Jean de Kergorlay

Résumé

Jean de Kergorlay Revue des Deux Mondes

Jusque-là, c’est la ruine des temples, des monumens, des quais, des maisons. Un mauvais génie s’est acharné sur la ville en en réduisant jusqu’aux ruines mêmes. Mais, aussitôt qu’on arrive dans la gorge, les tombes commencent, creusées dans les parois. Un mince filet d’eau, descendant de la montagne, coule silencieusement au milieu des lauriers-roses. Il poursuit son chemin, s’appauvrissant à tous les pas, jusqu’au moment où, épuisé par les lauriers, bu par le sable insatiable, il meurt, victime de sa générosité, dans une cuvette de grès rose.
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Jean de Kergorlay Revue des Deux Mondes

Ils devaient avoir une étrange mentalité, les Nabatéens, pour pouvoir supporter cette vue continuelle. Chez nous, les cimetières sont au ras du sol. Quand nous allons y prier, nous nous mettons à genoux sur les pierres tombales. Mais là, ces cimetières surplombent la ville, la dominent, l’écrasent ; ils sont la montagne elle-même. La richesse des colorations des grès, les splendeurs de leurs teintes donnent aussi une impression poignante de surprise douloureuse ; elles sont roses, rouges, orangées, ces chapelles funéraires qui, dans d’autres pays, seraient des palais ou des temples.
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Jean de Kergorlay Revue des Deux Mondes

La dernière sépulture à signaler sur cette partie de montagne, près d’une gorge étroite remontant vers les sommets, est l’hypogée à inscription latine de Sextus Florentins.
En revenant, chaque fois, vers le soir, de nos longues courses à travers les ruines de la ville, nous avons le spectacle de ces centaines de tombes éclairées par les derniers rayons du soleil couchant. Il s’en va dans les mauves, dans les roses, dans un lit doré incomparable, vers d’autres pays.
C’est la fin d’un jour s’étendant encore une fois depuis tant de siècles sur la fin d’une cité.
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