“ Une joie, cependant, envahissait Sylviane. Elle ne douta pas une minute qu’il n’était venu que pour elle. À le voir parmi cette foule, elle appréciait davantage son aisance. Son visage trahissait son intelligence et exerçait une inconsciente attraction. Bien des beautés féminines se tournaient vers lui en se demandant son nom. Quand on l’aperçut, causant avec Madame Foubry, chacun trouva que Sylviane et ce nouvel arrivant étaient merveilleusement appariés. La jeune fille eut l’intuition de ce qui se pensait tout bas et sa grâce en fut doublée. ”
Citations sur “Sylviane”
“ Sylviane eût aimé travailler, les mœurs modernes l’y poussant. Malheureusement, ses parents remplis de préjugés, ne se résignaient pas à la voir chercher un emploi. Ils espéraient un gendre. Si le colonel l’attendait sans impatience, sa femme le désirait plus rapidement. Le temps passait cependant, mais leur confiance ne désarmait pas. Si Sylviane n’eût été que belle, sans ce port impérieux qui la caractérisait, il eût été possible qu’un de ses admirateurs s’en éprît. Une autre chose encore éloignait les prétendants quelconques : sa vive intelligence. ”
“ L’avant-veille de son mariage, Sylviane alla voir Madame Bullot : — Vous voyez... ma mignonne... votre existence se réalise... Vous vous souvenez de votre venue chez moi... au printemps dernier ?... Vous étiez mélancolique... incertaine de votre destinée... et aujourd’hui tout est fixé avec le maximum de chances... Luc est charmant et vous allez devenir ma nièce par affections... — J’en suis touchée... chère tante... murmura Sylviane. — Ah ! si on avait un peu plus de philosophie... comme l’humanité s’agiterait moins... Tout vient à son heure... ”
“ Les deux interlocuteurs rirent, et la pauvre Sylviane abasourdie les écoutait, se demandant quelle allusion contenait cette conversation ambiguë. Madame Bullot lui paraissait changée. Malicieuse, son regard se portait sur Sylviane avec tendresse et brusquerie à la fois. Mais la jeune fille ne cherchait pas à comprendre. La vie, avec ses détours, la rendait philosophe et elle subissait cette ambiance avec calme. Elle offrit le thé avec sa grâce habituelle. M. Daniel suivait tous ses gestes, et il vint soudain à Sylviane qu’elle connaissait ce regard-là. ”
“ Ainsi parce que Sylviane ne s’est pas occupée uniquement de toi, te voici démoralisé ! — Ma chère tante, quand un homme a rêvé à sa tendresse pendant tout un long trajet, qu’il croit toucher au but, c’est-à-dire être accueilli seul dans la pensée de celle qu’il aime, avouez que c’est dur de se voir en dualité avec une idée, je ne désirais nullement que Sylviane fût un génie, je la voulais simplement femme. — Eh ! là, beau neveu, crois-tu que les filles sans dot puissent se permettre d’être simplement femmes comme tu dis ? ”
“ Cette attitude les vengeait de sa beauté. Sylviane comprenait toutes ces nuances et une mélancolie commençait à envelopper sa pensée. Sa fierté s’étonnait parfois de ne pas valoir autant que ses compagnes aux yeux de ceux qui les choisissaient. Son caractère se modifiait. Spontanée, enthousiaste, elle finissait par devenir concentrée et retenait tous les élans qui jaillissaient de son cœur. Sa piété augmentait et souvent elle méditait dans quelque église. Elle essayait cependant de paraître enjouée ne voulant pas que l’on devinât sa déception que l’on aurait traduite par le mot dépit. ”
“ La vieille dame ne pouvait deviner si c’était de la joie ou de l’ennui, mais elle remarquait combien Sylviane était émue. — Oui, reprit-elle, Luc m’a accompagnée. Vous allez donc le revoir, ajouta-t-elle plus bas. Sans aucun doute il vous fera de nouveau des excuses pour sa conduite. — Elle a été impardonnable, interrompit Sylviane. — On pardonne des choses plus graves, prononça Madame Bullot doucement. — Je ne puis concevoir que l’on manque de confiance envers une personne pour qui l’on a un penchant, murmura la jeune fille. ”
“ Plus de maintien négligé, plus de souliers boueux, plus de vareuse commode. Le smoking tous les soirs, la table fleurie, le valet de pied dressé, le bon chien crotté à la niche, et le chat au grenier. Tout changerait. Leur conclusion réciproque fut qu’il fallait se rapprocher de Sylviane et profiter de son désarroi pour se faire agréer. À force de penser, les deux amis faillirent s’endormir et se souhaitèrent le bonsoir. ”
“ Sylviane répondit : — Tu as peut-être raison... maman... Je suis mélancolique sans cause... C’est peut-être ce premier soleil qui me pèse... il est lourd quand on n’y est plus habitué... Je vais sortir un peu... — C’est cela... Va chez madame Bullot... tu lui rapporteras ses livres. ”
Jules Janin,
L’Âne mort et la femme guillotinée
“ SYLVIO Je suis lié de l’amitié la plus tendre avec un jeune homme, plus jeune que moi, nommé Sylvio, aimable et franc garçon, une belle nature, forte, décente, svelte, et dans le cœur, de la passion pour toute une composition dramatique. Une femme à soi : tel était le grand rêve de cet imprudent et inhabile Sylvio ; il regardait les femmes comme des êtres bien au-dessus de l’espèce humaine, il respirait à peine en leur présence ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Elle faisait le chemin du Chaperon rouge pour aller boire en quelque métairie une jatte de lait, qu’elle partageait avec Marie-Gabriel. Le loup rentrait dans le hallier. On entendait des bergères chanter des chansons qui étaient nées sous le règne des rois. Claude souriait dans l’air brillant à Sylvie qui s’apaisait. L’âme suivait la pente du bonheur, comme l’eau pure qui s’ouvrait çà et là, en vives grappes de lumière. Cet étang que l’hiver avait assombri, mêlait les couleurs du ciel purifié et le vent des lointaines mers ne venait plus le tourmenter. ”
Elizabeth Gaskell,
Les Amoureux de Sylvia
“ Il allait faire accepter à Sylvia une existence si différente de celle qu’elle avait menée jusqu’alors, si peu en harmonie avec sa nature et ses goûts. Sylvia, de même, était plus heureuse ; elle se sentait moins affaissée sous le poids d’une résolution irrévocable, moins rebelle, en secret, aux inspirations de la reconnaissance qui la lui avait imposée. L’enfant illuminait sa vie obscure et terne, comme un rayon de soleil illumine un cachot sombre. « Philip ! » dit un soir Sylvia, que son mari croyait endormie et sur laquelle il veillait, gardien immobile et silencieux. ”
Joseph Pain, Théophile, ou les Deux poètes, comédie en 1 acte et en prose… (1804)
“ Mon cœur a battu pour Sylvie ; Je n' aurai jamais d' autre amour . FLORINE , s' avançant . Toujours les vers de Théophile ! SYLVIE . Poura voir toujours du plaisir . FLORINE . Dix odes pour chanter la maison de Sylvie , pas un quatrain qui ne soit pour mademoiselle Sylvie . SYLVIE . Mon père lui a sans doute dit mon nom ; son imagination m' aura prêté mille charmes ; de là ces expressions tendres et passionnées , ce sentiment exquis , ces vers doux - et galans FLORINE . Il n' en fait pas toujours : monsieur votre père avant son départ pour Paris m' en citait quelques-uns SYLVIE . ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Claude le fit enterrer dans le parc sans en avertir Sylvie.Jacques Chabane fréquentait le château d’Argé. Claude lui permettait de lire dans la bibliothèque. Il en avait une grande reconnaissance.Les événements, qu’il voyait venir de ses yeux intelligents, lui donnaient une assurance nouvelle.— Madame, dit-il un jour à Sylvie, n’ayez aucune crainte. Rien ne disparaîtra, si ce n’est la haine et l’injustice. Le bonheur va descendre sur la terre. Il n’y aura plus d’envie. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Sylvie fut prise de peur et s’enfuit à travers les salles du château. Alors, Mme de Flamare parut en gémissant ; elle attesta les cieux que sa fille était pure comme l’agneau tondu ; que cette enfant tentait de loger la mer dans une coquille de noix ; qu’il demeurait vain de laisser trotter son cœur sur des sentiers qui se perdaient dans le désert des afflictions ; que Sylvie perdrait, sous l’empire de tels soucis, nobles, à la vérité, ce fard dont la nature avait orné son visage de jeune déesse. Il était bien téméraire à des mortels de vouloir panser des blessures innombrables. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ C’est pourquoi Sylvia n’essaiera plus aucun rôle. Majestueuse et sereine comme une statue antique, elle assiste à la vie sans joie et sans souffrance. Le battement égal et monotone de ses artères attiédies protégera son front contre la rougeur. Elle verra sans pleurer s’accomplir sous ses yeux les infortunes les plus inattendues. Sa bouche, scellée par l’indifférence ne s’ouvrira pas pour retarder le coup qui doit trancher le bonheur d’un ami. ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ L’exagération, qui rend les filles de province si ridicules, rendait Sylvia si belle, si frappante, si inspirée, que c’est là peut-être son plus grand charme et sa plus puissante séduction. Mais elle l’a reçu de Dieu pour son malheur et pour celui de ses amants, car elle peut se faire admirer, et ne peut persuader. Orgueilleuse jusqu’à la folie, elle veut agir comme si nous étions encore au temps de l’âge d’or, et prétend que tous ceux qui osent la soupçonner sont des lâches et des pervers. ”
Joaquim Maria Machado de Assis,
Quelques Contes
“ Et Sylvius continue sa route, à la recherche de la prédestinée. Vous pouvez passer, yeux de toutes couleurs, corps de toutes formes, cheveux empruntés à la chevelure du soleil ou à celle de la nuit. Vous mourez sans écho, cantilènes soupirées aux accords de l’éternel violon. Sylvius ne veut point d’un amour quelconque, adventice et anonyme ; il lui faut un certain amour, nominal et prédestiné. Tu t’effraies, lecteur : il n’y a pas de quoi. C’est seulement le chanoine qui se lève, va à la fenêtre et s’y accoude pour se reposer de l’effort. Il regarde ; il oublie le sermon et le reste. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Ce qui est dessous le gilet, c’est toujours fait de la même façon. Seulement change ce qui le couvre.Depuis le terrible coup qui l’avait frappée, Sylvie se taisait des journées entières, se contentant de répondre brièvement quand la mère Chabane l’interrogeait, et il semblait aussi que le malheur précoce avait enlevé à Marie-Gabriel cette pétulance qui est le propre des petits garçons. Mais la bonne femme, voyant que Sylvie n’avait guère le cœur à l’amuser, s’en chargeait bien. Elle lui faisait remarquer que si le chat passe la patte sur son oreille, la pluie va tomber. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Toujours il montrait qu’il était à ses genoux et ne vivait que pour elle. Il fit envoyer à Argé des monceaux de dentelles et de soie, des éventails et des objets précieux, des meubles nouveaux dont les lignes alliaient la sévérité à la grâce. Tout cela était couvert de billets d’amour où quelques mots avaient la beauté d’un cri.Sylvie se délassait. Elle occupait ses doigts à quelque travail de broderie ou, suivant l’invite de la saison, elle se promenait avec Marie-Gabriel au bord de ces prairies limousines que le soleil ne peut faner, car elles sont enchantées par les fées de l’eau. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Mme de Flamare ne voulait plus habiter son hôtel de la place Dauphine, elle se croyait en meilleure sécurité au château d’Argé. Le printemps ne ramena pas la tranquillité dans les esprits. Les filles de cuisine et les garçons d’écurie n’obéissaient plus et agissaient à leur guise. La douceur de Sylvie ne les désarmait pas et Claude, d’un naturel si calme, enrageait. Il renvoya la plupart de ses gens ; il avait changé de vie, refermé les livres des poètes. Sylvie s’asseyait moins souvent au clavecin ”
Joaquim Maria Machado de Assis,
Quelques Contes
“ « Qui est celle-ci qui revient du désert appuyée sur le sein de son bien-aimé ? » demande Sylvius comme dans le cantique. Et elle, non moins érudite, lui répond qu’elle est comme « un sceau sur son cœur », et que « l’amour est fort comme la mort ». Et soudain le chanoine tressaille. Son visage s’illumine. Sa plume émue complète respectueusement le substantif par l’adjectif. Sylvie cheminera au côté de Sylvius pendant le sermon que le chanoine va prêcher un de ces jours, et ils iront ensemble chez l’éditeur, si le bon abbé fait publier ses écrits, ce que tout le monde ignore. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Tout était préparé pour qu’il pût quitter le château, à la faveur de la nuit. Il gagnerait les Flandres, muni de passeports, et voyagerait sous les apparences d’un marchand. Il fallait sauver le roi et le sang de sa noblesse le couvrirait de la plus belle des pourpres.Sylvie cachait ses craintes. Une grande angoisse la tenait parfois, quand elle veillait près de Marie-Gabriel. Mais si elle avait voulu retenir Claude, elle sentait bien qu’elle ne l’aurait pu. Il était bien changé. Son visage devenait sévère ; il avait l’aspect d’un homme qui écoute une voix incessante. ”
Hippolyte Parigot, Le Théâtre d’hier
“ Bacchante, Messaline, insoumise, féroce, frivole, vénale, elle est tout cela, créature excessive en tout, et pourtant inachevée, puisqu’elle n’aimera jamais, quoi qu’elle fasse, fermée qu’elle est à la passion, et même au plaisir, malgré ses furieux transports de tête et ses prurits imaginaires. Plus en dehors que Sylvanie, plus chercheuse de sensations, elle se démène parmi les curiosités scélérates, moins déesse, mais polaire comme elle, avec une secrète rage au cœur contre cette glace du sang, qui est son désespoir, son mystère, et sa force. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Le malheur ne pouvait flétrir la fleur de jeunesse en sa première saison. Jacques Chabane la regardait, émerveillé. Être un homme de qualité et se jeter aux pieds de cette femme, essuyer un refus, mais en formant un aveu plein d’orgueil et de douceur !Il s’humiliait devant elle, baissait les paupières pour cacher des regards de feu et son amour le brûlait. Il éloigna enfin tant de trouble et, cruellement, il sentait que Sylvie n’aurait pu croire qu’il osât l’aimer. ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ Un soir, comme le forgeron s’attardait dans la salle commune, où Forclos faisait sa prédication habituelle, la mère Chabane, en taillant le pain de la soupe, dit à Sylvie :— Il avait bien raison de vous donner amitié, mon garçon. M’est avis qu’il grimpera haut. Voilà du temps qu’on n’a pas de ses nouvelles, depuis qu’il est fait lieutenant. Ah ! petite dame, on n’a jamais pris garde à moi ; une bonne femme, c’est pour apprêter le manger et c’est tout. Mais quand je suis seule, je vois toujours beaucoup de choses dans ma tête ”
Charles Silvestre,
Belle Sylvie
(1925)
“ L’abbé s’éloigna dans le vent qui soufflait de l’Ouest.Il pouvait être huit heures de relevée. Jeanne Cabiaud mordait son tablier pour s’empêcher de crier.Claude prit dans ses bras Marie-Gabriel et le petit dodelinait sa tête où les cheveux faisaient comme une touffe de plumes. Il le reposa dans son berceau ; et il le caressa sous le menton pour le faire rire. Puis il le balança, pour qu’il s’endormît. Sylvie le considérait avec ardeur ; elle découvrait la fragile élégance de celui que la nature avait formé pour une vie facile. Le corps aurait-il la force de l’âme ? ”
Charles Joliet,
Le Train des maris
(1873)
“ Sylvaine a toujours eu pour moi l'affection silencieuse que j'avais pour elle. Ne la jugez pas sur l'apparence insouciante de son caractère. Malgré sa jeunesse, son âme est fortement trempée, et elle a dû s'habituer de bonne heure à maîtriser ses impressions. Son indifférence pour ma mémoire sera le dernier témoignage de sa tendresse et de son obéissance à ma volonté, jusqu'au jour où vous lui direz qu'il lui est permis de porter mon deuil. ”
Gérard de Nerval,
Œuvres complètes de Gérard de Nerval
“ Sylvie, fatiguée de l’âne, s’appuyait sur mon bras. La route était déserte ; j’essayai de parler des choses que j’avais dans le cœur, mais, je ne sais pourquoi, je ne trouvais que des expressions vulgaires, ou bien tout à coup quelque phrase pompeuse de roman, — que Sylvie pouvait avoir lue. Je m’arrêtais alors avec un goût tout classique, et elle s’étonnait parfois de ces effusions interrompues. Arrivés aux murs de Saint-S..., il fallait prendre garde à notre marche. On traverse des prairies humides où serpentent les ruisseaux. ”
