“ Ce n’est qu’un jeune homme fatigué, que la nature a doué d’une abondante chevelure rousse. Est-ce bien Dalila, cette perverse et cette charmeuse, cette reine des courtisanes de l’Orient, ce type accompli de la femme fatale, dont le plaisir est de corrompre et de détruire après avoir séduit ? Ce n’est qu’un modèle d’atelier, sans beauté, sans ampleur et sans grâce. Son attitude même est déplaisante ; elle se tient raide, assise sur le bord du lit comme un serpent qui se dresse, une jambe encore étendue à côté de son amant qui la presse avec amour ”
Dalila
Définition et enjeux
Dalila, figure biblique emblématique de la trahison et de la séduction, a inspiré des interprétations variées à travers les siècles. Des auteurs comme Balzac, qui la perçoit comme une femme complexe oscillant entre culpabilité et amour, à Sainte-Beuve, qui la compare à une « Dalila de Paris » cynique, en passant par Sarah Bernhardt, qui met en lumière sa dimension théâtrale, le personnage s’affirme comme un miroir des normes sociales et des rapports de pouvoir.
Les textes analysés démontrent comment Dalila, devenue symbole de la « femme fatale », sert de prisme à des réflexions sur la moralité, la beauté et la vulnérabilité humaine.
Citations sur “Dalila”
Sainte-Beuve,
Portraits de Poètes contemporains…
“ La beauté qui produit tant d’étranges merveilles... En un mot, Dalila est fière de Samson, voilà tout; il lui fait honneur devant le monde, il la décore et la rehausse en public; mais elle ne l’aime pas; il ne l’amuse pas : elle met ses goûts moins haut. Cette Dalila des Philistins est capable, comme une Dalila de Paris, de dire à sa meilleure amie ce mot du cœur qui a été dit bien réellement et qui peint toutes les Dalila : «Vois-tu, ma chère, plus je vais, et plus je sens qu’on ne peut bien aimer que celui qu’on n’estime pas. » ”
Sarah Bernhardt,
Ma double vie
“ Au mois de mars 1873, Perrin eut l’idée de monter Dalila, d’Octave Feuillet. Je jouais alors les jeunes filles, les jeunes princesses ou les jeunes garçons, mon corps menu, ma figure pâle, mon aspect maladif me vouant pour le moment aux victimes ; quand tout à coup Perrin, trouvant que les victimes attendrissaient le public, et pensant que c’était grâce à mon « emploi » que j’excitais la sympathie, Perrin fit la plus cocasse des distributions : Il me donna le rôle de Dalila, la méchante brune et féroce princesse, et donna à Sophie Croizette la blonde et idéale jeune fille mourante. ”
