“ Bientôt, en retournant la tête, il aperçoit les Perses empressés au pillage de Sardes : « Seigneur, s’adressant à Cyrus, dois-je vous dire ce que je pense, ou mon état actuel me condamne-t-il à me taire ? » Cyrus lui ordonne de parler avec assurance. « Eh bien ! lui demande Crésus, cette multitude, que fait-elle avec tant d’ardeur ? — Elle pille votre capitale, elle enlève vos richesses. — Non, seigneur, ce n’est point ma ville, ce ne sont pas mes trésors qu’on pille. Rien de tout cela ne m’appartient plus ; c’est votre bétail qu’on emmène, ce sont vos richesses qu’on emporte. » ”
Hérodote
Élements biographiques
Hérodote, historien et géographe grec du Ve siècle av. J.-C., est considéré comme le « Père de l’Histoire » pour son œuvre majeure, Les Histoires, qui rapporte les guerres médiques tout en examinant les cultures, les mœurs et les territoires des peuples de la Méditerranée.
Son approche rigoureuse, combinant récits de combats, digressions anthropologiques et analyses politiques, le place en avant-garde de l’histoire contemporaine. À travers des pérégrinations et des investigations, il valorise la variété des humains, comme en témoigne sa célèbre description des Scythes ou des Indiens, mettant en lumière une vision globale de l’humanité.
Citations de Hérodote
“ Je vous prie donc, ô Perses, par les dieux protecteurs des rois, je vous conjure tous, et vous principalement, Achéménides, qui êtes ici présents, de ne point souffrir que l’empire retourne aux Mèdes. S’ils s’en sont rendus maîtres par la ruse, recouvrez-le par la ruse ; s’ils s’en sont emparés par la force, reprenez-le par la force. Si vous faites ce que je vous recommande, et si vous conservez votre liberté, puisse la terre produire pour vous des fruits en abondance ! puissent vos femmes vous donner un grand nombre d’enfants, et vos troupeaux se multiplier par une heureuse fécondité ! ”
“ Voilà, seigneur, les conseils que j’ai à vous donner. Et vous, Mardonius, fils de Gobryas, cessez de tenir sur les Grecs de vains propos ; ils ne méritent pas qu’on en parle avec mépris. C’est en les calomniant que vous excitez le roi à marcher en personne contre ces peuples ; c’est du moins à quoi me paraissent tendre toutes vos vues, tout votre zèle. Au nom des dieux, ne vous permettez plus la calomnie ; c’est le plus odieux des vices : c’est une injustice de deux personnes contre une troisième. Le calomnialeur viole toutes les règles de l’équité, en ce qu’il accuse un absent. ”
“ J’en atteste les choses si vraies et excellentes que vous venez de dire, et cette grandeur d’âme qui ne souffrira point que les Ioniens (les Athéniens) d’Europe, ce peuple vil et méprisable, nous insultent impunément. Si, dans la seule vue d’étendre notre empire, nous avons soumis les Saces, les Indiens, les Éthiopiens, les Assyriens, et plusieurs autres nations puissantes et nombreuses, qui n’avaient commis contre nous aucune hostilité, ne serait-il pas honteux que nous laissassions impunie l’insolence des Grecs, qui ont été les premiers à nous insulter ? Qu’avons-nous à craindre ? ”
“ Je pense, dit-il, avec Otanes, qu’il faut abolir la tyrannie, et j’approuve tout ce qu’il a dit à ce sujet. Mais quand il nous exhorte à remettre la puissance souveraine entre les mains du peuple, il s’écarte du bon chemin : rien de plus insensé et de plus insolent qu’une multitude pernicieuse ; en voulant éviter l’insolence d’un tyran, on tombe sous la tyrannie d’un peuple effréné. Y a-t-il rien de plus insupportable ? Si un roi forme quelque entreprise, c’est avec connaissance : le peuple, au contraire, n’a ni intelligence ni raison. ”
“ Cléomène, ne soyez point étonné de mon empressement à me rendre ici. Les affaires sont urgentes. Il s’agit de la liberté des Ioniens. Si leur esclavage est pour nous un opprobre, un sujet de douleur, à plus forte raison doit-il l’être pour vous, qui êtes les premiers de la Grèce. Ils sont vos parents, ils sont vos frères ; délivrez-les de la servitude, je vous en conjure au nom des dieux des Grecs. Cette entreprise est aisée. Les Barbares ne sont point belliqueux, et vous, vous êtes parvenu par votre valeur au plus haut degré de gloire qu’on puisse obtenir par les armes. ”
“ Y a-t-il donc quelqu’un parmi eux qui s’oppose à vous, et vous présente le combat, à vous, seigneur, qui conduisez toutes les forces de terre et de mer de l’Asie ? Je ne pense pas que les Grecs portent l’audace jusque-là. Si cependant je me trompais, si leur folie les poussait à en venir aux mains avec nous, qu’ils apprennent alors que de tous les hommes nous sommes les plus braves et les plus habiles dans l’art de la guerre. Il faut donc tenter toutes les voies possibles ; rien ne s’exécute de soi-même, et ce n’est ordinairement qu’à force de tentatives qu’on réussit. ”
“ CXXI. Astyages, charmé de cette réponse, manda Cyrus. « Mon fils, lui dit-il, je vous ai traité avec injustice, sur la foi d’un vain songe ; mais enfin votre heureux destin vous a conservé, et vous vivez. Soyez tranquille ; partez pour la Perse, escorté par ceux que je vous donnerai pour vous accompagner : vous y verrez votre père et votre mère, qui sont bien différents de Mitradates et de sa femme. » CXXII. Astyages, ayant ainsi parlé, renvoya Cyrus en Perse. Cambyse et Mandane, ayant appris ce qu’il était, le reçurent et l’embrassèrent, comme un enfant qu’ils avaient cru mort en naissant. ”
“ XCIX. Lorsque les Grecs se furent mis en ordre de bataille, ils allèrent aux ennemis. Tandis qu’ils s’avançaient, il parut un caducée sur le rivage, et il courut un bruit par toute l’armée que les Grecs avaient remporté en Béotie la victoire sur Mardonius. Ce qui arrive par la permission des dieux se reconnaît à bien des signes. En effet, le même jour que les Perses furent battus à Platées, et qu’ils devaient l’être à Mycale, le bruit de leur défaite s’étant répandu parmi les Grecs à Mycale, inspira à ceux-ci encore plus de confiance, et leur fit affronter les dangers avec plus d’ardeur. ”
“ Car, loin d’espérer que les Grecs remportassent la victoire, ils pensaient que le roi, dont les forces étaient de beaucoup supérieures, subjuguerait la Grèce entière. Ils agissaient ainsi de dessein prémédité, afin de pouvoir tenir ce langage au roi : « Seigneur, devaient-ils lui dire, les Grecs nous ont engagés à les secourir dans cette guerre. Mais quoique nous ayons des forces considérables, et un plus grand nombre de vaisseaux, du moins après les Athéniens, qu’aucun autre État de la Grèce, nous n’avons pas voulu nous opposer à vos desseins, ni rien faire qui vous fût désagréable. » ”
“ « Crésus, dit-il, puisque vos discours et vos actions me prouvent que vous êtes disposé à vous conduire en roi sage, demandez-moi ce qu’il vous plaira, vous l’obtiendrez sur-le-champ. — Seigneur, répondit Crésus, la plus grande faveur serait de me permettre d’envoyer au dieu des Grecs, celui de tous les dieux que j’ai le plus honoré, les fers que voici, avec ordre de lui demander s’il lui est permis de tromper ceux qui ont bien mérité de lui. » ”
“ Il n’est pas croyable qu’un homme sage repousse la main bienfaisante de son protecteur, au lieu de la chérir. Je ne me flatte point de pouvoir combattre contre dix hommes, ni même contre deux, et jamais, du moins de mon plein gré, je me battrai contre un homme seul. Mais si c’était une nécessité, ou que j’y fusse forcé par quelque grand danger, je combattrais avec le plus grand plaisir un de ces hommes qui prétendent pouvoir résister chacun à trois Grecs. Il en est de même des Lacédémoniens. Dans un combat d’homme à homme, ils ne sont inférieurs à personne ”
“ Vous n’êtes pas en état de soutenir la guerre jusqu’au bout contre Xerxès. Si je vous avais vus assez puissants pour lui résister, je ne serais pas venu ici avec les propositions que je vous apporte de sa part. La puissance du roi est immense et plus qu’humaine. Si vous n’acceptez pas sur-le-champ l’alliance que vous offrent les Perses à des conditions si avantageuses, je crains d’autant plus pour vous, que de tous les confédérés vous êtes les plus exposés, et que vous trouvant enclavés au milieu des ennemis, et votre pays entre deux armées, vous êtes toujours les seuls sur qui tombe la perte. ”
“ Les Perses, qui ne s’attendaient point à rencontrer d’ennemis, furent surpris à la vue d’un corps de troupes qui s’armait. Alors Hydarnes, craignant que ce ne fussent des Lacédémoniens, demanda à Éphialtes de quel pays étaient ces troupes. Instruit de la vérité, il rangea les Perses en bataille. Les Phocidiens, accablés d’une nuée de flèches, s’enfuirent sur la cime de la montagne ; et, croyant que ce corps d’armée était venu exprès pour les attaquer, ils se préparèrent à les recevoir comme des gens qui se dévouent à la mort. ”
“ Ma fille, lui fit-il dire, il faut qu’une personne bien née, comme vous, s’expose au danger ; c’est votre père qui vous y engage, c’est lui qui vous l’ordonne. Si le roi n’est point Smerdis, fils de Cyrus, mais celui que je soupçonne, il ne convient pas que vous soyez sa femme, ou qu’il occupe impunément le trône de Perse ; il mérite d’être puni. Suivez donc mes conseils, et faites ce que je vais vous prescrire. Quand il reposera auprès de vous, et que vous le saurez profondément endormi, tâtez-lui les oreilles : s’il en a, c’est le fils de Cyrus ; s’il n’en a point, c’est Smerdis, le mage. ”
“ Sensibles à vos malheurs, les Lacédémoniens et les alliés s’engagent à nourrir, tant que durera la guerre, vos femmes et tout ce qu’il y a dans vos familles de personnes inutiles à la guerre. Ne vous laissez pas séduire, nous vous en conjurons, par les paroles douces qu’Alexandre vous dit de la part de Mardonius. Il fait ce qu’il doit faire. C’est un tyran qui épouse les intérêts d’un tyran. Mais, si vous êtes sages, vous ne suivrez pas ses conseils, puisque vous n’ignorez pas qu’on ne peut se fier aux Barbares, et qu’il n’y a rien de vrai dans leurs paroles. ”
“ Lorsque j’étais en Égypte, j’eus, pendant mon sommeil, une vision. Eh ! plût aux dieux que je ne l’eusse point eue ! Il me sembla voir un courrier, arrivé de mon palais, m’annoncer que Smerdis était assis sur le trône, et que de sa tête il touchait au ciel. Cette vision me faisant craindre que mon frère ne m’enlevât la couronne, je pris des mesures où la précipitation eut plus de part que la prudence : car il n’est pas possible aux hommes de changer l’ordre des destinées. J’envoyai follement Prexaspes à Suses, pour tuer Smerdis. ”
“ Et en effet, ce serait bien en vain que nous posséderions la plus grande partie de l’armée navale des Grecs. Quoi donc ! nous autres Athéniens, nous abandonnerions le commandement à des Syracusains, nous qui sommes le plus ancien peuple de la Grèce ; nous qui, seuls entre tous les Grecs, n’avons jamais changé de sol ; nous enfin qui comptons parmi nos compatriotes ce capitaine qui alla au siége de Troie, et qui était, comme le dit Homère le poëte épique, des plus habiles pour mettre une armée en bon ordre et pour la ranger en bataille ? ”
“ Les Scythes reprochent aux Grecs leurs bacchanales, et pensent qu’il est contraire à la raison d’imaginer un dieu qui pousse les hommes à des extravagances. Lorsque Scylès eût été initié aux mystères de Bacchus, un habitant de Borysthène se rendit secrètement à l’armée des Scythes : « Vous vous moquez de nous, leur dit-il, parce qu’en célébrant les bacchanales, le dieu se rend maître de nous. Ce dieu s’est aussi emparé de votre roi ; Scylès célèbre Bacchus, et le dieu l’agite et trouble sa raison. Si vous ne voulez pas m’en croire, suivez-moi, et je vous le montrerai. » ”
“ Si, comme du moins je l’espère, nous battons sur mer les ennemis, ils n’iront point à l’isthme, et s’en retourneront en désordre sans s’avancer au delà de l’Attique. Nous sauverons Mégare, Égine et Salamine, où même un oracle nous prédit que nous les vaincrons. Quand on prend un parti conforme à la raison, on réussit presque toujours ; mais, lorsqu’on se décide contre toute vraisemblance, Dieu même n’a pas coutume de seconder nos vues. ”
“ Nous autres généraux, nous sommes partagés de sentiments : les uns veulent la bataille, les autres sont d’un avis contraire. Si nous différons de combattre, il est à craindre qu’il ne s’élève entre les Athéniens des dissensions qui les disposent à favoriser les Mèdes. Mais si nous livrons le combat avant que d’aussi lâches pensées entrent dans l’esprit de quelques-uns d’entre nous, j’espère qu’avec l’aide des dieux nous remporterons la victoire. ”
“ Ces Grecs, qui s’imaginent que tout est terminé, ne sortiront point de leurs vaisseaux pour s’opposer à vos armes, et ceux du continent n’oseront pas s’essayer contre vous. Ceux qui l’ont fait en ont été punis. Attaquons donc sur-le-champ le Péloponnèse, si telle est votre volonté. Mais si vous voulez suspendre vos coups, suspendons-les ; mais cependant ne vous découragez pas. Les Grecs n’ont plus de ressources, et ne peuvent éviter ni l’esclavage, ni le compte que vous leur demanderez du présent et du passé. Voilà, seigneur, ce que vous avez surtout à faire. ”
“ Le jeune homme tombe ; Cambyse le fait ouvrir, pour voir où avait porté le coup, et la flèche se trouva au milieu du cœur. Alors ce prince, plein de joie, s’adressant au père du jeune homme : « Tu vois clairement, lui dit-il en riant, que je ne suis point un insensé, mais que ce sont les Perses qui ont perdu l’esprit. Dis-moi présentement si tu as vu quelqu’un frapper le but avec tant de justesse ? » Prexaspes, voyant qu’il parlait à un furieux, et craignant pour lui, répondit : « Seigneur, je ne crois pas que le dieu lui-même puisse tirer si juste. » C’est ainsi qu’il en agit avec Prexaspes. ”
“ Ô Crésus ! quel homme vous a conseillé d’entrer sur mes terres avec une armée, et de vous déclarer mon ennemi au lieu d’être mon ami ? — Votre heureux destin et mon infortune m’ont jeté, seigneur, dans cette malheureuse entreprise. Le dieu des Grecs en est la cause ; lui seul m’a persuadé de vous attaquer. Eh ! quel est l’homme assez insensé pour préférer la guerre à la paix ? Dans la paix, les enfants ferment les yeux à leurs pères ; dans la guerre, les pères enterrent leurs enfants. ”
“ Athénien, répliqua Crésus en colère, faites-vous donc si peu de cas de ma félicité que vous me jugiez indigne d’être comparé avec des hommes privés ? — Seigneur, reprit Solon, vous me demandez ce que je pense de la vie humaine : ai-je donc pu vous répondre autrement, moi qui sais que la Divinité est jalouse du bonheur des humains, et qu’elle se plaît à le troubler ? car dans une longue carrière on voit et l’on souffre bien des choses fâcheuses. Je donne à un homme soixante-dix ans pour le plus long terme de sa vie. ”
“ Thersandre, étonné de ce discours, lui dit : « Ne faudrait-il point communiquer cela à Mardonius et aux Perses les plus distingués après lui ? Non, mon cher hôte, répondit le Perse ; ce que Dieu a résolu, l’homme ne peut le détourner : car personne n’ajoute foi aux meilleurs avis. Grand nombre de Perses sont instruits de ce que je vous apprends ; cependant, enchaînés par la nécessité, nous suivons Mardonius. Le plus cruel chagrin pour l’homme, c’est de voir que le sage n’a pas la moindre autorité. » ”
“ Ce goût, inné pour ainsi dire chez les Grecs, joint au puissant désir de la vengeance, lui inspira le dessein de chasser Lygdamis. Dans cette vue il se ligua avec les mécontents, et surtout avec les amis de la liberté. Lorsqu’il crut la partie assez bien liée, il reparut tout à coup à Halicarnasse ; et, s’étant mis à la tête des conjurés, il chassa le tyran. Cette action généreuse n’eut d’autre récompense que la plus noire ingratitude. Il fallait établir une forme de gouvernement qui conservât à tous les citoyens l’égalité, ce droit précieux que tous les hommes apportent en naissant. ”
“ Les Lacédémoniens, les Athéniens et leurs alliés, lui dirent-ils, nous ont députés pour vous inviter à réunir vos forces aux nôtres contre les Barbares. Vous avez sans doute appris que le roi de Perse est prêt à fondre sur la Grèce, qu’après avoir jeté des ponts sur l’Hellespont et amené de l’Asie toutes les forces de l’Orient, il est sur le point de l’attaquer, et que, sous prétexte de marcher contre Athènes, il a réellement dessein de réduire la Grèce entière sous le joug. Vous êtes puissant, et la Sicile, dont vous êtes souverain, n’est pas une des moindres parties de la Grèce. ”
“ CCXXVI. Quoique les Lacédémoniens et les Thespiens se fussent conduits en gens de cœur, on dit cependant que Diénécès de Sparte les surpassa tous. On rapporte de lui un mot remarquable. Avant la bataille, ayant entendu dire à un Trachinien que le soleil serait obscurci par les flèches des Barbares, tant était grande leur multitude, il répondit sans s’épouvanter, et comme un homme qui ne tenait aucun compte du nombre des ennemis : « Notre hôte de Trachinie nous annonce toutes sortes d’avantages ; si les Mèdes cachent le soleil, on combattra à l’ombre, sans être exposé à son ardeur. » ”
“ Le peuple était d’avis de se retirer, et de ne point s’exposer au hasard d’un combat contre une si grande multitude ; les rois voulaient, de leur côté, qu’on livrât bataille à ceux qui venaient les attaquer. Le peuple ne voulut jamais céder au sentiment de ses rois, ni les rois suivre celui de leurs sujets. Le peuple était d’avis de se retirer sans combattre, et de livrer le pays à ceux qui venaient l’envahir ; les rois, au contraire, avaient décidé qu’il valait mieux mourir dans la patrie que de fuir avec le peuple. ”
“ Aussitôt les Spartiates dépêchèrent un héraut, qui fit tant de diligence, qu’il rencontra encore toute l’armée en Thessalie avec Xerxès. Ce prince lui ayant donné audience : « Roi des Perses, lui dit-il, les Lacédémoniens et les Héraclides de Sparte vous demandent justice de la mort de leur roi, qui a été tué par vous en combattant pour la défense de la Grèce. » À ces mots, Xerxès se mit à rire ; et après avoir été longtemps sans répondre : « Voilà, dit-il en montrant Mardonius, qui était présent, voilà celui qui la leur fera comme il convient. » Le héraut accepta l’augure et se retira. ”
“ Ce même bruit s’étant aussi répandu dans le camp des Phocidiens, Harmocydes, leur commandant, les anima par ce discours : « Phocidiens, leur dit-il, les Thessaliens nous ont calomniés, comme je le soupçonne, et notre perte est assurée. C’est maintenant qu’il faut que chacun de nous montre sa valeur : car il vaut mieux mourir en attaquant et en se défendant avec courage, que de se laisser tuer honteusement. Que les Perses apprennent qu’ils ne sont que des Barbares, et que ceux dont ils ont tramé la perte sont des Grecs. » ”
“ J’opine donc que vos troupes passent le fleuve, que vous avanciez à mesure que l’ennemi s’éloignera, et qu’ensuite vous cherchiez tous les moyens de le vaincre. Je sais que les Massagètes ne connaissent pas les délices des Perses, et qu’ils manquent des commodités de la vie. Qu’on égorge donc une grande quantité de bétail, qu’on l’apprête, et qu’on le serve dans le camp ; on y joindra du vin pur en abondance dans des cratères, et toutes sortes de mets. Ces préparatifs achevés, nous laisserons au camp nos plus mauvaises troupes, et nous nous retirerons vers le fleuve avec le reste de l’armée. ”
“ CLXIX. Les Crétois, se voyant sollicités par les députés des Grecs, envoyèrent demander au dieu de Delphes, au nom de toute la nation, s’il leur serait avantageux de secourir la Grèce. « Insensés ! leur répondit la Pythie, vous vous plaignez des maux que Minos vous a envoyés dans sa colère à cause des secours que vous donnâtes à Ménélas, et parce que vous aidâtes les Grecs à se venger du rapt d’une femme que fit à Sparte un Barbare, quoiqu’ils n’eussent pas contribué à venger sa mort arrivée à Camicos ; et vous voudriez encore les secourir ! » ”
