Résumé

Pidrre Loti Revue des Deux Mondes

On est en plaine, — une plaine suspendue à mille ou douze cents mètres d’altitude, — et, au lieu du désert comme en bas, voici la campagne fleurie, les champs de blé, les foins qui sentent bon. La lune, qui s’est levée, nous montre partout des pavots et des pâquerettes. Par des chemins larges, on va paisiblement, sur la terre douce et sur les herbes, escorté d’une nuée de lucioles, comme si on passait au milieu d’inoffensives étincelles.
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De l’autre, c’est le village, avec un peu de désert aperçu au loin, entre les tiges fines et pareilles de tous ces palmiers. Les coqs chantent, avec les hirondelles. Les maisonnettes en terre battue ont des portes ogivales, d’un pur dessin arabe, et des toits plats, en terrasse, sur lesquels l’herbe pousse comme dans les champs. Les belles filles de l’oasis sortent, non voilées, pour faire en plein air leur toilette, s’asseyent sur quelque pierre devant leur demeure et se mettent à peigner en bandeaux leur chevelure noire. On entend battre les métiers des tisserands.
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Et nous partons à la file, sur des éboulis, par des sentiers à se rompre le cou, en la compagnie obstinée d’un troupeau de buffles dont les cornes tout le temps nous frôlent. Dans l’absolue pureté de l’espace, les derniers lointains se détaillent ; l’énorme tourmente des monts et des abîmes se révèle entière à nous, s’étale docilement sous nos regards. Çà et là, dans les replis des grandes lames géologiques, un peu roses au soleil du soir, dorment des nappes admirablement bleues qui sont des lacs. Nous dominons tout ; nos yeux s’emplissent d’immensité comme ceux des aigles qui planent
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