“ Similor eut froid dans les veines. Il avait refermé la porte en entrant ; l’intérieur de la baraque était plongé dans une obscurité complète. Son regard, qui s’était tourné d’instinct vers le lion, distingua deux lueurs rougeâtres, semblables à des charbons prêts à s’éteindre. En même temps un pas pesant et mou sonna sur le sol et il parut à Similor que les deux charbons approchaient. Les Parisiens sont rarement poltrons. Similor, ce misérable amalgame de tous les défauts, de tous les vices et de tous les ridicules de la basse bohème, avait du moins une sorte de bravoure. ”
Similor
Définition et enjeux
Citations sur “Similor”
“ Ces simples paroles produisirent sur M. Similor un effet qui tenait du prodige. Il pâlit, puis le sang vint à ses joues ; un étonnement mêlé d’effroi remplaça l’expression provocante de son visage ; ses yeux, ornés de cils incolores, se prirent à battre comme si un coup de soleil les eût frappés. Il voulut parler, mais il ne put ; il essaya de marcher pour rejoindre le capitaine qui s’éloignait, ses chaussons de lisière étaient rivés au plancher du pont. C’était un homme foudroyé. ”
“ XXXIII La tentation de SimilorLe nouvel arrivant était encore un habitué de la baraque, car il ouvrit la porte sans effort et entra comme chez lui.Similor, désormais, attendait. Le sauvage parisien a des prudences d'Iroquois; il guette toujours un peu avant d'agir ou de parler.Le nouveau venu eut à peine fait quelques pas dans la baraque qu'il buta contre le corps du lion.—Je m'en avais douté, dit-il avec mélancolie, mes soins ont manqué à la pauvre bête et elle a rendu l'âme.—C'est Échalot! pensa Similor; motus! on va savoir d'où il arrive et la vie qu'il mène. ”
“ C’était un mot ou plutôt c’étaient quatre mots qui avaient fait pâlir et rougir M. Similor : Il fera jour demain. Chez nous, en tous temps, on conspire plus ou moins ; en 1842, on conspirait beaucoup, et le dernier mois de mai avait même vu des barricades. Ces quatre mots, on ne doit pas le dissimuler, avaient la physionomie voulue et ressemblaient assez à ces formules, insignifiantes en apparence, mais terribles au fond, qui sonnent plus haut qu’un tocsin à des heures funestes. M. Similor, sous ses haillons, le capitaine Patu, sous sa livrée, n’avaient pas l’air d’être des hommes politiques ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres (1867)
“ Similor m’appela plus d’une fois maladroit à l’égard de cette opinion, mais je m’en moque. Similor brille plus qu’il ne pèse, et quand il le voudra, malgré nos âges, je lui ferai encore une façon au sabre ou à la canne, ne craignant pas les combats. ”
“ Similor (c’était le nom de famille d’Amédée) lui donna le doigt. Il avait des gants ! — Tu l’as reconnu, c’est bien lui ? demanda-t-il. — Parbleu ! répondit Échalot. D’ailleurs, il est déjà venu ce matin avant le jour, avec un bois de lit, des matelas et deux paniers : du vin et de la mangeaille... Mais tu ne t’informes seulement pas de Saladin ? Similor haussa les épaules. — Je t’en ai confié les soins matériels, répliqua-t-il, tu es bon pour ça. Moi, je m’occupe de son avenir. Quand il aura l’âge d’une éducation libérale, je m’en charge. ”
“ Doué d’une âme ambitieuse, Similor avait mis de côte son art pour entreprendre les affaires. Il a été jusqu’à présent impossible de savoir au juste ce que Similor entendait par « les affaires ; » mais il est certain qu’il voyait la vie en large et visait à un crédit illimité au restaurant du Grand-Vainqueur, avec trois cents francs de loyer quelque part et l’argent de poche pour trôner au balcon du théâtre Montparnasse. Des aspirations aussi folles peuvent mener loin, et nous ne répondons plus de Similor. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Le voisin , pendant cela , s' était coulé derrière la haie séparant le champ de luzerne du chemin de halage . Au moment où le bateau passait , il mit sa tête crépue à une ouverture de la haie et regarda de toute la puissance de ses yeux . Un frémissement nerveux agita bientôt son corps , sa face rouge devint blême et une larme brilla au bord de sa paupière . « Ah ! Similor ! Similor ! murmura - t - il d' une voix plaintive , c' est donc bien vrai que tu trompes l' amitié ! » Les grandes émotions sont courtes . D' ailleurs , Similor exerçait sur Echalot une attraction irrésistible . ”
“ « L’ami, vous profitez d’une situation délicate. Vous êtes un malhonnête homme. » Il tourna le dos. Échalot resta tout étourdi et le sang lui monta au visage. Mais il n’est pas bien large le Rubicon que Similor et lui venaient de passer. Son récit fit rire Similor ; c’est là une dangereuse gloire. Similor lui dit en lui rendant Saladin : « Vieux, te voilà qui te formes ! » ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres (1867)
“ Je n’avais pas beaucoup de relations avec Similor, qui ne cherchait qu’à tirer de l’argent de nous ; mais pour le peu que nous causions ensemble, je vis dès ce temps-là que ce coupable père essayait de garder son influence sur le blanc-bec, plus rusé que lui, en se vantant de nos anciennes fredaines, et en lui racontant nos aventures avec les Habits Noirs. ”
“ « Ce n’est pas toujours pour c’te jeunesse qu’il court, murmura-t-il. C’est pour un tas de manigances qui lui feront son malheur !... Mais, minute ! nous sommes là, pas vrai, petiot ? On va savoir enfin de quoi il retourne ! » Sur ce chemin de halage, où Similor sautillait dans ses chaussons de lisière, évitant avec une gracieuse adresse les moindres vestiges de la récente ondée, un homme grave allait à pas comptés, regardant couler l’eau philosophiquement et faisant tourner entre ses doigts, comme un marquis de la Comédie-Française, une tabatière d’argent niellé. ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres (1867)
“ « Marchef, au galop ! » — Bon ! fit Similor avec importance. Compris. Je suis chargé encore de vous faire savoir, dans le cas où ça vous plairait, de vous mêler à la polka, que le signal pour ouvrir la grille, là-bas, avenue Gabrielle, est d’allumer sa pipe avec une allumette chimique, et que les mots de passe sont tempête — tant mieux. Tout le monde s’inclina. — Je suis chargé enfin, acheva Similor, de rapporter au Maître les noms de ceux qui manquent à la réunion de ce soir. — Il ne manque que notre cher Annibal, répondit Jaffret, et il va peut-être venir. ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres
“ Quant à Similor, c'était toujours le même bonhomme à la physionomie naïve et futée, tout en même temps, et imperturbable dans le solide contentement qu'il avait de soi-même.—Vois-tu, petiot, disait-il en broyant vigoureusement sa nourriture, rien ne m'ôterait de l'idée que tu as du talent, puisque tu es mon fils naturel, mais tu as manqué ton coup dans Paris depuis trois ans et plus, c'est certain. Nous sommes brûlés sans avoir travaillé; les gens me rient au nez quand je reprends la guitare de ta noble origine. Aurait mieux valu se faire tout uniment petit bourgeois et ne pas rester manchot. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Il y a dans la haute position de l' homme à livrée quelque chose qui les éblouit et qui les fascine . Similor , l' ombrageux Similor , ne se fâcha point et attendit . Ce puissant Domergue était distrait : il regardait sur la ligne de halage le bizarre véhicule dont nous avons parlé , le panier de Trois-Pattes , traîné par un chien de boucher . Il souriait avec une fière bonhomie et se rangeait déjà le long de la haie , pour faire place à l' équipage de l' estropié . ”
“ Pendant que la galerie riait ou s’étonnait, Similor avait suivi avidement ces calculs aussi exacts qu’avantageux. Depuis bien longtemps, il cherchait un moyen de se baigner dans l’or. Il allait aborder poliment M. Cotentin de la Lourdeville, pour lui demander où l’on se procurait les premiers mille francs, lorsqu’un singulier attelage, qui longeait, en trottinant, les bords du canal, attira tout à coup l’attention des passagers. ”
Paul Féval, L’Arme invisible ou le Secret des Habits noirs… (1869)
“ Joignant le geste à la parole, elle les poussa dehors si énergiquement que Similor dégringola un peu sur les reins l’escalier en planche de la galerie. Au même instant montait un beau jeune homme qui portait l’uniforme des officiers de spahis. Léocadie descendit à sa rencontre, le saisit par la taille et l’enleva dans ses bras jusqu’au milieu de la cabine en disant avec une tendresse folle : — Maurice ! mon chéri de Maurice ! mon fils, mon Dieu, mon tout ! ça fait mal d’avoir trop de joie. Je lève encore cent livres à bout de bras, sais-tu, eh bien ! ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres (1867)
“ Similor siffla un verre de vin bleu et se permit de hausser les épaules. — J’ai mon idée, répéta Saladin qui fit un pas en avant. Il y a des gens forts, et il y a des mazettes, c’est connu. Tu as fait mille et un coups dans ta vie et tu es le dernier des derniers. Pourquoi ? Similor se redressa et ouvrit la bouche pour protester. — Tais-toi ! ordonna rudement Saladin. Tu as de l’esprit comme ceux de ton temps, pour dire des niaisoteries et faire rire les imbéciles ; moi je suis de mon époque : un homme sérieux ”
“ En même temps, il décrocha Saladin d’un geste violent, le posa par terre entre les pieds d’une chaise, et frotta énergiquement ses mains contre la poussière du plancher. Similor n’eut que le temps de le saisir à bras le corps pour l’empêcher de bondir comme un lion. ”
“ Répète ! ordonna M. Mathieu. » Similor répéta en jetant sur le fond les broderies de son style. « Pas mal, approuva l’estropié. Tu auras une voiture à la porte. Tu y conduiras la bonne dame, et le cocher se chargera du reste. » Le no 10 était le cocher. « No 11, Mazagran ! » En passant, ce libertin de Similor lui serra furtivement la main. « No 12, M. Ernest ! » Ce M. Ernest était pour le moins aussi flambant que Cocotte. Vous voyez qu’on l’appelait Monsieur. L’égalité n’existe pas sur cette terre. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Et qu' est -ce que ça peut vouloir dire , ça , Amédée , coupa - t - il brusquement , le jour qui se mêle avec la nuit dans leurs cachotteries ? » Similor sourit en homme qui voit plus loin que le bout de son nez . « Bibi , répondit -il , c' est la bouteille au noir , que le diable y perd son latin .... Tu as mis Saladin la tête en bas , sais -tu ?... – Rien ne les incommode à cet âge-là , » fit observer Échalot . Similor retourna l' enfant qui se débattait convulsivement et convint de la justesse de l' observation . ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres
“ Similor descendit les étages quatre à quatre, et Saladin se mit à parcourir la mansarde à grands pas. Il s'arrêtait chaque fois qu'il passait devant une petite glace, pendue entre les deux fenêtres, et s'y regardait en prenant des poses d'orateur.—Les Canada sont à l'Esplanade pour les fêtes du 15 août, dit-il dès qu'il fut assis sur la banquette d'un coupé de place à côté de son «papa»: je suis allé de ce côté deux fois voir si ma tête est bien faite et si ma nouvelle tenue me change suffisamment.—Avec un rien de moustache..., commença Similor.—À quoi bon? interrompit monsieur le marquis. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Ce n' était qu' un valet , bien qu' il eût coutume de parler , la casquette sur la tête , aux autorités décoiffées de Sevran , de Livry et de Vaujours . Similor marcha droit à lui et l' aborda , chapeau bas ; d' un ton timide et doux , il lui demanda : « C' est -il bien à M. Domergue que j' ai l' avantage de vous adresser la parole ? » M. Domergue ne répondit pas plus que ce malhonnête Patu , capitaine de l' Aigle de Meaux n° 2 ; mais s' il est une dignité respectée par Similor et ses pareils , c' est celle de valet de grande maison . ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ M. Similor le suivit ; il ôta son vieux chapeau gris avant de l' aborder et découvrit ainsi un de ces fronts terreux où la chevelure semble collée par le poids du mouchoir qui , désertant la poche percée ou déjà pleine , va chercher un asile sous le couvre-chef inamovible : habitude de sauvage ou de soldat , née de ce double fait que le sauvage n' a personne à saluer et que le soldat salue sans se découvrir . ”
Théophile Gautier,
Nouvelles de Théophile Gautier
“ Diable ! diable ! quelle fantaisie de rendre un duc et pair voleur de chien ! — Si monsieur remue ainsi, objecta timidement Giroflée, je ne pourrai jamais venir à bout de le coiffer. — Monsieur blanc remuer effectivement beaucoup, ajouta Similor en pinçant l’oreille du sapajou. — Giroflée, mon valet de chambre, et vous, Similor, mon nègre favori, je vous avouerai que vous coiffez un duc dans le plus grand embarras. — Qu’y a-t-il, monsieur le duc ? dit Giroflée en roulant une dernière boucle ; qu’est-ce qui peut embarrasser un homme comme vous ? ”
“ Entre onze heures et minuit, Michel vous avait de ces imaginations naïvement ingénieuses que n’eût point désavouées la poésie toute parisienne de Similor. Il lui était arrivé de s’éveiller en sursaut au seuil du château de ses pères. Il riait alors, car il était du siècle et savait railler sa propre conscience ; mais il ne riait pas de bon cœur. Les tristes murailles de sa chambrette, éclairées par un rayon de lune ou par cette lueur qu’envoyait la lampe des voisines, lui sautait aux yeux comme une condamnation. ”
Paul Féval, L’Avaleur de sabres (1867)
“ Quoiqu’il l’avait peut-être tout uniment chipée. C’est plus dans sa nature adroite comme un singe. Et de manière ou d’autre, il en fut le bœuf, car Similor lui contre pinça la somme tout entière, à l’abri de l’autorité paternelle d’un tuteur. Ça nous amusa, Amandine et moi ”
Stefano Evodio Assemani, Les Actes des martyrs d'Orient… (1871)
“ SIMÉON. Je ne peux pas vous adorer vous-même, ô roi, quoique vous soyez bien plus excellent que le soleil, puisque vous êtes doué d'esprit et de sagesse, et je serais assez insensé pour adorer un dieu inanimé, privé d'intelligence, qui ne peut nous discerner vous et moi, ni vous récompenser vous qui le servez, et me punir moi qui lui insulte ! Vous disiez qu'en vous écoutant je sauverais mon peuple ; mais sachez donc que nous, chrétiens, nous n'avons qu'un seul Sauveur, le Christ, attaché à la croix. ”
Plaute,
Comédies de Plaute, traduction de E. Sommer
“ BALLION. Ah çà, vous ne saluez pas d’abord ? SIMIA. Je n’ai pas de salut à jeter au nez des gens. BALLION. Eh bien, ma foi, je vous en offrirai autant. PSEUDOLUS, à part. Ils vont bien pour leur début. SIMIA. Connaissez-vous quelqu’un dans cette rue ? répondez. BALLION. Je me connais, moi. SIMIA. Il y a peu d’hommes aussi avancés que vous ; sur la place, il n’y en a pas un sur dix qui se connaisse. PSEUDOLUS, à part. Je suis sauvé ; il fait déjà le philosophe. SIMIA. Je cherche ici un coquin, un ennemi des lois, un parjure, un vaurien. ”
Amédée Thierry,
Récits de l’histoire romaine au Ve siècle
“ Siméon avait été autrefois pâtre dans les vallées du mont Amanus, puis, saisi d’une passion inextinguible de solitude et d’austérités, il était allé s’enterrer tout jeune encore dans un couvent de cénobites. Là, sa passion ne fut point satisfaite ; la vie y était trop douce à son gré, et les rigueurs qu’il s’imposait contrairement à la règle de la maison lui ayant valu le blâme de son supérieur, il quitta le monastère et courut vivre en anachorète sur le sommet d’une montagne. ”
Eugène Muller, Curiosités Historiques et Littéraires
“ Simulus est un rustique, qui vit dans un petit champ. A la voix du coq, le vieux Simulus quitte son grabat, au moment où blanchit l'aurore; il ravive les tisons de son foyer, prend du grain, qu'il moud et dont il tamise lui-même la farine. ”
Plaute,
Comédies de Plaute, traduction de E. Sommer
“ SIMIA. Te tairas-tu enfin ? A force de leur faire la leçon, on ôte la mémoire à ceux qui savent le mieux leur affaire. Je me souviens de tout, j’ai tout dans ma tête, mon plan est on ne peut mieux concerté. PSEUDOLUS. L’honnête garçon ! SIMIA. Honnête ! ni toi ni moi. PSEUDOLUS. Ne va pas broncher. SIMIA. Veux-tu bien te taire ! PSEUDOLUS. Les dieux me protégent, aussi vrai que... SIMIA. Ils n’en feront rien, tu ne vas débiter que menteries. PSEUDOLUS. Aussi vrai que je t’aime, Simia, et te crains et t’admire pour ta perfidie ! ”
