Albert Londres

Albert Londres

Au bagne (1924)

Résumé

Portrait de Albert Londres Albert Londres Au bagne (1924)

Le bagne n’est pas une machine à châtiment bien définie, réglée, invariable. C’est une usine à malheur qui travaille sans plan ni matrice. On y chercherait vainement le gabarit qui sert à façonner le forçat. Elle les broie, c’est tout, et les morceaux vont où ils peuvent.
Matelots, garçons de famille, porte-clés, et autres combinards, ne doivent pas faire illusion. La Guyane n’est d’ailleurs pas pour eux la vallée des Roses. Être condamné à laver, à servir, à vidanger — à l’œil et avec le sourire — ne correspond probablement pas aux rêves de jeunesse de ces messieurs.
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Portrait de Albert Londres Albert Londres Au bagne (1924)

On se sent bouleversé à Saint-Laurent-du-Maroni. La face de la vie est changée. N’aurait-on pas quitté la terre pour une planète aux mœurs inédites ? Ces hommes en camisole blanche, au long numéro noir sur le cœur, ces civils hagards et égarés, ces mots ordinaires que l’on entend : « C’est honteux ! » « Il faut pourtant que je vole ce soir, j’ai faim ! » « Si j’étrangle un homme dans la rue, j’aurai un complet tout de suite et ma ration, je serai titulaire. Si je ne bouge pas, je resterai en loques et le ventre creux. Car je ne suis que forçat honoraire. »
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Portrait de Albert Londres Albert Londres Au bagne (1924)

VERS LA GUYANE
Quand ce matin, le Biskra maintenant promu au rang de paquebot annexe dans la mer des Antilles et qui, naguère, transportait des moutons d’Alger à Marseille, eut jeté l’ancre devant Port-d’Espagne, les passagers de tous crins et de toutes couleurs, chinois, créoles, blancs, indiens, entendirent ou auraient pu entendre le commandant Maguero crier de sa passerelle : « Non ! Non ! je n’ai ni barre, ni menottes, ni armes, je n’en veux pas ! »
En bas, sur la mer, onze hommes blancs et deux policiers noirs attendaient, dans une barque.
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