“ La forêt fourmillait de choses secrètes, qu’on entendait remuer, souffler, haleter. Un murmure formidable montait de cette mer d’arbres ; et parfois, des fracas en émergeaient, angoissants à force d’être proches : galopades sur le sol, chutes dans le fleuve, cris de bêtes en chasse ou en amour. Il n’y a rien au monde qui vive plus sensuellement qu’une forêt tropicale. Fierce, de son banc de quart, écoutait et respirait la forêt. ”
Forêt tropicale
Définition et enjeux
Citations sur “forêt tropicale”
Ivan de Schæck, S. A. I. le grand-duc Boris de Russie aux fêtes du Siam pour le couronnement du roi (1914)
“ La forêt tropicale ne connaît pas le silence de nos bois occidentaux. Elle vibre des cris de milliers d'insectes, du chant d'innombrables oiseaux, qui, avec les singes et les serpents, les buffles et les éléphants, peuplent ces redoutables solitudes. ”
Pierre de Barthélemy, En Indo-Chine 1894-1895 : Cambodge… (1899)
“ Celui qui n'a jamais vu une forêt tropicale est réellement saisi par l'impression de gigantesque exubérance que donnent ces arbres énormes, les feuillages épais, les sous-bois impénétrables que nous traversions à ce moment dans un étroit sentier. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Après les grands arbres, ce qui frappe le plus, dans la forêt tropicale, c’est la profusion des plantes grimpantes qui vont fleurir au sommet des arbres, en pleine lumière. Leurs tiges, ou lianes, s élèvent en spirale autour des troncs, pendant comme des cordages ou courent sur le sol d’un arbre à l’autre. ”
Eugène Aubin,
En Haïti : planteurs d'autrefois…
(1910)
“ La forêt, dont l'ombrage protège les caféiers, est diverse et touffue. Mombins et sucrins forment une voûte de verdure, que perce çà et là le tronc droit des palmistes ou le feuillage grisâtre des bois-trompette. Les lianes pendent des branches ; mousses, fougères et pariétaires s'accrochent au roc. Les arbres fruitiers de la forêt tropicale fournissent la végétation intermédiaire, — manguiers, caïmitiers, corossoliers, goyaviers, des bananiers sauvages et quelques orangers, recouverts de leurs oranges sûres. ”
Hermann Schacht, Les arbres : études sur leur structure et leur végétation (1864)
“ Si la forêt méridionale est déjà beaucoup plus riche et plus variée en arbres et arbustes que celle de notre zone tempérée, la forêt tropicale est cependant, de l'avis unanime de tous les voyageurs, beaucoup plus riche et plus variée encore. Son aspect doit donc être tout différent. En général, elle ressemble à nos promenades publiques en ce que aucun taillis ne se développe jamais sous la futaie. ”
Émile De Wildeman, Documents pour l'étude de la géo-botanique congolaise… (1912)
“ La forêt, en tant qu'association d’arbres, ne suffit naturellement pas pour caractériser une région; il faut, pour cette caractérisation, entrer plus avant dans la spécification des éléments forestiers. La vraie forêt tropicale, celle que nous étudierons dans le centre de la colonie, se présente là, comme dans les autres continents, avec de grands arbres à tronc élancé, munis à la base de contreforts nombreux et étalés, portant au sommet de leur fût une large couronne s’épanouissant au-dessus du sous-bois. ”
Émile Delmas,
Java, Ceylan, les Indes : excursion sous l'équateur et la zone torride
(1897)
“ Nous y déjeunons prestement ; le temps, splendide le matin, se met à la pluie, et nous partons sous un déluge. Nous redescendons ces sentiers charmants, embaumés, taillés à coups de hache dans la forêt tropicale; nous troublons à peine dans leur quiétude des nuées d'adorables petites tourterelles, qui pullulent comme chez nous les moineaux. De splendides oiseaux, au plumage jaune d'or et noir, des perruches, des oiseaux bleus, me font parfois loucher du côté du fusil ”
Eugène Muller, La forêt : son histoire, sa légende… (1878)
“ Si nous allons vers l'Orient, elle nous conduira au Saulforest, cette immensité de végétation tropicale que toujours incendient les brutes maladives qui l'habitent, et qui, toujours, reverdit plus touffue, plus impénétrable. Le long de la mer, elle deviendra, çà et là, la forêt de palétuviers élevant, au-dessus des flots salés, ses racines arquées, qui font que le tronc de l'arbre, étalant dans l'air ses magnifiques ramures, semble le pignon prolongé de la charpente d'un dôme. ”
Jurien de La Gravière, Revue des Deux Mondes
“ « Abandonné dans une forêt des tropiques, lui disais-je, quels fruits trouverait-on pour se nourrir ? — On trouverait, me répondit-il, les jeunes pousses de rotin qui enlacent de leurs tiges grimpantes les troncs vermoulus des vieux arbres. » Si c’est là tout ce que nous réserve la végétation tropicale dans sa pompe fastueuse, honneur à la charrue et gloire à l’aiguillon ! ”
Eugène Muller, La forêt : son histoire, sa légende… (1878)
“ Ce sont principalement les lianes qui communiquent à la forèt tropicale ses beautés les plus pittoresques. Ce sont elles qui produisent les accidents les plus variés. Ces végétaux, dont nos chèvrefeuilles et nos lierres ne donnent qu'une bien imparfaite idée, appartiennent, comme les grands végétaux, à une foule de familles différentes. Et si toutes ont besoin d'un appui, chacune a pourtant un port qui lui est propre. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Entre les deux tropiques, la température est très élevée d’un bout à l’autre de l'année. La flore est riche, variée, exubérante. C'est surtout dans l'Inde, au Brésil, à Java, au Congo en Indochine, qu'on peut admirer la forêt tropicale, la forêt vierge. Chacune de ses régions a sa flore particulière, toujours abondante en espèces, mais on retrouve dans toutes les mêmes caractères. « La forêt vierge, a dit un voyageur, est un inextricable fouillis de feuilles et de branchages, férocement armés de dards, d’épines et de griffes qui arrêtent la marche à chaque pas». ”
Atlas colonial illustré... (1903)
“ La flore de la côte est celle des bords marécageux, puis de la forêt tropicale; les arbres les plus utiles, bananiers, kolatiers, acajous, sont disséminés parmi des espèces moins intéressantes; la forêt retient surtout l’attention de l’explorateur par la densité lourde de sa verdure; les plantes se hissent les unes sur les autres pour atteindre à la lumière; les troncs d’arbre, sur une grande hauteur, n’ont pas de branches et sont emprisonnés par les lianes; leur ramure ne s’épanouit librement qu’à l’air libre. ”
Maurice Rondet-Saint,
Dans notre Empire noir
(1912)
“ Seulement, les pans de forêts tapissant les fonds humides, et qui m'avaient enthousiasmé par la beauté de leur végétation tropicale, m'apparaissent presque comme de simpies taillis, maintenant que j'ai contemplé, pendant des jours, l'insondable forêt équatoriale du Haut. Rien n'est que relatif. ”
Henri Coupin, Les plantes originales (1904)
“ Pourquoi les forêts des pays chauds renferment-elles tant de lianes alors que nos bois n'en contiennent pas? C'est la lumière qui doit être incriminée surtout, ainsi que l'a montré M. J. Costantin, dans un chapitre de son beau livre sur la Nature tropicale, chapitre que nous allons résumer. Imaginons qu'une graine d'une plante habituée à vivre en plein soleil, dans les savanes ou dans les régions plus ou moins désertiques qui ne sont pas éloignées des grands bois tropicaux, vienne à tomber accidentellement sur le sol de la forêt vierge. ”
Émile De Wildeman, Documents pour l'étude de la géo-botanique congolaise… (1912)
“ C'est cet enchevêtrement de troncs et branches, le manque d’air et de lumière qui font que le voyageur rencontre peu de fleurs dans la forêt tropicale et surtout dans celle qui a conservé un caractère primitif. Les fleurs se développent en général au sommet des plus hautes branches. ”
Aimé Fauchère, Guide pratique d'agriculture tropicale (1918)
“ Il est probable que la transformation de la terre en latérite est due à ce que la décomposition des roches, sous l’action du climat tropical, est poussée plus loin dans les pays chauds que dans les pays tempérés. Il semble que ces terres sont joujours recouvertes de forêt dans toutes les régions inhabitées de la zone tropicale. Mais dès que l’homme apparaît, il entre en lutte avec la forêt et en poursuit la destruction avec un acharnement dont il est difficile de se faire une idée. ”
Francis Fleury, Mission d'études forestières envoyée dans les colonies françaises par les ministères de la guerre de l'armement et des colonies… (1918)
“ Pour se faire une idée nette de la répartition des essences en forêt tropicale, le lecteur doit attendre la publication de notre chapitre spécial détaillant nos comptages, nos cubages et décrivant des peuplements réels qui feront ressortir l’existence de massifs moins homogènes évidemment que ceux de nos forêts françaises, mais présentant toutefois une hétérogénéité moins grande que la liste théorique ci-après, pages 20, 21, 22 et 23. ”
Albert Bordeaux, Rhodésie et Transvaal, impressions de voyage (1898)
“ La végétation est plus belle dans le bas pays, sur l'Umfuli, mais c'est la végétation tropicale, que je n'aime guère,et d'ailleurs ce pays est fiévreux. Ailleurs, sur un sol de schistes et de diorite, la forêt devient beaucoup plus belle, le sol rouge est fertile, et les fleurs apparaissent partout; les herbes brûlées par les noirs repoussent déjà vertes. Nous faisons lever des lièvres d'une manière si inattendue qu'ils nous échappent. ”
Eugène Lesbazeilles, Les forêts (1884)
“ Les forêts vierges de l'Amérique tropicale. — Exubérance de la végétatinn. — Les Lianes; le Cipo matador. — Végétaux et animaux grimpants. — Les voix de la forêt. — Incompatibilité de la forêt vierge et de l'homme. Toute la partie septentrionale de l'Amérique du sud, qu'arrosent la Magdalena, l'Orénoque et l'immense fleuve des Amazones avec leurs nombreux affluents, est la terre promise des végétaux, la patrie des grandes forêts. C'est une immense serre chaude où les plantes foisonnent, se disputent la terre, l'espace, tentent d'envahir le ciel. ”
Émile Blanchard,
Un Naturaliste du XIXe siècle - Louis Agassiz
“ Les magnifiques forêts de l’Amérique tropicale, si touffues, si entremêlées de gigantesques plantes parasites qu’elles forment des masses compactes de verdure, ne ressemblent pas aux forêts des zones tempérées, où les rayons du soleil s’infiltrent à travers le rideau de feuillage. ”
M. de Molins, Le Tour du monde
“ La végétation tropicale, dans toute sa beauté, couronne les murailles naturelles qui contiennent a peine le tumultueux torrent. Les plans se modèlent dans un bleu limpide, opalin, transparent, qui, tout en augmentant dans les fonds, laisse comprendre le ton local : c’est à la fois vague et accusé, solide et fin. ”
Henry Carton de Wiart,
Mes vacances au Congo
“ Dans la végétation des rives, qui est abondante et enchevêtrée, et où les palmiers et les arbres à saucisses surgissent de la masse des roseaux et des hautes graminées, la vie tropicale s’épanouit jusqu’à l’exaspération. ”
Joseph Prades, Forêts : mélanges (1920-1921)
“ Si on en fait l’ascension en partant de la côte du Pacifique, par exemple, on peut traverser consécutivement les divers types de forêts du monde entier : zone tropicale avec savanes et forêts vierges ; zone tempérée avec des arbres semblables aux nôtres ; zone froide avec des conifères et enfin, au pied des glaciers, zone polaire aux humbles lichens, et tout celà à quelques milliers de mètres au-dessus des régions les plus chaudes du monde. ”
Charles-Henry Hirsch, Racaille et parias : choix de récits… (1914)
“ Elle contenait des tableaux animés d'écueils perdus, de caps fantastiques, de golfes aux murailles de granit rouge, semblables aux portes infernales. « Oui... mais... il y a le Tropique, mes enfants ! » Il ne dénommait pas l'humide région où la sueur de la terre remonte au soleil dardant, en une nappe de fumée blanche et chaude, — où, dans l'espace d'une seule nuit, une forêt, soutirée du sol par l'effort de la chaleur, peut escalader les grands arbres chargés de lianes. ”
Eugène Bauer, Livre-atlas de géographie : cours supérieur… (1906)
“ A la zone tropicale appartiennent les animaux les plus forts, les plus féroces, les végétaux les plus luxuriants; la vie se manifeste ici avec une prodigieuse surabondance. Mais les pluies périodiques et les fortes chaleurs engendrent des miasmes funestes à l'homme blanc. Près des tropiques, l'ancien continent, comme le nouveau, est couvert de forêts impénétrables où les arbres, les lianes et les fougères se disputent l'air et la lumière. ”
André Chevrillon,
Revue des Deux Mondes
“ A mesure qu’on avance, on distingue le peuple des hautes tiges rigides et sveltes, qui, d’un jet oblique, s’élancent dans un épanouissement de palmes. C’est une vaste forêt qui paraît surgir de la mer. A deux milles de la côte, on n’aperçoit pas encore le sol, mais seulement de la verdure sombre. De tous côtés, cette végétation toute-puissante, regorgeante de force et de sève, la grande végétation équatoriale qui jaillit d’une terre trempée par les orages, déploie ses vertes palmes dans l’embrasement de l’air. ”
Louis de Launay,
La science géologique : ses méthodes…
(1905)
“ Les arbres à feuillage caduc, les plantes à fleurs, que nous sommes habitués aujourd'hui à voir prédominer, refoulent alors un monde végétal à caractère plus primitif. On rencontre, avec des palmiers, des lauriers et des magnolias, des hêtres, des lierres, des châtaigniers, des platanes, des peupliers. La lumière est donc vive et les saisons deviennent changeantes. La flore, comme la faune, accuse un recul de la zone à chaleur tropicale vers l'équateur. ”
Edmond Plauchut, Formose et l’expédition japonaise
“ Des hauteurs boisées et giboyeuses dominent ces vertes solitudes ; c’est la région préférée des daims, des cerfs et des êtres farouches qui leur font une guerre continuelle. Sur ces monts, couverts de vieilles forêts, la nature tropicale étale toutes ses splendeurs avec une énergie superbe. ”
Eugène Muller, La forêt : son histoire, sa légende… (1878)
“ Si, quittant la double péninsule indoue et voguant à travers l'archipel équatorial, nous visitons Ceylan, Bornéo, Sumatra, les Moluques, les Philippines, nous pourrons croire, à chaque station, rencontrer en mer un lambeau détaché de la grande et puissante forêt de palmiers et d'arbres odoriférants que nous avons vue s'étendre sur le continent. ”
A. d’Assier, Le Mato Virgem, scènes et souvenirs d’un voyage au Brésil
“ Ce monde étrange, reproduit dans le miroir paisible, mais indécis, des eaux, vous apparaît alors comme une mer diaphane de feuillages et de parfums : on sent qu’une sève fiévreuse agite et travaille cette végétation puissante, et que la vie ruisselle et déborde de toutes parts. Si maintenant l’on s’éloigne des chaudes alluvions des vallées pour s’élever vers les plateaux de l’intérieur, on verra la forêt perdre peu à peu son aspect imposant, les arbres leurs formes colossales, la nature son cachet de sauvage fécondité. ”
Georges Clemenceau,
Au soir de la pensée
“ Il n’est pas de spectacle plus émouvant que celui du monde animé, au cours des âgés géologiques. Dans d’incomparables diversités, nous voyons se succéder des pullulements vertigineux de faune et de flore qui répandent des extravagances de vie parmi des continents et des mers dans les étreintes des fureurs élémentaires. La végétation tropicale nous en laisse des tableaux atténués. ”
Edmond du Hailly, Souvenirs d’une Campagne dans l’Extrême Orient
“ La nature tropicale y déploie toutes ses séductions, non pas telle qu’on peut l’admirer dans le désordre luxuriant des forêts vierges, mais contenue et en quelque sorte disciplinée par la main de l’homme, de manière à montrer, comme dans le paradis de la Genèse, « tout arbre désirable à la vue et bon à manger. » ”
Élisée Reclus,
Un Voyage à la Nouvelle-Grenade…
“ Quelle différence entre ces forêts tropicales et nos forêts calmes et symétriques, nos bois-taillis surtout, où chaque arbre, meurtri par la cognée, est noué comme un infirme et tord dans l’angoisse ses bras grêles et disgracieux ! ”
Bénédict-Henry Révoil,
Au Pôle et sous les tropiques…
(1882)
“ Il faut avoir visité soi-même ces vastes amas de végétation luxuriante qui s'élèvent dans les contrées tropicales de l'Amérique du Sud, pour se faire une idée de ce que la nature peut produire de grandiose, de sublime, sous un climat torride et marécageux. Les forêts de cet éden végétal n'ont rien de pareil en Europe, et une forêt des tropiques est aussi peu ressemblante à une forêt d'Europe que l'est celle de Fontainebleau au parc Monceaux. ”
Marcel Dubois, Eléments de géographie : Cours moyen… (1918)
“ Cette zone, en effet, est celle qui convient le mieux à l'homme par sa température et son humidité moyenne, favorables à la vie des végétaux et des hommes. La nature tropicale décourage les efforts humains, dans ses parties humides qui sont couvertes d'immenses forêts difficiles à pénétrer, comme dans ses parties sèches qui forment d'immenses déserts de sable brûlant. ”
Denis Jourdanet,
Les altitudes de l'Amérique tropicale comparées au niveau des mers au point de vue de la…
(1861)
“ Quelques uns parmi les pics de ces montagnes gigantesques présentent à nos regards le saisissant tableau des neiges éternelles, défiant les ardeurs d'un soleil tropical. A leurs pieds, les plantes et les hommes luttent contre les feux de la zone torride, et la végétation des pays tempérés marque à notre admiration la distance moyenne entre ces points d'un froid intense et d'une chaleur extrême. ”
