“ Il y aura sans doute d’autres moyens de forcer Ferdinand Ier à se soumettre aux volontés des Puissances qu’une expédition militaire et il ne sera pas besoin de recourir à cette ultima ratio pour le réduire à merci. Aussi bien aurait-il tort de ne pas se préoccuper du lendemain, ni du soin d’affermir sa popularité dans un pays que la prolongation de la guerre a épuisé. La Bulgarie sera lente à se remettre de son long et meurtrier effort, n’ayant pas de grandes richesses naturelles à exploiter ni d’industries productives à développer. ”
Ferdinand Ier de Bulgarie
Définition et enjeux
Citations sur “Ferdinand Ier de Bulgarie”
René Pinon, Trente Ans d’indépendance - La force bulgare
“ Un prince moins sage, moins patient, moins confiant dans l’avenir, que ne l’est Ferdinand Ier, n’y résisterait pas : il entraînerait la Bulgarie à la délivrance de la Macédoine. Et lui-même, le prince Ferdinand, pourra-t-il toujours y résister ? L’opinion, aujourd’hui, plus que les souverains, est reine du monde. ”
Philippe d' Estailleur, La Bulgarie traquée. Les Balkans en flammes (1913)
“ La Bulgarie est gouvernée par un homme dont l'esprit clairvoyant et fin s'adapte admirablement à tout : art, politique, histoire, mécanique et surtout sciences naturelles, lui sont familiers comme plusieurs langues qu'il parle couramment. Ferdinand Ier est un Parisien, sans être né à Paris, et par là même un charmeur. ”
La Bulgarie au lendemain d’une crise
“ Ceux qui connaissent les princesses savent qu’il n’entre point dans leurs desseins d’exercer une influence quelconque sur la politique extérieure ou intérieure de la Bulgarie, et quant à ce qui concerne les proches parents du Prince, un abîme s’est creusé entre la plupart d’entre eux et le prince Ferdinand depuis que ce dernier a été nommé souverain de la Bulgarie. ”
René Pinon, Revue des Deux Mondes
“ La Bulgarie est heureusement gouvernée par un prince d’une haute sagesse politique, ami de la paix, conscient des brillantes destinées que l’avenir réserve à son pays, s’il sait être prudent et laisser le temps travailler en sa faveur ; le prince Ferdinand est aussi peu enclin que possible à risquer sur un coup de dé le sort de son pays et de sa dynastie. La guerre ne pourrait donc résulter que d’un excès de détresse des populations bulgares de Macédoine amené soit par l’avortement des réformes, soit par la continuation des tristes exploits des bandes grecques. ”
“ IV Aux yeux du prince de Bulgarie, le firman d’investiture et la reconnaissance de son élection par les Puissances n’étaient que le premier échelon de son ascension vers de plus hautes destinées. A l’instar de ses confrères de Roumanie et de Serbie, il lui tardait de faire figure de Prince indépendant. Mais, depuis la guerre russo-turque, la paix régnait en Orient, et la Russie, qui avait vu le traité de San Stefano annulé par le Congrès de Berlin, ne se souciait pas d’y rallumer des hostilités. Aucune Puissance n’était disposée à soutenir les ambitions de Ferdinand. ”
La Bulgarie au lendemain d’une crise
“ La Bulgarie existe par elle-même, mais elle voudrait exister aux yeux de tous et elle voit dans le prince Ferdinand son chef légitime, le guide consciencieux qui la mènera dans le droit chemin, le souverain probe qui travaillera avec elle à l’affermissement de ses institutions nationales. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ En définitive, si le prince entre en Bulgarie avec l’adhésion de partisans assez nombreux pour créer un gouvernement, il faut le traiter comme un gouvernement de fait, en évitant toute démarche qui pourrait être interprétée comme une reconnaissance de sa légalité. Quoique prévenu, au moment de quitter Vienne, des mesures d’ostracisme dont il va être l’objet de la part des Puissances, Ferdinand n’en poursuit pas moins sa route vers la Bulgarie où il est annoncé et attendu. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ L’opposition de la Russie, au contraire, est nette, formelle, déclarée ; la Russie ne reconnaît pas plus le prince Ferdinand qu’elle n’a reconnu tout ce qui s’est fait en Bulgarie depuis deux ans, et elle n’est plus seule à soutenir cette politique. La Porte, qui est en apparence la plus intéressée, puisqu’elle est la puissance suzeraine dans les Balkans, flotte entre toutes les résolutions, craignant de se séparer de la Russie, pressentant bien que, si le traité de Berlin doit disparaître par suite de ces affaires bulgares, c’est elle qui est exposée encore à payer les frais de l’aventure. ”
“ L’ambition, — une ambition effrénée, — explique toute la carrière de Ferdinand Ier. Elle a peuplé de trônes et de couronnes ses rêves d’adolescent ; elle a donné à son cœur, plutôt prudent, le courage de vivre au milieu d’hommes familiers avec l’assassinat politique ; elle lui a fait entrevoir, avec la réalisation de ses desseins balkaniques, l’empire d’Orient comme la dernière étape d’une existence prestigieuse. Or il est arrivé, chose assez rare dans le mariage des peuples avec leurs dynasties, que cet homme est bien le roi qu’il fallait aux Bulgares. ”
Ambroise de Landemont, L'élan d'un peuple : la Bulgarie jusqu'au traité de Londres… (1914)
“ « Ainsi tout dépend de la sagesse bulgare. Mais 164 CHAPITRE V cette sagesse est garantie à l'Europe par une institution et par un homme. La monarchie et Ferdinand Ier peuvent conjurer le péril. » A Athènes, on considérait comme très désirable une entente avec la Bulgarie. Des pourparlers, dans ce sens, avaient même été ébauchés. Par ailleurs, MM. Patchow, Stancevitch et Trofkovitch, venus de Serbie en Bulgarie pour préparer un accord économique, n'avaient rien tenté au point de vue d'une alliance politique entre la Bulgarie et la Serbie. ”
René Pinon, Trente Ans d’indépendance - La force bulgare
“ Indépendance vis-à-vis de tous, mais bons rapports avec tous, tel a été son programme. Il lui était plus facile qu’à certains autres États, la Serbie par exemple, de le mettre en pratique, parce qu’elle a le bonheur de n’être en contact immédiat avec aucune des grandes puissances ; elle ne touche qu’à la Turquie, à la Roumanie et à la Serbie. On a parfois représenté la politique du prince Ferdinand comme ondoyante et tortueuse ; il eût été plus équitable de constater que la situation politique de la Bulgarie l’oblige à une perpétuelle tactique d’adaptation et d’équilibre. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Le prince, ou, si l’on veut, le roi, le tsar Ferdinand de Bulgarie était en Autriche lorsque le grand-duc Wladimir est mort à Saint-Pétersbourg. Le grand-duc était populaire en Bulgarie ; il avait pris part, il y a trente ans, à la guerre qui a affranchi ce pays ; aussi le prince Ferdinand avait-il une assez bonne raison d’assister à ces funérailles. Il s’en est emparé aussitôt, poussé, a-t-il dit, par une « pensée pieuse, » mais peut-être aussi par cet instinct politique qui l’a heureusement servi dans plus d’une circonstance. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ À sa sortie du wagon, le métropolite a été l’objet de manifestations enthousiastes : c’était, disent les dépêches, à qui s’efforcerait de lui baiser les mains. Il a dû prononcer quelques paroles. « La députation, a-t-il dit, a trouvé la Russie animée des mêmes sentimens qui l’ont amenée autrefois à faire la guerre pour la libération de la Bulgarie : la Russie aime aujourd’hui la Bulgarie comme elle l’a toujours aimée. » Et le peuple de crier : « Vive la Russie ! Vive le tsar ! » On ne dit pas qu’il ait ajouté : « Vive le prince Ferdinand ! » ”
La Bulgarie au lendemain d’une crise
“ « La dynastie joue, en dernière analyse, un rôle décisif dans les relations extérieures d’un État ; elle est le facteur principal qui détermine leur choix. » Le prince Ferdinand pouvait satisfaire ces aspirations de dynastie nationale. Sans bruit, tranquillement, en se renfermant dans les strictes limites de ses attributions constitutionnelles, il jeta les bases sur lesquelles la dynastie devait s’appuyer dans l’avenir. Tel est le travail qu’il fallait accomplir pour donner un point d’appui solide à l’existence politique de la Bulgarie, tel est le travail qui fut accompli. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ L’idée de cette double opération, ayant Sofia pour objectif géographique, est excellente ; elle suffirait à justifier notre long effort à Salonique. Mais il m’est revenu hier, d’une source secrète, que, loin de se préparer à attaquer la Bulgarie, le Gouvernement roumain est en conversation clandestine avec le tsar Ferdinand. Le renseignement est, en partie, vérifié par un télégramme que Buchanan a reçu ce matin du ministre d’Angleterre à Bucarest et d’après lequel « le Président du Conseil roumain n’a jamais admis la pensée d’attaquer la Bulgarie ni même de lui déclarer la guerre. » ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ La Russie, de son côté, n’a jamais caché et ne cache pas encore qu’à ses yeux tout ce qui se fait depuis quelques années en Bulgarie n’est qu’une œuvre révolutionnaire, une violation du traité de Berlin accomplie et organisée contre elle, — que les gouvernans de Sofia, le prince Ferdinand en tête, ne sont que des usurpateurs qui doivent disparaître. Tout ce qu’elle a pu promettre, c’est d’attendre, de ne rien précipiter, de pousser la patience jusqu’au bout, — jusqu’au moment où tout finira par éclater ! ”
La Bulgarie au lendemain d’une crise
“ Après s’être épanouies, sous le regretté prédécesseur du prince Ferdinand, avec une luxuriance magnifique, elles avaient été brusquement fauchées, et l’existence même de la jeune Bulgarie indépendante avait paru, un moment, compromise. Comment assurer l’indépendance vis-à-vis de l’étranger et le développement continu de la prospérité intérieure ? Ce double but ne pouvait être atteint que par l’installation d’une dynastie nationale qui, si elle n’était pas immédiatement reconnue par les maisons royales de l’Europe, marcherait du moins de pair avec elles, par droit de naissance. ”
René Pinon, Revue des Deux Mondes
“ On ne concevrait pas qu’un tel homme, au moment d’entreprendre une guerre d’où dépendait le sort de son pays, de son trône, de sa vie même, ne se fût pas assuré des dispositions de Vienne comme de celles de Pétersbourg. Ouvrir des avenues dans plusieurs directions pour se jeter délibérément, au moment favorable, dans celle qui paraît la plus avantageuse, c’est la méthode propre à tous les petits États qui peuvent séduire la fortune, mais non la violenter ; c’est la méthode personnelle de Ferdinand de Bulgarie. ”
Ernest Daudet,
Revue des Deux Mondes
“ A peine est-il besoin de rappeler qu’issu d’une branche collatérale de la maison régnante de Saxe-Cobourg Gotha, et alors âgé de vingt-six ans, le prince Ferdinand descendait des Bourbons par sa mère Clémentine d’Orléans, la plus jeune fille de Louis-Philippe, roi des Français. Jusqu’au jour où il aspire à la couronne de Bulgarie, des voyages et une existence assez déréglée, qui lui vaut dans Vienne le renom d’un débauché, paraissent suffire à ses ambitions. ”
A. Nekludoff,
Revue des Deux Mondes
“ Ma réponse ayant coupé court au chapitre du correspondant et du pamphlet, Ferdinand mit la conversation sur le terrain politique et commença à m’adresser sur un ton d’amère ironie des questions sur les intentions ultérieures de la Russie à l’égard des stipulations du traité de Bucarest. « Qu’a-t-on décidé chez vous au sujet de Kavala ? Quoi au sujet de la rive gauche du Vardir ? » et comment concilier notre abandon manifeste de la Bulgarie avec le télégramme dans lequel, au nom de Sa Majesté l’Empereur, on avait promis de protéger la Bulgarie contre trop d’humiliation et d’abaissement ? ”
René Pinon, Trente Ans d’indépendance - La force bulgare
“ A l’extérieur, des difficultés plus graves encore attendent le gouvernement du prince Ferdinand ; et ici, il ne s’agit plus seulement de la Bulgarie, mais de l’Europe : nostra res agitur. Qu’un conflit vienne à éclater dans les Balkans, et c’est peut-être la guerre générale déchaînée, en tout cas l’invasion presque certaine du choléra en Occident. L’état de la Macédoine, loin de s’améliorer, semble empirer ; manifestement, les « réformes » de l’Europe sont insuffisantes ”
La Bulgarie au lendemain d’une crise
“ Stambouloff devait sa fortune politique à la nécessité d’un courant russophobe, d’une résistance à outrance à la Russie ; mais la violence de ses instincts ne tarda pas à fausser les résultats de ce qui devait être son unique mission. Seule la popularité croissante du prince Ferdinand, qui à l’heure critique n’hésita pas à se séparer de Stambouloff, put empêcher la formation d’un parti russe en Bulgarie. ”
A. Bekludoff, Revue des Deux Mondes
“ Sa Majesté me questionna ensuite au sujet des événements qui s’étaient déroulés en Bulgarie. « Comment le roi Ferdinand, qui avait la réputation d’un politique si fin, avait-il pu perdre si complètement la partie qu’il avait engagée ? » Je répondis par quelques appréciations sur les événements dont je venais d’être témoin, ainsi que sur la personne de Ferdinand. J’émis entre autres choses l’opinion que le caractère si étrangement indécis du Roi avait été pour beaucoup dans ses déconvenues ”
Ernest Denis,
La Grande Serbie
(1915)
“ Le malheur pour la Bulgarie, c'est que le parti démocratique qui représente les intérêts réels du pays et qu'anime un sentiment profond de fraternité slave, y était complètement annihilé par l'influence de Ferdinand qui menait la politique par-dessus la tête des ministres et que l'Autriche excitait sournoisement. ”
Philippe d' Estailleur, La Bulgarie traquée. Les Balkans en flammes (1913)
“ A défaut de complices bulgares, la Russie découvrit les alliés, accrus des Roumains et des Turcs. La guerre éclate. Saint-Pétersbourg escompte la défaite des Bulgares, la révolution des troupes, l'abdication du roi Ferdinand, l'occupation militaire de la Bulgarie par l'armée russe sous prétexte de rétablir l'ordre. ”
La Bulgarie au lendemain d’une crise
“ Ce peuple désireux de s’instruire, plein de confiance en ses efforts, d’un tempérament robuste, fier de son indépendance, conservant avec un soin jaloux ses traditions nationales, ne se sent pas de joie depuis que son tyran d’autrefois ne s’interpose plus, comme une ombre menaçante, entre le Prince et lui. Il porte un dévouement désormais inébranlable à son souverain, encore que les puissances européennes ne l’aient point reconnu jusqu’à ce jour. Mais la Bulgarie espère que bientôt sa situation internationale sera enfin régularisée. ”
Lois Dabbadie, Une Croisade au XXe siècle , civilisation chrétienne contre pangermanisme… (1917)
“ Malheureusement le Foreign Office retint les Bulgares loin de Constantinople ; il est regrettable que la diplomatie européenne soit intervenue contre les Turcs et eux lors d'une rencontre aux lignes de Tchataldja. Guillaume II s'en réjouit. Les diplomates autrichiens et allemands avaient persuadé au gouvernement roumain qu'il gagnerait, sans risques, en se réservant pour l'heure du partage. Ces mêmes conseillers tentèrent le monarque bulgare ; et dans la nuit du 29 au 30 juin il assaillit à l'improviste ses alliés. Ferdinand Ier vit bientôt la déconfiture de sa traîtrise ”
A. Nekludoff,
Revue des Deux Mondes
“ Venu dans le monde quatre siècles trop tard, le Roi des Bulgares s’est borné à faire des rêves de grandeur, à se costumer en Basileus Byzantin et à se faire portraicturer dans cette tenue par des peintres de troisième ordre ; au lieu de construire des palais, il s’est contenté de planter des jardins botaniques, car, loin de s’enrichir à son métier de souverain, il s’est au contraire ruiné en cadeaux, en dotations et en secours destinés à lui acheter des partisans. Ne pouvant exterminer ses ennemis par le poison ou le fer, Ferdinand a tâché de les user les uns par les autres. ”
V. Colocotronis, La Macédoine et l'hellénisme : étude historique et ethnologique (1919)
“ La Bulgarie finit' par devenir l'enfant gâté de l'Europe. Tout le monde se mit à considérer l'hégémonie bulgare sur les Balkans comme la chose la plus naturelle du monde. Et au cours de là guerre balkano-turque de 1912-1913 l'Europe attendait de voir Ferdinand entrer sans faute à Constantinople et se faire couronner empereur à Sainte-Sophie. Dans la partie ethnologique de notre ouvrage nous signalerons bien des faits, témoignant de cette conduite partiale observée par la diplomatie européenne en faveur des Bulgares en Macédoine. ”
Various, L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913
“ Et la nuance a son prix.Après avoir été salué à la gare par les princes Boris et Cyrille, le ministre plénipotentiaire bulgare, M. Stanciof, qui les avait accompagnés, et les officiers supérieurs des troupes bulgares casernées dans la ville, le roi Ferdinand descendit au consulat général de Bulgarie à Salonique. Peu après, le roi Ferdinand alla rendre visite au roi de Grèce auquel, dès les premiers mots, il dit: «Je suis venu ici en simple touriste.» Puis il reçut à son tour le roi des Hellènes et la photographie ci-dessous fut prise à l'issue de cette seconde entrevue. ”
