“ C’est là justement le caractère du roman réaliste : la couleur particulière voile l’essence humaine. L’homme disparaît, vous avez devant vous tout un monde confus, bariolé et tourbillonnant, de personnages excentriques plus reconnaissables à leur habit, à leur visage systématiquement accentué par le peintre, à leur geste et à leur langage, qu’à l’originalité vivante de leur nature morale. ”
Roman réaliste
Définition et enjeux
Citations sur “roman réaliste”
Albert Thibaudet,
Histoire de la littérature française
“ Le sujet naturel du roman réaliste sera la réalité populaire ou bourgeoise, qui rendent d’ailleurs plus, tant en émotion qu’en ridicules, que les classes dites dirigeantes. « Les mœurs de la famille, dit Champfleury, les maladies de l’esprit, la peinture du monde, les curiosités de la rue, les scènes de la campagne, l’observation des passions, appartiennent également au réalisme. » ”
Edmond Jaloux,
L'incertaine
(1918)
“ Véritablement éclectique, le Roman Littéraire représentera l'infinie variété du roman moderne allant de l'observation la plus réaliste à la fantaisie la plus irréelle, tour à tour, psychologique ou sentimental, lyrique ou documentaire, intime ou social. Il peindra les mœurs et incarnera les idées, permettant aux esprits les plus opposés de s'y exprimer librement. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ L’enseignement qui en résulte est assez clair : le roman piétiste aboutit nécessairement à l’insignifiance, comme le roman réaliste à la violence ou à la médiocrité. Il suffit de les confronter un instant pour voir qu’ils s’accusent et se condamnent l’un l’autre. Chacun d’eux n’est pas seulement coupable de ses propres fautes, il doit répondre aussi des fautes qu’il provoque en sens contraire. Les réalistes ne s’aperçoivent pas qu’ils soulèvent des réactions anti-littéraires chez ceux que révoltent leurs tableaux éhontés ”
Émile Montégut, Le Roman réaliste en Angleterre…
“ Toute société une fois formée, toute manière de vivre une fois établie appellent leurs peintres et leurs poètes. Peintres et poètes arrivèrent, et un nouvel art apparut, celui qu’on peut appeler essentiellement l’art réaliste. ”
Émile Montégut, Le Roman réaliste en Angleterre…
“ De là le caractère essentiellement idéaliste, abstrait, utopique de sa littérature, ce quelque chose de froid et de brillant qui marque ses conceptions, cette absence de chaleur physique, d’odeur de sang et de chair qui distingue ses expressions des sentimens humains. Ainsi s’explique le peu de faveur que la peinture de la réalité a toujours trouvé parmi nous. Depuis quelques années, il est vrai, il y a eu dans notre littérature certaines tentatives de réalisme ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ D’abord il devrait être humain, et Par ce mot nous entendons qu’il dédaignerait les créations monstrueuses dont nous obsèdent les réalistes. Comme nous voulons un apaisement, il respirerait l’amour d’une existence meilleure, plus simple que notre vie moderne, toujours si agitée. Pour avoir trop étudié les caractères compliqués et raffinés, nous perdons le sens exquis des belles natures, les excès seuls nous semblent réels. Le roman que nous désirons se soucierait donc peu de peindre des fous ou des malades. il retrouverait la beauté dans l’étude des choses saines et des sentimens nobles. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ L’écrivain peut donc être moral, sans préceptes ni déclamations, comme la science, s’il poursuit la connaissance sérieuse des caractères. Les réalistes méconnaissent cette moralité, parce que leurs descriptions inexactes sont une mutilation de l’âme humaine. Mme Craven se trompe également parce qu’elle veut écrire pour des jeunes filles des romans de la vie moderne, et que cette intention lui interdit d’avance une vérité sans laquelle l’art n’existe plus. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ Une critique sérieuse des romans contemporains est donc plus qu’une simple étude de littérature, car, s’il est vrai de dire que notre goût relève de nos mœurs et les reproduit, de même et plus profondément encore les tendances des auteurs connus expriment les vices et les vertus qui élèvent ou abaissent la nation tout entière. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ L’antithèse éternelle qui se dresse devant toute œuvre de création humaine, l’antithèse de l’idée et de la matière, de l’âme et du corps, de la personne libre et du monde soumis au lois nécessaires, n’a pas été sans laisser sa trace dans le domaine de la fiction romanesque. De quel côté se rangeront les jeunes écrivains? Envelopperont-ils une thèse dans leur drame, ou bien étudieront-ils l’homme pour l’homme, indifférens au blâme ou à l’éloge, curieux uniquement de composer un chapitre de psychologie? ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
(1924)
“ Car, dit-il autre part, « tout, chez nous, vient des mots », et les mots sont les simulacres des idées ; et les idées sont les simulacres des choses ; et nous sommes séparés des choses par le double simulacre des idées et des mots. Que faire ?... M. Pierre Mille est-il un réaliste ? Oui ; en quelque sorte ! Mais un réaliste averti de la difficulté de son art. Au surplus, la plupart des romanciers que l'on appelle réalistes sont plus exactement des roman- tiques dépravés ou qui ont mal tourné. D'autres tâchent de peindre la réalité ; mais, s'ils ne font que la copieur, tout est perdu. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ Les romans qui soutiennent une thèse sont parfois plus faux que le Curé de province ; qui ne les préférerait pourtant, malgré leurs erreurs mêmes, à cette exactitude indifférente, à ce style terne, à ces dialogues anodins, sans choix et sans vigueur ? — À force de se défier des idées, on oublie que l’âme humaine en est faite, et cet oubli est la mort du talent. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ Les uns calomnient l’art, les autres décréditent la morale. En commençant, nous disions que le roman tient de trop près aux mœurs contemporaines pour ne pas représenter assez exactement la société où il se produit. ”
Paul Bourget,
Revue littéraire. — Le roman réaliste et le roman piétiste
“ En essayant le portrait du roman idéal qui conviendrait à l’heure présente, nous avons retracé en même temps les devoirs auxquels ne saurait se soustraire aucun écrivain qui se respecte : la vérité humaine et morale, le souci du style et le patriotisme; mais « tout ce qui est beau est aussi difficile que rare, » nous nous en convaincrons une fois de plus en parcourant les romans que nous avons choisis parmi les ouvrages publiés dans ces derniers temps. ”
Ferdinand Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Il n’y a de banal, au mauvais sens du mot, que les types dont le modèle a cessé d’être sous nos yeux, c’est-à-dire dont nous ne pouvons pas soumettre la vérité littéraire ou la représentation pittoresque au contrôle de l’expérience prochaine. Remarquez en passant que c’est le vice intérieur d’une certaine tragédie classique ou du drame romantique ; remarquez que c’est le vice intérieur du roman historique. Il n’importe pas que quelques grands hommes aient triomphé de la difficulté. ”
Alexandre Thomas, Revue des Deux Mondes
“ Il y a le roman que je veux appeler vrai, parce que ce qu’il y a de fiction, loin de violer la vérité humaine, la reflète et la continue, parce qu’il offre la mesure juste et variée des combinaisons possibles de la nature morale, et il y a le roman que j’appellerai purement romanesque, parce que tout y est artificiel, les caractères comme l’action, la portion observée comme la portion imaginée. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Ainsi travaillé en tous sens, devenu apte à tout analyser et à tout décrire, les conceptions esthétiques et morales comme les fantaisies les plus extravagantes, promené de civilisation en civilisation, depuis Ninive jusqu’aux carrières d’Amérique, parlant toutes les langues, celle de l’art et de la philosophie comme l’argot des bouges et des tapis francs, le roman est devenu la manifestation la plus importante de la pensée au XIXe siècle ; il a absorbé tous les autres genres littéraires, épopée, drame, églogue, conte, tant sa forme complaisante se prête à toutes les métamorphoses. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Un autre art allait naître, un autre style allait exprimer une pensée nouvelle. — Littér. Le roman, genre littéraire tel que nous le comprenons aujourd’hui, c’est-à-dire l’étude de mœurs ou la fiction appliquée à l'histoire, est tout moderne en ce sens qu'il n'a pas, comme l'épopée ou la tragédie, de modèles directs dans l'antiquité ; mais comme il répond à un besoin de la nature humaine, désireuse d’échapper à la réalité des choses et de se réfugier dans un certain idéal, il est hors de doute qu’il a existé de tout temps, sous diverses formes, depuis qu’il y a une littérature. ”
Gilbert-Jules-Augustin Thierry, L'Aventure d'une âme en peine, par Gilbert-Augustin Thierry (1875)
“ Ceux qui, explorateurs de l'immensité de l'âme humaine, consacrent leur talent à en décrire les accidents multiples — instincts, appétits, passions — semblent vouer leur étude exclusive à la peinture de nos moeurs contemporaines. Tout entiers au présent, ils négligent le passé ; l'heure qui s'écoule leur fait oublier les heures écoulées. Aussi, trahi par ces habiles, le Roman historique est-il devenu de nos jours une lamentable chose, rapsodie sans style, ramas d'une prose sans nom : littérature de carrefour, où seule se complaît la tourbe des illettrés... ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Il lui arrivera ce que l’histoire des soixante siècles évanouis nous montre à de nombreux intervalles ; elle se renouvellera par une réaction. Il y a quelques années, un critique distingué, à qui la science philosophique doit une réelle reconnaissance, présageait l’épuisement et l’agonie du roman historique, et annonçait en même temps le retour ou l’avènement du roman de passion, des simples récits de la vie ordinaire, où les scènes du monde les plus indifférentes en apparence acquièrent par la délicatesse de l’analyse une valeur inestimable. ”
Émile Montégut, Le Roman populaire et le Rôle du Romanesque en Amérique
“ En dehors de cette sphère morale, l’auteur a beau faire, la société qu’il a sous les yeux ne lui fournit aucune peinture aimable, aucune aventure, ni aucun personnage d’un intérêt romanesque. La réalité la plus crue et la plus vulgaire s’y étale ; mœurs, caractères, personnages, tout y a un aspect plébéien ; rien n’y parle à l’imagination. ”
George Sand,
Le Diable aux champs
(1857)
“ Moi, j’appelle illusion, chimère et mensonge, cette vie positive, cette vie de convenances et d’hypocrisie que je subis et que je déteste. J’appelle vérité tout ce que Dieu inspire et approuve, et le roman me paraît la vie comme elle n’est pas, mais comme elle doit être. Donc, être romanesque, c’est être dans la vérité absolue. ”
“ Et enfin le roman s’oppose à l’histoire encore plus fortement quand l’historien et le romancier peignent les mêmes personnages et racontent les mêmes actions. Ainsi ce qui est fiction dans le roman ce n’est pas principalement le récit, mais c’est le lien d’analyse qui fait que les actions sont le développement des pensées. Et dans la vie réelle cela n’est jamais. ”
“ Tous ces degrés d’être font un monde plein, que la pensée romanesque éclaire et dessine en tous ses reliefs. Ces remarques aideront à comprendre ce que c’est qu’un roman sans matière, et fait seulement de confidences. ”
Charles de Rémusat,
Revue des Deux Mondes
“ Mais c’est une réaction de l’esprit, un besoin d’imagination, une fantaisie d’opposition, qui peut tromper le jugement, et s’il est absurde de méconnaître la grandeur dans les révolutions, il est puéril de l’exagérer jusqu’à l’idéal, et d’en écrire l’histoire sur le ton du roman. ”
“ C’est comme un fait exprès ; partout, ou presque partout, il dépiste des personnages qui, par leurs aventures ou par le mystère de leur vie, aspirent, sans le savoir, à entrer dans un roman. La vérité est qu’il est partout romancier. ”
Charles de Mazade,
La Littérature et les malheurs de la France
“ Le roman, qui commençait à peine aux derniers jours de la restauration, qui est devenu rapidement le genre le plus populaire, le roman se met à dérouler des aventures étranges ou il finit par se faire socialiste, et il cherche le succès, le plus souvent un succès équivoque, dans toutes les falsifications de la nature morale, de l’histoire, de l’art, de la langue et du goût. ”
Albert Réville,
Un Roman philosophique en Allemagne…
“ Les romans réalistes ou désireux de l’être souffrent plus que les autres de l’invraisemblance des incidens que l’auteur imagine pour coudre ensemble les différentes parties de son œuvre. Eh ! sans doute, l’invraisemblable n’est pas l’impossible ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Des esprits heureusement doués, appelés sinon à de hautes destinées, du moins à une renommée de quelque durée, prodiguent en pure perte les facultés qu’ils ont reçues du ciel, et méconnaissent à plaisir toutes les conditions du genre qu’ils ont choisi. Entre les mains de ces artisans, car je ne puis consentir à les nommer d’un autre nom, le roman est devenu une chose indéfinissable, qui résiste à toute classification, qui défie toutes les poétiques, et n’a rien à démêler avec les lois de l’imagination. ”
Recueil des discours de l’Académie française
“ La fiction, la description pittoresque, l’étude des caractères et des passions, les domaines autrefois réservés et distincts de la poésie, du théâtre, de la philosophie même et de l’histoire, — le roman envahissait tout, et quelquefois usurpait tout. Les imaginations les plus riches, les esprits les plus pénétrants, les plumes les plus heureuses, rivalisaient, en ce genre, d’invention séduisante, d’observation forte et d’éloquence passionnée. ”
condesa de Emilia Pardo Bazán, Le Naturalisme
“ Tandis que chaque jour le terrain de l'idéalisme se perd, s'engloutit à chaque heure davantage dans les nuages de l'oubli, le terrain du réalisme embelli par le temps comme il arrive pour les toiles de Velazquez et de Murillo, suffit pour rendre sans égal dans le monde le passé de notre littérature.Cette courte excursion dans le champ du roman, depuis sa naissance jusqu'à l'aurore des temps modernes, qui l'ont tant enrichi et tant métamorphosé, nous enseigne combien le goût est changeant et combien les époques tonnent les littératures à leur image. ”
“ Il semble que l’œuvre propre du romancier soit de traduire le romanesque en actions. Et ce n’est pas alors l’action qui est romanesque ; c’est plutôt le rapport de la rêverie à l’action qui définit le roman, l’action ici donnant de la consistance au rêve, au lieu de l’abolir. C’est pourquoi l’action réelle n’entre jamais dans le roman ; et cela est encore vrai quand le romancier raconte une action réelle, et telle qu’il l’a vue. Le romancier n’est donc nullement historien. La liaison de la rêverie à l’action suffit pour enlever au récit le plus véridique la moindre apparence d’histoire. ”
Firmin Roz,
Revue des Deux Mondes
“ Le roman, à cette phase préliminaire, n’intéresse pas pour lui-même, comme représentation de la vie réelle ; l’histoire non plus n’intéresse pas par elle-même, comme représentation exacte, minutieuse et documentée du passé. On n’a ni le sens de la vérité, ni le sens historique, qui en est une forme rétrospective, une application à la réalité disparue. ”
Jules Huret,
Enquête sur l’évolution littéraire
“ Pourtant ils ne peuvent faire qu’un roman soit autre chose qu’une histoire feinte, écrite en prose, où l’auteur cherche à exciter l’intérêt, soit par le développement des passions, soit par la peinture de spéciales mœurs, soit par la singularité des aventures. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Pour que le roman excelle et s’isole ; il faut qu’il contienne la vérité et qu’il la dépasse, qu’il touche à la réalité et qu’il atteigne l’idéal ; que le détail y soit, et que la grandeur de l’idée relève le détail : œuvre rare et exquise ! Si la réalité, l’histoire, le fait, sont plus intéressans que le roman qui les choisit pour texte, ce roman est médiocre. ”
Émile Montégut, Le Roman populaire et le Rôle du Romanesque en Amérique
“ Le romanesque n’a pas son origine dans la nature, il a son origine dans la société : c’est une surexcitation de l’imagination occasionnée par le spectacle des mouvemens de la vie sociale, du contraste des conditions, des contrastes entre la beauté et la fortune, entre le génie et le malheur ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ C’est là cependant que tombe le génie passionné et inventif des fictions romanesques, et par malheur ce n’est pas seulement dans le roman que se fait sentir cette faiblesse d’imagination. On a beau chercher dans la poésie quelque germe près d’éclore, quelque symptôme d’inspiration nouvelle, quelque talent inconnu jusqu’ici : rien ne se révèle. ”
