Léonce Pingaud

Léonce Pingaud

Résumé

Portrait de Léonce Pingaud Léonce Pingaud Revue des Deux Mondes

Ce n’est pourtant ni à l’entrée ni à l’extrémité de sa carrière que Fouché a donné sa vraie mesure ; c’est dans l’intervalle, à ce rang secondaire où il excella à ne servir et à ne trahir qu’à demi, auprès de l’homme le plus puissant de son temps et le plus jaloux de sa puissance, Napoléon. Celui qu’une de ses fidèles amies saluait de ce singulier compliment : « Vous avez l’air d’une fouine, » se tapit et travailla à son gré dans le nid de l’aigle. Il s’imposa à l’Empereur depuis l’heure du premier avènement jusqu’à celle de la catastrophe finale.
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Une pensée lui demeurait commune avec les derniers jacobins, c’est qu’au-dessus de la liberté subsistait la Révolution, c’est-à-dire un ensemble d’institutions, de conquêtes si l’on veut, dont Napoléon avait pris ostensiblement la garde. L’obéissance de tous, muette ou explicite, à l’Empire s’expliquait par leur crainte instinctive du retour de l’ancienne dynastie. Ils supportaient comme un pis-aller le nivellement sous une épée victorieuse des rois, et l’égalité dans la soumission leur semblait une liberté remplaçant toutes les autres.
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Depuis lors, Fouché erra ou végéta à l’étranger, condamné à l’inaction, à la déchéance pour le reste de sa vie. Ce vieux sceptique, pour lequel les mots de république, de souveraineté populaire ou parlementaire ne comportaient plus guère de sens, ce potentat déchu, narquois jadis devant les hommes et aujourd’hui exaspéré contre les événemens, en revenait au rêve des constitutionnels de 1790 ou de l’an III, rêve qui reprenait corps, alors que Decazes, son successeur à la Police, parlait de royaliser la nation et de nationaliser le royalisme.
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