈDRE. Qu’il l’aime. Quoi, seigneur ! THÉSÉE. Qu’il l’aime. Quoi, seigneur ! Il l’a dit devant moi : Mais je sais rejeter un frivole artifice. Espérons de Neptune une prompte justice : Je vais moi-même encore au pied de ses autels Le presser d’accomplir ses serments immortels. Scène V. Phèdre. ”
Ferdinand Gibory, Mémoires d'une diablesse, par Ferdinand Gibory… (1851)
“ Diana, Lucy, vous êtes deux âmes fidèles; je bois à votre prochaine union! Arthur répondit en ces termes : Et moi, bonne, excellente Arièle, au nom d'Edward, de sa fiancée et de la mienne : je bois à notre meilleure amie ! A Arièle de Valenfer !.. Puisse cette perle de France rester à jamais attachée aux rochers de la vieille Angleterre!... Le baronnet voulut aussi ajouter son mot, mais il retomba lourdement sur sa chaise, en balbutiant : A Butterfly!.. A Tom Lynx!.. reprit Arièle. A Tom Lynx!.. Chacun vida son verre, et le baronnet donna le signal de la retraite. ”
Henry Gréville,
Ariadne
(1879)
“ Le professeur, de plus en plus ahuri, regarda la dame de classe comme pour s'assurer de la lucidité d'esprit de mademoiselle Ranine; mais la dame de classe avait fourré héroïquement son crochet au cœur de sa pelote de coton, indice des plus grandes colères, et s'était croisé les bras par-dessus le couvre-pieds. — C'est bien, mademoiselle, nous en reparlerons, proféra-t-elle majestueusement. Retournez à votre place. Ariadne Ranine, en retournant à sa place, la dernière et la plus mauvaise, récolta sur son passage bon nombre de quolibets charitables. ”
Jean Racine,
Livre:Racine - Œuvres, Didot, 1854…
“ Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi ! Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi ! Ah ! dieux ! Lorsqu’à mes vœux l’ingrat inexorable S’armait d’un œil si fier, d’un front si redoutable, Je pensais qu’à l’amour son cœur toujours fermé Fût contre tout mon sexe également armé : Une autre cependant a fléchi son audace ; Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. Peut-être a-t-il un cœur facile à s’attendrir : Je suis le seul objet qu’il ne saurait souffrir. Et je me chargerais du soin de le défendre ! Scène VI. Phèdre, Œnone. ”
Henry Gréville,
Ariadne
(1879)
“ Vos jolies belles voix sont supportables; il n'y a que les femmes laides à qui i'on puisse faire entendre raison! Je n'en veux pas, vous dis-je. Comment s'appelle-t-elle ? — Ariadne, un joli nom, n'est-ce pas? et qui ferait bien sur une affiche. — Une affiche ! Déjà ! Comme vous y allez ! Estelle grande ? — Très-grande et élégante. — Quelle calamité que ces belles femmes ! grommela le vieux professeur; elles sont vaniteuses comme des paons. Quel âge a-t-elle ? — Dix-sept ans. — Dix-sept ans ! S'il y a du bon sens à commencer le chant à dix-sept ans ! ”
Pierre l’Arétin,
Sept petites nouvelles de Pierre Arétin
“ Pierre jArétin n’est absolument pour rien dans ces publications, auxquelles son nom est inscrit gratuitement. M. Graesse mentionne aussi l’Arétin en estampes, Discours entre Madeleine et Julie, ou Histoire d’Aloïsia Sigæa Toletana, représentée en 27 gravures, sans lieu ni date (vers 1760) , in-4o. Un volume in-18, daté de 1797, les Bijoux du petit-neveu de l’Arétin, renferme un recueil de poésies libres, parmi lesquelles on remarque une parodie très-peu chaste du quatrième livre de l’Enéide, consacré aux amours d’Énée et de Didon. ”
Claude Anet,
Ariane, jeune fille russe
(1921)
“ Ariane avait pâli. Ses sourcils se fronçaient.— L’homme n’est fort que parce que nous sommes faibles. Si nous montrions notre force, les rôles changeraient... Tu ne m’as pas quittée, toi, et pourtant...— Ariane, je t’en prie, dit Constantin, laissons ce sujet.— Non, jeta Ariane, parlons ouvertement une fois pour toutes. Il y a quelque chose d’affreux et d’inexpliqué qui pèse entre nous ; il faut voir clair, et tant pis pour les conséquences ! J’ai toujours essayé de dire la vérité, et toujours tu m’as arrêtée. Aujourd’hui, nous irons jusqu’au bout, arrive ce qui arrive ! ”
“ C'est pendant ce temps où, amoureux timide, mais résolu, il regardait son idole, qu'il fit mieux connaissance avec Ariadne214 et qu'il s'en fit aimer certes sans le vouloir.L'hiver s'était écoulé, puis le printemps; la princesse avait loué une magnifique villa à Pavlovsk, car elle aimait la vie mondaine et se décidait rarement à «aller s'enfouir», selon sa propre expression, dans ses terres lointaines.Cet été-là fut plein de jouissances exquises pour Ariadne. Elle ne savait de la nature que ce que les arbres du jardin de l'institut avaient pu lui apprendre. ”
Claude Anet,
Ariane, jeune fille russe
(1921)
“ Nous sommes tout près l’un de l’autre. Mais entre nous, il y a un abîme que rien ne peut combler. J’y renonce... Allons-nous-en.Ariane avait un sourire douloureux au coin des lèvres. Ils se levèrent et regagnèrent à pied leur logis. La lune jouait sur les flots et baignait les vergers endormis d’Yalta. Ariane se taisait et Constantin sentait je ne sais quelle amertume au fond de son cœur.Ils se couchèrent en silence. Mais une fois dans le lit, comme ils allaient s’endormir, Ariane se serra contre son amant, lui prit la tête entre ses mains et la couvrit de baisers. ”
Henry Bataille,
Théâtre complet
“ ALIETTE. Non ! non ! non ! ERVOANIK. Comme vous voilà prompte à répondre ! Si vous restiez on vous ferait un lit bien doux... la lune ne vous y troublera pas ; un lit de chêne blanc pour dormir, n’est-ce pas ? et un rossignol au-dessus chantera. ALIETTE. Oh ! non, non, oh ! nous marcherons cette nuit. Je vous supplie. J’en ai fait voeu... vous le voulez ? ERVOANIK. C’est bien donc. Après le souper, vieille mère, nous vous dirons adieu jusqu’au premier revoir. LA VIEILLE. Faites comme bon vous semble, jeune homme. (Elle lui verse encore à boire. Aliette la surveille anxieusement.) ”
Pietro Aretino,
L'oeuvre du divin Arétin, première partie
“ «Fais-la Sœur; outre que tu épargneras les trois quarts de la dot, tu ajouteras une Sainte au calendrier.» Un autre dit: «Donne-lui un mari. De toute façon, tu es si riche que tu ne t'apercevras pas que ta fortune ait en rien diminué.» Un autre m'exhorte à la faire Courtisane immédiatement, disant: «Le monde est corrompu, et, même s'il était meilleur, en la faisant Courtisane, tu en fais d'emblée une Dame. Et, avec ce que tu as, avec ce qu'elle gagnera bientôt, elle deviendra une Reine.» De sorte que je suis hors de moi. Et tu peux voir que pour la Nanna aussi il est des ennuis. ”
“ La princesse s'en servait peu; elle y envoya sa fille avec Ariadne et un chaperon quelconque, choisi parmi les nombreuses parentes laides, pauvres et âgées auxquelles elle cherchait charitablement à faire plaisir de temps en temps. Là, Ariadne apprit tout ce que la musique peut donner d'extases à une âme vraiment faite pour la sentir, et son talent y prit plus de force et de maturité. ”
