“ De l’examen attentif des faits, des documents, des témoignages, il résulte : 1o Que Dreyfus a été condamné illégalement, en violation des garanties essentielles dues à l’accusé ; 2o Que Dreyfus a été condamné par erreur. C’est un innocent qui souffre au loin pour le crime d’un autre, pour la trahison d’un autre. C’est pour prolonger le supplice d’un innocent que sont coalisés aujourd’hui toutes les puissances de réaction et de mensonge. L’ILLÉGALITÉ I Il n’est plus possible de douter aujourd’hui que dans le procès Dreyfus une illégalité violente ait été commise. ”
Procès Dreyfus
Définition et enjeux
Citations sur “Procès Dreyfus”
Le procès du Panthéon, 4 juin-10 et 11 septembre 1908… (1908)
“ « La question ne sera pas posée! » Il n'y a pas de question qu'on ne puisse poser, il n'y a pas d'interrogation qu'on ne puisse faire, il n'y a pas de rayon de lumière qu'on n'ait le devoir de venir faire luire jusque devant le jury, on n'a pas le droit d'empêcher la lumière de luire. Je ne veux pas discuter l'affaire Dreyfus. M. Dreyfus, coupable ou innocent, est un homme qui a expié et pour lequel j'éprouve surtout une pitié profonde. Il ne s'agit point de refaire ici le procès Dreyfus ; vous n'avez à juger que M. Grégori. ”
Le procès du Panthéon, 4 juin-10 et 11 septembre 1908… (1908)
“ Si vous avez une question ne touchant pas au procès Dreyfus que vous croyez utile à votre client, je la poserai, bien entendu. Faites-en le choix, la sélection, je suis tout prêt à poser les questions qui ne rentreront pas dans l'affaire Dreyfus. Me MENARD. — Je veux dire au contraire à la Cour que j'entends ne poser aucune question à M. le colonel du Paty. Il est impossible qu'il continue la déposition qu'il a commencée, sans que vous l'arrêtiez. Quand vous l'aurez arrêté, j'aurai le droit de prendre des conclusions, et je sais par avance quelle réponse y sera faite. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Quelqu’un, dès cette première semaine de novembre, quand commence la campagne de presse, a-t-il arrêté dans son esprit tous les détails du plan qui s’est déroulé par la suite : que le procès, sous prétexte d’intérêts supérieurs, se fasse à huis clos ; que l’inculpation légale soit ignorée du public ; que l’accusé ne se sache inculpé que du bordereau ; qu’un dossier de charges secrètes, faussement appliquées à Dreyfus, ne soit communiqué qu’aux seuls juges ; que la valeur probante de ces charges leur soit attestée par un commentaire officiel, d’ordre même du ministre ? ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il était l’homme qui avait voulu le procès malgré les supplications d’Hanotaux et de Saussier, qui, de ses propres mains, avait fait le dossier secret, qui avait juré, au procès de Zola, que Dreyfus avait été justement et légalement condamné, qui avait dit aux juges de Rennes : « Ou Dreyfus ou moi », et qui, hier encore, à la veille de la nouvelle enquête, avait pris l’engagement public d’y produire les preuves écrasantes du crime. C’était à un banquet de la Patrie Française. Il y avait là Rochefort, Drumont, Cavaignac, Lemaître, Syveton. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ La Chambre, le 2 juin, s’était ajournée au 5, déjà fort mécontente de Dupuy, pour tout ce qui s’était passé dans cette semaine où le hasard et lui avaient accumulé le procès de Déroulède, le triomphe de Marchand et la revision de Dreyfus, mais comptant quand même sur l’apaisement qu’il avait promis, pour le lendemain de l’arrêt, et qu’elle avait payé si cher, du dessaisissement des juges. D’autant plus la prompte déception parut amère. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Si la seule crainte de voir divulguer les faits exacts du procès a dicté à Mercier ce terrible projet, c’est bien que la révélation doit suffire à faire brèche à la condamnation de l’innocent et que, par la brèche ouverte, passera, un jour ou l’autre, la vérité tout entière. Le plus simple, évidemment, eût été de publier le rapport de d’Ormescheville, d’un si effroyable vide, les notes, si topiques, que Dreyfus, au Cherche-Midi, a rédigées pour Demange. Les preuves morales ne sont des preuves que pour de rares esprits habitués à raisonner ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Le procès de Dreyfus est à recommencer, écrit Cassagnac, et ce procès ne peut plus avoir lieu dans une cave. On veut tout connaître : si le général Mercier a violé la loi... Si Dreyfus est coupable, on le renverra là-bas, c’est tout ce qu’on risque en somme... la Revision est l’unique, l’inéluctable solution. Sans la revision, l’affaire est sans issue ; c’est l’enlisement dans la boue. ”
René Dubreuil, L'Affaire Dreyfus devant la cour de cassation… (1899)
“ Au moment où il venait d'entrer dans ses nouvelles fonctions, le général de Boisdeffre, chef de l'état-major général, lui dit un jour : «Vous devriez vous occuper du dossier Dreyfus. Il n'y a pas grand' chose dedans. » Le colonel Picquart ne comprit pas alors le sens de ces paroles. Il avait assisté aux débats du procès de 1894 en qualité de représentant du ministre de la guerre, et il pensait que le dossier secret qui avait été communiqué aux juges et dont il connaissait l'existence, mais non pas le contenu, avait dû mettre hors de doute la culpabilité de Dreyfus. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il demande l’urgence pour une proposition tendant à reviser les articles du Code de justice militaire qui frappent de mort « le soldat simplement coupable, dans une minute d’égarement, d’un acte de violence envers l’un de ses chefs ». Mais, au lieu de développer cette pensée, humaine et juste, il fait le procès du procès de Dreyfus, dénonçant le Gouvernement pour avoir désarmé la justice militaire : « Si on n’a pas fusillé pour trahison, c’est parce qu’on ne l’a pas voulu, alors que la loi le permet ! » ”
René Dubreuil, L'Affaire Dreyfus devant la cour de cassation… (1899)
“ Ce défaut de précision dans les renseignements donnés a été la caractéristique de toutes les dépositions accusatrices faites par les amis de l'État-Major, par les défenseurs d'Esterhazy. Cependant la vérité a jailli quand même du simple rapprochement des déclarations faites par les uns et par les autres. C'est ainsi que nous connaissons parfaitement ce qui s'est passé pendant l'instruction du procès Dreyfus. La déposition du lieutenant colonel Picquart, corroborée par plusieurs autres, a permis de reconstituer entièrement cette instruction. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ « Les juges les plus sûrs d’eux-mêmes, les mieux intentionnés, ne peuvent-ils pas se tromper ? L’infaillibilité n’est pas de ce monde [104] . » Lui-même, étant garde des Sceaux, il a déféré à la Cour de cassation l’affaire Cauvin et l’affaire Vaux. L’opinion publique s’est-elle émue ? Ce qui est vrai pour la justice criminelle ordinaire, le serait-il moins pour la justice militaire ? Il y a des précédents, le sergent Lacroix, dont le procès a été revisé. Méline interrompt : « Il n’y a pas d’affaire Dreyfus. » ”
Bernard Lazare,
Une erreur judiciaire. La vérité sur l'affaire Dreyfus
“ Si nous laissons de côté cette pièce et nous le devons, provisoirement, puisqu’elle n’a pas figuré au procès, aucune charge ne s’élevait contre le capitaine Dreyfus, quand il comparut le 19 décembre devant le Conseil de guerre. Après quatre jours de débats, il est constaté qu’il n’a aucune relation suspecte, que les voyages à l’étranger, les besoins d’argent, les habitudes de jeu, la fréquentation des femmes sont des légendes. Le ministère public est obligé de reconnaître la parfaite probité de l’accusé, son honorabilité absolue, la régularité de sa vie. ”
Alfred Dreyfus,
Lettres d’un innocent
“ LES PIÈCES SECRÈTES Il y a six mois à peine, on n’aurait pas trouvé cent personnes, en France, qui eussent osé élever la voix en faveur du capitaine Dreyfus. Aujourd’hui, c’est par centaines de mille que se comptent les partisans de la revision du procès de 1894 et, malgré vents et marées, leur nombre augmente en une progression rapide. D’où vient pourtant qu’une idée, qui a déjà vaincu tant de résistances, rencontre encore tant d’adversaires acharnés ? La raison en est simple. Les premiers ont connaissance des faits ; les seconds ne paraissent pas les soupçonner. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Attendu que, plus tard, à l’époque où l’on prévoyait que la revision du procès serait demandée, on s’aperçut que les documents, pour la livraison desquels Dreyfus avait été condamné, ne pouvaient sérieusement être considérés comme ayant un caractère confidentiel ou secret ; que, du reste, une note ministérielle du 28 mai 1898 déclarait : « Il n’y a pas un officier de l’armée française qui, parlant pour les écoles à feu ou pour un voyage d’état-major, dirait : « Je vais partir en manœuvres » ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Derrière le conseil, Lépine, préfet de police, et Picquart, chargé par Mercier et Boisdeffre de leur rendre compte des péripéties du procès. Il leur faisait porter par Lauth des notes où il résumait les incidents et ses impressions [17] . Dreyfus, pendant ce premier incident, était resté immobile, muet, les yeux fixés sur les membres du conseil. Quand Maurel donna lecture du jugement, « ses joues se colorèrent vivement de rouge [18] ». Son premier espoir s’écroulait de faire éclater son innocence au grand jour, devant tout ce peuple, auprès duquel il était accusé d’un tel crime. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Depuis plus d’un an que l’innocent était dans ce tombeau, Mathieu Dreyfus cherchait en vain le traître. Pendant l’époque tragique du procès, tous les amis n’avaient pas encore déserté la maison. La plupart des hommes attendent la victoire pour voler à son secours. Quelques-uns, moins grossiers, se ménagent pour paraître l’avoir pressentie. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il ne souhaitait pas de « nouveaux procès fiévreux » : il doit suffire aux officiers qui ont acquitté Esterhazy d’avoir fait une fois condamner Zola ; les amis de Dreyfus, si les débats doivent se rouvrir, pèseront leurs paroles et « auront pitié de la France ». Pour les juges qui l’écoutaient, il leur rappela seulement le vieux précepte biblique [52] : « Tu ne suivras pas la multitude pour faire le mal, et, lorsque tu prononceras dans un procès, tu ne te détermineras point, pour suivre le plus grand nombre jusqu’à pervertir le droit [53] . » ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ C’est la fatale beauté des justes causes qu’elles ne peuvent triompher que par des moyens dignes d’elles. Les négociations pour cette opération hasardeuse, les conciliabules de famille où fut discutée la publication du mémoire, des allées et venues insolites furent signalées à Picquart par ses agents. Il sut, par un domestique aux écoutes, que les Dreyfus parlaient entre eux, avec des airs de mystère, d’événements prochains [mot supprimé, cf. discussion] d’où résulterait la revision de l’inique procès. ”
René Dubreuil, L'Affaire Dreyfus devant la cour de cassation… (1899)
“ DEVANT LA COUR DE CASSATION 211 l 01' mars 1899, la Cour de cassation, toutes chambres réunies, fut saisie de la revision du procès Dreyfus. Après un supplément d'enquête, destiné à recueillir des témoignages complémentaires et à confronter des témoins dont les dires étaient contradictoires, la Cour de cassation se réunit en audience solennelle publique le 29 mai 1899. M. Ballot-Beaupré, président de la Chambre civile, qui avait été nommé rapporteur de l'affaire, a pris le premier la parole. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ L’idée de la revision est plus absurde encore que coupable. L’État-Major a cent preuves, en plus du bordereau. Les fables imbéciles qui ont rempli les journaux à l’époque du procès, reparaissent l’une après l’autre ; et l’on en a inventé de nouvelles. Dreyfus remettait, dans un café du boulevard, des documents à Schwarzkoppen. À la veille de son arrestation, il traitait pour la livraison des nouveaux canons. Il a fait des voyages suspects à Bruxelles [53] . L’un de ses frères est capitaine en Prusse [54] . Et surtout, le traître a avoué [55] . ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ La plupart (Pelletan, Goblet, Sarrien, Mesureur) ne firent aucune allusion à l’Affaire dans leurs professions de foi, réservèrent pour les réunions publiques les paroles vibrantes qu’emporte le vent. D’autres crurent nécessaire de se lier par écrit. Déroulède, dans un manifeste aux municipalités de France, les avait invitées « à exiger des candidats qu’ils s’opposeraient à toute revision du procès de Dreyfus, directe ou indirecte [131] » ; les « défenseurs du traître », il les faut exclure « du service de la République ». ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Lépine, grand admirateur de l’éloquent avocat, dit que son attente fut déçue, non pas que la forme du discours n’eût été « très belle », mais « parce que Demange ne toucha qu’à une question ; il démontra avec force preuves, techniques et intrinsèques, que le bordereau ne pouvait pas émaner de Dreyfus [119] ». C’était tout le procès : que pouvait plaider Demange, dans l’ignorance où il était du véritable auteur de la trahison, sinon que Dreyfus n’avait pu écrire, n’étant pas allé aux manœuvres, qu’il y allait partir ”
Émile Zola,
J’Accuse…!
(1898)
“ Mais l’émoi était grand, car la condamnation d’Esterhazy entraînait inévitablement la révision du procès Dreyfus ; et c’était ce que l’état-major ne voulait à aucun prix. Il dut y avoir là une minute psychologique pleine d’angoisse. Remarquez que le général Billot n’était compromis dans rien, il arrivait tout frais, il pouvait faire la vérité. Il n’osa pas, dans la terreur sans doute de l’opinion publique, certainement aussi dans la crainte de livrer tout l’état-major, le général de Boisdeffre, le général Gonse, sans compter les sous-ordres. ”
René Dubreuil, L'Affaire Dreyfus devant la cour de cassation… (1899)
“ En octobre 1897, lorsque la campagne en faveur de la revision du procès Dreyfus commença, le général Gonse, sous-chef (1) Le 12 janvier 1894, le colonel du Paty interrogé à ce sujet dément absolument ce propos : LE PRÉSIDENT. — D'après les aveux que le capitaine Lebrun-Renaud dit avoir été faits par Dreyfus, ce dernier aurait profère la phrase suivante : « Je suis innocent. Il me l'a fait dire par du Paty. Il sait que, si j'ai livré des documents, c'étaient des pièces sans importance, pour en obtenir de plus sérieuses en échange. » ”
René Dubreuil, L'Affaire Dreyfus devant la cour de cassation… (1899)
“ Le général Billot, ministre la guerre, très troublé par les découvertes du colonel Picquart, croyait à la culpabilité d'Esterhazy, et peut-être aussi à l'innocence de Dreyfus. La rentrée des Chambres approchait. Une interpellation de M. Castelin, député boulangiste, était annoncée. Madame Dreyfus avait envoyé à la Chambre une pétition demandant la revision du procès de son mari, en se fondant sur l'illégalité révélée par l'Éclair. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Tous deux lui firent alors un récit succinct des événements ; il les écouta en haletant, demandait comment on avait pu commettre tant de crimes « contre un homme qui portait l’uniforme » ! Le lendemain, ils lui remirent leur dossier, pour qu’il en prît connaissance à loisir, c’est-à-dire la sténographie des procès de 1898 et l’enquête de la Cour de cassation. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Selon d’autres, si le mort fut un fonctionnaire public, la diffamation et l’intention seront soumises toutes deux au jury [82] . Or, je n’avais point cherché à atteindre la veuve d’Henry et il importait de prouver qu’Henry avait eu un intérêt personnel à perdre Dreyfus. III Drumont, qui avait pris l’affaire en mains, annonça que Mme Henry était réduite à réclamer l’assistance judiciaire, mais que ce serait une « honte pour la France », et qu’il ouvrait une souscription pour subvenir aux frais du procès et permettre aux « braves gens » de se compter. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Ainsi rien ne subsista plus, de l’arrêt des Chambres réunies, que le renvoi de Dreyfus devant la justice militaire, et, des instructions du gouvernement, que la faculté pour Carrière de requérir à sa guise, et personne ne doutait plus que ce serait contre Dreyfus. Galliffet s’étant refusé à lui désigner un avocat consultant pour se débrouiller dans sa procédure [94] , il avait été dirigé sur Auffray qui était, avec Ployer, l’un des conseils ordinaires de l’ancien État-Major, avait aidé Du Paty, au procès de Zola, à « faire la salle des assises [95] » et appartenait aux Jésuites. ”
