“ Contre Moulay Hafid dont la méhalla fanatique et confiante, sans cesse grossissante, est à deux jours de marche au Sud, tenant sa menace en suspens, à la fois sur nos troupes à Casablanca et sur le Maghzen à Rabat, contre les tribus hostiles, contre la population même qui nous environne, dont la fidélité est si douteuse, il n’a plus qu’une armée dérisoire : elle s’est égrenée de Fez jusqu’ici ; hier, Ben Guebbas nous présentait encore 4 à 5 000 hommes sur le papier ; il n’y en a pas 3000, et c’est un ramassis, sans cohésion, sans organisation, sans armement, sans ressort. ”
Moulay Hafid
Définition et enjeux
Citations sur “Moulay Hafid”
Maurice Le Glay,
Récits marocains de la plaine et des monts
(1920)
“ Le Sultan confia la fillette au harem de Marrakch où elle grandit. On prétend que Moulay Hassan la destinait à son fils Abd-el-Aziz. Mais celui-ci ne l’épousa point et la Berbère s’étiolait inconnue et oubliée dans la foule féminine de tout âge et de toutes conditions qui encombre les palais impériaux, lorsque Moulay Abd-el-Hafid, khalifat pour le Sud de son frère le Sultan et prétendant à le remplacer, s’appropria Rabaha et l’épousa.Ce fut un coup de maître. Hafid attachait à sa cause encore chancelante le chef le plus puissant du Maroc central. ”
Jean Mauclère, Lyautey : prince lorrain (1951)
“ Il ne déplaisait point au général de guider discrètement un homme érudit, fin et sage, aucunement européen et musulman convaincu. L'accord se fit sur le nom de celui-ci, et dès le 11 août 1912, Moulay-Hafid ayant abdiqué dans les règles entre les mains du grand-vizir El-Mokri, s'embarquait à Casablanca, à bord du croiseur français Du Chayla, qui le saluait de vingt et un coups de canon. ”
Collectif, Revue des Deux Mondes
“ Depuis que vous êtes allé de Mechra Chaer à Marrakech, vous ne m’avez plus donné de nouvelles, ce qui n’est pas bien du tout de votre part, car vous savez que je suis ici le plus zélé partisan de Sa Majesté Moulay-Hafid et que par mon influence parmi les grands des Ouled Boasis, j’ai sauvé deux fois cette province à Sa Majesté. ”
“ A Casablanca, on s’attend à être attaqué par la méhalla de Moulay Hafid, dont les détachements piquent dans la direction de Rabat et interceptent depuis hier nos courriers. L’amiral Philibert demande par le télégraphe sans fils à M. Regnault s’il faut être neutre, ou contre Moulay Hafid. M. Regnault répond nettement : « contre » — puisque notre présence seule ici a déjà tranché la question. — Mais pour Dieu ! que va dire et faire Paris ? Le ministre des Affaires étrangères Si Sliman vient de venir me voir et prendre de mes nouvelles de la part de Sa Majesté Chérifienne. ”
Louis Maurice, La politique marocaine de l'Allemagne… (1916)
“ Mous avons soutenu Moulay Hafid sans le connaître, uniquement parce qu'il combattait Abdul Aziz et que celui-ci se tournait du côté des Français. S'il prend à son tour le même chemin, nous ferons surgir contre lui un troisième Sultan; il ne manque pas au Maroc de candidats au trône. Il annonçait encore que les Allemands n'attendaient qu'une occasion, un incident pouvant être exploité dans ce sens, pour effectuer de leur côté un débarquement sur un point du Maroc de leur choix; ceci est absolument décidé à Berlin, assurait-il. ”
Jean Mauclère, Lyautey : prince lorrain (1951)
“ Au mois de novembre 1908, Moulay-Hafid se vit reconnu sultan par tout le Maroc, y compris Casablanca, à la place de son frère puîné, le falot Abd-el-Aziz. Le nouveau maître du Maroc était un homme de 33 ans, intelligent et énergique. Nommé en 1902 au califat de Houz, il s'était efforcé de maintenir à Marrakech un ordre que ne facilitaient point les grands caïds remuants de l'Atlas. La place prépondérante que les Français commençaient d'occuper au Maroc, le tourmenta bientôt. ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ La situation de MOULAY HAFID était donc assez précaire, ses mehallas semblaient battues ou se fondaient, ses ministres cher- chaient à l'abandonner. Il faisait tous ses efforts pour se relever à force de mauvaise foi. Il suppliait le Général de recevoir ses envoyés, et répandait le bruit que la France allait le reconnaître comme Sultan. Dans une lettre aux mehallas d'Azemmour, il racontait que les Mdakra et les Mzab nous avaient battus et refoulés devant Casablanca, alors que le Général était à la casbah des Ouled Saïd, à une quarantaine de kilomètres d'Azemmour. ”
Paul Marty, Etudes sur l'islam maure : Cheikh Sidïa… (1916)
“ Mais les événements se précipitent au nord, à l'est et au sud de cette casba de Smara, où Cheikh Ma EI-ïnin, tel le Chérif Senoussi en son oasis de Djaraboub, cachait ses projets ambitieux. Au Nord, l'occupation de la Chaouïa entraîne la révolte de Moulay Hafid et la chute d'Abd El-Aziz. Le nouveau Sultan ne tient pas les promesses du prétendant et pactise à son tour avec les Chrétiens. Un frisson de xénophobie et de passion religieuse secoue le Maroc ”
Marie François Auguste Alfred Segonds, La Chaouïa et sa pacification… (1910)
“ Aujourd'hui, dans la capitale de Mekinez, sur le trône chérifien, il entrera bientôt dans la grande capitale de Fez. Il a vaincu l'année de son frère Abd-el-Aziz, commandée par le caïd Bagdadi, ce qui consacre son avènement au pouvoir. Nous venons donc renouveler à Votre Excellence le désir de S. M. Moulay-Abd-el-Hafid de vivre en bonne intelligence avec votre grande nation et avec toutes les nations européennes. » Hafid demandait « une entente loyale, de façon à pouvoir faire respecter, avec le concours du gouvernement français, tous les traités existant entre le Maroc et les puissances ». ”
Maurice Le Glay,
Récits marocains de la plaine et des monts
(1920)
“ Avant lui, aucun des nombreux fils de Moulay Hassan n’avait voulu de la Berbère pour femme. Au Makhzen on était encore sous l’impression cruelle laissée par le meurtre de Moulay Sourour, oncle de Moulay Hassan, massacré par les Aït ou Malou avec un détachement qu’il commandait, dur échec au prestige chérifien et qui resta sans punition. On avait horreur des Berbères redevenus, sous le faible Abd-el-Aziz, plus indépendants que jamais. Le geste d’Hafid flatta l’orgueil du Zaïani qui souffrait du peu de goût montré jusque-là pour sa fille par les chorfa. ”
Congrès de l'Afrique du Nord, tenu à Paris… (1909)
“ La puissance n'est pas une, et chérifienne. Elle est la force où qu'elle se trouve. Nous avons vu, dans la personne d'Abd-el-Aziz, que l'autorité même d'un Sultan ne s'étendait pas plus loin que son bras. Moulay Hafid n'échappera pas à cette nécessité. Je voulais seulement établir, par ces quelques mots, que la division est — 609 — l'essence même de la politique du Maroc. Si donc nous faisions une politique d'unification, nous irions contre les tendances du pays. Rentrons dans la nature des choses, notre oeuvre en sera bien facilitée. ”
Marie François Auguste Alfred Segonds, La Chaouïa et sa pacification… (1910)
“ Abdel-Aziz, dont la mahalla avait été désarmée à son entrée dans nos lignes, attendait placidement dans son camp d'Aïn-Rebouila, à 4 kilomètres de Casablanca, les décisions des puissances. La note franco-espagnole du 11 septembre était la base des négociations relatives à la reconnaissance de Moulay-Hafid ; les principales conditions posées étaient : la promesse de respecter l'Acte d'Algésiras. ”
Charles-Joseph-Alexandre Cornet, A la conquête du Maroc Sud avec la colonne Mangin… (1914)
“ Nos troupes peuvent être fières de leur victoire; la charge des spahis et la hardiesse avec laquelle ils se sont tenus sur la position en attendant l'arrivée de l'infanterie, ont démoralisé l'ennemi. Moha ou Hamou, qui se croyait inexpugnable dans sa montagne et sa forêt, est vaincu. Il a repassé en déroute l'oued Grou pour rentrer en pays Zaïan. Orgueilleux de sa puissance, le Zaïani traitait avec les sultans d'égal à égal. C'était un personnage très redouté. Moulay Hafid, pour s'en faire un allié, avait épousé une de ses filles. ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ A Mogador, le caïd BARGACH, conseillé par M. KOURI, temporisait toujours et n'avait pas fait proclamer MOULAY HAFID à la mosquée. Il avait écrit à ce dernier pour le prier de prendre en considération sa situation difficile : sa famille et ses biens étaient à Rabat et s'il ne restait pas fidèle à ABD-EL-AZIZ, sa famille serait emprisonnée et ses biens confisqués. Il faisait remarquer en outre que le voyage du Sultan de Fez à Rabat avait empêché ANFLOUS de se rendre à Marrakech; il craignait de porter ombrage à ce puissant voisin. ”
G. François, Exposition universelle et internationale… (1913)
“ Le 16 août Moulay-Hafid, frère du sultan.Abd-el-Aziz, était proclamé sultan à Marrakech, centre même de l'action xénophobe; en peu de temps il eut rallié autour cle lui un grand nombre de tribus qu'il entraîna à la guerre sainte, et le 12 octobre on constatait l'arrivée en Chaouia d'une mehalla hafidienne forte de 3.000 hommes. ”
Jean Mauclère, Lyautey : prince lorrain (1951)
“ L'homme à l'ânesse s'enfuit dans le Sud ; bientôt, les soldats de Moulay-Hafid ayant découvert sa retraite, le mirent à mort. Des combats isolés, toutefois, se poursuivaient encore, plus rares, mais que le moindre incident suffisait à déchaîner. Ainsi, en février 1910, dans la Chaouïa, un indigène inculpé de meurtre, détenu à Fort-Boulhaut, s'échappa et alla se réfugier chez les Zaërs, tribu remuante entre toutes. Le lieutenant Méaux partit à sa poursuite, à la tête d'un de ces goums de Marocains ralliés, dont cent fois le général Lyautey fut à même d'admirer la bravoure et la fidélité. ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ Mazagan. — La tentative de marche en avant qu'avait faite MOULAY HAFID dans les derniers jours de novembre avait causé de l'émotion à Mazagan et à Safi. Des 'renseignements envoyés par M. DE SEGONZAC au Consul de Mazagan indiquaient que le Prétendant comptait marcher sur cette ville avec une mehalla de 6,000 hommes dont 1,200 cavaliers. Les tribus Rehamna, Hamar, Abda, Chiadna devaient lui fournir un autre contingent de 6,000 hommes au total. ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ Le Général porta, d'après ses instructions, le détachement de Bouznika à 2,000 hommes. Un télégramme de la mission annonçait le 33 que d'après les renseignements, le Caïd des Zaïan réunissait une forte mehalla pour attaquer ce poste pendant que MOULAY HAFID opérerait sur l'Oum-er-Rebbia. Le Maghzen demandait que la colonne de Bouznika n'avançât pas davantage pour ne pas créer d'excitation à Rabat. Le Sultan faisait sortir de l'enceinte murée la partie de ses troupes qui paraissait particulièrement peu A sure. Petit à petit la situation se détendit; à la fin du mois le calme régnait à Rabat. ”
Charles Mangin,
Autour du continent latin avec le "Jules-Michelet"
(1923)
“ Trois cents petits écoliers visitent le Jules Michelet ; les écoles françaises groupent trois mille élèves, pour la plupart musulmans ou israélites ; l'enseignement paraît en très bonnes mains, et je remarque parmi nos visiteurs beaucoup de physionomies ouvertes et très sympathiques. Pendant l'après-midi, dés automobiles nous conduisent visiter « sur la montagne » la villa de Moulay Hafid, qui est sous séquestre. Elle domine un site admirable : tout le détroit, l'Océan, la côte d'Espagne jusqu'à Trafalgar. ”
Maurice Le Glay,
Récits marocains de la plaine et des monts
(1920)
“ Il dressera contre le Makhzen son autorité appuyée sur des masses sauvages et armées. Le Maroc aura son duc de Bourgogne et les sultans feront avec lui une politique de finasserie et de tractations pas toujours brillantes. L’un d’eux, Moulay Abd-el-Hafid, lui demandera son mezrag, sa protection pour pouvoir gagner Fez en évitant le bled makhzen encore fidèle à son frère Moulay Abd-el-Aziz. Entre temps, Moha, au travers de fortunes diverses, aura maté ses compagnons, domestiqué à son profit la coutume berbère. Les djemaas ne s’assembleront plus que pour exécuter ses ordres. ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ Comme le Consul de France, ce Caïd désirait visiblement obtenir une occupation de la ville. Le 10, le Commandant du Du CHAYLA, qui avait relevé Y AMIRALAUBE le 2, télégraphiait à l'Amiral que BARGACH s'attendait à être remplacé par un autre Gouverneur nommé par MOULAY HAFID, et faisait demander à MOHAMMED ToaRÈs s'il devait céder ou résister par les armes. Il faisait savoir qu'il se croyait en mesure de repousser les cavaliers que pourrait envoyer MOULAY HAFID, mais que sa force augmenterait naturellement beaucoup s'il était appuyé par un débarquement ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ Le GALILÉE partit de Mogador le 16 pour remonter vers le Nord. En passant à Safi, il trouva la ville calme, mais les Européens très alarmés : le nombre d'Arabes étrangers à la ville avait beaucoup augmenté et les tribus s'agitaient. Le Caïd avait organisé une police de 15 o hommes armés de bâtons, mais cette mesure inspirait une médiocre sécurité. Les Consuls demandaient l'envoi d'un stationnaire devant Safi. Le 18 au matin, on apprenait la proclamation de MOULAY HAFID comme Sultan à Marrakech. Le lendemain 19, Y AMIRAL-AUBE venait relever le Du CHAYLA devant Mogador. ”
France. Ministère de la marine, Les opérations de la marine au Maroc… (1913)
“ MOULAY HAFID demandait au Caïd livraison des armes; le Maghzen et la Légation de France s'y opposaient et demandaient le dépôt de ce matériel de guerre sur un croiseur français. La même question était en litige pour les recettes des douanes se trouvant dans les caisses des oumanas. Les Marocains s'opposaient à l'enlèvement de toutes ces richesses. Le 2 6, les autorités et la population de Mazagan faisaient leur soumission à MOULA y HAFID, sous la menace d'irruption de 6 00 cavaliers des Ouled Farradj. ”
Louis Maurice, La politique marocaine de l'Allemagne… (1916)
“ D'ailleurs les officiers veulent la guerre et les bourgeois disent : nous avons des soldats magnifiques qui coûtent cher et ne rapportent rien, jinissons-en. L'agitation qui se prépare en Allemagne ne laissera pas. au Gouvernement d'autre issue que la guerre; malgré sa bonne volonté, il, devra. la faire. Le Baron de Wangenheim tenait ce langage le 2 septembre 1908, après l'envoi à Fez de M. Vassel pour lier définitivement partie avec le nouveau Sultan. Quelques semaines plus tard, mécontent de Moulay Hafid que les Allemands s'étaient plu à considérer comme leur homme- ”
Francis Charmes,
Chronique de la quinzaine, histoire politique - 31 mai 1911
“ Nous venons de procéder à une nouvelle expédition militaire, plus importante encore que les précédentes, et qu’il est encore plus naturel de faire payer par le Sultan, puisqu’il nous a appelés. Cependant il y a une limite à tout, et nous nous demandons avec inquiétude quelle est la vraie situation pécuniaire de Moulaï Hafid. Point d’argent, point de Suisses, disait-on autrefois : avec quelques variantes dans les termes, la même affirmation s’applique au Maroc d’aujourd’hui. La première question à y résoudre est donc financière, et de sa solution dépend celle de presque toutes les autres. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ On le donnait alors pour un homme intelligent, circonspect, modéré. Oserons-nous dire que rien, depuis cette époque, n’a démenti ce premier jugement qu’on portait sur lui ? Moulaï Hafid s’est insurgé contre son frère. Abd-el-Aziz était devenu très impopulaire ; l’occasion était tentante pour un homme ambitieux ; elle l’était à un tel point que si Moulaï Hafid, résistant aux sollicitations dont il était l’objet, avait refusé d’en profiter, un autre l’aurait fait à sa place. Moulaï Hafid s’est donc proclamé, d’abord à lui seul, sultan du Maroc ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Il est probable qu’on enfle beaucoup l’influence de Moulaï Hafid, et qu’on lui attribue des faits qui n’ont pas besoin de son intervention pour se produire : à la vérité, ceux qui découvrent et dénoncent le danger de ses intrigues dans le Sud Oranais le déclarent réduit à la dernière extrémité dans la région de Merakech : il est impuissant là où il est, tout-puissant là où il n’est pas. Au surplus, qu’il soit ou non pour quelque chose dans les derniers événemens, cela importe peu. ”
Serge de Chessin, Une année de politique extérieure (1909)
“ De l'inquiétude à la suspicion, et de la suspicion à la déchéance, il n'y a qu'un pas : il est aisément franchi au Maroc, où les prétendants sont nombreux, le pouvoir central fragile, les révolutions dynastiques fréquentes. L'exemple d'Abd-el-Aziz était pour Moulaï Hafid une leçon encore trop proche pour que nous pussions espérer qu'il l'eût oubliée. Partagé entre le désir de nous ménager et la crainte de surexciter, par ses complaisances à l'égard de la politique française, les éléments fanatiques de la population, l'attitude de Moulaï Hafid risquait d'être hésitante et incertaine. ”
