Résumé

Portrait de Villemain Villemain Revue des Deux Mondes

Non, l’art, comme le génie, est du côté de Sophocle...
Il y avait cependant un don précieux, inestimable dans le début dramatique de Voltaire : c’était la première fraîcheur d’un grand talent, cette vivacité, ce coloris d’élégance qu’il tenait de l’étude et de la jeunesse. Un poète était né, non pas tel que l’imagination peut le rêver de préférence, enthousiaste, naïf, original.
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Portrait de Villemain Villemain Revue des Deux Mondes

Son grand œuvre, c’était de former, d’exercer ce génie si varié, érudit, léger, historique, sceptique, dramatique, fait pour amuser et dominer l’Europe. Pas un moment perdu ; il refaisait la Henriade, tout en lisant Newton ; d’un entretien métaphysique de Bolingbroke, d’une lecture de Pope ou de Swift, il allait aux pièces de Shakspeare méditer ce pathétique terrible, qu’il appelait barbare, et dont il reporta l’émotion dans son élégant théâtre. Il étudiait, dans Milton et Butler, le sublime et le burlesque anglais, et méditait l’esprit encyclopédique dans Bacon.
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L’illustration des grands talens dont brillaient les chambres, l’écho prolongé de leurs débats, la liberté quelque peu contenue mais réelle des discussions extérieures, l’avènement d’une école nouvelle en littérature, et l’heureuse inspiration de quelques-uns de ses chefs, inspiration plus durable et plus vraie que leurs théories, tout concourait à élever le niveau de la pensée française et à entretenir la nation dans un progrès d’émulation et d’espérance. Ce qu’il pouvait y avoir de résistances et de vœux rétrogrades dans une partie de la société n’arrêtait pas un si noble et si naturel élan.
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