“ Quel pays plus compacte et à figure plus mathématique ! c’est un carré formé par 600 lieues de côtes et 90 lieues de montagnes, — pendant qu’une moitié de la France ne possède pas une montagne, et que le centre du pays est une plaine si basse que les eaux ne savent trop de quel côté tourner, cinq grandes chaînes de monts courent Est et Ouest dans la péninsule, et une sixième chaîne gisant Sud et Nord traverse le pays, du cap de Gata aux Pyrénées ; l’Espagne, sur plus des deux tiers de sa surface, est un plateau haut de 6 à 700 mètres. ”
Alphonse Dousseau
Élements biographiques
Alphonse Dousseau (1796-1876), auteur et artiste français, s’illustre par ses récits de voyages et ses réflexions géographiques. Son œuvre majeure, Grenade, combine descriptions topographiques et récits historiques, explorant les conflits culturels et les contrastes entre les civilisations.
À travers des textes riches en métaphores et en observations percutantes, Dousseau dépeint les paysages espagnols avec une précision mathématique, tout en interrogeant les dynamiques de pouvoir et l’identité nationale. Son style, à la fois poétique et analytique, témoigne d’une curiosité intellectuelle transversale.
Citations de Alphonse Dousseau
Alphonse Dousseau, Correspondances de personnages antédiluviens… (1865)
“ A la gracieuse épître que lui a adressée l'Ichthyosaure à propos du Bal du 4 Février 1865 Cher Ichthyo, ta bienveillante épître Comme un bijou décore mon pupître ; Foi de ci-devant animal J'en suis tout fier, elle m'enchante ! Et je veux, ranimant une verve expirante, Y répondre tant bien que mal. Te souvient-il du temps où l'homme, sur la terre, N'étalait pas encor son faste, sa misère Et son orgueil pyramidal ? Ce globe était près de son origine : Pas de cigare encore et pas de crinoline ; On n'abusait point du lacet : Jamais dame Mastodontine N'introduisit la fraude en son corset ”
“ Nous entrons dans la riche et verdoyante Vega, et le terrain s’aplanit, — les étoiles pâlissent et l’aurore commence à poindre, — la silhouette des Monts voisins se dessine vaguement ; devant nous, au-delà de cette si longue plaine brumeuse, et qu’on prendrait volontiers pour un lac, diverses crêtes âpres s’aperçoivent ; en arrière et sur la droite, nous voyons surgir, flotter sur la brume une vaste masse aux nuances azurées, violacées, capricieuses, fugitives ; puis on dirait une lame monstrueuse et hérissée d’écumes... c’est l’énorme Nevada, c’est le Mont Blanc de Grenade... ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Les ondulations de la foule les séparèrent. — El Zagal et lès siens furent enfin chassés de l'Albaysin; le combat continua dans les rues et l'on s'égorgea sans merci : l'Alhambra avait failli prendre d'assaut l'Albaysin, qui faillit incendier l'Alhambra; ce n'était qu'embûches, violences et égorgements, pendant que les espagnols ravageaient les terres de la dépendance du Zagal. — Ces troubles funestes durèrent longtemps; enfin, à la prière de Boabdil, un corps de soldats chrétiens envoyé par les souverains, entra dans la ville au moment où Boabdil allait succomber, et lui vint en aide. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Velez-Malaga est située au milieu de la vallée sur une colline que couronne une forteresse considérable — la petite ville de Bentomir, plus fortifiée encore, s'élevait sur une montagne vers le haut du val ; — c'était par là que le roi voulait commencer son attaque; — pendant qu'à demi armé seulement et suivi d'une faible escorte, il examinait le terrain, un parti de maures fondit sur eux ; — grand fut le péril! le roi se battit corps à corps, se défendit comme un lion, et il eût bientôt succombé sous le nombre sans le dévouement de ses officiers ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Les maures d'Espagne, ces fils du fanatique Mahomet, étaient tolérants, accommodants, tandis que les fils de Jésus, dont la religion a pour base la charité, l'amour du prochain, furent constamment durs, intolérants, impitoyables ; c'est que la nationalité, la politique se mêlaient intimement à la religion ; c'est que les espagnols étaient chez eux, et que les envahisseurs étaient fatalement condamnés à s'en retourner chez eux ; et voilà pourquoi la brillante valeur des arabes dut succomber sous l'invincible tenacité des Goths. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Muley Hassan avait persuadé au peuple que Boabdil n'était qu'un lâclie vendu aux chrétiens, et il rappelait le fatal pronostic d'où le prince tenait son surnom de Zogoïbi. Boabdil parvint de nuit à pénétrer dans l'Albaysin, — le lendemain l'Albaysin et l'Alhambra étaient en guerre ouverte et les eaux du Darro roulaient des cadavres; dans la basse-ville on se battait partout et les places étaient devenues des champs de balaille. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ El Zagal! vint ébranler le courage des plus braves ; c'était en effet El Zagal qui leur coupait la retraite: ce fut un carnage où périt la fleur des cavaliers d'Espagne ; le marquis de Cadix, blessé, couvert de sang et épuisé de fatigue ramena à Antequera le petit nombre des survivants. La côte que les espagnols durent franchir pour opérer leur retraite porte encore le nom de cuesta de la matanza ; colline du massacre. Autant cette folle expédition désolait les chrétiens, autant celle qu'avait si bien conduite Muley Hassan ranimait le zèle de ses partisans dans Grenade même. ”
“ Lorsqu’on n’a vu une ville que de nuit et en passant, on n’en saurait guère parler de visu, nous savons du moins que Loja, jadis place très forte et dont nous aurons occasion de reparler plus d’une fois, est une ville de 44,800 habitants, assez mal bâtie, s’appuyant à une montagne, rive gauche du Génil, au point où les deux chaînes qui enclosent la Véga se rapprochent et ne laissent entr’elles que l’espace indispensable au cours de la rivière. ”
“ Reprenant la mer et quittant l’Océan pour la Méditerranée nous longeons la côte de ce que les Grenadins nommaient leur royaume du soleil ; terre ensoleillée, en effet ! car d’une haute chaîne de monts qui s’étend de Tarifa au cap de Gata, avec un déploiement de 90 lieues, descendent jusqu’à la mer des pentes très raides et qui plongent droit au midi ; c’est une succession d’âpres collines, de monts pelés, brûlés, rocheux, de ravins et de vallons, au pied desquels se trouvent Estepoña, Marbella, Malaga, Velez-Malaga, Almuñecar (sur le méridien de Grenade) , Motril, Adra et Alméria ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Muley Hassan triomphait: afin d'accroître en sa faveur la bonne grâce du peuple, il voulut tenter quelque entreprise audacieuse : il fit assembler dans la puissante forteresse de Ronda, dans les montagnes de l'ouest sur la frontière, une petite armée de maraudeurs déterminés, commandée par le vaillant Zegri Hamet Zeli, alcade de Ronda, et par un habile chef du nom de Bexir, ils devaient, du haut de leurs rochers, fondre comme un torrent sur les villages chrétiens épars dans les plaines ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Nous avons dit que les grenadins étaient turbulents, toujours prêts pour l'émeute, toujours passionnés pour la nouveauté, et que bouleverser le gouvernement était leur plaisir de prédilection; là comme ailleurs, le droit de la capitale, c'était de faire des révolutions, et le devoir de la province, c'était de les subir et de payer en conséquence; — les grenadins, exaspérés de la perte de Ronda, se mirent à maudire Hassan, qui avait commencé une guerre inglorieuse, et Boabdil qui s'était réfugié chez les chrétiens; le Zagal leur parut seul digne du trône, ils le lui offrirent ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Dans cette Europe encore fortement teintée d'Afrique, que de beautés, de singularités naturelles et que le temps respecte, et combien d'autres curiosités insignes, œuvres de l'art humain, et que le temps outrage! Combien de reliques de siècles écoulés et de civilisations éteintes, de monuments abattus, de débris épars ! Tristes témoignages du choc des nationalités et des religions diverses, des efforts de l'ambition et des fureurs de la guerre! Dans cet étrange pays, le touriste rentre la tête pleine et de légendes entre lesquelles l'entente coxtiatene règne guère ! ”
“ La Véga est une bienfaitrice non moins précieuse ; c’est la mère nourricière de la ville, mère généreuse jusqu’à la prodigalité, car c’est bien la terre la plus fertile de l’Europe ! ses produits sont d’excellente qualité, elle donne annuellement trois récoltes ; (la Huerta de Valencia, si renommée pour sa fertilité, l’égale à peine) , outre le Génil qui la traverse dans sa longueur en faisant de nombreux méandres, elle est arrosée par diverses petites rivières et par de nombreux canaux, œuvre des Maures, dont profite encore l’indolente Espagne ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ L'ardeur belliqueuse des grenadins et l'habileté de Musa, leur chef, donnèrent à réfléchir à Ferdinand: le prudent monarque remit à l'an prochain la conquête définitive de la ville, et se contenta, cette année, d'en ravager tous les environs; il renforça d'abord les garnisons des places fortes; à la tête de 20,000 piétons et de 5,000 cavaliers il entra dans la Vega par le défilé de Loja ; — depuis quelque temps la guerre avait respectée cette terre si riche et si généreuse, et la nature l'avait de nouveau couverte de ses précieux bienfaits, — hélas ! ”
“ Le panorama du mont San Miguel est infiniment plus remarquable que le mont même ; ce petit mont s’élève pourtant à 860 mètres ; en effet, la ville basse est à 680 mètres au-dessus de la mer, et nous la dominons de 180 mètres ; aussi la voyons-nous tout entière à nos pieds, ainsi que l’Albaysin, le vallon du Darro, l’Alhambra, le Généralife, etc. le cours du Génil parmi les jardins, les vergers, les prairies et les cultures est déployé sous nos yeux : châteaux gracieux (Los Carmenes) — bois et bosquets sur les pentes de nos collines ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ LES ALHAMARS A GRENADE. — L'ALHAMBRA On ne sait rien d'Illiberis ou Eliberis, cette ville si ancienne, dont on retrouve quelques débris dans Grenade et aux environs. D'où proviennent ces restes informes qu'on a découverts au pied de l'Elvira, à deux lieues au nord de Grenade? serait-ce là le vrai site de la ville antique ? grave question, restée indécise comme tant d'autres ! ce qui, heureusement, n'empêche pas la terre de tourner.- Grenade même, comme nous venons de le voir, ne devient historique que dans le onzième siècle ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ La Granada est probablement la partie la plus ancienne de la ville ; c'en est le quartier le plus peuplé, animé, industrieux ; nous savons qu'il couvre l'estuaire du Darro et se déploie dans la plaine ; nous en reparlerons, comme de l'Alhambra, qui forme le quatrième quartier, et est à lui seul une petite ville ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ La nuit vient. et à la latitude de Grenade, la nuit vient vite, car presque pas de crépuscule. Rentrons en ville et amusons le retour par quelques dernières réflexions : nous avons fait connaissance avec l'Alhambra, et nous savons que c'est en son genre ce qu'il y a de mieux au monde ; cependant, ce n'est pas là tout l'Alhambra des maures, et ce qui en reste, surtout à l'extérieur, est loin d'être dans toute sa magnificence première ; l'alcazar de Boabdil s'étendait jusqu'à la courbure orientale du plateau, et couvrait cette moitié de l'ovale de bâtiments divers, de cours et de jardins ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Le jeune émir attaque imprudemment les castillans et il se fait battre, pendant que les africains lui enlèvent Marbella, Ronda, et reprennent pied dans la péninsule ; mais en 1329, l'émir ayant acquis de l'expérience et étant d'ailleurs très brave, il bat les castillans et chasse les africains de toute la côte espagnole, puis les portugais s'étant joints aux castillants pour l'accabler de leurs forces, il juge prudent de se soumettre et de payer le tribut. — Gibraltar retombe aux mains des maures; Alonzo de Castille veut les en chasser, et Mahomet accourt à leur aide ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Cependant il ne put empêcher les chrétiens du nord de recommencer leurs soulèvements et de devenir chaque jour plus redoutables, ni ceux des autres provinces de se montrer de plus en plus séditieux et turbulents ; la grande pensée de Pélage se réalisait et une Espagne redevenue orthodoxe se substituait peu à peu à l'Espagne de l'islamisme ; — du moins Cordoue était heureuse, et la Cour du Calife était la plus brillante et la plus polie de l'Europe. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Godefroy de Bouillon et les autres princes chrétiens se préparaient à la conquête de la Terre Sainte, — mais les Almoravides allaient envahir l'Espagne; le Cid leur livra divers combats qui n'arrêtèrent pas leurs progrès dévastateurs. — Enfin le brave chef mourut à l'époque où l'héroïque Godefroy de Bouillon (15 juillet 1099) plantait l'étendard de la Croix sur les murs de Jérusalem. Combien le Cid eut voulu l'y planter lui-même ! Le Cid n'étant plus, les maures revinrent assiéger Valence ; l'intrépide Chimène soutint longtemps le siège ; — Valence dut enfin capituler. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Ainsi l'œuvre immense que le premier Alhamar avait glorieusement commencée fut excellemment terminée par un autre Alhamar, son descendant en ligne directe et son digne continuateur ; de grandes et joyeuses fêtes eurent lieu à cette occasion, et Grenade était toute en liesse pendant que la Castille commençait à gémir sous le joug de son nouveau roi. — Les riches familles grenadines, stimulées par l'exemple de l'émir, s'évertuaient à élever des palais somptueux, et le peuple, émerveillé! comparait Grenade à une coupe d'argent parsemée de bijoux. ”
“ Séville, illustre de plus d’une manière et depuis longtemps ! — Illustrée surtout par notre ami Figaro, le célèbre barbier (barbero) fils de Beaumarchais et de Rossini, Séville a moins souffert du temps et de la guerre que Cordoue ; elle a 110,000 habitants et c’est encore en population la troisième des villes espagnoles (Madrid et Barcelonne sont les deux premières) Séville, sur la rive gauche du Guadalquivir, avec son grand faubourg de Triana sur l’autre rive, son énorme cathédrale, une des plus grandes et des plus curieuses églises de l’Europe, y compris son fameux clocher, la Giralda ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ C'était donc par famine que Ferdinand comptait réduire Grenade, et ce n'était plus qu'une affaire de temps ; la prendre d'assaut n'eût pu se faire sans un grand carnage, si toutefois l'assaut eût réussi; livrer une bataille hors des murs eût été également sanglant et périlleux — détruire la ville, l'incendier au moyen de son artillerie, plus puissante que celle des assiégés, Ferdinand ne le voulait pas ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Pendant que les souverains donnaient des fêtes à Cordoue et que Boabdil languissait à Alméria au milieu de sa petite cour, El Zagal. qui commandait à Malaga, voyant combien son frère était affaibli par l'âge et les infirmités, et combien son neveu était inhabile, impuissant à se défendre, conçut le projet de s'emparer du pouvoir absolu, sinon du trône.— Il corrompit d'abord la garnison d'Alméria, et tout-à-coup, le 10 avril 1485, il parut devant la place à la tête d'un corps de cavalerie; il courut droit à la citadelle, espérant y trouver son neveu. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Djomaïl, désolé de la perte de ses îles, avait cru prudent de se reconnaître vassal de l'Aragon et de payer le tribut; il voulut s'y soustraire et donna ainsi à Jacques l'occasion de marcher contre Valence.- La conquête de cette province était une entreprise très grave, mais quelle riche proie à saisir! - Jacques commença par s'emparer de toutes les places du nord et y déploya une valeur extraordinaire; son armée, excédée de labeurs guerriers, et décimée, maladive, se mutina, et il se trouve trop faible pour entreprendre le siège de Valence. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Mahomet et ses successeurs ont pu fanatiser des peuples ignorants, chez qui l'imagination l'emportait de beaucoup sur le jugement, — mais ils ne pouvaient fonder une religion pure, sensée, universelle, durable. L'Islamisme subsiste encore, mais tout d'abord divisé en sectes haineuses, propagé à l'aide de toutes sortes de crimes et d'abominations, il se détériore chaque jour davantage et, né dans le sang, il finira par s'éteindre dans le dégoût, le mépris. — C'est la faute de l'ange Gabriel, si, comme l'affirmait le prophète, l'ange inspirait à l'homme ce que celui-ci répétait à ses disciples ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Boabdil, bien que brave et vigoureux, préférait les délices de l'Alhambra aux fatigues de la guerre: son beau-père Ali-Atar, et sa vaillante mère Aïxa lui représentaient que son inaction indignait ses amis ; les larmes de la belle Morayma le retenaient; il se décida enfin à essayer de s'emparer de Lucena, ville située à quinze lieues à l'ouest de Grenade, et il partit à la tête d'une brillante armée, à laquelle se joignit partie de la garnison de Loja, commandée par Ali Atar; on s'avança sur Lucena à marches forcées, car l'alarme était donnee ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Ce qui en reste est un groupe de constructions fort simples, entourées de jardins en terrasses, parterres de fleurs et riants bosquets ; l'abondance de fraîches eaux remplissant divers bassins et formant des jets nombreux ; les vues sur l'Alhambra et le pays au delà, sur l'Albaysin et le bassin du Darro, sont le principal charme du lieu. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Nous l'avons dit, rien n'avait été prévu, préparé pour une longue résislance — tout plia devant les arabes et leur marche à travers le pays fut une marche triomphale; tout corps de patriotes qui osa faire tête tut entouré et écrasé, et toute ville qui ferma ses portes fut emportée d'assaut, aussi la plupart n'attendirent pas l'ennemi pour se rendre. — Xérès, Séville et Cordoue, villes considérables, furent prises d'abord ; — Tarik se dirigea sur Tolède, qui ne fit qu'une faible résistance, car une longue paix et des mœurs très relâchées avaient amolli les Visigoths. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Isabelle, nous ajouterions volontiers la grande, car on peut dire que cette femme illustre fit la conquête du royaume de Grenade et découvrit le Nouveau-Monde; puisque ces deux triomphes furent dus à son initiative et à son héroïque persévérance, — Isabelle soumit au joug de l'Espagne les maures d'Andalousie et les indiens d'Amérique; mais elle plaida constamment la cause de l'humanité et protégea ces infortunés jusqu'à sa mort. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Ces chiffres de combattants et d'occis, que nous donnons ici, semblent exagérés : ils sont pourtant bien plus élevés dans la plupart des historiens ! — ceux espagnols tuent les maures par centaines de mille; ceux arabes ne manquent pas de leur rendre la pareille ! c'est effrayant ! — pour nous qui ne tenons pas plus aux uns qu'aux autres, nous croyons n'en mettre en scène qu'un nombre raisonnable et n'en tuer qu'avec discrétion. ”
“ Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon contractèrent ici cette union qui causa la ruine des Maures de l’Espagne ; à Médina del Campo, où mourut Isabelle, le plateau qui nous porte, déjà très élevé, se soulève davantage pour former la vaste et très rocheuse chaîne de la Guadarrama ; à Avila la pente devient très raide et nous franchissons, à la Cañada, le col qui a 1300 mètres d’élévation ; c’est en Europe, le plus élevé des cols franchis à la vapeur ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Grenade n'était plus la brillante capitale d'un royaume, vrai paradis terrestre; mais le triste chef-lieu d'une province éloignée et chaque jour plus négligée, dépoétisée — mais si l'œuvre humaine s'amoindrissait ainsi, l'œuvre de la nature restait immuable; la languissante Grenade a conservé la fertilité de sa terre, la beauté de son ciel, son site admirable et ses ravissantes perspectives ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ De longues et sanglantes dissensions allaient désoler Grenade et agiter la province ;— la population de la capitale était fatiguée de repos, de bien-être, et elle éprouvait le besoin de se distraire, n'importe comment 1 Abencerages et Zégris, Alhamars et Faradys vont ranimer leurs vieilles querelles, et l'esprit de désordre s'emparera de toutes les têtes, - Les grenadins étaient assurément la population la plus spirituelle, la plus galante, la plus chevaleresque de la Péninsule ; mais c'était aussi la plus frivole, la plus fantasque, la plus avide de changements et de nouveautés ”
“ Le ferro-caril qui de Santander, passant par Madrid, nous a amené à Cadix, bifurque à Cordoue et sa ligne du midi aboutit à Malaga en passant à Antequera ; de ce point un embranchement ira bientôt jusqu’à Grenade ; — on peut encore, quittant la voie ferrée à Andujar, se rendre directement à Grenade par Jaën, par une grande route carossable et très pittoresque ; nous avons préféré faire le grand tour et nous avons eu grandement raison. — À Grenade maintenant, et nous sommes impatient d’y arriver ! Un service de diligences quotidien mène d’une ville à l’autre ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Le Zagal fut le premier à entrer en campagne : — au printemps dé 4 488, quittant Guadix avec une petite armée de fourrageurs et longeant Alcala-la-reale, il parcourut la frontière de Jaën, où l'on était loin de l'attendre, et pillant, dévastant tout dans sa course rapide, il rentra à Guadix chargé de butin ; puis il s'occupa de fortifier Baza. — La conquête de Malaga et de toute cette partie, de la côte ne permettait plus aux maures d'Afrique de secourir, de ce coté, ceux d'Espagne; mais Alméria était encore musulmane; Ferdinand résolut de s'en emparer par un audacieux coup de main ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Cordoue, punie de ses extravagances et de ses violences, n'est plus que la capitale d'un petit royaume, et d'autres petits royaumes se forment des débris de l'ancien ; Jaën, Séville, Murcie, Grenade, Valence, Tortose, Saragosse, Lisbonne, se déclarent indépendantes ; la guerre civile se mêle partout à la guerre contre les envahisseurs, ceux-ci se battent entr'eux ; et des hordes de nouveaux venus s'efforcent de déposséder les vieux conquérants : — maures contre maures, chrétiens contre chrétiens, maures et chrétiens s'unissant souvent contre chrétiens ou maures ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ Les Français sont des guerriers et non des gastadores, ils aiment les beaux-arts et la civilisation, ils respectent les pays qu'ils occupent en vainqueurs ; au lieu d'ajouter le brigandage aux cruelles nécessités de la guerre, ils protègent, ils améliorent autant que possible; qui dit le contraire ignore l'histoire de notre siècle, ou ment par la gorge, comme on disait jadis. Le savant, le brave et généreux Sébastiani fut donc obligé de refaire de Grenade une place forte ; de l'Alhambra une puissante citadelle. ”
Alphonse Dousseau, Grenade (1872)
“ La vraie Grenade qu'on aime à voir est une beauté un peu surannée, en négligé, très négligé, pas trop bien peignée, assez mal débarbouillée, et d'un sans façon tout à fait sans gêne. Si nous errons dans la vieille ville, dans la Granada surtout, nous trouverons que serpenter est bien le mot, et nous nous réjouirons d'être en Arabie : quel labyrinte, quel salmigondis de rues étroites, anguleuses, sinueuses, poudreuses 1 et boueuses pour peu qu'il pleuve ! ce qui arrive assez souvent, grâce à tous les monts du voisinage ”
