“ Comme il venait d’être chargé de la critique musicale dans une petite Revue, ils étaient un peu mieux placés qu’autrefois, mais au milieu d’un public beaucoup plus antipathique. Ils avaient des strapontins d’orchestre près de la scène. Christophe Krafft devait jouer. Ils ne connaissaient, ni l’un ni l’autre, ce musicien allemand. Quand elle le vit paraître, tout son sang reflua au cœur. Bien que ses yeux fatigués ne le vissent qu’à travers un brouillard, elle n’eut aucun doute quand il entra : elle reconnut l’ami inconnu des mauvais jours d’Allemagne. ”
Citations sur “Krafft”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
(1931-1934)
“ Les deux Krafft, le grand-père et le père, avaient pour lui un mépris goguenard. Cet avorton leur paraissait ridicule; et leur orgueil était blessé de l'infime condition du marchand ambulant. Ils le lui faisaient sentir; mais il ne semblait pas s'en apercevoir, et il leur témoignait un respect profond, qui les désarmait, surtout le vieux, très sensible aux égards qu'on avait pour lui. Ils se contentaient de l'écraser de lourdes plaisanteries qui faisaient monter le rouge au visage de Louisa. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
“ Il avait peur de la nuit au dehors. Il lui arrivait de s’arrêter chez le grand-père, ou d’y être envoyé le soir, pour quelque commission. Le vieux Krafft habitait un peu en dehors de la ville, la dernière maison sur la route de Cologne. Entre cette maison et les premières fenêtres éclairées de la ville, il y avait deux ou trois cents pas, qui paraissaient bien le triple à Christophe. Pendant quelques instants, le chemin faisait un coude, où l’on ne voyait rien. La campagne était déserte, au crépuscule ; la terre devenait noire, et le ciel d’une pâleur effrayante. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – Le Matin
“ Elle s’amusait de sa gaucherie, de sa laideur, de ses petits ridicules ; elle ne le prenait pas tout à fait au sérieux, — elle ne prenait pas grand chose au sérieux. — Les saillies bouffonnes, les violences, l’humeur fantasque de Christophe, lui faisaient croire d’ailleurs qu’il n’était pas très bien équilibré ; elle voyait en lui un de ces Krafft, qui étaient de braves gens et de bons musiciens, mais tous un peu toqués. Cette légère ironie échappait à Christophe ; il ne sentait que la bonté de madame de Kerich. Il était si peu habitué à ce qu’on fût bon pour lui ! ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
“ Le plus curieux, c’est que chez lui, malgré son souci constant de l’attitude en scène, comme chez Jean-Michel, malgré son respect craintif de toutes les conventions sociales, il y avait toujours quelque chose de saccadé, d’inattendu, d’hurluberlu, qui faisait dire aux gens que tous les Krafft étaient un peu timbrés. Cela ne lui nuisit pas d’abord ; il semblait que ces excentricités même fussent la preuve du génie qu’on lui prêtait ; car il est entendu parmi les gens de bon sens, qu’un artiste n’en saurait avoir. ”
Romain Rolland,
La Foire sur la place
“ Hecht ne sourcilla point, et continua imperturbablement, comme si Christophe n’existait pas : — Krafft... Non. Je ne connais pas. Il était de ces gens, pour qui c’est déjà une mauvaise note que de n’être pas connu d’eux. Il continua, en allemand : — Et vous êtes du Rhein-Land ?... C’est étonnant combien il y a de gens là-bas qui se mêlent de musique ! Je crois qu’il n’y en a pas un qui ne prétende être musicien. Il voulait dire une plaisanterie, et non une insolence ; mais Christophe le prit autrement. Il eût répliqué, si Kohn ne l’avait devancé. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
(1931-1934)
“ Un garçon comme lui, — je peux bien le dire sans te blesser, — élevé avec soin, musicien distingué, un véritable artiste, — il aurait pu prétendre à d'autres partis qu'à toi, qui n'avais rien, qui étais d'une autre classe, et pas même du métier. Un Krafft épouser une fille qui ne fût pas musicienne, cela ne s'était pas vu depuis plus de cent ans ! ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
(1931-1934)
“ Mais grand-père avait au fond du cœur le respect des puissances établies, des personnes « arrivées » ; et il était possible qu'il n'aimât tant les héros dont il contait l'histoire, que parce qu'il voyait en eux des gens mieux arrivés, et plus haut que les autres. Quand il faisait très chaud, le vieux Krafft s'asseyait sous un arbre, et il ne tardait pas à faire un petit somme. Alors Christophe s'asseyait près de lui, sur un talus de pierres branlantes, sur une borne, ou sur quelque haut siège bizarre et incommode; et il balançait ses petites jambes, en chantonnant et en rêvassant. ”
“ Christophe se recoucha. S’il n’avait été engourdi par le sommeil, il eût mis l’homme à la porte ; mais il trouva moins fatigant de le laisser parler. Il s’enfonça dans le lit, ferma les yeux, et feignit de dormir. Il eût fini par jouer son rôle, au naturel. Mais l’autre était tenace, et lisait, d’une voix forte, le début de l’article. Dès les premières lignes, Christophe ouvrit l’oreille. On y parlait de monsieur Krafft comme du premier génie musical de l’époque. Oubliant son personnage de dormeur, Christophe jura d’étonnement, et se dressant sur son séant, il dit : — Ils sont fous. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
“ Si beau que fût le morceau, il commençait à bâiller et prenait un air hébété d’ennui. Bientôt il n’y tenait plus, et s’esquivait sans bruit. Il disait : — Vois-tu, petit : tout ce que tu écris dans la maison, ce n’est pas de la musique. La musique dans la maison, c’est le soleil en chambre. La musique est dehors, quand tu respires le cher petit air frais du bon Dieu. Il parlait toujours du bon Dieu ; car il était très pieux, à la différence des deux Krafft, père et fils, qui faisaient les esprits forts, tout en se gardant bien de manger gras le vendredi. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – La Révolte
“ Bien d’autres Krafft avant lui avaient subi les épreuves qu’il subissait aujourd’hui, et goûté la détresse de cette dernière heure sur la terre natale. Race toujours errante, et de partout bannie par son indépendance et son inquiétude. Race toujours en proie à un démon intérieur, qui ne lui permettait de se fixer nulle part. Race attachée pourtant au sol, d’où on l’arrachait, et ne pouvant se passer de l’aimer. Christophe repassait à son tour par les mêmes douloureuses étapes ”
Jean de Villiot, Curiosités et anecdoctes sur la flagellation… (1900)
“ De tels amants peuvent goûter l'extase suprême sans qu'ils aient besoin d'appeler la souffrance à leur aide. L'irritation mécanique dont parle Krafft-Ebing n'intervient pas ici comme principal agent de la sensation. La douleur est le point extrême atteint par ces furieux du désir dans leur course échevelée sur les traces du pla-isir. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
“ La fillette fit la moue, et souffla à son frère, — Christophe l’entendit, — que c’était un petit pauvre. Christophe en retrouva la parole. Il crut combattre victorieusement cette opinion injurieuse, en bredouillant d’une voix étranglée qu’il était le fils de Melchior Krafft, et que sa mère était Louisa, la cuisinière. — Il lui semblait que ce titre était aussi beau que quelque autre que ce fût ; et il avait bien raison. — Mais les deux autres petits, que d’ailleurs la nouvelle intéressa, ne parurent pas l’en considérer davantage. Ils prirent au contraire un ton de protection. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
(1931-1934)
“ L'ombre remuait. Il y avait des nains assis dans les fossés, des lumières dans l'herbe, des vols effrayants dans l'air, des cris stridents d'insectes, qui sortaient on ne sait d'où. Christophe était toujours dans l'attente angoissée de quelque excentricité sinistre de la nature. Il courait, et son cœur sautait dans sa poitrine. Quand il voyait la lumière dans la chambre de grand-père, il se rassurait. Mais le pire était que souvent le vieux Krafft n'était pas rentré. Alors c'était plus effrayant encore. Cette vieille maison, perdue dans la campagne, intimidait l'enfant, même en plein jour. ”
René Ménard, Le monde vu par les artistes : géographie artistique (1881)
“ La Renaissance allemande, assez pauvre sous le rapport de l'architecture, a produit quelques grands sculpteurs, parmi lesquels il faut signaler d'abord Adam Krafft de Nuremberg. Les bas-reliefs, conçus comme des tableaux, sont empreints d'un grand sentiment religieux uni à une saisissante réalité. L'expression des figures est exprimée naïvement, sans aucune recherche de la beauté des formes, mais avec une véritable puissance. ”
Sosthène de Fornel de La Laurencie, La défense de Belfort (5e édition… (1874)
“ On travaille à la Justice, où se trouve M. Krafft, qui d'ingénieur devenu par patriotisme capitaine du génie auxiliaire, montra une fois de plus que la bravoure et l'énergie furent toujours d'accord avec l'intelligence et la science. A la Miotte on veille avec le capitaine Sailly, et malheur aux colonnes ou convois qu'on lui signal à portée de son canon toujours respecté. ”
Benjamin Seebohm, Vie d'Étienne de Grellet : un quaker français… (1873)
“ Au nombre des personnes que j'ai visitées à Strasbourg se trouve Kratft; il occupe un poste important et sait se rendre utile; sa mission ici rappelle celle de Tholuck à Halle et celle de Hahn à Leipzig. L'incrédulité domine à Strasbourg; Krafft sent qu'il est de son devoir de la combattre, et il le fait dans la mesure des moyens que lui dispense la grâce de Dieu. Il a de l'influence sur la jeunesse. J'ai tenu dans la soirée une réunion chez Gaspard Wegelin ; le Seigneur s'est miséricordieusement approché de nous ”
“ Un journaliste, trouvant la porte ouverte, était entré sans façon. Christophe, furieux, sauta du lit : — Qu’est-ce que vous venez foutre ici ? — lui cria-t-il. Il avait empoigné son oreiller pour le jeter sur l’intrus, qui esquissa un mouvement de retraite. Ils s’expliquèrent. Un reporter de la Nation désirait interviewer monsieur Krafft, au sujet de l’article paru dans le Grand Journal. ”
Maurice Muret, Revue des Deux Mondes
“ M. Stilgebauer est un enfant gâté du succès. On lui doit un des romans allemands le plus souvent réimprimés du vingtième siècle. Ce roman, Gœtz Krafft, qui suscita naguère des polémiques passionnées, ne se proposait rien de moins que de retracer dans la vie intérieure du héros, — jeune homme né vers 1870, — l’évolution typique de ces Allemands qui approchent aujourd’hui de la cinquantaine et qui jouent dans la tragédie actuelle un rôle capital. ”
Romain Rolland,
Le Buisson ardent
“ Manousse, qui avait des intelligences au cœur de la place, fut averti par un de ses amis, Xavier Bernard, jeune fonctionnaire de la préfecture de police, qui se mêlait de littérature et se disait toqué de la musique de Christophe : — (car le dilettantisme et l’esprit anarchique s’étaient glissés jusque parmi les chiens de garde de la troisième République) . — Votre Krafft est en train de jouer un vilain jeu, lui avait dit Bernard. Il fait le fier-à-bras. Nous savons ce qu’il en faut penser ”
Frédéric Koch, Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1814… (1819)
“ Suivant le plan arrêté entre les Alliés, les principaux efforts devaient être dirigés contre Vineghem. Le général Thumen fut chargé d'en conduire l'attaque de front, et les généraux Krafft et Oppen de le prendre de revers. Il était convenu, en outre, que sir Graham délogerait les Français de Rraschaet, tandis qu'un détachement de la brigade Krafft tomberait sur le poste intermédiaire de Schotten, aussitôt après s'être emparé de Vioeghem. ”
Sosthène de Fornel de La Laurencie, La défense de Belfort (5e édition… (1897)
“ Le gouverneur notifia aussitôt la conclusion de cet armistice aux commandants de tous les forts, par la dépêche suivante : « L'armistice est conclu. Néanmoins ne suspendez pas les travaux et surveillez avec autant de vigilance que d'habitude. D'après l'armistice, l'ennemi doit rester dans ses positions, nous dans les nôtres. » M. Krafft, désigné pour aller à Bâle, partit dans une voiture de louage entre onze heures et minuit, muni des instructions verbales du colonel Denfert. ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
“ Aria, Minuetto, Walzer, e Marcia, op. i de Jean-Christophe Krafft. Christophe fut ébloui. Voir son nom, ce beau titre, ce gros cahier, son œuvre !... Il continuait de balbutier : — « Oh ! grand-père ! grand-père !... » Le vieux l’attira à lui. Christophe se jeta sur ses genoux, et cacha sa tête dans la poitrine de Jean-Michel. Il rougissait de bonheur. Le vieux, encore plus heureux que lui, reprit d’un ton qu’il tâchait de rendre indifférent, — car il sentait qu’il allait s’émouvoir : — Naturellement, j’ai ajouté l’accompagnement, et les harmonies dans le caractère du chant. ”
Frédéric Koch, Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1814… (1819)
“ A droite enfin, le général Oppen avec la brigade Krafft, l'autre partie de l'artillerie russe et toute la cavalerie de la réserve prussienne, devait marcher par Ansveen, sur la route de West-Wesel à Hooghstraeten et Anvers, de manière à tourner la division Roguet, la prendre en flanc et à dos, et lui couper la retraite sur Anvers. Cette attaque était combinée avec le général Graham, qui se réserva de conduire une forte colonne de toutes armes de Rosendael contre Merxhem. ”
Charles Malo, Champs de bataille de l'armée française… (1901)
“ On combat toujours avec la même rage; Prussiens et Français passant et repassant tour à tour le ruisseau, pour la possession de l'église, du cimetière, de la ferme d'En-Bas et du château des comtes de Looz, où, malgré l'incendie qui les gagne, tiennent inlrépidement deux compagnies de tirailleurs silésiens. Des soldats tombent d'épuisement. Krafft n'a plus l'espoir. de résister longtemps. Il fait dire à Gneisenau que lui et Jagow vont être cernés dans Ligny. — « Tenez encore une demi-heure, répond Gneisenau, l'armée anglaise approche. » ”
Pierre Antoine Berryer, Accusation de traite (1863)
“ Voilà ce que le journal américain a dit. M. Le More a lu cela ; il n'y est question de rien qui puisse le toucher. On né signale pas autrement le navire, le nom de Bogota n'est pas même dans l'article reproduit. Et puis on nomme un subrécargue du nom de Lewis, qu'on a dit être Krafft. Comment reconnaître Krafft dans Lewis? Krafft n'était pas subrécargue, il était propriétaire du navire. ”
Gallus, L'amour chez les dégénérés : étude anthropologique… (1905)
“ Elles-mêmes, comme cette artiste dont parle Krafft-Ebing, se souviennent de leurs préférences d'autrefois et, conscientes de l'anomalie de leurs penchants, se les expliquent mieux. Mme Z., trente ans, artiste. Traits virils de la figure ; voix creuse ; cheveux courts, vêtements à coupe masculine ; démarche d'un homme ; seins développés ; bassin féminin ; pas de poils sur la figure. Elle raconte qu'étant encore petite, elle aimait mieux jouer avec les garçons. Elle n'aima jamais les poupées ni les travaux manuels de la femme. ”
Amand-Rose Emy, Traité de l'art de la charpenterie… (1878)
“ Hangar, rue Ilauteville, à Paris. Fig. 3, pl. LXXXV, ferme suivant le même système, pour une portée plus étendue, exécutée en bordage de plats-bords de sapin, rue Hauteville, à Paris. Krafft, qui donne cette figure, propose, comme perfectionnement, d'y ajouter un tirant soutenu par une tringle de fer verticale, attachée à la moise-poinçon; c'est une addition qui change complétement le système dont le but est précisément la suppression du tirant; il est d'ailleurs tout à fait inutile, cette charpente, telle qu'elle est, étant trèssolide. ”
Richard von Krafft-Ebing,
Psychopathia sexualis
(1886, éd. allemande)
“ Il me semble qu’on m’a dérobé ma peau pour me mettre dans celle d’une femme, une peau qui se prête à tout, mais qui sent tout comme si elle était d’une femme, qui fait pénétrer tous ses sentiments dans le corps masculin renfermé sous cette enveloppe et en chasse les sentiments masculins. Les testicules, bien qu’ils ne soient ni atrophiés ni dégénérés, ne sont plus de vrais testicules ”
Romain Rolland,
Jean-Christophe – L’Aube
(1931-1934)
“ Les Krafft étaient sans fortune, m ai s considérés dans la petite ville rhénane, où le vieux s'était établi, il y avait presque un demi-siècle. Ils étaient musiciens de père en fils et connus des musiciens de tout le pays, entre Cologne et Mannheim. Melchior était violon au Hof-Theater; et Jean-Michel avait dirigé naguère les concerts du grand-duc. Le vieillard fut profondément humilié du mariage de Melchior; il bâtissait de grands espoirs sur son fils; il eût voulu en faire l'homme éminent qu'il n'avait pu être lui-même. ”
Richard von Krafft-Ebing,
Psychopathia sexualis
(1886, éd. allemande)
“ À l’âge de six ans, je suis arrivé tout seul à pratiquer l’onanisme auquel malheureusement je fus très adonné jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. Faute de mieux, j’y ai recours encore assez souvent, bien que je reconnaisse le caractère répréhensible de cette passion et que je m’en sente toujours affaibli, tandis que le rapport sexuel avec un homme, loin de me fatiguer, me donne au contraire le sentiment d’avoir retrempé mes forces. ”
