“ Trahison ! Une colonne se formait, tout le comité de vigilance était là : Ferré, le vieux Moreau, Avronsart, Lemoussu, Burlot, Scheiner, Bourdeille. Montmartre s’éveillait, le rappel battait, je revenais en effet, mais avec les autres à l’assaut des buttes. Dans l’aube qui se levait, on entendait le tocsin ; nous montions au pas de charge, sachant qu’au sommet il y avait une armée rangée en bataille. Nous pensions mourir pour la liberté. On était comme soulevés de terre. Nous morts, Paris se fût levé. Les foules à certaines heures sont l’avant-garde de l’océan humain. ”
Résumé
La Commune, publiée en 1898 par Louise Michel, est un récit historique et militant qui relate les souvenirs de la révolutionnaire concernant la Commune de Paris. L’ouvrage, imprégné des thèmes de la Révolution, de l’Empire et des luttes des fédérés, évoque les barricades, les déportés et les combats de 1871.
À travers des lieux tels que Versailles, Montmartre ou le comité central, Michel dépeint la violence et l’espoir de l’époque, mêlant récits personnels et analyse sociale. L’œuvre demeure un témoignage puissant sur la résistance populaire face à la répression.
Citations de La Commune (Louise Michel)
“ Les gens de Versailles, citoyens, vous disent découragés et fatigués, ils mentent et le savent bien. Est-ce quand tout le monde vient à vous ? Est-ce quand de tous les coins de Paris on se range sous votre drapeau ? Est-ce quand les soldats de la ligne, vos frères, vos amis, se retournent et tirent sur les gendarmes et les sergents de ville qui poussent à vous assassiner ? Est-ce quand la désertion se met dans les rangs de nos ennemis, quand le désordre, l’insurrection règnent parmi eux et que la peur les terrifie, que vous pouvez être découragés et désespérer de la victoire. ”
“ Nous voyons encore ces assassinats sans fin, d’hommes, de femmes, d’enfants ; ces égorgements qui faisaient couler à flots le sang du Peuple dans les rues, les casernes, les squares, les hôpitaux, les maisons. Nous voyons les blessés ensevelis avec les morts ; nous voyons Versailles, Satory, les pontons, le bagne, la Nouvelle-Calédonie. Nous voyons Paris, la France, courbés sous la terreur, l’écrasement continu, l’assassinat en permanence. ”
“ L’AGONIE DE L’EMPIRE Ile réveil L’empire s’achevait, il tuait à son aise. Dans sa chambre, où le seuil avait l’odeur du sang, Il régnait ; mais dans l’air soufflait la Marseillaise, Rouge était le soleil levant. (L. M. Chansons des geôles.) Dans la nuit d’épouvante qui depuis décembre couvrait le troisième empire, la France semblait morte ; mais aux époques où les nations dorment comme en des sépulcres, la vie en silence grandit et ramifie ; les événements s’appellent, se répondent pareils à des échos ; de la même manière qu’une corde en vibrant en fait vibrer une autre. ”
“ « Général Trochu, Jules Favre,Emmanuel Arago, Jules Ferry. » Tant que le bombardement de Paris rassura, on avait toujours l’espoir d’une lutte suprême. Quand il se tut, après le 28, on se sentit trahis, il restait la ressource de mourir si la révolte ne pouvait vaincre. Quoi ! toutes les victimes déjà entassées les uns dans les sillons, les autres sur le pavé des rues, les vieux morts des misères du siège, tout cela n’aurait servi qu’à constater l’abaissement populaire, et le nom de République ne serait qu’un masque ! ”
“ Dans une société, où disparaissent chaque jour les conditions qui ont amené son empire, la bourgeoisie cherche en vain à le perpétuer ; rêvant l’œuvre impossible d’arrêter le cours du temps, elle veut immobiliser dans le présent, ou, faire rétrograder dans le passé, une nation que la Révolution entraîne. Les mandataires de cette bourgeoisie, cet état-major de la réaction installé à Versailles, semblent n’avoir d’autre mission, que d’en manifester la déchéance par leur incapacité politique, et d’en précipiter la chute par leur impuissance. ”
“ À Dieppe nous trouvâmes Marie Ferré, avec madame Bias, vieille amie de Blanqui, puis à Paris la foule, la grande foule houleuse qui se souvient. Je revis ma mère, mon vieil oncle, ma vieille tante — ceux qui ne connaissent pas les révolutionnaires s’imaginent qu’ils n’aiment pas les leurs, parce qu’ils les sacrifient toujours à l’idée, ils les aiment bien plus au contraire de toute la grandeur du sacrifice. Une vie révolutionnaire renaissait, l’idée aussi grandissait de toutes les douleurs souffertes. ”
“ Rochefort et madame Lemel commencèrent à être malades, dès le premier instant et finirent au dernier ; Il y en eut, parmi nous qui le furent aussi, mais aucune pendant tout le voyage ; pour moi, j’échappais au mal de mer comme aux balles, et je me reprochais vraiment de trouver le voyage si beau, tandis que dans leurs cadres Rochefort ni madame Lemel ne jouissaient de rien. Il y avait des jours où la mer étant forte, le vent soufflant en tempête, le sillage du navire faisait comme deux rivières de diamants se rejoignant en un seul courant qui scintillait au soleil un peu loin encore. ”
“ C’était bien le même Jules Favre qui sous l’Empire avait dit audacieusement : Ce procès peut être regardé comme un fragment d’un miroir brisé où le pays peut se voir tout entier — (il s’agissait des corruptions du régime impérial) ; mais nul homme ne résiste au pouvoir, il faut qu’il tombe. La République de septembre en était aux plébiscites. — Or, tout plébiscite, grâce à l’apeurement, à l’ignorance, donne toujours la majorité contre le droit, c’est-à-dire au gouvernement qui l’invoque. ”
“ Les plus forts fusilleront les autres sans les égorgements de Versailles — il avait semblé avant son emprisonnement être moins hostile. Que sa mort comme toutes les autres, comme toutes les fatalités de l’époque retombe sur les monstres qui égorgeant à même le troupeau firent des représailles un devoir ! Qu’on fouille les puits ! les carrières, les pavés des rues, Paris entier est plein de morts et tant de cendres ont été jetées aux vents, que partout aussi elles ont couvert la terre. ”
“ Produit de la vision de l’inconnu, créée par l’ignorance, exploitée par l’intrigue et subie par l’imbécillité cette notion monstrueuse d’un être, d’un principe en dehors du monde et de l’homme, forme la trame de toutes les misères dans lesquelles s’est débattue l’humanité, et constitue l’obstacle principal à son affranchissement. Tant que la vision mystique de la divinité obscurcira le monde, l’homme ne pourra ni le connaître ni le posséder ; au lieu de la science et du bonheur, il n’y trouvera que l’esclavage de la misère et de l’ignorance. ”
“ Les camarades de Montmartre sont là, on est sûr les uns des autres, sûr aussi de ceux qui commandent. Maintenant on se tait, c’est la lutte ; il y a une montée où je cours en avant, criant : À Versailles ! à Versailles ! Razoua me jette son sabre pour rallier. Nous nous serrons la main en haut sous une pluie de projectiles, le ciel est en feu, personne n’est blessé. ”
“ Parmi les assassins de Paris prisonniers, dont Versailles salua l’arrivée par des hurlements de mort, était le géographe Elisée Reclus. Lui et ses compagnons furent envoyés à Satory d’où on les expédia aux pontons dans des vagons à bestiaux. Nuls n’étant autant trompés que les soldats, chair à mensonge autant que chair à canon, tous ceux qui avaient habité Versailles, avaient le cerveau imprégné de contes de banditisme et d’entente avec les Prussiens, à l’aide desquels l’armée fut employée à des œuvres de sauvagerie incroyables. ”
“ Nous sommes révolutionnaires, nous voulons la Commune, parce que nous voyons dans la Commune future, comme dans celles de 1793 et de 1871, non la tentative égoïste d’une ville, mais la Révolution triomphante dans le pays entier : la République communeuse. Car la Commune c’est le Prolétariat révolutionnaire armé de la dictature, pour l’anéantissement des privilèges, l’écrasement de la bourgeoisie. La Commune, c’est la forme militante de la Révolution sociale. C’est la Révolution debout, maîtresse de ses ennemis. La Commune, c’est la période révolutionnaire d’où sortira la société nouvelle. ”
“ Rochefort ayant écrit dans la Marseillaise que la route jusqu’à Berlin ne serait pas une simple promenade militaire, les presses de ce journal furent brisées, par ces agents vêtus en travailleurs, que l’on appelait les blouses blanches et qui avec eux entraînaient des inconscients. Pourtant, le cri : La paix ! la paix ! couvrit parfois celui des bandes impériales : À Berlin, à Berlin ! Paris de plus en plus se détachait de Bonaparte ; l’aigle avait du plomb dans l’aile. La révolution appelait tous ceux qui étaient jeunes, ardents, intelligents. — Oh ! comme alors la République était belle ! ”
“ Nul parmi nous ne pensait alors que rien pût égaler les crimes de l’empire. Ce temps et le nôtre se ressemblent suivant l’expression de Rochefort comme deux gouttes de sang. Dans cet enfer, comme aujourd’hui, les poètes chantaient l’épopée qu’on allait vivre et mourir ; les uns en strophes ardentes, les autres avec un rire amer. Combien de nos chansons d’alors seraient d’actualité. Le pain est cher, l’argent est rare, Haussmann fait hausser les loyers, Le gouvernement est avare, Seuls, les mouchards sont bien payés ! ”
“ Ce programme, c’est la revendication des droits de l’homme, c’est le peuple maître de ses destinées ; c’est la justice et le droit de vivre en travaillant ; c’est le sceptre des tyrans brisé sous le marteau de l’ouvrier, c’est l’outil légal du capital, c’est l’intelligence punissant la ruse et la sottise, c’est l’égalité d’après la naissance et la mort. ”
“ Mais tout étant plein de morts, l’odeur de cette immense sépulture attirait sur la ville morte l’essaim horrible des mouches des charniers ; les vainqueurs craignant la peste suspendirent les exécutions. La mort n’y perdait rien : les prisonniers entassés à l’Orangerie, dans les caves, à Versailles, à Satory, sans linge pour les blessés, nourris plus mal que des animaux, furent bientôt décimés par la fièvre et l’épuisement. ”
“ Ce que je réclame de vous qui vous affirmez conseil de guerre, qui vous donnez comme mes juges, mais qui ne vous cachez pas comme la commission des grâces, c’est le champ de Satory où sont déjà tombés nos frères ; il faut me retrancher de la société, on vous a dit de le faire. Eh bien ! le commissaire de la république a raison. Puisqu’il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n’a droit qu’à un peu de plomb, j’en réclame ma part. Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance et je demanderai à la vengeance de mes frères les assassins de la commission des grâces. ”
“ À la mort de l’officier français Gally Passeboc, les Canaques saluèrent leur ennemi de ce même cri de mort parce qu’avant tout, ils aiment les braves. La tête d’Ataï fut envoyée à Paris ; je ne sais ce que devint celle d’Andia. Que sur leur mémoire chante ce bardit d’Ataï. Le takata dans la forêt a cueilli l’adouéke, l’herbe de guerre, la branche des spectres. Les guerriers se partagent l’adouéke qui rend terrible et charme les blessures. Les esprits soufflent la tempête, les esprits des pères, ils attendent les braves amis ou ennemis ; les braves sont les bienvenus par delà la vie. ”
“ Oui, le temps présent est bien semblable à la fin de l’Empire, avec un grandissement farouche des répressions, une plus féroce acuité de sanglantes horreurs, exhumées du cruel passé. Comme si quoi que ce soit pouvait empêcher l’éternelle attirance du progrès ! On ne peut pas tuer l’idée à coups de canon ni lui mettre les poucettes. La fin se hâte d’autant plus que l’idéal réel apparaît, puissant et beau, davantage que toutes les fictions qui l’ont précédé. ”
“ L’Officiel de Versailles n’avait-il pas donné la marche pour la tuerie, on s’en souvient. « Pas de prisonniers ! Si dans le tas il se trouve un honnête homme réellement entraîné de force, vous le verrez bien dans ce monde-là. Un honnête homme se distingue par son auréole ; accordez aux braves soldats la liberté de venger leurs camarades en faisant sur le théâtre et dans la rage même de l’action ce que le lendemain ils ne voudraient pas faire de sang-froid. » ”
“ Quelque habile que fût cette proclamation, l’idée ne vint à personne que l’Empire pouvait survivre à la reddition d’une armée avec ses canons, ses armes, son équipement, de quoi lutter et vaincre. Paris ne s’attarda pas à s’inquiéter de Napoléon III, la république existait avant d’être proclamée. Et plus haut que la défaite dont la honte était à l’Empire, l’évocation de la République mettait une lueur sur tous les visages, l’avenir s’ouvrait dans une gloire. Une mer humaine emplissait la place de la Concorde. ”
“ De partout, en raz marée, la misère montait, et ce n’étaient pas les prêts de la société du prince impérial, qui y pouvaient grand’chose ; Paris, pourtant, payait pour cette société de lourds impôts, et doit peut-être encore deux millions. La terreur entourant l’Élysée en fête, la légende du premier empire, les fameux sept millions de voix arrachés par la peur et la corruption formaient autour de Napoléon III un rempart réputé inaccessible. L’homme aux yeux louches espérait durer toujours, le rempart pourtant se trouait de brèches, par celle de Sedan enfin passa la révolution. ”
“ Si un pouvoir quelconque pouvait faire quelque chose, c’eût été la Commune composée d’hommes d’intelligence, de courage, d’une incroyable honnêteté, qui tous de la veille ou de long temps, avaient donné d’incontestables preuves de dévouement et d’énergie. Le pouvoir, incontestablement les annihila, ne leur laissant plus d’implacable volonté que pour le sacrifice, ils surent mourir héroïquement. C’est que le pouvoir est maudit, et c’est pour cela que je suis anarchiste. ”
“ Mais quelle que soit l’issue des tentatives versaillaises, monarchie ou République bourgeoise, le résultat sera le même : la chute de Versailles, la revanche de la Commune. Car nous arrivons à l’un de ces grands moments historiques, à l’une de ces grandes crises, où le peuple, alors qu’il parait s’abîmer dans ses misères et s’arrêter dans la mort, reprend avec une vigueur nouvelle sa marche révolutionnaire. La victoire ne sera pas le prix d’un seul jour de lutte, mais le combat va recommencer, les vainqueurs vont avoir à compter avec les vaincus. ”
“ « Le gouvernement, issu d’une assemblée nommée par le suffrage universel a plusieurs fois déclaré qu’il voulait fonder la République. » Ceux qui veulent la renverser sont des hommes de désordre, des assassins qui ne craignent pas de semer l’épouvante et la mort dans une cité qui ne peut se sauver que par le calme et le respect des lois. » Ces hommes ne peuvent être que des stipendiés de l’ennemi ou du despotisme. Leurs crimes, nous l’espérons, soulèveront la juste indignation de la population de Paris qui sera debout pour leur infliger le châtiment qu’ils méritent. ”
“ Toutes les bonnes volontés s’offraient dévouées jusqu’à la mort ; on eût voulu avoir mille existences pour les offrir. Les révolutionnaires étaient partout, se multipliaient ; on se sentait une puissance de vie énorme, il semblait qu’on fût la révolution même. On allait Marseillaise vivante, remplaçant celle que l’Empire avait profanée. Cela ne durera pas, disait le vieux Miot, qui se souvenait de 48. Un jour, sur la porte de l’hôtel de ville, Jules Favre nous serra trois dans ses grands bras, Rigaud, Ferré et moi, en nous appelant ses chers enfants. ”
“ Nous sommes révolutionnaires, parce que pour réaliser le but de la Révolution, nous voulons renverser par la force une société qui ne se maintient que par la force. Parce que nous savons que la faiblesse, comme la légalité, tue les révolutions, que l’énergie les sauve. Parce que nous reconnaissons, qu’il faut conquérir ce pouvoir politique que la bourgeoisie garde d’une façon jalouse, pour le maintien de ses privilèges. ”
“ L’assemblée de Bordeaux continua de voter une série de mesures honteuses. Ceux qui composaient à Paris le gouvernement n’ayant pas comme la défense nationale promis de mourir plutôt que de se rendre, s’en donnaient à cœur joie d’infamies. Craignant tous les hommes de courage qu’il appelait la lie des faubourgs, l’assemblée qui n’eût jamais osé affronter Paris, préparait une trahison pour désarmer de ses canons l’acropole de l’émeute, Montmartre, que nous appelions avec la vile multitude la citadelle de la liberté, le mont sacré. ”
“ Ce qu’on voyait alors, c’était surtout le souverain ; l’empire nous avait habitués ainsi. Le despotisme commençait à avoir de multiples têtes ; il continua ainsi. M. Thiers, sitôt qu’il connut la prise de Montmartre le télégraphia à sa manière en province. Les flammes dardant leurs langues fourchues, lui apprirent que la Commune n’était pas morte. C’est l’heure où les dévouements ont pris leur place, l’heure aussi des représailles fatales, quand l’ennemi comme le faisait Versailles, tranche les vies humaines comme une faux dans l’herbe. ”
“ Nous sommes Communistes, parce que le Communisme est la négation la plus radicale de la société que nous voulons renverser, l’affirmation la plus nette de la société que nous voulons fonder. Parce que, doctrine de l’égalité sociale, elle est plus que toute doctrine la négation de la domination bourgeoise, l’affirmation de la Révolution. Parce que, dans son combat contre la bourgeoisie, le Prolétariat trouve dans le Communisme l’expression de ses intérêts, la règle de son action. Nous sommes Révolutionnaires, autrement Communeux, parce que voulant la victoire, nous en voulons les moyens. ”
“ La mort de Lespée fut reprochée à tous les révolutionnaires, celle de Fillion à son meurtrier. Étant, il y a quelques années, en tournée de conférences, d’anciens habitants de Marseille, me racontèrent avoir été frappés comme d’une vision, lorsque le vieux Fillion, en avant de tous, marchait à l’Hôtel-de-Ville, son écharpe rouge flottant à son chapeau, ses yeux, lançant des éclairs. La bouche largement ouverte, jetant par dessus tout ces cris qu’on entendait au loin : En avant ! En avant la Commune ! la Commune ! déjà c’était un spectre, celui des représailles. ”
“ Sur la barricade flotte un immense drapeau rouge : il y a là les deux Ferré Théophile et Hippolyte, J.-B. Clément, Cambon, un garibaldien, Varlin, Vermorel, Champy. La barricade de la rue Saint-Maur vient de mourir, celle de la rue Fontaine-au-Roi s’entête, crachant la mitraille à la face sanglante de Versailles. On sent la bande furieuse des loups qui s’approchent, il n’y a plus à la Commune qu’une parcelle de Paris, de la rue du faubourg du Temple au boulevard de Belleville. ”
“ Ils tombent en criant : Vive la Commune ! Là comme partout, des décharges successives achèvent ceux que les premières ont épargnés ; quelques-uns achèvent de mourir sous les tas de cadavres ou sous la terre. Une autre poignée, ceux des dernières heures ceints de l’écharpe rouge s’en vont vers la barricade de la rue Fontaine-au-Roi ; d’autres membres de la Commune et du comité central viennent se joindre à ceux-là et dans cette nuit de mort majorité et minorité se tendent la main. ”
“ Paris entier est debout, le canon tonne par intervalles. Sur une estrade est le comité central ; devant eux, la Commune, tous avec l’écharpe rouge. Peu de paroles dans les intervalles que scandent les canons. — Le comité central déclare son mandat expiré, et remet ses pouvoirs à la Commune. On fait l’appel des noms ; un cri immense s’élève : Vive la Commune ! Les tambours battent aux champs, l’artillerie ébranle le sol. — Au nom du peuple dit Ranvier, la Commune est proclamée. ”
“ Mac-Mahon secouant sans cesse les huit cent et quelques cadavres qu’avait faits la Commune, légalisait aux yeux des aveugles, la terreur et la mort. Vinoy, Ladmirault, Douay, Clinchamp, dirigeaient l’abattoir écartelant, dit Lissagaray, Paris, à quatre commandements. Combien eut été plus beau le bûcher qui, vivants nous eût ensevelis, que cet immense charnier ! Combien les cendres semées aux quatre vents pour la liberté eussent moins terrifié les populations, que ces boucheries humaines ! Il fallait aux vieillards de Versailles ce bain de sang Pour réchauffer leurs vieux corps tremblants. ”
“ Les radicaux seront les derniers défenseurs du monde bourgeois mourant ; autour d’eux seront ralliés tous les représentants du passé, pour livrer la lutte dernière contre la Révolution. La fin des radicaux sera la fin de la bourgeoisie. À peine sortis des massacres de la Commune, rappelons à ceux qui seraient tentés de l’oublier que la gauche versaillaise, non moins que la droite, a commandé le massacre de Paris, et que l’armée des massacreurs a reçu les félicitations des uns comme celles des autres. Versaillais de droite et Versaillais de gauche doivent être égaux devant la haine du peuple ”
Termes fréquents
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