“ VII Nos lecteurs n’ignorent pas que M. Guillaume est aujourd’hui le maître par excellence de l’école française, qui est elle-même la première ou pour mieux dire la seule école de sculpture qu’il y ait encore en Europe. M. Guillaume n’est pourtant pas, à proprement parler, un génie ; c’est un homme d’un esprit éminent, d’un sens profond, d’une imagination réglée, d’une exquise délicatesse de sentiment servie par une rare fermeté d’exécution. Beaucoup de choses concourent à en faire un maître ; la principale, c’est qu’à ses yeux l’art n’est ni un métier manuel ni une débauche de l’imagination. ”
Anonyme
Résumé
Le Salon de 1873, œuvre anonyme publiée en 1873, constitue un essai critique approfondi sur l’évolution de l’art français, à travers l’analyse de toiles et de sculptures exposées à l’époque. L’ouvrage examine les tensions entre génie et savoir-faire, mettant en lumière des artistes tels que M.
Guillaume et M. Giacomotti, tout en décrivant leur manière de peindre, leur style et les difficultés de leur création. À travers des portraits et des paysages, il interroge l’originalité artistique et la quête du « mieux », proposant une réflexion nuancée sur l’esthétique et la fragilité de l’œuvre.
Citations de Le Salon de 1873 (Anonyme)
“ Tout le haut de la tête est d’une facture exquise, extraordinairement grasse et puissante. Des boucles soyeuses, d’un blond foncé, encadrent avec douceur ce visage frais et potelé, mais déjà fier, et ombragent un front lumineux, transparent, qui se modèle, sans solution de continuité, d’un seul coup de pinceau circulaire. Les paupières et le dessus des yeux, le globe des yeux lui-même, d’un blanc bleuâtre et pur, sont d’une finesse, d’une précision, d’un fondu merveilleux ; la bouche, petite et un peu charnue, s’ouvre en vermillon vif, comme une fleur. ”
“ L’enfant au contraire est d’un joli style, quoique légèrement mignard : tout blond, tout potelé, l’air innocent et boudeur, il se dresse avec effort sur la pointe de ses petits pieds, la tête renversée, les bras étendus, les mains ouvertes avec une ardeur de désir inexprimable. On sent qu’il va pleurer, si ce jeu cruel se prolonge. Cette toile après tout n’est pas indigne du talent de M. Giacomotti. — On n’en saurait dire autant du portrait de femme en robe de velours rouge qu’il expose en même temps. Est-ce la faute du modèle ? N’est-ce pas plutôt la faute du peintre ? ”
