Eugène Lesbazeilles

Les forêts (1884)

Résumé

Eugène Lesbazeilles Les forêts (1884)

Le voyageur qui, venant d'Europe, pénètre dans une des vastes forêts du Canada ou de l'un des États du nord, — le Maine, l'Ohio ou le Michigan, — se sent aussitôt saisi d'une profonde émotion : il s'étonne, il regarde, il écoute, il s'extasie. Sous ces hautes voûtes de feuillage supportées par d'innombrables fûts de pins et de chênes qui s'élancent d'un seul jet, dans un air immobile et une lumière amortie, réduite à un doux crépuscule, au mi lieu d'un silence tel qu'il croit n'avoir jamais- jusqu'alors
connu le silence, il goûte avec délices la complète solitude et l'indépendance absolue.
Source : Gallica

Eugène Lesbazeilles Les forêts (1884)

La science a porté sa lumière sous l'écorce des Chênes; elle nous y fait voir des fibres, des vaisseaux, de la sève qui circule sous l'empire de lois physiques, mais nulle trace d'un dieu. Toutefois la vie qui anime l'arbre, qui détermine sa stature, sa forme, sa durée, reste un mystère, c'est-à-dire un abîme où l'imagination peut se donner librement carrière, et en voyant tomber une belle futaie sous la hache du bûcheron, il se trouvera toujours un rêveur pour dire avec un chagrin mêlé de dépit, comme le poète que nous avons déjà cité.
Source : Gallica

Eugène Lesbazeilles Les forêts (1884)

Est-on toujours dans la même forêt, n'a-t-on pas passé dans une autre à laquelle d'autres forêts vont succéder encore? Ira-t-on ainsi, toujours sous bois, jusqu'au pôle, ou du rivage de l'Atlantique jusqu'au rivage du Pacifique? Si, pour s'orienter, on monte sur le sommet d'une colline, on voit des dômes de verdure fermer de tous côtés le cercle de l'horizon, et l'on se demande si l'on n'est pas égaré dans une forêt magique qui marche en même temps que nous marchons. Dans cet océan de feuillage, on se sent aussi isolé, aussi abandonné qu'en pleine mer
Source : Gallica

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