J.-B. Barrès

Résumé

J.-B. Barrès Revue des Deux Mondes

Ce célèbre palais de Saint-Cloud me fit ressouvenir qu’autrefois j’y avais monté la garde en ma qualité de chasseur-vélite, que j’y avais vu une cour jeune, brillante, pleine de vigueur et d’espérance. Il y avait bien encore des hommes de cette époque à la cour de Charles X, mais ce n’était plus que l’ombre de ces grands caractères, de ces valeureux officiers si célèbres par leurs grandes actions de guerre. La gloire avait fait place à l’hypocrisie dévote, les célébrités de l’Empire aux petits hommes de l’émigration, et les grandes actions de Napoléon aux intrigues d’un Gouvernement mal assis.
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J.-B. Barrès Revue des Deux Mondes

Les grenadiers nous suivaient ; la gendarmerie d’élite fermait la marche. Pour nous rendre au palais du Roi, où l’Empereur devait loger, nous suivîmes cette grande et magnifique allée des Tilleuls, la plus belle que l’on connaisse et qui est supérieure en beauté, sinon en longueur, aux boulevards de Paris. La foule était si grande pour nous voir passer, que l’on aurait pu croire que toute la population de Berlin s’était portée sur ce point pour voir passer les vainqueurs de leur pays, ce qui prouve qu’il y a des badauds ailleurs qu’à Paris.
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J.-B. Barrès Revue des Deux Mondes

Nous restâmes jusqu’à midi sur le champ de bataille, que nous quittâmes pour continuer notre mouvement sur Francfort. On se battit toute la matinée à coups de canon d’une rive à l’autre de la Kinzig. Dans un moment de relâche où la troupe n’était pas sous les armes, je me chauffais près d’un feu de bivouac où je faisais cuire quelques pommes de terre, et en attendant, je lisais un journal que j’avais trouvé sur le champ de bataille : un boulet vint me tirer des réflexions que cette lecture faisait naître et m’enlever le frugal déjeuner que je convoitais avec une espèce de sensualité.
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