Résumé

Jurien de La Gravière Souvenirs d’un Amiral, première partie…

Tant que la quille n’a point touché le fond, il n’y a jamais lieu de perdre courage. Les vents ont des faveurs si imprévues, et, pourvu qu’on puisse prolonger quelque temps la lutte, la mer s’apaise souvent si à propos ! Mais quand au lieu d’un navire souple et rapide, prêt à s’élancer dans le lit du vent au moindre appel de sa barre, on n’a sous les pieds qu’une barque inactive et languissante, il faut tout appréhender de ces situations dont, avec un meilleur bâtiment, un capitaine hardi et manœuvrier se ferait un jeu.
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Jurien de La Gravière Souvenirs d’un Amiral, première partie…

De gros vents de sud-est roulaient jusqu’à terre des vagues qui avaient pris naissance au pôle. Les îles Saint-François n’étaient plus qu’à vingt-cinq lieues, mais les vents, loin de nous y pousser, nous en écartaient malgré nous. Notre détresse était devenue extrême : la Durance n’avait plus que trente barriques d’eau, et la ration qu’on nous distribuait avait dû être réduite, bien que déjà insuffisante. Qu’arriverait-il si une nouvelle relâche ne nous offrait pas plus de ressources que celle que nous venions d’abandonner ?
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Jurien de La Gravière Souvenirs d’un Amiral, première partie…

Chacun finit par se ranger à l’opinion de l’enseigne. Nous laissâmes donc arriver vent arrière sur les brisans, sans autre voile que la misaine. Baudouin, du haut des barres de petit perroquet, dirigeait la route, et moi, comme étant le plus agile, je restais près de lui, me chargeant d’aller transmettre, chaque fois qu’il le fallait, ses avis ou ses observations au commandant. Nous étions emportés par le vent et poussés par une mer énorme, qui, pareille à la barre d’un fleuve, venait rouler jusque sous notre poupe ses tourbillons d’écume et de sable.
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