Paul Louvet

Résumé

Paul Louvet La mère de Jeanne-d'Arc (1930)

Jeannette s'en était allée de Dom-remy à l'âge de seize ans ; Isabelle avait donc conservé le souvenir d'une enfant ; elle retrouvait maintenant une femme ; la différence d'âge pouvait expliquer ce qui déconcertait l'image qu'elle avait gardée de sa fille. Et puis, il y avait si longtemps qu'elle l'avait perdue... Quelle que soit la ferveur des regrets, la mémoire s'use... Les plus chers visages se déforment en la pensée de ceux qui les pleurent, surtout quand les traits n'en ont pas été fixés en une image qui en perpétue le souvenir.
Source : Gallica

Paul Louvet La mère de Jeanne-d'Arc (1930)

Bientôt le Doyen, à son tour, ne quitta plus le lit ; la fièvre le soulevait entre ses draps ; elle lui faisait le visage tout rouge, comme si on l'avait barbouillé de vermillon et qu'on lui eût peint des flammes dans les yeux. Il appelait ses enfants, voulait que Pierre emmenât les bœufs, que Catherine s'en allât chercher du bois, et demandait pourquoi Jeannette ne mettait pas les écuelles sur la table. Puis, se souvenant, il suppliait qu'on, lui apprît où était l'âme de sa fille. Il cherchait des prières dans sa tête pour les dire à son intention, et il ne lui en revenait que des bribes...
Source : Gallica

Paul Louvet La mère de Jeanne-d'Arc (1930)

Aussitôt les paysans s'empressaient auprès de lui ; Catherine le conduisait à la table de famille ; Isabelle lui apportait son pain le plus frais, le jambon du plafond, le fromage du saloir, le lait des brebis ; et lui, dévorant l'écuelle, s'étonnait de l'accueil et des égards, car, dans ce village exposé à tous les périls, l'on avait bien autre chose à faire que de s'apitoyer sur la misère de son prochain. Qu'importait que le froid bleuît le corps d'un petit enfant demi-nu et qu'un vieillard fût seul au monde, quand eux-mêmes attendaient le massacre, la ruine et le supplice ?
Source : Gallica

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