“ Le ciel est brun, triste est la pluie, Le soleil ne veut plus briller. Et devant mon lit qui s’ennuie Je viens, triste, m’agenouiller. Et de mes doigts tristes, je presse Mes yeux qui sont las d’être ouverts ”
Résumé
“Arc-en-ciel”, est une œuvre de Maurice Vaucaire. Des thèmes tels que sanglote, l'impasse ou montions aux cieux y sont abordés.
Citations de Arc-en-ciel (Maurice Vaucaire)
“ Outre-mer et dorés, gris, noirs et rutilants, Et le luxe inouï de ce théâtre immense S’attaquaient à nos nerfs fébriles, en démence. La peau poudrerisée et les yeux agrandis. Ils tournoyaient ces vrais êtres de paradis · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Le plafond déroulait sa large apothéose Orientale avec de riches nudités Que mettait en relief un ciel uniment rose. Le lustre les fardait de ses vives clartés, Et les sons incisifs allaient vibrer sur elles. ”
“ Devant moi, gigantesque et fou s’est implanté, — Passé sans lendemain et lendemain sans veille. — Dieu pur dont l’œil profond me parle et me surveille, Dis si l’Éternité — ce Rêve me poursuit — Se passe en plein soleil ou marche dans la nuit. ”
“ Dessus notre terrasse, un ciel calme, indécis, Large, servait de tente, et le baiser suave De cette femme avait l’arome des cassis. La mer proche sonnait de grands coups de fanfare Et la lune obliquait ses rayons vers un phare. ”
“ Elles ont volé dans mon rêve En me traitant de fille d’Ève, D’impie au cœur indifférent ! Et depuis lors ces fleurs chagrines Quand je les ai sous mes narines N’ont plus leur parfum pénétrant. ”
“ En haut l’oiseau rayait le ciel aux couleurs fines. Tranquille, je pensais à la brune aux yeux verts Que j’idolâtre et dont le cœur est tant pervers, Puis à la blonde fille, africaine et brutale Qui m’aime constamment et que j’aime très peu. ”
“ Je baise ton sein mat aux battements si lourds, Et tes lourds cheveux teints, et tes yeux de velours. Maîtresse aux blanches mains, courtisane féline, Le monde fauve et moi malsain, nous dégorgeons De stupides baisers sur ta lèvre maligne. ”
“ SOIR MYSTIQUE En haut du parc, il est un sinueux canal Qui dissout pâlement au lever de la lune Les sanguines clartés du ciel. Triste, automnal, Le lointain dort ; il naît une étoile, rien qu’une. ”
“ Ta bouche étouffe un cri, ta taille se déhanche. Le bras droit s’échappait comme une lourde branche Pendant sur le rebord du lit ; l’autre, mutin, Des cheveux mal tordus, des cheveux clair-chatain, Tout instinctivement contenait l’avalanche. ”
“ Et sur sa tombe, et sur les buis viennent valser N’ayant crainte de se blesser, Souples ainsi que des fougères Des nymphes avec des bergères. Et viennent d’invisibles mains, En haut, là-bas, par les chemins Qui poussent un décor vaporeux de féerie. Pour les morts, c’est fête chez eux, Ils écarquillent leurs grands yeux Et la troupe applaudit et crie. ”
“ Et dans tes yeux toujours comme un regard moqueur. De ton être dolent un parfum lourd émane, Parfum qui m’étourdit et qui fait ma pâleur. Viens écouter un peu fièvreuse et mélomane, L’orchestre du salon d’où part une lueur. ”
“ Ayant le pénétrant parfum d’un bouquet rare ; Je chante ma maîtresse aux regards suppliants Qui par ce jour malsain est gentiment bizarre. Et le parc sous le vent puissant est agité, On ne respire plus que de l’humidité ”
“ Je rêve à ma fenêtre entr’ouverte, ma pâle Beauté ; là-haut, là-haut les nuages sont gris, Le soleil est vitreux comme un bijou d’opale. Le spleen s’est infiltré par les portes, — j’écris — Il colle sur ma peau sa lèvre sépulcrale. J’entends monter d’en bas, bruissements et cris De passants, les refrains d’un vieil orgue qui râle. Je pense à vous, ma Chatte, et ces souvenirs font Que mon songe devient plus triste et plus profond. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Si nous montions aux cieux, il est des lacs faciles ”
“ Les instruments sont accordés ? Alors, en avant la musique, En avant les dévergondés ! Oh ! eh ! les sots et les eunuques, Les gens sérieux, les rêveurs ! Dansez à perdre vos perruques, Vivent la fête et les viveurs ! ”
“ À Michel Peter. Journée humide et tiède, une incessante pluie : Tristes, les paysans se retirent des prés ; Derrière, l’horizon est noir comme la suie, Le vent bougonne et pousse au loin des ciels cuivrés. ”
“ Idéalisant l’Opéra : — Mauri, la Laus, Zucchi, Subra — Que notre regard boit et mange. Nous nous grisons de sa beauté, Voudrions poser notre ivresse Dans un corps si bien jarreté Et souple comme une caresse. ”
“ Mais le front du guerrier est bas, plein de tristesse, Il a peur que Tsiki ne le chérisse point, Et sur son teint fardé de miel et de cinabre, De gros pleurs vont roulant qu’il écrase du poing, Il songe à s’entrouvrir le ventre avec un sabre. ”
“ De douces, de très douces choses, Heureux, nous emplirons leurs bras De fleurs jaunes et de fleurs roses. Et tout humain aura sa part, Âmes païennes ou pieuses, Femmes d’encens, femmes de fard. ”
“ De ma riche harpe d’ébène, J’évoque ton nom princier Et je mets en chanson ma peine. Tantôt je murmure bien bas Ou je crie étrange et farouche ; Mais je ne me console pas, Les sanglots restent dans la bouche. ”
“ Très pure. L’ara vert a des cris étonnés, Et vous vous endormez, brune sentimentale. Ma tête est dans vos bras lisses et safranés, Votre sensible chair — humaine digitale — A la tiède senteur des grands lilas fanés. ”
“ Dans une impasse étroite où penchent des maisons À gros ventre, où croupit une eau toute malade, Ils reviennent, très lents, évitant des tessons, Des débris, viande et bois, des os, de la salade. Car Elle habite au bout, au-dessus d’un fripier, Préférant son petit faubourg sale au tapage Des boulevards, n’aimant aussi que son troupier, La créature blanche et brune, à moitié sage. ”
“ Pour qu’on puisse voir les choses du fond ; Dessus elle on se mêle et se confond. La troupe est nombreuse et assaisonnée De danseuses, de clowns et de jongleurs, De chiens, de géants, même d’avaleurs De sabres. ”
“ Ta robe s’étalait sur elles, éclatante, Ta lèvre était plus rouge et plus gris tes grands yeux ; L’air humide mordait notre peau rafraîchie, Et nous sommes rentrés à la ferme blanchie, Tout heureux de nous être aimés si près des cieux. ”
“ De la nature folle, aimante et rajeunie. Vivent l’été, le vert des bois, la symphonie Des merles et le bleu du large firmament, On est si fier de vivre, on chante allègrement, Mêlant sa propre sève à la sève infinie. ”
“ D’innombrables parfums capiteux et brûlants, En sueur, dans la salle où les chairs entassées Bien tièdes s’échauffaient encore ; j’ai senti Ce pâle courant d’air si vite anéanti Qu’avaient jeté sur nous les toiles vernissées. ”
“ À J.-M. de Heredia. J’ai composé pendant la nuit une féerie Pleine de soleils chauds et de décors criards, De femmes en cheveux blonds et de grands brouillards Descendant, soutenant toute une allégorie. ”
“ À d’étranges dessins chinois, imaginaires Avec des arbres sans formes et mis en tas ; Bizarres dessins faits par des Chinois tout las D’opium, mystérieux, laids et sexagénaires. — L’Automne morfondue a des pâleurs lunaires. ”
“ Grisé par les odeurs des somptueux lilas : Parlant, vous déchiriez quelques feuilles de lierre ; Nous causions de la vie et pendant ce, le glas Tintait rauque ; abaissant alors votre paupière, Vous laissâtes tomber des soupirs, des hélas ! ”
“ Lascifs, silencieux et les longs frolements Des robes et des pieds qui traînent sur la planche. Chaque musicien appuie avec lenteur Le rhythme indiqué par la partition blanche, À son pupitre orné d’un bec à réflecteur. ”
“ Pris au corset, tenant des grelots fins en cuivre. Quand elle se balance ou marche, on devient ivre, On voudrait la tenir bien haut entre ses poings Tout comme ce danseur à la valse finale Qui l’enlève dans un feu rose de Bengale. ”
“ Par des torrents séchés et de grands arbres nus, Les longues routes sont entièrement cernées. Dans un de ces pays baroques, inconnus, Qui défilent dedans mes rêves artistiques, Marchent ces gens malsains, osseux et fantastiques. ”
“ Avec de longs ilots et des fentes baillantes Courent à l’horizon, gris et couperosés. En se croisant, deux trains font un bruit indicible Sur le grand pont de fer assez mince et flexible ; Lors une pluie assez serrée et le froid vif ”
“ TROPIQUES À Grandmougin. De riches papillons, les ailes en drapeaux, Fatigués et pesants passent dans l’atmosphère ; Tandis que l’ovipare avec le mammifère Rampant et galopant, vont joyeux par troupeaux. ”
“ Crasseuse exhalaison, puanteur énergique ; Tristesse des velours déchirés, mal tendus, Des toiles drôlement peintes. Les cris ardus Du patron, haut perché devers la devanture, Se mêlaient aux élans d’un orgue qui braillait ”
“ On se presse au billard, on fume, on joue aux dés. Irritantes, les voix montent comme un cantique : Un long bourdonnement d’accents désaccordés. L’air est vieux, noir, malsain, contenant la poussière Et l’odeur d’un tabac fort. ”
“ Devant nous trotteront deux puissants dogs d’Ulm gris Et bleus. Les gens poncifs tourneront ahuris Leurs regards, élevant l’épaule de mépris. Je désire assez vivre inutile, égoïste, N’aimant rien et croyant qu’au monde, seul, j’existe. ”
“ MODERNISME Silvius Nicoles t’a peinte à l’aquarelle Sur fond vert, blanche blonde aux yeux affriolants, En chapeau Directoire et tenant une ombrelle Où voltigent brodés, trois grands papillons blancs. ”
“ Une très petite chanson. Mes amoureux, sans trop sourire Accompagnez à l’unisson : Un papillon de couleur blanche Aimait du plus parfait amour Une gentillette pervenche Qu’il respirait vingt fois par jour. ”
“ C’est la sœur Véronique aujourd’hui qu’on enterre. Quatre infirmiers contrits portent le lourd cercueil, Et la Religieuse en chef conduit le deuil, Ayant dessus sa croix d’Honneur, ses mains croisées. ”
“ Des bouquets pour la vente ou bien pour leurs maîtresses. La brise est sourde et dense, elle leur souffle au front Des baisers étouffés, des sournoises caresses Sachant bien quels pensers fous en résulteront. ”
“ Ses narines et ses lèvres froides palpitent, Se pincent ; car Tkoura ferme ses petits yeux, Elle souffre et se meurt... Elle souffre et se meurt...Tristes, faisant des vœux Tout auprès, des amis et des parents s’agitent. ”
“ Tout se sent pâle encore, absorbé, non remis. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · Ainsi mon âme après l’amour, après la fête, S’ennuie, a des regrets et sanglote, défaite. ”
“ Ses chaussons plats de satin noir. Fatigués d’avoir sur la scène Fait des pointes, tracé des ronds, Ils ont un air d’âmes en peine, Les pauvres petits fanfarons. Qu’y mettre ? De l’or ?... J’ai des dettes ! ”
