Capitaine Martin-Decaen

Résumé

Capitaine Martin-Decaen Revue des Deux Mondes

Un grand troupeau traversait notre route, à peu de distance de l’avant-garde, les bêtes au galop sous l’aiguillon des lances. C’était tout un peuple venant des bords du Grand Lac, fuyant devant les compagnies anglaises, comme les Cimbres et les Teutons devant les légions. Sur le sentier, filait la caravane dans l’herbe haute. Aucune résistance en tête, mais à droite, à gauche, en arrière, bruissaient les herbes : nous étions enveloppés. La guerre au pays noir ressemble fort à la chasse aux fauves, qui n’attaquent jamais de face, mais seulement par surprise.
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Capitaine Martin-Decaen Revue des Deux Mondes

Ne pouvant aller sans folie au lac Rodolphe, seul avec mes deux soldats noirs pour toute escorte, je descendais vers le sud du lac Baringo, espérant toujours voir s’ouvrir devant moi la route des grands lacs. La solitude développe chez l’homme le moins trempé une énergie extrême, et ce mois de marche à travers le désert nous avait entraînés, moi et mes noirs, pour les pires difficultés, comme ces équipages de navire, qu’il est nécessaire de faire naviguer, avec leur capitaine, avant de les envoyer au feu.
D’être le seul blanc d’une caravane donne une autorité immense, au pays africain.
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Capitaine Martin-Decaen Revue des Deux Mondes

Comment l’Angleterre a-t-elle laissé se ficher dans son flanc, comme une épine, ce pays de l’Afrique orientale allemande ? On a dit, et la carte le prouve, que les Anglais ne veulent pas de voisins. Adossés dans l’Inde à l’Himalaya, ils sont en Egypte isolés par des déserts, en Ouganda par les marais du Nil, des territoires français. Le Mozambique est comme ces royaumes de l’Inde dont les rajahs règnent et ne gouvernent pas. La Belgique peut mordre à l’Etat du Congo sans inquiéter l’Angleterre. L’Abyssinie est riche en soldats, mais bien pauvre en argent.
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