Résumé

Portrait de Ernest Renan Ernest Renan Nouvelles lettres intimes

L’année qui s’ouvre sera-t-elle plus heureuse ? Amènera-t-elle dans ma vie quelque révolution importante ? Avancera-t-elle notre commun bonheur ? Réjouissons-nous, chère amie, que l’obscurité qui nous cache l’avenir, nous permette l’espérance, et ne laisse pas une vue trop précise glacer nos efforts. J’éprouve un sentiment de tristesse en voyant ainsi les années s’accumuler ; elles sont déjà bien avancées pour moi, celles qu’on a coutume d’appeler les belles années. Chose singulière, chère amie, qu’une moitié de la vie doive être employée à acheter l’autre !
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Personne n’est plus disposé que moi à la tolérance envers le caractère et les institutions étrangers aux nôtres : Rome ressemble certainement moins que Naples à la France, l’extérieur de la vie en ce pays diffère peu de la nôtre, eh bien ! à Rome, je pardonnais tout ; à Naples, je ne le puis. Non, je ne le puis ; c’est par trop fort. L’extinction absolue de tout sentiment moral, voilà le dégoûtant spectacle que présente ce peuple infâme ; ce ne sont pas des hommes, ma chère amie ; ce sont des brutes, chez lesquelles vous cherchez en vain quelque trace de ce qui constitue la noblesse humaine.
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C’est vraiment un esprit de premier ordre, chère amie, et pour l’érudition et pour la portée philosophique. Il y joint cette bienveillance, cette suavité de mœurs qui complète l’idéal. Avec cela, il est jeune encore, plein de vie et d’ardeur, de foi en la science et d’amour désintéressé pour elle. Enfin, chère amie, j’ai trouvé en lui l’homme que je cherchais, le vrai philosophe savant, qui me représente ce que je voudrais être, ce que joyeux m’efforcer d’être, selon la mesure de mes forces.
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